
ARTICLES SELECTIONNES A PARTIR DE JOURNAUX AFRICAINS
LE MALAISE SENEGALAIS (Octobre 1997)
Durant trois mois - de mars à
mai - la concertation relative à une réforme du code électoral
aura mis à nu, les nombreuses faiblesses d'une opposition dont les
repères
semblent de plus en plus brouillés.
Alors que faisait rage la bataille pour arracher au pouvoir la création
d'une commission électorale, on retiendra que l'opposition n'aura
fait montre ni de cohésion ni de sérénité.
A défaut d'un front uni et compact, les monologues parallèles
auront été la règle chez les différents leaders
de l'opposition. Cela donnera lieu à une bruyante cac~ phonie faite
de petites phrases, d'anathèmes régulièrement assenés
et de procès d'intentions. Dans cette atmosphère qui commençait
à sentir le soufre, on pouvait commencer à noter; en fm de
compte, que la cause de la création d'une commission électorale
(Ceni) était assez peu populaire au sein de l'opinion. Comment alors
expliquer que l'opposition n'ait pas réussi à mobiliser davantage
l'opinion autour de ce qui était apparu comme son cheval de bataille
face au pouvoir ? Un commentateur politique nous confie: "Guidée
par une telle obsession, l'opposition est restée sourde aux clameurs
en provenance de tous les secteurs en lutte dans le pays. Et, pendant ce
temps, le PS continuait d'occuper le terrain en vue des législatives
de 199&" Mais, plus fondamentalement, l'opposition serait-elle affectée
de quelque tare, travers ou handicap?
Selon Abdou Sow, politologue de
renom, "une alternance interne est devenue nécessaire pour l'opposition.
L 'alternance n 'est pas jusqu’ici incarnée par un homme ou une
femme qui serait porteuse des espoirs de changement. Me Abdoulaye Wade
a sans doute été celui qui s'est le
plus rapproché du modèle,
mais ils 'en éloigne aussi de plus en plus. Bien des hommes politiques
sont entrés dans leur dernière décennie de militantisme
actif Ce sens du sacrifice exige des opposants une haute idée du
Sénégal une perception plus modeste de leur personne, voire
de leur pays. Mais il y a une telle hypertrophie de l'image que certains
opposants se font d'euxmêmes et de leur formation qu'ils en arrivent
à reléguer au second plan les intérêts du Sénégal
au nom desquels ils sont entrés en politique. On peut se demander
si tout cela n 'est pas qu'un jeu, une occupation d'adultes amateurs de
joutes politiques comme ils auraient pu être « accros »de
spectacle de lutte ou de tournois de belote. Cette idée se confirme
du fait de l'inamovibilité des chef à la tête des formations
politiques. Les mêmes leaders arc-boutés à la direction
de certains partis deviennent objectivement des obstacles à l'évolution
des discours politiques et des méthodes de lutte pour l'alternance.
C'est l'une des grandes faiblesses de l'opposition que de laisser à
sa tête se scléroser des individus que, pour des raisons de
rentabilité politique, elle aurait tout intérêt à
remplacer Le refus de changer le personnel politique dans le sens de son
rajeunissement est caractéristique
d'une sorte de fatalité de la défaite sur fond de discours
militant. La question de la régénération de l'opposition
se pose avec acuité. Le défilé immuable de la même
liste d'opposants finit par lasser les citoyens. L'institutionnalisation,
depuis six ans, du gouvernement de majorité élargie pose
des problèmes d'identification au sein d'une opposition dont une
grande partie est comme frappée de schizophrénie."
Face à cette opposition,
Abdou Sow fait remarquer que "les socialistes ont de grandes aptitudes
à comprendre leurs adversaires, à cerner leur personnalité
et à développer en conséquence des moyens pour les
combattre plus efficacement. L'immobilisme institutionnel est compensé
par d'incessants mouvements à l'intérieur du PS. "Cependant,
parce qu'au Sénégal il est devenu urgent de procéder
à une révision en profondeur, voire une révolution
du modèle socio-politique ainsi que du rapport entre le politique
et le citoyen, un haut fonctionnaire, rencontré à Dakar,
préfère renvoyer dos-à-dos pouvoir et opposition pour
établir le constat suivant: "La cohésion sociale se lézarde
et les inégalités sont de plus en plus criantes. C'est le
primat de l'arrogance, du favoritisme. Tout cela est à la base du
désespoir et des angoisses au sein d'une population qui a
le sentiment de vivre dans un pays sans gouvernail. Au lieu de se battre,
à tort ou raison pour une Ceni, il faudrait d'abord se pencher sur
la désaffection de plus en plus grande des gens vis-à-vis
du politique et des modèles actuels de gestion de la cité.
La perte des valeurs et de repères est devenue une constante. Puis,
on assiste au règne de l'inconscience syndicale, du syndicalisme
factice et fictif des corporatistes rétrogrades. C'est le sentiment
de confusion, face aux priorités que l'on ne cerne plus, qui entraîne
les situations d'impasses et de crises..."
GROS PLAN SUR OUSMANE TANOR DIENG (Mars 1998)
On ne peut rencontrer le Sénégalais
Ousmane Tanor Dieng sans s'empêcher de penser à ce type de
personnage totalement atypique, aussi bien par la puissance de ses convictions
que par l'éclat de son rayonnement personnel, et qui semble assumer
pleinement un destin qui serait bien lourd à porter pour d'autres
épaules.
Ministre d'Etat, ministre des Services
et Affaires présidentiels, Ousmane Tanor Dieng est également
le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) au POLI-voir. L'énoncé
même de ses fonctions officielles suffit à souligner le rôle
clé qu'il joue actuellement sur l'échiquier politique national.
En fait, la fulgurance de son itinéraire a surpris tous les observateurs
de la scène politique sénégalaise, qui ne manque pourtant
pas de « poids lourds». Les choses sont arrivées très
vite, comme Si son pays réclamait d'urgence ses services, et il
n'a pas eu le temps de choisir la carrière qu'il voulait mener.
Après des études de
droit, Ousmane Tanor Dieng se préparait sereinement à entamer
une carrière d' avocat ou de diplomate au ministère des Affaires
étrangères lorsque la nouvelle lui parvint que le premier
miinistre de l'époque, Abdou Diouf, recherchait un conseiller diplomatique
pour le président Léopold Sédar Senghor. Son nom ayant
été suggéré par Abdou Diouf , l'ancien chef
de l'Etat n'hésita pas à s'attacher ses services. Il ne fut
pas déçu : après quelques mois seulement de travail
à la présidence, Ousmane Tanor Dieng était déjà
parvenu à établir sa propre réputation professionnelle,
démontrant ainsi qu'il n'était pas simplement un cadre «parachuté
» et « protégé du premier ministre », mais
un technocrate méticuleux et accompli.
Nul ne fut donc surpris le jour
où, devenu chef de l'Etat, Abdou Diouf en fit son conseiller diplomatique
puis son directeur de cabinet. Se concentrant sur ses dossiers et veillant
à ce que l'organisation du travail à la présidence
offre les meilleurs résultats pour tous les services gouvernementaux,
il fut longtemps perçu comme un gestionnaire, certes efficace, mais
destiné à demeurer dans l'ombre.
Les choses commencèrent à
changer lorsque Abdou Diouf décida de lui confier les relations
extérieures du PS, à une époque où le parti
au pouvoir montrait quelques signes d'essoufflement. On le vit alors nouer
de fructueux contacts aussi bien au sein de la classe politique nationale
qu'au-delà des frontières, résoudre des problèmes,
désamorcer des crises et conclure des accords plus ou moins tacites
qui ont permis au PS de retrouver de sa vigueur d'antan.
