Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Articles tirés de Journaux africains
ARTICLES SELECTIONNES A PARTIR DE JOURNAUX AFRICAINS

LE MALAISE SENEGALAIS (Octobre 1997)

Durant trois mois - de mars à mai - la concertation relative à une réforme du code électoral aura mis à nu, les nombreuses faiblesses d'une opposition dont les repères
semblent de plus en plus brouillés. Alors que faisait rage la bataille pour arracher au pouvoir la création d'une commission électorale, on retiendra que l'opposition n'aura fait montre ni de cohésion ni de sérénité. A défaut d'un front uni et compact, les monologues parallèles auront été la règle chez les différents leaders de l'opposition. Cela donnera lieu à une bruyante cac~ phonie faite de petites phrases, d'anathèmes régulièrement assenés et de procès d'intentions. Dans cette atmosphère qui commençait à sentir le soufre, on pouvait commencer à noter; en fm de compte, que la cause de la création d'une commission électorale (Ceni) était assez peu populaire au sein de l'opinion. Comment alors expliquer que l'opposition n'ait pas réussi à mobiliser davantage l'opinion autour de ce qui était apparu comme son cheval de bataille face au pouvoir ? Un commentateur politique nous confie: "Guidée par une telle obsession, l'opposition est restée sourde aux clameurs en provenance de tous les secteurs en lutte dans le pays. Et, pendant ce temps, le PS continuait d'occuper le terrain en vue des législatives de 199&" Mais, plus fondamentalement, l'opposition serait-elle affectée de quelque tare, travers ou handicap?
Selon Abdou Sow, politologue de renom, "une alternance interne est devenue nécessaire pour l'opposition. L 'alternance n 'est pas jusqu’ici incarnée par un homme ou une femme qui serait porteuse des espoirs de changement. Me Abdoulaye Wade a sans doute été celui qui s'est le
plus rapproché du modèle, mais ils 'en éloigne aussi de plus en plus. Bien des hommes politiques sont entrés dans leur dernière décennie de militantisme actif Ce sens du sacrifice exige des opposants une haute idée du Sénégal une perception plus modeste de leur personne, voire de leur pays. Mais il y a une telle hypertrophie de l'image que certains opposants se font d'euxmêmes et de leur formation qu'ils en arrivent à reléguer au second plan les intérêts du Sénégal au nom desquels ils sont entrés en politique. On peut se demander si tout cela n 'est pas qu'un jeu, une occupation d'adultes amateurs de joutes politiques comme ils auraient pu être « accros »de spectacle de lutte ou de tournois de belote. Cette idée se confirme du fait de l'inamovibilité des chef à la tête des formations politiques. Les mêmes leaders arc-boutés à la direction de certains partis deviennent objectivement des obstacles à l'évolution des discours politiques et des méthodes de lutte pour l'alternance. C'est l'une des grandes faiblesses de l'opposition que de laisser à sa tête se scléroser des individus que, pour des raisons de rentabilité politique, elle aurait tout intérêt à remplacer Le refus de changer le personnel politique dans le sens de son
rajeunissement est caractéristique d'une sorte de fatalité de la défaite sur fond de discours militant. La question de la régénération de l'opposition se pose avec acuité. Le défilé immuable de la même liste d'opposants finit par lasser les citoyens. L'institutionnalisation, depuis six ans, du gouvernement de majorité élargie pose des problèmes d'identification au sein d'une opposition dont une grande partie est comme frappée de schizophrénie."
Face à cette opposition, Abdou Sow fait remarquer que "les socialistes ont de grandes aptitudes à comprendre leurs adversaires, à cerner leur personnalité et à développer en conséquence des moyens pour les combattre plus efficacement. L'immobilisme institutionnel est compensé par d'incessants mouvements à l'intérieur du PS. "Cependant, parce qu'au Sénégal il est devenu urgent de procéder à une révision en profondeur, voire une révolution du modèle socio-politique ainsi que du rapport entre le politique et le citoyen, un haut fonctionnaire, rencontré à Dakar, préfère renvoyer dos-à-dos pouvoir et opposition pour établir le constat suivant: "La cohésion sociale se lézarde et les inégalités sont de plus en plus criantes. C'est le primat de l'arrogance, du favoritisme. Tout cela est à la base du désespoir et des angoisses au sein d'une population qui  a le sentiment de vivre dans un pays sans gouvernail. Au lieu de se battre, à tort ou raison pour une Ceni, il faudrait d'abord se pencher sur la désaffection de plus en plus grande des gens vis-à-vis du politique et des modèles actuels de gestion de la cité. La perte des valeurs et de repères est devenue une constante. Puis, on assiste au règne de l'inconscience syndicale, du syndicalisme factice et fictif des corporatistes rétrogrades. C'est le sentiment de confusion, face aux priorités que l'on ne cerne plus, qui entraîne les situations d'impasses et de crises..."