Très logiquement, le chef
de l'Etat l'encouragea à prendre en mains le comité stratégique
informel qui pilote le parti. Ce travail le conduisit d'ailleurs à
diriger la campagne électorale d'Abdou Diouf lors de l'élection
présidentielle de 1993. Ce n'est qu'à ce moment là
que le grand public découvrit réellement la dimension politique
du technocrate.
Toujours sous l'impulsion du chef
de l'Etat, Ousmane Tanor Dieng est ensuite devenu premier secrétaire
du PS. Diriger un parti que l'on accuse d'avoir subi l'usure du pouvoir
est une gageure surtout dans un pays comme le Sénégal où
l'électorat sait proclamer son impatience. Prenant le taureau par
les cornes, Ousmane Tanor Dieng opte pour le franc-parler. Dressant un
bilan sans fard de l'action du parti au cours des années précédentes,
il identifie les succès et les échecs, et pousse au renouvellement
des structures dirigeantes et réorganise les stratégies de
mobilisation sociale.
Rendant quotidiennement compte de
son action politique au président Abdou Diouf dont il a l'absolue
confiance, il parvient à recrédibiliser le message politique
du PS et à le redynamiser. Aujourd'hui, il se prépare pour
les prochaines échéances : les élections législatives
du mois de mai, et les manifestations pour la célébration
du cinquantenaire du parti, au mois de septembre.
Depuis quelques années, les
Sénégalais ont appris à connaître cet homme
jeune et énergique qui fait désormais la une des journaux.
Son magnétisme personnel, que même ses adversaires politiques
lui concèdent en privé, facilite la diffusion de son message.
Fidèle à sa réputation
d'homme dont la ponctualité est la première marque d'élégance,
il a bien voulu recevoir Jeune Afrique Econoinie, le 2 février 1998,
à 9 heures du matin, dans son bureau du palais présidentiel
de Dakar. Situé au premier étage de l'aile la plus prestigieuse
du palais, son bureau est en réalité l'antichambre du bureau
présidentiel. Tous ceux qui ont accès à Abdou Diouf
empruntent le corridor qui passe devant son bureau pour se rendre chez
l'aide de camp et le secrétaire particulier du chef de l'Etat.
Régulièrement présenté
comme étant l'homme à tout faire du président Abdou
Diouf, il éprouve une authentique fierté à servir
ce chef d'Etat auquel il voue une fidélité sans faille. Mais
d'être un inconditionnel du Président ne l'empêche d'ailleurs
pas de lui exprimer franchement ses idées sur les choix politiques
opérés. Une chose est sûre: dans l'univers impitoyable
de la politique sénégalaise, où la trahison semble
être l'art de la survie, Ousmane Tanor Dieng a définitivement
choisi son camp, et nul à Dakar ne doute qu'il irait jusqu'à
se sacrifier pour le président Abdou Diouf.
L'HEURE DE VERITE (Mars1998)
Après des investitures «sanglantes
» dans tous les partis, et la vraie fausse bataille de la rénovation
au sein d'un Parti socialiste (PS) au pouvoir qui a
refait son unité sans les
«rénovateurs» conduit par l'ancien ministre Djibo Ka,
le nouveau scrutin se déroule désormais sur fond de guerre
de succession à l'intérieur des partis politiques; notamment
autour du président Abdou Diouf qui, s'il est réélu,
inaugurera en l'an 2000 son dernier mandat de sept ans. Un pari hautement
symbolique pour celui qu'on considère comme son dauphin en titre,
le ministre d'Etat Ousmane Tanor Dieng.
«Ne comptez pas sur
moi pour scier la branche sur laquelle je suis assis». Au dernier
conseil national du PS qui s'est tenu le 14 mars, le président Abdou
Diouf a été clair fidélité à l'héritage
du senghorisme, adhésion aux règles du centralisme démocratique,
renouvellement de la confiance à Ousmane Tanor Dieng, élu
premier secrétaire en mars 1996, et au Premier ministre Habib Thiam.
Avant de mettre en garde contre
les « déclarations fantaisistes et imprudentes, les procès
d'intention contre (PS et ses dirigeants, par des gens aveugles par la
passion et la démesure et qui n’hésitent pas à nous
diaboliser». Rappelant qu'il est le président de tous les
Sénégalais, Abdou Diouf préconise un débat
interne (dont il se fait le garant) et statutaire au sein du parti avec
trois impératifs et défis majeurs pour le siècle prochain:
consolidation des acquis démocratiques, impulsion et modernisation
accrue (l'Assemblée nationale ne compte que 14 femmes sur 120 élus),
responsabilité. Dans son dernier discours à la nation, le
président propose un nouveau statut pour l'opposition et le financement
de l'activité des partis politiques. Le tandem Abdou Diouf-Dieng
résiste aux chocs. Le premier reste le maître du jeu; il a
balisé le chemin pour le second à la tête d'un parti
qui se veut aujourd'hui indépendant et moderne face aux caciques
et à leurs méthodes. Même Si le courant rénovateur
est venu enrichir le terrain politique, le PS, parti de masse, a encore
la haute main sur l'intérieur et l'arrière pays. Le Sénégal
ne s'arrête pas à Dakar l'intellectuelle, là où
l'opposition a fait son nid. Oubliant que le PS est devenu une grosse machine
électorale, un parti de proximité, une petite famille à
la base ou par le biais de la solidarité, le militant attend son
sucre, son lait et sac de riz, des préoccupations souvent éloignées
de l'idéologie. Le président Abdou Diouf veut se faire une
paix à part avec la société civile, en attirant à
lui l'élite et de nombreuses têtes d'affiche. Même Si
dans le milieu des artistes par exemple, seul le chanteur Omar Penn a proclamé
publiquement son soutien inconditionnel au président sénégalais:
« Quand ma mère est décédée, il a été
le seul à m 'envoyer un télégramme de condoléances»,
dit-il. Sous sa présidence, le processus démocratique progresse
même Si demeurent des préoccupations concernant davantage
de pluralisme, de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Un
journaliste américain en stage à Dakar témoigne:
«Aujourd'hui il y a des radios
libres, les gens s'engueulent en wolof, tu te fais entendre chez toi, il
n'y a plus de sujet tabou ou délicat tout est couvert, bien sûr
avec des excès dus à l'inexpérience».
Reste la succession; après
le mandat de l'an 2000, que va devenir Ousmane Dieng, après le scrutin
du 28 mai ? Un homme de confiance du président continue contre vents
et marées à maintenir l'unité du parti, et ses adversaires
le reconnaissent aussi chaleureux en privé que froid en public.
Il réserve tous les jours
des surprises à tous ceux qui l'enterrent trop tôt, comme
hier le président Abdou Diouf considéré comme un simple
administratif du système Senghor,
peu chaleureux, technique, pas enclin
à la démagogie. OTD soigne encore son image de grand seigneur
à petite dose, arbitrant nuit et jour entre les clans, apportant
un nouveau souffle. Léopold Sedar Senghor a ouvert la voie du pluralisme,
Abdou Diouf après avoir libéré la voie sera-t-il le
président de l'alternance?