GROS PLAN SUR OUSMANE TANOR DIENG (Mars 1998)

On ne peut rencontrer le Sénégalais Ousmane Tanor Dieng sans s'empêcher de penser à ce type de personnage totalement atypique, aussi bien par la puissance de ses convictions que par l'éclat de son rayonnement personnel, et qui semble assumer pleinement un destin qui serait bien lourd à porter pour d'autres épaules.
Ministre d'Etat, ministre des Services et Affaires présidentiels, Ousmane Tanor Dieng est également le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) au POLI-voir. L'énoncé même de ses fonctions officielles suffit à souligner le rôle clé qu'il joue actuellement sur l'échiquier politique national. En fait, la fulgurance de son itinéraire a surpris tous les observateurs de la scène politique sénégalaise, qui ne manque pourtant pas de « poids lourds». Les choses sont arrivées très vite, comme Si son pays réclamait d'urgence ses services, et il n'a pas eu le temps de choisir la carrière qu'il voulait mener.
Après des études de droit, Ousmane Tanor Dieng se préparait sereinement à entamer une carrière d' avocat ou de diplomate au ministère des Affaires étrangères lorsque la nouvelle lui parvint que le premier miinistre de l'époque, Abdou Diouf, recherchait un conseiller diplomatique pour le président Léopold Sédar Senghor. Son nom ayant été suggéré par Abdou Diouf , l'ancien chef de l'Etat n'hésita pas à s'attacher ses services. Il ne fut pas déçu : après quelques mois seulement de travail à la présidence, Ousmane Tanor Dieng était déjà parvenu à établir sa propre réputation professionnelle, démontrant ainsi qu'il n'était pas simplement un cadre «parachuté » et « protégé du premier ministre », mais un technocrate méticuleux et accompli.
Nul ne fut donc surpris le jour où, devenu chef de l'Etat, Abdou Diouf en fit son conseiller diplomatique puis son directeur de cabinet. Se concentrant sur ses dossiers et veillant à ce que l'organisation du travail à la présidence offre les meilleurs résultats pour tous les services gouvernementaux, il fut longtemps perçu comme un gestionnaire, certes efficace, mais destiné à demeurer dans l'ombre.
Les choses commencèrent à changer lorsque Abdou Diouf décida de lui confier les relations extérieures du PS, à une époque où le parti au pouvoir montrait quelques signes d'essoufflement. On le vit alors nouer de fructueux contacts aussi bien au sein de la classe politique nationale qu'au-delà des frontières, résoudre des problèmes, désamorcer des crises et conclure des accords plus ou moins tacites qui ont permis au PS de retrouver de sa vigueur d'antan.
Très logiquement, le chef de l'Etat l'encouragea à prendre en mains le comité stratégique informel qui pilote le parti. Ce travail le conduisit d'ailleurs à diriger la campagne électorale d'Abdou Diouf lors de l'élection présidentielle de 1993. Ce n'est qu'à ce moment là que le grand public découvrit réellement la dimension politique du technocrate.
Toujours sous l'impulsion du chef de l'Etat, Ousmane Tanor Dieng est ensuite devenu premier secrétaire du PS. Diriger un parti que l'on accuse d'avoir subi l'usure du pouvoir est une gageure surtout dans un pays comme le Sénégal où l'électorat sait proclamer son impatience. Prenant le taureau par les cornes, Ousmane Tanor Dieng opte pour le franc-parler. Dressant un bilan sans fard de l'action du parti au cours des années précédentes, il identifie les succès et les échecs, et pousse au renouvellement des structures dirigeantes et réorganise les stratégies de mobilisation sociale.

Rendant quotidiennement compte de son action politique au président Abdou Diouf dont il a l'absolue confiance, il parvient à recrédibiliser le message politique du PS et à le redynamiser. Aujourd'hui, il se prépare pour les prochaines échéances : les élections législatives du mois de mai, et les manifestations pour la célébration du cinquantenaire du parti, au mois de septembre.
Depuis quelques années, les Sénégalais ont appris à connaître cet homme jeune et énergique qui fait désormais la une des journaux. Son magnétisme personnel, que même ses adversaires politiques lui concèdent en privé, facilite la diffusion de son message.
Fidèle à sa réputation d'homme dont la ponctualité est la première marque d'élégance, il a bien voulu recevoir Jeune Afrique Econoinie, le 2 février 1998, à 9 heures du matin, dans son bureau du palais présidentiel de Dakar. Situé au premier étage de l'aile la plus prestigieuse du palais, son bureau est en réalité l'antichambre du bureau présidentiel. Tous ceux qui ont accès à Abdou Diouf empruntent le corridor qui passe devant son bureau pour se rendre chez l'aide de camp et le secrétaire particulier du chef de l'Etat.
Régulièrement présenté comme étant l'homme à tout faire du président Abdou Diouf, il éprouve une authentique fierté à servir ce chef d'Etat auquel il voue une fidélité sans faille. Mais d'être un inconditionnel du Président ne l'empêche d'ailleurs pas de lui exprimer franchement ses idées sur les choix politiques opérés. Une chose est sûre: dans l'univers impitoyable de la politique sénégalaise, où la trahison semble être l'art de la survie, Ousmane Tanor Dieng a définitivement choisi son camp, et nul à Dakar ne doute qu'il irait jusqu'à se sacrifier pour le président Abdou Diouf.