A quelques jours de l'élection
législative du 24 mai, l'opposition sénégalaise est
confiante; elle est rassurée
par deux choses: l'existence d'un Observatoire national des élections
de neuf membres, dirigé par le général à la
retraite, Manitadou Niang. Et la présence à la tête
du ministère de l'Intérieur d'un autre général,
Lamine Cissé. Tous deux bénéficient d'un préjugé
favorable au sein de la population Mais l'opposition n'a pas surmonté
ses faiblesses habituelles émiettée entre ses différentes
chapelles, elle ne réussit guère à faire son unité,
même sur une base programmatique minimale. Malgré quelques
tentatives d'union avortées, quelques responsables rêvent
encore de front mais le conflit de leadership reste fort.
Si certains reprochent à Me Abdoulaye Wade d'être finalement entré au gouvernement d'Abdou Diout dans l'ensemble, le Parti démocratique sénégalais (PDS) qu'il préside reste encore le parti le plus fort de l'opposition, la locomotive qui draine les autres. Landing Savané, le leader de And-Jef, comme de nombreux petits partis, ira seul aux élections avec pour objectif fondamental d'obtenir un groupe parlementaire de 15 députés. L'arithmétique électorale sénégalaise est compliquée; le Parti socialiste (PS) vise un score minimum de 100 députés, les «Rénovateurs» de Djibo Ka se créditent de 20 députés, le PDS se voit avec une majorité de 71 députés et il n'y a que 140 sièges à pourvoir ! Comme le parti au pouvoir, l'opposition a connu ses heures de déchirements pour les investitures, nouvelle plaie de la démocratie sénégalaise. Dans tous les états-majors, c'est la course au placement, certains députables non investis menaçant de rejoindre le parti adverse. Me Wade, par exemple, a été accusé d'avoir confectionné seul sa liste nationale, chez lui, entouré de ses adjoints Ousmane Ngom, Idrissa Seck et Aminata Tall. C'est ainsi que le maire PDS des Parcelles Assainies (populaire banlieue de Dakar) s’est retrouvé à la 62ème place. Provoquant des dissensions internes dans un parti dominé en sourdine par le conflit entre les deux lieutenants de Me Wade, Ousmane Ngom et Idrissa Seck. Pour le chef du PDS, qui est sorti du gouvernement pour la deuxième fois, estimant qu'il est difficile d'attaquer un gouvernement auquel on participe, il doit se «positionner».
A chaque élection, le pays est frappé par le nomadisme politique; l'année dernière, le maire PS de Sedhiou, Balla Moussa Daffé, est parti en dissidence au PDS, le temps d'une élection municipale avant de revenir après, jurant par tous les saints n'avoir jamais eu de fibre politique pour Wade. Deux opposants restent encore au gouvernement; Serigne Diop du PDS- Rénovation (ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement), et Abdoulaye Bathily de la LD/ PMT (ministre de l'Environnement), qui n'ont à ce sujet aucun état d'âme; Amath Dansoko, lui, a été limogé en 1996 pour avoir «trop parlé» en critiquant la mal gouvernance. Au début, le président Abdou Diouf ne voulait pas se séparer de lui jusqu'à ce que le comité central du parti de Dansoko récidive dans les critiques contre le pouvoir. D'autres petits partis essentiellement dakarois, essayent de se faire entendre en stéréo comme le Bloc des citoyens Gaindé de Jean Paul Dias ou le RND, parti fondé par le professeur Cheikh Anta Diop. Le CDP Garag Gi du professeur Iba Der Thiam connaît aussi ses problèmes d'existence; l'inventeur du célèbre slogan électoral «Abdou nous suffit» bivouaque aujourd'hui sur les terres de l'opposition. Son adjoint Samba Diouldé Thiam est allé renflouer la petite barque des «rénovateurs» de l'ancien ministre Djibo Ka.
Depuis le 2 avril, l'ancien ministre des Affaires étrangères a définitivement sauté le pas pour créer une liste indépendante du parti socialiste avec Samba Diouldé Thiam, Doudou Sarr et Talla Sylla de l'Alliance pour le progrès et la justice. Le fond de l'affaire est une histoire de pouvoir. Le PS, jusque-là, fonctionnait selon une règle non écrite qui veut que lorsque un camarade libère son poste ou sa fonction, on lui trouve un point de chute. L'ancien cacique devient ainsi ambassadeur, fonctionnaire –ambassadeur dans une organisation internationale, président de conseil d'administration pour oublier déboires et se refaire une santé. Evincé du gouvernement en mars 1995, Djîbo Ka a été laissé sur la touche, en réserve, en dehors des instances du parti; il a compris alors qu'à la longue, faute de positionnement, grand était le risque de le voir basculer dans le trou noir, de se faire enterrer debout. Il lui faut à tout prix obtenir au moins un siège de député. Mors il réunit un groupe d'amis qui ne sont plus dans la «chambre des machines» du parti et de l'Etat: Abdourahamane Touré, ancien ministre du commerce en 1987, ambassadeur à Abidjan, directeur de la Sotexa; Mbaye Diouf, ancien ministre de la pêche, destitué de la vice-présidence de l'As-semblée nationale; un proche de l'ancien secrétaire général de la présidence Jean Collin, Tidiane Daly N'Diaye, ex-patron de la SPT et de la radio télévision sénégalaise. Ce carré de fidèles décide de croiser le fer avec ceux qu'ils appellent les «administratifs» du PS incarnés, selon eux, par le premier secrétaire Ousmane Tanor Dieng (OTD), face à des militants «authentiques».
OTD devient leur cible de choix,
un homme imposé au parti, de leur point de vue, par la simple volonté
du président Diouf au congrès de 1995. En réalité,
le leader du renouveau estime qu'un homme de son rang ne peut être
ainsi envoyé aux oubliettes. Car Djibo n'est pas sans ambitions;
politique, il a toujours été du bon côté de
la barrière depuis qu'il a été récupéré
par le PS en 1968 pour devenir successivement: directeur de cabinet du
président Léopold Sedar Senghor, ministre sans interruption
sous Abdou Diouf depuis 1981 (éducation, information et communication,
intérieur, affaires étrangères). On ne lui connaît
guère d'état d'âme: «Des' que Senghor est parti
du pouvoir en 1981, il est devenu dioufiste à 200 %; il ne voulait
même plus entendre parler de l'ancien président sur les ondes,
pour lui, il fallait immédiatement faire la place à Abdou
Diouf, se souvient un ancien de l'Orts (télévision sénégalaise).
Sa montée en flèche lui vaut quelques inimités avec
certains de ses anciens mentors qui lui reprochent son arrogance, comme
l'actuel ministre des Affaires étrangères Moustapha Niasse;
il n'hésite pas un jour à le boxer en plein conseil des ministres.
Depuis le début de
leur fronde,les «rénovateurs» (dont sept qui n'ont pas
de cartes d'électeurs) voulaient en réalité
négocier avec le pouvoir mais il était trop tard.
Désormais hors du parti, Djibo Ka voit grand, comme hier Léopold Sedar Senghor face au puissant député Lamine Gueye. Il rêve de destin national et ne veut pas se tromper, surtout que personne ne sait pourquoi il est tombé. «Djibo a trop assisté à la mort politique des gens pour se faire des illusions sur son propre sort», déclare un de ses anciens proches. «Les sénégalais aiment les martyrs, toute la politique est faîte de cela, c'est pourquoi Djibo est applaudi dans de nombreuses assemblées», déclare Kader Diop, directeur adjoint du bureau de l'AFP Dakar. Autoritaire et ambitieux, médiatique sans être vraiment populaire, le grand copain du président burundais Pierre Buyoya a décidé à ses risques et périls de croiser le fer avec son ancien parti dont il prophétise la chute.