L'HEURE DE VERITE (Mars1998)

Après des investitures «sanglantes » dans tous les partis, et la vraie fausse bataille de la rénovation au sein d'un Parti socialiste (PS) au pouvoir qui a
refait son unité sans les «rénovateurs» conduit par l'ancien ministre Djibo Ka, le nouveau scrutin se déroule désormais sur fond de guerre de succession à l'intérieur des partis politiques; notamment autour du président Abdou Diouf qui, s'il est réélu, inaugurera en l'an 2000 son dernier mandat de sept ans. Un pari hautement symbolique pour celui qu'on considère comme son dauphin en titre, le ministre d'Etat  Ousmane Tanor Dieng.
 «Ne comptez pas sur moi pour scier la branche sur laquelle je suis assis». Au dernier conseil national du PS qui s'est tenu le 14 mars, le président Abdou Diouf a été clair fidélité à l'héritage du senghorisme, adhésion aux règles du centralisme démocratique, renouvellement de la confiance à Ousmane Tanor Dieng, élu premier secrétaire en mars 1996, et au Premier ministre Habib Thiam.
Avant de mettre en garde contre les « déclarations fantaisistes et imprudentes, les procès d'intention contre (PS et ses dirigeants, par des gens aveugles par la passion et la démesure et qui n’hésitent pas à nous diaboliser». Rappelant qu'il est le président de tous les Sénégalais, Abdou Diouf préconise un débat interne (dont il se fait le garant) et statutaire au sein du parti avec trois impératifs et défis majeurs pour le siècle prochain: consolidation des acquis démocratiques, impulsion et modernisation accrue (l'Assemblée nationale ne compte que 14 femmes sur 120 élus), responsabilité. Dans son dernier discours à la nation, le président propose un nouveau statut pour l'opposition et le financement de l'activité des partis politiques. Le tandem Abdou Diouf-Dieng résiste aux chocs. Le premier reste le maître du jeu; il a balisé le chemin pour le second à la tête d'un parti qui se veut aujourd'hui indépendant et moderne face aux caciques et à leurs méthodes. Même Si le courant rénovateur est venu enrichir le terrain politique, le PS, parti de masse, a encore la haute main sur l'intérieur et l'arrière pays. Le Sénégal ne s'arrête pas à Dakar l'intellectuelle, là où l'opposition a fait son nid. Oubliant que le PS est devenu une grosse machine électorale, un parti de proximité, une petite famille à la base ou par le biais de la solidarité, le militant attend son sucre, son lait et sac de riz, des préoccupations souvent éloignées de l'idéologie. Le président Abdou Diouf veut se faire une paix à part avec la société civile, en attirant à lui l'élite et de nombreuses têtes d'affiche. Même Si dans le milieu des artistes par exemple, seul le chanteur Omar Penn a proclamé publiquement son soutien inconditionnel au président sénégalais: « Quand ma mère est décédée, il a été le seul à m 'envoyer un télégramme de condoléances», dit-il. Sous sa présidence, le processus démocratique progresse même Si demeurent des préoccupations concernant davantage de pluralisme, de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption. Un journaliste américain en stage à Dakar témoigne:
«Aujourd'hui il y a des radios libres, les gens s'engueulent en wolof, tu te fais entendre chez toi, il n'y a plus de sujet tabou ou délicat tout est couvert, bien sûr avec des excès dus à l'inexpérience».
Reste la succession; après le mandat de l'an 2000, que va devenir Ousmane Dieng, après le scrutin du 28 mai ? Un homme de confiance du président continue contre vents et marées à maintenir l'unité du parti, et ses adversaires le reconnaissent aussi chaleureux en privé que froid en public.
Il réserve tous les jours des surprises à tous ceux qui l'enterrent trop tôt, comme hier le président Abdou Diouf considéré comme un simple administratif du système Senghor,
peu chaleureux, technique, pas enclin à la démagogie. OTD soigne encore son image de grand seigneur à petite dose, arbitrant nuit et jour entre les clans, apportant un nouveau souffle. Léopold Sedar Senghor a ouvert la voie du pluralisme, Abdou Diouf après avoir libéré la voie sera-t-il le président de l'alternance?

A quelques jours de l'élection législative du 24 mai, l'opposition sénégalaise est
confiante; elle est rassurée par deux choses: l'existence d'un Observatoire national des élections de neuf membres, dirigé par le général à la retraite, Manitadou Niang. Et la présence à la tête du ministère de l'Intérieur d'un autre général, Lamine Cissé. Tous deux bénéficient d'un préjugé favorable au sein de la population Mais l'opposition n'a pas surmonté ses faiblesses habituelles émiettée entre ses différentes chapelles, elle ne réussit guère à faire son unité, même sur une base programmatique minimale. Malgré quelques tentatives d'union avortées, quelques responsables rêvent encore de front mais le conflit de leadership reste fort.