Et nous en apprend de belles sur
les rassemblements artificiels du PS à coups de millions, les cartes
frauduleuses, les routes qui sont un danger public entre Matam et Lin-
point que l'actuel ministre de la
santé, Assane Diop a promis sans rire de «faire
interner les rénovateurs à l'hôpital psychiatrique
de Fann »... Les plus farouches partisans de Dubo
Ka n'hésitent même plus à enfourcher un cheval ethnique
jusque-là inconnu au Sénégal, en jouant la
carte d'un repli sur le fief de
Linguère et Matam peuplé pour l'essentiel de Peulhs.
Politisant le départ de cadres du nord comme Abdourahamane
Sow du ministère de l'intérieur et la non accession du colonel
Mountaga Diallo au poste de chef d'état-major des armées.
Le test ne marche pas fort, c'est
le propre oncle de Djibo, l'ancien président de l’Assemblée
nationale Daouda Sow qui est investi par le PS à Linguère.
Les Sénégalais ne trempent pas facilement dans des clivages
ethniques; même les histoires de castes ne payent plus tellement
en politique.
Djibo- Wade même combat ?
Me Wade est aussi allé redonner confiance à une base qui
ne supporte plus le «gnaralé» (grand écart) de
son chef surtout que d'autres partis voulaient profiter de son entrée
au gouvernement pour le remplacer. Pour lui, c’est la fin d'une apnée
politique; sa présence au gouvernement a posé un cas de conscience
à certains de ses partisans et sa dernière croisade avec
le président Diouf est resté mémorable. ayant pris,
par des déclarations publiques, fait et cause pour le ministre de
l'économie et des finances Ousmane Sakho, en divergence avec le
Premier ministre Habib Thiam sur la gestion du fonds de promotion économique,
on aurait entendu le président Abdou Diouf morigéner le leader
de l'opposition: « M le ministre, je ne vous donne plus la parole,
vous n'écoutez jamais ce que je vous dis». C'est ainsi que
le Sénégal s'acheminait vers de nouvelles élections.
Soukaina Diagne, jeune journaliste de Wal Fadjiri, n'avait pas l'intention
de voter: « Qu’ils fassent ce qu’ifs veulent, l'essentiel, c'est
de vivre avec mes droits»
Abdou Diouf est Tidjane, Abdoulaye
Wade est Mouride. A chaque échéance électorale, la
classe politique se rue chez les grands dignitaires religieux, qui pour
chercher un soutien, qui pour obtenir une bienveillante neutralité.
Les deux principales confréries du pays, les Mourides et les Tidjanes
contrôlent moralement l'essentiel de l'électorat depuis le
fin mai, c'est la course au fameux
«Ndiggel» (consigne sacrée du Khalife livrée
à ses fidèles). Si les grands khalifes mourides observent
une stricte neutralité (l'actuel Serigne Saliou Mbacké est
le moins politique des Khalifes), il n’en est pas de même chez les
princes et petits marabouts. Dans les confréries, chacun a son réseau
M.wade a réussi à placer un influent membre khalife des mourides
sur sa liste de députés. Le patron des «Baye Fall»
(volontaires du mouridisme qui font la quête sociale dans les rues
de Dakar) a promis qu'il n'y aura pas d'élection sans
lui et ses centaines de milliers
de fidèles en l’an 2000. Certains petits marabouts sont devenus
des hommes d'affaires ou patron d'Ong, comme Khalifa Niasse «1’ex
ayatollah de Kaolack», après avoir monopolisé l'actualité
il y a quelques années en multipliant les opérations coups
de poing très médiatiques contre le régime. Comme
d'autres menacent l'Etat, au besoin, de créer un parti islamiste
chaque fois qu’ils ont une affaire de droit commun sur les bras. Moustapha
Sy, le chef des terribles moustachirdines (dont les partisans en
1994 ont conduit les émeutes contre les policiers ) a fait la paix
avec OTD. Son père, le chef des Tidjanes, a toujours soutenu le
président Abdou Diouf, mais les Tidjanes sont plus libéraux
face aux votes et gestionnaires du sacré.
Pour les Mourides, les choses sont
plus compliquées; depuis le « Ndiggel »lancé
par le khalife général Serigne Abdoul Lakhad Mbacké
en faveur du président Abdou Diouf, les disciples et fidèles
qui n'ont pas reçu de «contre-Ndiggel» s'interrogent
sur la désuétude de la jurisprudence de 1993. Du reste, les
Mourides restent une communauté soudée, sociale, sacralisant
le travail. C'est à travers le mouridisme que s'incarne aujourd'hui
le nationalisme sénégalais face à l'assimilation,
la disparition.
En attendant le scrutin, chacun
se faisait un remake des événements de 1993: pays bloqué,
crise, drame, malgré l'adoption d'un code consensuel. l'archevêque
de Dakar, Hyacinthe Thiandoum, autorité morale incontestée
dans un pays musulman à 90%, a lancé une consigne :
« Il faut que force reste
à la loi d’amour ».
INJECTION DE FONDS (Avril 1998)
La signature d'un accord avec le
Fonds monétaire international (FMI) conditionne souvent l'accès
aux financements d'autres bailleurs de fonds. Le Sénégal
n'y fait pas exception:
le FMI a approuvé en avril
l'octroi d'un prêt de 144 millions de dollars sur trois ans au titre
d'une Facilité d'ajustement structurel renforcé (FASR). Trois
jours plus tard, réunis à Paris au bureau européen
de la Banque mondiale, les autres bailleurs de fonds, onze bilatéraux
et vingt-sept multilatéraux, se sont déclarés disposés
à lui fournir environ deux milliards de dollars pour soutenir ses
réformes économiques et son ambitieux programme d'investissement
pour la même période 1999-2000.
Les bailleurs de fonds ont apprécié
les progrès significatifs accomplis par ce pays depuis 1995, année
de leur dernière rencontre. «Nous félicitons le Sénégal
pour sa gestion économique au cours de quatre dernières années»,
déclare le directeur des opérations pour le Sénégal
à la Banque mondiale, Mahmood Ayub, qui présidait la réunion
des bailleurs de fonds. Une satisfaction qui est allé droit au coeur
des huit ministres sénégalais présents ce jour-là
dans la capitale française.
L'imposante délégation
sénégalaise était conduite par Mamadou Lamine Loum,
ministre des Finances et du Plan, qui n'a pas caché sa joie. «Nous
allons pouvoir travailler avec visibilité», se réjouit-il.
Ayant eu lieu un mois, jour pour joui; avant les élections législatives
du 24 mai, la réunion de Paris a sans nul doute permis au gouvernement
sénégalais de peaufiner ses thèmes de campagne; les
bailleurs de fonds et la délégation gouvernementale ont noté
de réels progrès réalisés en termes de croissance
et de stabilité macroéconomique, en matière de développement
du secteur privé, de la réforme et la gestion de l'administration
publique, de l'éducation dans un environnement économique
en mutation et enfin, le développement agricole et rural. Reste
que la communauté des bailleurs de fonds attend du gouvernement
sénégalais - qui s'y est d'ailleurs engagé - qu'il
améliore «ses politiques, et ses structures et procédures
administratives».
Un objectif affiché de part
et d'autre est de promouvoir le développement du secteur privé.
Ce qui a toujours été une des prescriptions des institutions
de Bretton Woods. Sauf que dans le cas du Sénégal, on attribue
peut être un peu trop de vertus au secteur privé : elle serait
la principale source de croissance, d'emplois et de diminution de la pauvreté.
Pas moins ! En tout cas, le gouvernement du Premier ministre Habib Thiam
y croit dur
comme fer. Lamine Loum n'hésite
pas à conférer un rôle clé au secteur privé
qu'il qualifie de «générateur de richesses».