Si certains reprochent à Me Abdoulaye Wade d'être finalement entré au gouvernement d'Abdou Diout dans l'ensemble, le Parti démocratique sénégalais (PDS) qu'il préside reste encore le parti le plus fort de l'opposition, la locomotive qui draine les autres. Landing Savané, le leader de And-Jef, comme de nombreux petits partis, ira seul aux élections avec pour objectif fondamental d'obtenir un groupe parlementaire de 15 députés. L'arithmétique électorale sénégalaise est compliquée; le Parti socialiste (PS) vise un score minimum de 100 députés, les «Rénovateurs» de Djibo Ka se créditent de 20 députés, le PDS se voit avec une majorité de 71 députés et il n'y a que 140 sièges à pourvoir ! Comme le parti au pouvoir, l'opposition a connu ses heures de déchirements pour les investitures, nouvelle plaie de la démocratie sénégalaise. Dans tous les états-majors, c'est la course au placement, certains députables non investis menaçant de rejoindre le parti adverse. Me Wade, par exemple, a été accusé d'avoir confectionné seul sa liste nationale, chez lui, entouré de ses adjoints Ousmane Ngom, Idrissa Seck et Aminata Tall. C'est ainsi que le maire PDS des Parcelles Assainies (populaire banlieue de Dakar) s’est retrouvé à la 62ème place. Provoquant des dissensions internes dans un parti dominé en sourdine par le conflit entre les deux lieutenants de Me Wade, Ousmane Ngom et Idrissa Seck. Pour le chef du PDS, qui est sorti du gouvernement pour la deuxième fois, estimant qu'il est difficile d'attaquer un gouvernement auquel on participe, il doit se «positionner».

A chaque élection, le pays est frappé par le nomadisme politique; l'année dernière, le maire PS de Sedhiou, Balla Moussa Daffé, est parti en dissidence au PDS, le temps d'une élection municipale avant de revenir après, jurant par tous les saints n'avoir jamais eu de fibre politique pour Wade. Deux opposants restent encore au gouvernement; Serigne Diop du PDS- Rénovation (ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement), et Abdoulaye Bathily de la LD/ PMT (ministre de l'Environnement), qui n'ont à ce sujet aucun état d'âme; Amath Dansoko, lui, a été limogé en 1996 pour avoir «trop parlé» en critiquant la mal gouvernance. Au début, le président Abdou Diouf ne voulait pas se séparer de lui jusqu'à ce que le comité central du parti de Dansoko récidive dans les critiques contre le pouvoir. D'autres petits partis essentiellement dakarois, essayent de se faire entendre en stéréo comme le Bloc des citoyens Gaindé de Jean Paul Dias ou le RND, parti fondé par le professeur Cheikh Anta Diop. Le CDP Garag Gi du professeur Iba Der Thiam connaît aussi ses problèmes d'existence; l'inventeur du célèbre slogan électoral «Abdou nous suffit» bivouaque aujourd'hui sur les terres de l'opposition. Son adjoint Samba Diouldé Thiam est allé renflouer la petite barque des «rénovateurs» de l'ancien ministre Djibo Ka.

Depuis le 2 avril, l'ancien ministre des Affaires étrangères a définitivement sauté le pas pour créer une liste indépendante du parti socialiste avec Samba Diouldé Thiam, Doudou Sarr et Talla Sylla de l'Alliance pour le progrès et la justice. Le fond de l'affaire est une histoire de pouvoir. Le PS, jusque-là,   fonctionnait selon une règle non écrite qui veut que lorsque un camarade libère son poste ou sa fonction, on lui trouve un point de chute. L'ancien cacique devient ainsi ambassadeur, fonctionnaire –ambassadeur dans une organisation internationale, président de conseil d'administration pour oublier déboires et se refaire une santé. Evincé du gouvernement en mars 1995, Djîbo Ka a été laissé sur la touche, en réserve, en dehors des instances du parti; il a compris alors qu'à la longue, faute de positionnement, grand était le risque de le voir basculer dans le trou noir, de se faire enterrer debout. Il lui faut à tout prix obtenir au moins un siège de député. Mors il réunit un groupe d'amis qui ne sont plus dans la «chambre des machines» du parti et de l'Etat: Abdourahamane Touré, ancien ministre du commerce en 1987, ambassadeur à Abidjan, directeur de la Sotexa; Mbaye Diouf, ancien ministre de la pêche, destitué de la vice-présidence de l'As-semblée nationale; un proche de l'ancien secrétaire général de la présidence Jean Collin, Tidiane Daly N'Diaye, ex-patron de la SPT et de la radio télévision sénégalaise. Ce carré de fidèles décide de croiser le fer avec ceux qu'ils appellent les «administratifs» du PS incarnés, selon eux, par le premier secrétaire Ousmane Tanor Dieng (OTD), face à des militants «authentiques».

OTD devient leur cible de choix, un homme imposé au parti, de leur point de vue, par la simple volonté du président Diouf au congrès de 1995. En réalité, le leader du renouveau estime qu'un homme de son rang ne peut être ainsi envoyé aux oubliettes. Car Djibo n'est pas sans ambitions; politique, il a toujours été du bon côté de la barrière depuis qu'il a été récupéré par le PS en 1968 pour devenir successivement: directeur de cabinet du président Léopold Sedar Senghor, ministre sans interruption sous Abdou Diouf depuis 1981 (éducation, information et communication, intérieur, affaires étrangères). On ne lui connaît guère d'état d'âme: «Des' que Senghor est parti du pouvoir en 1981, il est devenu dioufiste à 200 %; il ne voulait même plus entendre parler de l'ancien président sur les ondes, pour lui, il fallait immédiatement faire la place à Abdou Diouf, se souvient un ancien de l'Orts (télévision sénégalaise). Sa montée en flèche lui vaut quelques inimités avec certains de ses anciens mentors qui lui reprochent son arrogance, comme l'actuel ministre des Affaires étrangères Moustapha Niasse; il n'hésite pas un jour à le boxer en plein conseil des ministres.
Depuis  le début de leur fronde,les «rénovateurs» (dont sept qui n'ont pas de cartes  d'électeurs) voulaient en réalité négocier avec le pouvoir mais il était trop tard.

Désormais hors du parti, Djibo Ka voit grand, comme hier Léopold Sedar Senghor face au puissant député Lamine Gueye. Il rêve de destin national et ne veut pas se tromper, surtout que personne ne sait pourquoi il est tombé. «Djibo a trop assisté à la mort politique des gens pour se faire des illusions sur son propre sort», déclare un de ses anciens proches. «Les sénégalais aiment les martyrs, toute la politique est faîte de cela, c'est pourquoi Djibo est applaudi dans de nombreuses assemblées», déclare Kader Diop, directeur adjoint du bureau de l'AFP Dakar. Autoritaire et ambitieux, médiatique sans être vraiment populaire, le grand copain du président burundais Pierre Buyoya a décidé à ses risques et périls de croiser le fer avec son ancien parti dont il prophétise la chute.

Et nous en apprend de belles sur les rassemblements artificiels du PS à coups de millions, les cartes frauduleuses, les routes qui sont un danger public entre Matam et Lin-
point que l'actuel ministre de la santé, Assane Diop a promis sans  rire  de «faire interner les rénovateurs à l'hôpital psychiatrique de Fann »...  Les plus farouches partisans   de Dubo Ka n'hésitent même plus à enfourcher un cheval ethnique jusque-là inconnu au Sénégal, en jouant  la
carte d'un repli sur le fief de Linguère et Matam peuplé pour l'essentiel de Peulhs.  Politisant  le départ de cadres du nord comme Abdourahamane Sow du ministère de l'intérieur et la non accession du colonel Mountaga Diallo au poste de chef d'état-major des armées.
Le test ne marche pas fort, c'est le propre oncle de Djibo, l'ancien président de l’Assemblée nationale Daouda Sow qui est investi par le PS à Linguère. Les Sénégalais ne trempent pas facilement dans des clivages ethniques; même les histoires de castes ne payent plus tellement en politique.
Djibo- Wade même combat ? Me Wade est aussi allé redonner confiance à une base qui ne supporte plus le «gnaralé» (grand écart) de son chef surtout que d'autres partis voulaient profiter de son entrée au gouvernement pour le remplacer. Pour lui, c’est la fin d'une apnée politique; sa présence au gouvernement a posé un cas de conscience à certains de ses partisans et sa dernière croisade avec le président Diouf est resté mémorable. ayant pris, par des déclarations publiques, fait et cause pour le ministre de l'économie et des finances Ousmane Sakho, en divergence avec le Premier ministre Habib Thiam sur la gestion du fonds de promotion économique, on aurait entendu le président Abdou Diouf morigéner le leader de l'opposition: « M le ministre, je ne vous donne plus la parole, vous n'écoutez jamais ce que je vous dis». C'est ainsi que le Sénégal s'acheminait vers de nouvelles élections. Soukaina Diagne, jeune journaliste de Wal Fadjiri, n'avait pas l'intention de voter: « Qu’ils fassent ce qu’ifs veulent, l'essentiel, c'est de vivre avec mes droits»

Abdou Diouf est Tidjane, Abdoulaye Wade est Mouride. A chaque échéance électorale, la classe politique se rue chez les grands dignitaires religieux, qui pour chercher un soutien, qui pour obtenir une bienveillante neutralité. Les deux principales confréries du pays, les Mourides et les Tidjanes contrôlent moralement l'essentiel de l'électorat depuis le
fin mai, c'est la course au fameux «Ndiggel» (consigne sacrée du Khalife livrée à ses fidèles). Si les grands khalifes mourides observent une stricte neutralité (l'actuel Serigne Saliou Mbacké est le moins politique des Khalifes), il n’en est pas de même chez les princes et petits marabouts. Dans les confréries, chacun a son réseau M.wade a réussi à placer un influent membre khalife des mourides sur sa liste de députés. Le patron des «Baye Fall» (volontaires du mouridisme qui font la quête sociale dans les rues de Dakar) a promis qu'il n'y aura pas d'élection sans
lui et ses centaines de milliers de fidèles en l’an 2000. Certains petits marabouts sont devenus des hommes d'affaires ou patron d'Ong, comme Khalifa Niasse «1’ex ayatollah de Kaolack», après avoir monopolisé l'actualité il y a quelques années en multipliant les opérations coups de poing très médiatiques contre le régime. Comme d'autres menacent l'Etat, au besoin, de créer un parti islamiste chaque fois qu’ils ont une affaire de droit commun sur les bras. Moustapha Sy, le chef des terribles moustachirdines (dont les partisans en  1994 ont conduit les émeutes contre les policiers ) a fait la paix avec OTD. Son père, le chef des Tidjanes, a toujours soutenu le président Abdou Diouf, mais les Tidjanes sont plus libéraux face aux votes et gestionnaires du sacré.