«Il faut lui enlever toute entrave», ajoute-t-il.
Il est vrai que le Sénégal
a toujours souffert d'une administration qui a gardé une tradition
dirigiste. Ce qui n'a pas favorisé le développement du secteur
privé dans ce pays.
Dans un document contenant
sa stratégie d'aide au Sénégal, la Banque mondiale
constate avec amertume «Bien qu’il ait possède un des régimes
politiques desplus stables en Afrique et en dépit d'un important
programme de stabilisation macroéconomique, le Senégal n'a
pu attirer un volume appréciable d'investissements étrangers
directs.» En 1996,par exemple, les entrées de capitaux dans
ce pays n'ont pas dépassé 10 millions de dollars, alors que
le montant total pour l'ensemble des pays en développement s'est
monté à 245 milliards de dollars. Le Sénégal
peut donc mieux faire en dépit de l'inexistence des ressources minières
et pétrolières. Mais les raisons qui expliquent cette contre-performance
résident, selon la Banque, dans des procédures administratives
et judiciaires complexes et peu transparentes, un programme inachevé
de privatisation et des coûts élevés de facteurs de
production tels que l'eau, l'électricité et les transports.
Dans sa stratégie d'aide
au Sénégal, la Banque prévoit, on s'en doute, d'appuyer
des réformes visant à libérer les initiatives privées.
Cette stratégie poursuit un objectif fondamental la réduction
de la pauvreté et la création d'emplois rémunérés,
notamment
pour les jeunes. En 1960, le produit
intérieur brut (PIB) par habitant du Sénégal était
de l'ordre de 1017 dollars (dollar constant de 1985). Ce qui plaçait
ce pays devant la Corée du Sud. En 1993, le PIB par habitant de
ce dragon sud-est asiatique était au moins quinze fois supérieur
à celui du pays d'Abdou Diouf. Depuis, la situation s'est assurément
améliorée. Mais la pauvreté reste malgré tout
très répandue au Sénégal. «Si on tire
le seuil de pauvreté à 100000F CFA par personne et par an,
la pauvreté frappe 38% de la population (les zones rurales
sont plus atteintes (67%) que les zones urbaines»
Malgré une croissance moyenne
du PIB de l'ordre de 5% au cours de trois dernières années
et une inflation ramenée à un niveau de 2%, la pauvreté
reste le point noir du programme d'ajustement structurel de l'économie
sénégalaise. Et la Banque mondiale d'expliquer : «
Il est indéniable que ces résultats n 'ont pas été
obtenus sans coûts sociaux. Ceci s’expliquent par le démantèlement
du secteur public, qui avait dominé le paysage économique
pendant plus de trente ans. Le taux de chômage restent élevés,
et pour les jeunes des villes de vingt à trente-quatre ans, il semble
que l’austérité budgétaire se soit bien traduite par
une réduction des enveloppes accordées aux secteurs sociaux,
en particulier ceux de la santé et de l’éducation, et par
une dégradation des indicateurs sociaux». Cette austérité
budgétaire a permis de ramener le déficit budgétaire
de près de 6% du PIB en 1994 à moins de 1,5% en 1997. Le
prix à payer n'est-il pas trop élevé pour les plus
démunis ? Ceci ne manquera pas d'apporter de l'eau au moulin des
détracteurs des programmes d'ajustement structurel en Afrique....
Le programme des réformes
du gouvernement sénégalais pour 1998-2000 appuyé par
les institutions de Bretton Woods vise à établir les conditions
pour un taux de croissance du PIB réel (hors inflation) de 5 à
6% par an; soit le double du taux de croissance démographique qui
atteint 2,7%. Ce qui devrait, en rapport avec la lutte contre la pauvreté,
induire une progression du revenu par habitant de 2 à 3% par an.
Il est également prévu de contenir l'inflation à moins
de 3% et de réduire le déficit de la balance des paiements
courants à moins de 7% du PIB au terme du programme.
S'agissant des réformes sectorielles,
le gouvernement sénégalais fonde son action sur le neuvième
Plan de développement économique et social adopté
par l'assemblée nationale en février 1997. l'agriculture,
qui fournit plus de 20% de la valeur ajoutée globale et 60% des
emplois, y occupe une place de choix. Elle est l'une des priorités
du gouvernement. «Aujourd'hui, explique Lamine Loum, il s'agit de
faire en sorte que le revenu du paysan augmente et qu'il soit incité
a produire davantage».
Sur le plan social, les objectifs
gouvernementaux sont multiples et variés. Il s'agit de porter le
taux de scolarisation primaire à75% en l'an 2000 contre 65% aujourd'hui,
de promouvoir l'éducation des filles et des femmes et enfin, de
réduire le taux d'illétrisme à moins de 50% de la
population en l'an 2000 contre 62% en 1997. Le Sénégal procède,
selon Lamine Loum, à la rationalisation de ses droits de douanes
et des exemptions. Cette réforme tarifaire devrait se traduire dans
un premier temps par une moins-
value de 100 milliards de F cfa.
«L'aide des bailleurs de fonds est nécessaire pour amortir
ces coûts transitoires».
Les pays «sous programme d'ajustement
structurel» ont souvent tendance, en période électorale,
à laisser filer le déficit budgétaire et à
remettre à plus tard des réformes structurelles difficiles
ou susceptibles de provoquer des tensions sociales. En l'an 2000 aura lieu
une élection présidentielle au Sénégal. Assistera-t-on
à ce «mauvais scénario» ? Le FMI et la Banque
mondiale ne semblent pas l'exclure totalement. Ils ont prévu l'un,
d'assécher le robinet de l'aide et l'autre, d'en réduire
le débit. De son côté, l'ensemble des bailleurs de
fonds a appelé le gouvernement sénégalais à
poursuivre les réformes avec la même énergie. Lamine
Loum se veut rassurant. « Le gouvernement du Sénégal,
tout en mesurant le chemin appréciable parcouru, reste déterminé
à garder le cap sur la rigueur dans la gestion économique
et financière, à achever les réformes déjà
engagées et à entreprendre et à accomplir celles qui
restent à effectuer avant 2001», promet-il.
«Il ne suffit pas de recevoir
2 milliards de dollars - dont 560 millions de dollars de la Banque mondiale
- pour croître», poursuit lucidement Lamine Loum. On sait depuis
belle lurette qu'il n'existe pas de lien mécanique entre croissance
économique et aide extérieure. «Il faut travailler»,
conclut le ministre.
ANALYSE DES DERNIERES LEGISLATIVES (Mai 1998)
L'élection législative de mai a renforcé Ousmane Tanor Dieng, le premier secrétaire du Parti socialiste et ministre d'Etat chargé des affaires présidentielles, que d'aucuns imaginaient en perte de vitesse. Mais, tirant les leçons du scrutin passé, le parti au pouvoir fait le pad d'une ouverture vers la société civile. En attendant de trouver une réponse au problème de «Monsieur Gorgobu» qui court du matin au soir pour avoir son plat de riz
Le Premier ministre Habib Thiam a
rendu son tablier. L'ami fidèle du
chef de l'Etat Sénégalais
a dû laisser la place le 4 juillet à un jeune homme de 46
ans, Mohamed lamine Lourn, ministre sortant de l'Economie et des Finances
qui «monte» à la primature Proche du ministre d'Etat
Ousmane Dieng. Loum n'est resté que quelques mois
aux Finances où il avait
remplacé Pape Ousmane Sakho en janvier, suscitant moult commentaires
et remous. Le ministre des affaires étrangères sortant, Moustapha
Niasse, a repris ses affaires et Sa «liberté de parole»
après avoir été pressenti tant de fois à la
Primature. C'est un gouvernement socialiste pur sucre, mêtiné
de cadres issus de la société civile qui voit le jour. On
note d'abord au sein de la nouvelle équipe, des portefeuilles confirmés
comme Ousmane Dieng aux affaires présidentielles, Sagna Robert
(Agriculture), Lamine Cissé (Intérieur), Cheikh Hamidou Kane
(Forces armées), André
Sonko (Education), Mamadou Faye (Eau), Maguelle Diouf (Energie, mines et
industrie), Alassane Dialy N'Diaye (Pêche), Landing Sané (Transports),
Tidiane Sylla (Tourisme), Elirnane Kane (Culture), Aminata Mbengue N'Diaye
(Afflures sociales), Assane Diop (Santé), Abdouraamane Sow (Habitat
et urbanisme). l'opposition classique est sortie du gouvernement, à
l'exception notable de Serigne Diop, leader du PDS rénovation (première
dissidence du parti de maître Abdoulaye Wade) qui mine de rien, fait
son petit bonhomme de chemin, se retrouvant à la Justice après
le ministère du Travail et celui de la Communication. On enregistre
le départ du gouvernement de grosses pointures comme lMoustapha
Niasse, déjà cité, qui cède sa place à
Jacques Baudin, et le retour (ou la permutation) d'anciens ministres comme
Ablaye Makhtar Diop (Modernisation de l'Etat), maire du Plateau, ex-ministre
de la jeunesse au look de «boy Dakar», et des nouveaux ministres:
Mohamed El Moustapha Diagne (Economie et finances), Iba Gueye (Jeunesse),
l'avocate Aissata Tall Sall (Information et Communication), Balla
Moussa Daffe (Recherche scientifique et technologie), maire de Sedhiou,
un moment transfuge du parti au pouvoir vers le PDS de Me Abdoulaye Wade;
Habibatou Mbaye, responsable du mouvement des femmes PS, Cherif Macky Sall
(Décentralisation), maire de la banlieue populaire de Guediawaye,
Mame Bounama Sall, président du conseil régional de Thiès,
adjoint de Tanor dans la même ville, ex-patron de la Lonase, et ancien
directeur de cabinet de Ibra-hima FalI aux AftLires étrangères,
Aissatou Niang Ndiaye (Budget), El Hadj Ibrahima Sall (Plan), ex cadre
de la Banque de l'habitat du Sénégal.
Maintenant pour le président
Abdou Diouf qui sera sans doute candidat à l'élection présidentielle
de l'an 2000, il faudra combiner à la fois une réponse aux
difficultés économiques que connaît le pays et l'ouverture
d'un parti resté blindé de l'intérieur.
Car les résultats en forme
d'avertissement au parti au pouvoir sont clairs. Sur une population électorale
de trois millions de citoyens, seul un million a fait le déplacement
pour le scrutin du 24 mai, un fort taux d'abstention engendré pour
certains par l'absence de «Sopi», de «changement»,
la précarité du système social, avec des gens qui
ne savent plus à quel saint se vouer. D'autant plus qu'en terme
de paranoïa pré-électorale, les «blancs de Dakar»
en ont rajouté: le consul de France à Dakar aurait demandé
à ses compatriotes de se préparer à une évacuation
imminente, d'avoir des stocks de l'eau, des vivres et bougies - en prévision
d'affrontements.
Au finish, un résultat qui
a donné plus de peur que de mal: 93 députés pour le
PS (35 à la proportionnelle, 58 sur la liste départementale),
le PDS 23 députés, (12 sur la liste nationale et Il sur la
départementale). Le Renouveau de l'ancien ministre Djibo Ka qui
affiche un score de 11 députés (9 sur la liste nationale
et deux sur les départements), And Jef de Landing Savané
a quatre députés sur la liste nationale; LD/ MPT a trois
députés, et un député pour chacun des autres
petits partis:
PDS/R, Bloc des citoyens Gaindés
(BCG) de Jean Paul Dias, le CDP Garag-Bi de Iba Der Thiam, PIT de Amath
Dansoko, RND fondé par le professeur Cheickh Anta Diop et animé
par le professeur Madior Diouf. l'e PS a certes gagné, mais les
habitants de Daaar et banlieue (où l'opposition a raflé la
mise) lui ont lancé un sérieux avertissement comme
en 1993 et 1998. Depuis, les groupes parlementaires sont en voie de formation,
la LD/MPT et le RND ont baptisé le leur «Démocratie
et liberté» En attendant And Jef, PDS, CDP et le PIT. Djibo
Ka qui se voulait comme «une gifle à la face du PS»
a connu une percée non négligeable, celle d'un homme qui
se sent injustement écarté d'un parti (pour lequel il a lutté
toute Sa vie) qui l'a excommunié. Devenu la troisième force
politique du pays, Djibo Ka a demandé pardon au peuple sénégalais.
Depuis la fin du scrutin, tous les partis sont entrés en transe
post-électorale: Me Abdoulaye Wade, qui voulait remanier son parti
et mettre fin aux querelles de succession, a pour le moment échoué
dans cette tàche, avec le départ de son ancien numéro
deux Ousmane Ngom avec Laye Diop Diatta, pourtant nommés vice-président
et secrétaire général permanent. En claquant la porte,
Ngom a parlé de «dérive monarchique» et s'en
est allé créer le Parti libéral sénégalais
(PLS) avec Marcel Bassène et Thierno Samb.
Ousmane Tanor Dieng a-t-il perdu,
lui aussi ? Il est évident que le parti s'est fait
mordre une partie de son électorat
par les rénovateurs de Djibo Ka; le pouvoir a payé le coût
social de la démocratie, le prix des difficultés économiques
d'un pays dont l'essentiel des ressources repose d'abord sur les hommes,
l'essoufflement d'un système politique qui bute devant la porte
de l'alternance. Refondation ou rénovation? Le parti au pouvoir
se cherche. Le ministre Djibo Ka, écarté le 15 mars 1995,
a attendu deux ans pour créer son propre parti; il pourra désormais
exploiter l'usure du système et capitaliser les «protestations
alimentaires» des Sénégalais. Que va faire le reste
de l'opposition ? Continuer la bataille dans les chambres ou - revenir
au gouvernement...
Tout le monde se demande au finish,
Si l'exception démocratique sénégalaise, comme dans
la bonne tradition locale, ne finira pas encore par le «massla»,
un arrangement entre 'vainqueur et vaincu, entre l'arbre (politique) et
l'oiseau (opposant). C'est toujours mieux que les transitions à
coup de machette et de mutinerie.
LA DEMOCRATIE MISE A MAL (Juillet 1998)
Une fois de plus, le "paradoxe sénégalais" s'est imposé, incontournable. Dans ce pays cité en exemple à l'extérieur de ses frontières comme un modèle de régime démocratique, nul cependant n'est dupe : faute de la moindre alternance politique et d'une représentation conséquente de l'opposition à l'Assemblée nationale, la démocratie à la sénégalaise reste virtuelle. Depuis 1960 en effet, date de l'indépendance, un seul parti préside aux destinées du pays : le Parti socialiste sénégalais (PS), dont le président, Abdou Diouf, est également chef de l’Etat depuis dix-sept ans. Après trente-huit années passées aux commandes, disposant à chaque élection d'une majorité (en sièges) tellement écrasante qu'il peut se permettre de gouverner seul, le PS a néanmoins pris l'habitude depuis quelques années d'ouvrir certains portefeuilles ministériels aux représentants de partis d'opposition. Un cadeau empoisonné, que bien peu d'entre eux avaient jusqu'à présent eu le courage de refuser. La manifestation la plus spectaculaire de cette ouverture instituant une "majorité présidentielle élargie" fut sans doute le ralliement au gouvernement, à partir de 1991, de M Abdoulaye Wade,leader du Parti démocratique sénégalais (PDS) et principal opposant au PS depuis plus de deux décennies.