Pour les Mourides, les choses sont plus compliquées; depuis le « Ndiggel »lancé par le khalife général Serigne Abdoul Lakhad Mbacké en faveur du président Abdou Diouf, les disciples et fidèles qui n'ont pas reçu de «contre-Ndiggel» s'interrogent sur la désuétude de la jurisprudence de 1993. Du reste, les Mourides restent une communauté soudée, sociale, sacralisant le travail. C'est à travers le mouridisme que s'incarne aujourd'hui le nationalisme sénégalais face à l'assimilation, la disparition.
En attendant le scrutin, chacun se faisait un remake des événements de 1993: pays bloqué, crise, drame, malgré l'adoption d'un code consensuel. l'archevêque de Dakar, Hyacinthe Thiandoum, autorité morale incontestée dans un pays musulman à 90%, a lancé une consigne :
« Il faut que force reste à la loi d’amour ».

INJECTION DE FONDS  (Avril 1998)

La signature d'un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) conditionne souvent l'accès aux financements d'autres bailleurs de fonds. Le Sénégal n'y fait pas exception:
le FMI a approuvé en avril l'octroi d'un prêt de 144 millions de dollars sur trois ans au titre d'une Facilité d'ajustement structurel renforcé (FASR). Trois jours plus tard, réunis à Paris au bureau européen de la Banque mondiale, les autres bailleurs de fonds, onze bilatéraux et vingt-sept multilatéraux, se sont déclarés disposés à lui fournir environ deux milliards de dollars pour soutenir ses réformes économiques et son ambitieux programme d'investissement pour la même période 1999-2000.
Les bailleurs de fonds ont apprécié les progrès significatifs accomplis par ce pays depuis 1995, année de leur dernière rencontre. «Nous félicitons le Sénégal pour sa gestion économique au cours de quatre dernières années», déclare le directeur des opérations pour le Sénégal à la Banque mondiale, Mahmood Ayub, qui présidait la réunion des bailleurs de fonds. Une satisfaction qui est allé droit au coeur des huit ministres sénégalais présents ce jour-là dans la capitale française.

L'imposante délégation sénégalaise était conduite par Mamadou Lamine Loum, ministre des Finances et du Plan, qui n'a pas caché sa joie. «Nous allons pouvoir travailler avec visibilité», se réjouit-il. Ayant eu lieu un mois, jour pour joui; avant les élections législatives du 24 mai, la réunion de Paris a sans nul doute permis au gouvernement sénégalais de peaufiner ses thèmes de campagne; les bailleurs de fonds et la délégation gouvernementale ont noté de réels progrès réalisés en termes de croissance et de stabilité macroéconomique, en matière de développement du secteur privé, de la réforme et la gestion de l'administration publique, de l'éducation dans un environnement économique en mutation et enfin, le développement agricole et rural. Reste que la communauté des bailleurs de fonds attend du gouvernement sénégalais - qui s'y est d'ailleurs engagé - qu'il améliore «ses politiques, et ses structures et procédures administratives».
Un objectif affiché de part et d'autre est de promouvoir le développement du secteur privé. Ce qui a toujours été une des prescriptions des institutions de Bretton Woods. Sauf que dans le cas du Sénégal, on attribue peut être un peu trop de vertus au secteur privé : elle serait la principale source de croissance, d'emplois et de diminution de la pauvreté. Pas moins ! En tout cas, le gouvernement du Premier ministre Habib Thiam y croit dur
 comme fer. Lamine Loum n'hésite pas à conférer un rôle clé au secteur privé qu'il qualifie de «générateur de richesses». «Il faut lui enlever toute entrave», ajoute-t-il.
Il est vrai que le Sénégal a toujours souffert d'une administration qui a gardé une tradition dirigiste. Ce qui n'a pas favorisé le développement du secteur privé dans ce pays.
Dans  un  document contenant sa stratégie d'aide au Sénégal, la Banque mondiale constate avec amertume «Bien qu’il ait possède un des régimes politiques desplus stables en Afrique et en dépit d'un important programme de stabilisation macroéconomique, le Senégal n'a pu attirer un volume appréciable d'investissements étrangers directs.» En 1996,par exemple, les entrées de capitaux dans ce pays n'ont pas dépassé 10 millions de dollars, alors que le montant total pour l'ensemble des pays en développement s'est monté à 245 milliards de dollars. Le Sénégal peut donc mieux faire en dépit de l'inexistence des ressources minières et pétrolières. Mais les raisons qui expliquent cette contre-performance résident, selon la Banque, dans des procédures administratives et judiciaires complexes et peu transparentes, un programme inachevé de privatisation et des coûts élevés de facteurs de production tels que l'eau, l'électricité et les transports.
Dans sa stratégie d'aide au Sénégal, la Banque prévoit, on s'en doute, d'appuyer des réformes visant à libérer les initiatives privées. Cette stratégie poursuit un objectif fondamental  la réduction de la pauvreté et la création d'emplois rémunérés, notamment
pour les jeunes. En 1960, le produit intérieur brut (PIB) par habitant du Sénégal était de l'ordre de 1017 dollars (dollar constant de 1985). Ce qui plaçait ce pays devant la Corée du Sud. En 1993, le PIB par habitant de ce dragon sud-est asiatique était au moins quinze fois supérieur à celui du pays d'Abdou Diouf. Depuis, la situation s'est assurément améliorée. Mais la pauvreté reste malgré tout très répandue au Sénégal. «Si on tire le seuil de pauvreté à 100000F CFA par personne et par an, la pauvreté frappe 38% de la population (les  zones rurales sont plus atteintes (67%) que  les zones urbaines»
Malgré une croissance moyenne du PIB de l'ordre de 5% au cours de trois dernières années et une inflation ramenée à un niveau de 2%, la pauvreté reste le point noir du programme d'ajustement structurel de l'économie sénégalaise. Et la Banque mondiale d'expliquer : « Il est indéniable que ces résultats n 'ont pas été obtenus sans coûts sociaux. Ceci  s’expliquent par le démantèlement du secteur public, qui avait dominé le paysage économique pendant plus de trente ans. Le  taux de chômage restent élevés, et pour les jeunes des villes de vingt à trente-quatre ans, il semble que l’austérité budgétaire se soit bien traduite par une réduction des enveloppes accordées aux secteurs sociaux, en particulier ceux de la santé et de l’éducation, et par une dégradation des indicateurs sociaux». Cette austérité budgétaire a permis de ramener le déficit budgétaire de près de 6% du PIB en 1994 à moins de 1,5% en 1997. Le prix à payer n'est-il pas trop élevé pour les plus démunis ? Ceci ne manquera pas d'apporter de l'eau au moulin des détracteurs des programmes d'ajustement structurel en Afrique....
Le programme des réformes du gouvernement sénégalais pour 1998-2000 appuyé par les institutions de Bretton Woods vise à établir les conditions pour un taux de croissance du PIB réel (hors inflation) de 5 à 6% par an; soit le double du taux de croissance démographique qui atteint 2,7%. Ce qui devrait, en rapport avec la lutte contre la pauvreté, induire une progression du revenu par habitant de 2 à 3% par an. Il est également prévu de contenir l'inflation à moins de 3% et de réduire le déficit de la balance des paiements courants à moins de 7% du PIB au terme du programme.
S'agissant des réformes sectorielles, le gouvernement sénégalais fonde son action sur le neuvième Plan de développement économique et social adopté par l'assemblée nationale en février 1997. l'agriculture, qui fournit plus de 20% de la valeur ajoutée globale et 60% des emplois, y occupe une place de choix. Elle est l'une des priorités du gouvernement. «Aujourd'hui, explique Lamine Loum, il s'agit de faire en sorte que le revenu du paysan augmente et qu'il soit incité a produire davantage».
Sur le plan social, les objectifs gouvernementaux sont multiples et variés. Il s'agit de porter le taux de scolarisation primaire à75% en l'an 2000 contre 65% aujourd'hui, de promouvoir l'éducation des filles et des femmes et enfin, de réduire le taux d'illétrisme à moins de 50% de la population en l'an 2000 contre 62% en 1997. Le Sénégal procède, selon Lamine Loum, à la rationalisation de ses droits de douanes et des exemptions. Cette réforme tarifaire devrait se traduire dans un premier temps par une moins-
value de 100 milliards de F cfa. «L'aide des bailleurs de fonds est nécessaire pour amortir ces coûts transitoires».
Les pays «sous programme d'ajustement structurel» ont souvent tendance, en période électorale, à laisser filer le déficit budgétaire et à remettre à plus tard des réformes structurelles difficiles ou susceptibles de provoquer des tensions sociales. En l'an 2000 aura lieu une élection présidentielle au Sénégal. Assistera-t-on à ce «mauvais scénario» ? Le FMI et la Banque mondiale ne semblent pas l'exclure totalement. Ils ont prévu l'un, d'assécher le robinet de l'aide et l'autre, d'en réduire le débit. De son côté, l'ensemble des bailleurs de fonds a appelé le gouvernement sénégalais à poursuivre les réformes avec la même énergie. Lamine Loum se veut rassurant. « Le gouvernement du Sénégal, tout en mesurant le chemin appréciable parcouru, reste déterminé à garder le cap sur la rigueur dans la gestion économique et financière, à achever les réformes déjà engagées et à entreprendre et à accomplir celles qui restent à effectuer avant 2001», promet-il.
«Il ne suffit pas de recevoir 2 milliards de dollars - dont 560 millions de dollars de la Banque mondiale - pour croître», poursuit lucidement Lamine Loum. On sait depuis belle lurette qu'il n'existe pas de lien mécanique entre croissance économique et aide extérieure. «Il faut travailler», conclut le ministre.