EN MARS DERNIER, ESPÉRANT SE REFAIRE UNE VIRGINITE d'opposant à la veille des législatives, ce dernier avait démissionné du gouvernement, entraînant avec lui les cinq ministres issus de son parti. Durant la campagne et après la proclamation des premiers résultats, il n'a pas mâché ses mots à l'encontre du régime honni, énumérant ses tares : incapacité à gouverner, népotisme, corruption, affairisme, trucage des élections, etc. Une partition qui eût certainement paru plus crédible aux électeurs si M Wade s'était abstenu de travailler si longtemps aux côtés de ceux qu'il dénonce opportunément aujourd'hui. Au lendemain du scrutin, les leaders des principales formations de l'opposition indiquaient (sans toutefois l'exclure totalement) qu'ils n'envisageaient pas cette fois de participer au gouvernement, soulignant que l'ampleur de la victoire socialiste rendait superflue une nouvelle cohabitation. De son côté, le premier secrétaire du Parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng, précisait qu'une telle éventualité relevait "de la seule compétence du président de la République".
A travers les errements du "ministre-opposant" Abdoulaye Wade, c'est un peu de la détresse politique du Sénégal qui se trouve cristallisée. Car il ne suffit pas de souhaiter le remplacement du PS à la tête du pays : encore faut-il pouvoir lui substituer une alternative crédible, fondée sur des leaders non suspects de compromissions et porteurs de réelles espérances. A cet égard, doit-on voir dans l'ancien cadre du PS Djibo Leyti Ka, fondateur du mouvement dit "du Renouveau démocratique" (crédité, pour sa première apparition électorale, de 11 sièges soit 12 % des suffrages - contre 93 sièges au PS et 23 au PDS), un opposant sincère capable d'espérer inquiéter Abdou Diouf à l'occasion de la présidentielle de l'an 2000 ou, à défaut, de déboulonner les socialistes lors de prochaines échéances électorales ? Il est encore trop tôt pour le dire. Car l'itinéraire de Djibo Ka, qui a finalement dû quitter le PS le 30 mars dernier, après que la création du courant du Renouveau a été condamnée par Abdou Diouf durant le Conseil national du parti, est intimement lié à l'appareil socialiste. Grandi au sein du sérail, plusieurs fois ministre, membre pendant plus de vingt ans du PS, cet opposant de dernière minute fit irruption sur la scène politique à quelques semaines du scrutin, épaulé par onze collaborateurs dont dix sont, eux aussi, des transfuges du PS.
AVEC ONZE DÉPUTÉS ÉLUS,
LE Renouveau réussit son examen d'entrée, ce qui ne va pas
sans susciter l'inimitié de ses anciens "camarades" et de certains
opposants traditionnels. Du côté du PS, on qualifie Djibo
Kâ de "traître", d' "opportuniste", et l'on attribue sa sécession
à ses ambitions carriéristes qui ne pouvaient se satisfaire
de la disgrâce dont il fait l'objet, depuis 1995, au sein du parti
présidentiel (où Abdou Diouf lui a préféré
le docile Ousmane Tanor Dieng). Au PDS, Abdoulaye Wade reproche au nouveau
venu de promouvoir un "vote ethnique", Djibo Kâ bénéficiant
d'un a priori favorable parmi les communautés peulh et halpulaar.
A mots couverts, le leader du PDS ajoute que les fondateurs du Renouveau
auraient bénéficié de la complicité des socialistes,
qui pensaient affaiblir ainsi le principal parti de l'opposition. Que cette
accusation soit ou non fondée, il est certain qu'en l'absence d'un
compromis électoral entre le parti "libéral" de Wade et le
Renouveau avant la présidentielle, une double candidature Abdoulaye
WadeDjibo Kâ risque fort d'assurer la victoire du candidat Diouf.
Mais il est vrai qu'il n'est pas dans la culture politique sénégalaise
de se rallier à la candidature d'un concurrent...
Djibo Kâ, l'ex-enfant terrible
du PS, considère pour sa part avoir engagé une véritable
dynamique en faveur de son mouvement, dont il annonce la constitution prochaine
en parti politique àpart entière. Mais il se refuse pour
l'instant à annoncer s'il compte être candidat à la
magistrature suprême dans dix-sept mois. Devenu un farouche critique
de "l'Etat-PS", Djibo Kâ doit désormais faire oublier aux
sceptiques qu'il en fut l'un des piliers.
LE DÉCOR AINSI PLANTÉ, ON NE PEUT s'étonner de la torpeur qui a anesthésié le pays avant, pendant et après ces élections, malgré plusieurs meetings riches en couleurs. Trois millions de Sénégalais sur près de neuf millions s'étaient inscrits sur les listes électorales. Un million et demi seulement se sont rendus aux urnes. A peine 50 % d'entre eux ont voté pour le PS. Ce parti réussit donc l'exploit de rassembler, avec quelque six cent mille voix, 93 sièges sur 140 à l'Assemblée. Détenteur de la majorité absolue (71 sièges), il enfonce également le quota requis pour disposer de la majorité qualifiée (84 voix). La formation présidentielle peut ainsi envisager de modifier la Constitution ou la loi électorale au gré de ses intérêts. Déjà, le premier secrétaire du PS parle du souhait de son parti d'instituer un scrutin majoritaire à deux tours, là où l'opposition réclame une proportionnelle intégrale. De même, Ousmane Tanor Dieng envisage de revenir sur la disposition électorale qui fait obligation, pour être élu au premier tour, aux candidats à la présidentielle de recueillir un minimum de 25 % des suffrages exprimés. Une mesure qui, Si elle devait être adoptée, semble taillée sur mesure pour Abdou Diouf, candidat à sa propre succession, dont les scores (en voix) ne cessent de décroître depuis 1983.
SI CHACUN AU SÉNÉGAL
VOYAIT venir le, raz-de-marée socialiste du 24 mai, bien peu se
sentaient en mesure de l'enrayer par leur vote, d'où la forte abstention
constatée (61 %), conjuguée à la faiblesse du nombre
d'inscrits suries listes électorales. Les déclarations fracassantes
de certains opposants -Wade en tête - réclamant, entre le
jour du vote et la proclamation des résultats par la cour d'appel,
l'annulation pure et simple de l'élection n'auront finalement été
qu'un coup de gueule sans lendemain. Aucune manifestation ne sera même
venue perturber l'après-scrutin, en dépit des multiples irrégularités
constatées.
il est vrai qu'au Sénégal,
quoi qu'en disent les responsables et militants du PS, ce n'est un secret
pour personne que les urnes peuvent tenir un discours différent
de celui des électeurs. il n'était qu'à écouter,
le jour du vote, les témoignages et réclamations recueillis
par les reporters des radios indépendantes pour avoir une idée
de la panoplie déployée par les autorités afin d'éviter
toute déconvenue au PS. Fabrication de fausses pièces d'identité
facilitant les votes multiples ou permettant à des militants socialistes
d'utiliser les cartes d'électeur de militants de l'opposition et
de voter à leur place. Délivrance de faux certificats de
conformité (nécessaires lorsque les informations contenues
sur la carte d'électeur diffèrent de celles figurant sur
la carte d'identité). Achat par le parti-Etat de la "conscience"
de certains inscrits qui se sont vu offrir de 25OO FCFA à 1OOOO
FCFA (25à100 FF) pour céder leur carte d'électeur
ou pour accepter de voter PS. Rétention de cartes d'électeur
le jour du vote. Ouverture des bureaux au-delà de l'heure légale
prévue dans les circonscriptions où les estimations, à
la mi-journée, laissaient entrevoir une victoire de l'opposition.