ANALYSE DES DERNIERES LEGISLATIVES (Mai 1998)

L'élection législative de mai a renforcé Ousmane Tanor Dieng, le premier secrétaire du Parti socialiste et ministre d'Etat chargé des affaires présidentielles, que d'aucuns imaginaient en perte de vitesse. Mais, tirant les leçons du scrutin passé, le parti au pouvoir fait le pad d'une ouverture vers la société civile. En attendant de trouver une réponse au problème de «Monsieur Gorgobu» qui court du matin au soir pour avoir son plat de riz

Le Premier ministre Habib Thiam a rendu son tablier. L'ami fidèle du
chef de l'Etat Sénégalais a dû laisser la place le 4 juillet à un jeune homme de 46 ans, Mohamed lamine Lourn, ministre sortant de l'Economie et des Finances qui «monte» à la primature Proche du ministre d'Etat Ousmane Dieng. Loum n'est resté que quelques mois
aux Finances où il avait remplacé Pape Ousmane Sakho en janvier, suscitant moult commentaires et remous. Le ministre des affaires étrangères sortant, Moustapha Niasse, a repris ses affaires et Sa «liberté de parole» après avoir été pressenti tant de fois à la Primature. C'est un gouvernement socialiste pur sucre, mêtiné de cadres issus de la société civile qui voit le jour. On note d'abord au sein de la nouvelle équipe, des portefeuilles confirmés comme Ousmane  Dieng aux affaires présidentielles, Sagna Robert (Agriculture), Lamine Cissé (Intérieur), Cheikh Hamidou Kane
(Forces armées), André Sonko (Education), Mamadou Faye (Eau), Maguelle Diouf (Energie, mines et industrie), Alassane Dialy N'Diaye (Pêche), Landing Sané (Transports), Tidiane Sylla (Tourisme), Elirnane Kane (Culture), Aminata Mbengue N'Diaye (Afflures sociales), Assane Diop (Santé), Abdouraamane Sow (Habitat et urbanisme). l'opposition classique est sortie du gouvernement, à l'exception notable de Serigne Diop, leader du PDS rénovation (première dissidence du parti de maître Abdoulaye Wade) qui mine de rien, fait son petit bonhomme de chemin, se retrouvant à la Justice après le ministère du Travail et celui de la Communication. On enregistre le départ du gouvernement de grosses pointures comme lMoustapha Niasse, déjà cité, qui cède sa place à Jacques Baudin, et le retour (ou la permutation) d'anciens ministres comme Ablaye Makhtar Diop (Modernisation de l'Etat), maire du Plateau, ex-ministre de la jeunesse au look de «boy Dakar», et des nouveaux ministres: Mohamed El Moustapha Diagne (Economie et finances), Iba Gueye (Jeunesse), l'avocate Aissata Tall Sall (Information et Communication),  Balla  Moussa  Daffe (Recherche scientifique et technologie), maire de Sedhiou, un moment transfuge du parti au pouvoir vers le PDS de Me Abdoulaye Wade; Habibatou Mbaye, responsable du mouvement des femmes PS, Cherif Macky Sall (Décentralisation), maire de la banlieue populaire de Guediawaye, Mame Bounama Sall, président du conseil régional de Thiès, adjoint de Tanor dans la même ville, ex-patron de la Lonase, et ancien directeur de cabinet de Ibra-hima FalI aux AftLires étrangères, Aissatou Niang Ndiaye (Budget), El Hadj Ibrahima Sall (Plan), ex cadre de la Banque de l'habitat du Sénégal.

Maintenant pour le président Abdou Diouf qui sera sans doute candidat à l'élection présidentielle de l'an 2000, il faudra combiner à la fois une réponse aux difficultés économiques que connaît le pays et l'ouverture d'un parti resté blindé de l'intérieur.
Car les résultats en forme d'avertissement au parti au pouvoir sont clairs. Sur une population électorale de trois millions de citoyens, seul un million a fait le déplacement pour le scrutin du 24 mai, un fort taux d'abstention engendré pour certains par l'absence de «Sopi», de «changement», la précarité du système social, avec des gens qui ne savent plus à quel saint se vouer. D'autant plus qu'en terme de paranoïa pré-électorale, les «blancs de Dakar» en ont rajouté: le consul de France à Dakar aurait demandé à ses compatriotes de se préparer à une évacuation imminente, d'avoir des stocks de l'eau, des vivres et bougies - en prévision d'affrontements.

Au finish, un résultat qui a donné plus de peur que de mal: 93 députés pour le PS (35 à la proportionnelle, 58 sur la liste départementale), le PDS 23 députés, (12 sur la liste nationale et Il sur la départementale). Le Renouveau de l'ancien ministre Djibo Ka qui affiche un score de 11 députés (9 sur la liste nationale et deux sur les départements), And Jef de Landing Savané a quatre députés sur la liste nationale; LD/ MPT a trois députés, et un député pour chacun des autres petits partis:
PDS/R, Bloc des citoyens Gaindés (BCG) de Jean Paul Dias, le CDP Garag-Bi de Iba Der Thiam, PIT de Amath Dansoko, RND fondé par le professeur