Absence opportune des présidents et assesseurs dans les bureaux
défavorables au PS, bloquant le scrutin pendant une partie de la
journée. Et cætera...
Voilà sans doute pourquoi
c'est sans guère d'illusions que les Sénégalais appréhendaient
ce scrutin, convaincus depuis de nombreuses années que rien ne peut
entamer la suprématie du Parti socialiste. Une seule amélioration
pour ce cru électoral l99~ la création d'un Observatoire
national des élections (Onel), concédé par Abdou Dîouf
à une opposition qui réclamait la mise sur pied d'une Commission
électorale nationale indépendante (Céni). Si le travail
réalisé par l'Onel et l'indépendance de ses membres
ont été salués par les dix-huit partis en lice, sa
supervision n en aura pas moins fait office de cache-sexe face aux fraudes
de plus ou moins grande ampleur qui ont émaillé le scrutin.
Et l'opposition de réclamer aujourd'hui l'extension des prérogatives
de l'Observatoire, afin que Cet organisme puisse, à terme, être
chargé de l'organisation du vote au détriment de l'administration,
jugée trop proche du PS. Si le Sénégal a signé
un nouveau bail de cinq ans avec le PS, ce n'est pas faute, pourtant, d'aspirer
au changement. Car, derrière les déclarations sur la bonne
santé économique et financière du pays, les indices
de croissance continue ou de réduction de l’inflation et du déficit
budgétaire, se cache une réalité socio-économique
qui n'a rien d'enviable. Étudiants, salariés, chômeurs,
ménagères, chauffeurs de taxi, beaucoup de Sénégalais
s'avouent ouvertement "fatigués" d'un système clientéliste
et corrompu où la redistribution des richesses se fait entre quelques-uns,
au détriment de l'immense majorité de la population.
"Reew mi daffa metti!" (littéralement,
"Ce pays nous fait mal !") cette formule qui revient sans cesse dans les
conversations témoigne pudiquement de la galère quotidienne.
Alors, afin d'échapper à la morosité ambiante et à
l'absence de perspectives, la jeunesse de Dakar et des principales villes
s'est inventé une vie parallèle "au-dessus de ses moyens".
Les discothèques ne désemplissent pas, l'élégance
vestimentaire s'est hissée au rang d’une véritable religion,
et la semaine se décline à l’image d’un éternel week-end…Pour
le reste, on verra demain.. ! !
NOUVELLES VIOLENCES EN CASAMANCE :
Nouvelles scènes de panique
à Ziguinchor, la capitale de la Casamance, le 29 avril. De violents
bombardements ont, en effet, secoué la zone périphérique
est de la ville. Selon un communiqué laconique de l'armée
sénégalaise, il s'agissait de « tirs de harcèlement
au mortier" menés par des "éléments armés incontrôlés".
Les attaques ont obligé les habitants à fuir les quartiers
de Néma Il et Kandialang visés, tandis qu'à Nyassa,
sur la route de Ziguinchor vers le Cap Skirring, l'armée s'est aussi
opposée à un groupe de rebelles. Le lendemain, même
scénario, ou presque. Bilan des bombardements et des affrontements,
26 morts et de nombreux blessés (assaillants, militaires et civils).
Ces événements marquent-ils
une reprise de la guerre menée par le Mouvement des forces démocratiques
de Casamance (MFDC), en rébellion armée depuis 1983? Il y
a seulement trois mois, on disait pourtant la région "sur le chemin
de la paix". Le 22 janvier, le président Diouf rencontrait, pour
la première fois, l'abbé Diamacoune Senghor, le secrétaire
général du MFDC. A l'issue de l'entrevue historique, le leader
des indépendantistes lançait un appel à la paix. Signe
de bonne volonté de la part du gouvernement, 123 rebelles membres
du MFDC étaient libérés. Le MFDC, lui, désarmait
ses militants.
Ce nouvel épisode sanglant
rappelle en définitive que la paix ne fait pas encore l'unanimité
chez les séparatistes. La constatation n'est pas nouvelle : des
cessez-le-feu ont déjà été signés dans
le passé, en 1993 et en 1995. Mais ils n'ont pas été
respectés par l'une ou l'autre des branches du MFDC. Car si le mouvement
remet en cause depuis ses débuts l'unité et le principe de
l'Etat-nation sénégalais, il est lui-même rongé
par des divisions intestines.
En 1992, une scission a donné
naissance à deux tendances : d'un côté le Front nord
dirigé par Sidy Badji, alors chef d'état-major du MFDC et
qui a conclu et respecté un accord de paix avec le gouvernement
sénégalais en 1993, et de l'autre côté l'aile
radicale avec le Front sud de l'abbé Diamacoune Senghor. En 1993,
les observateurs étaient déjà incapables de dire qui
dirigeait réellement le mouvement. Aujourd'hui, trois tendances
sont en présence: celle des civils, celle des maquisards et celle
des représentants u mouvement à l’extérieur. Chez
les maquisards, on trouve principalement Salif Sadio, chef de la branche
militaire du Front Sud.
An moment ou le MFDC annonçait
le désarmement de ses hommes, il semble que l'opération menée
par un autre chef de maquis, Léopold Sagna, n'avait pas été
acceptée par tous, notamment par Sauf Sadio. A l'extérieure,
Mamadou "Nkrumah" Sané, l'un des représentants du mouvement
en Europe, fait aussi figure "d'ultra" pour s'être toujours prononcé
pour l'indépendance de la région. Une solution que le gouvernement
(et l'ensemble de l'opinion sénégalaise) refuse d'envisager,
comptant plutôt sur une politique de décentralisation pour
régler le conflit.
Lors de son appel d'octobre 1998,
l'abbé Diamacoune avait lancé l'idée d'un Comité
de pilotage provisoire de 34 membres pour mettre tout le monde d'accord.
Depuis plusieurs mois, on annonce aussi une réunion à Banjul,
en Gambie, pour rassembler les différentes tendances du mouvement.
Mais rien ne se passe, preuve que les difficultés pour unifier le
mouvement sont toujours d'actualité. Or, sans concertation préalable,
les négociations avec le gouvernement
sénégalais sont
difficiles à engager.
Aujourd'hui, les responsables du
MFDC s'interrogent encore sur l'identité des commanditaires des
récents assauts. Au moment des faits, les chefs de maquis, Salif
Sadio et Robeit Sagna, se trouvaient, semble-t-il, en Guinée-Bissau.
Les autres, des dissidents du Front nord qui continuent la guerre, rencontraient
à la frontière gambienne une délégation envoyée
par l'abbé Diamacoune. A Ziguinchor c'est l'inquiétude après
ces offensives qui ont touché des civils. Un communiqué signé
par l'abbé Diamacoune dénonce les "officines tapies dans
l'ombre et qui continuent de faire du problème de la Casamance un
fonds de commerce » alors que le temps est révolu de faire
la guerre »
Sources :
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier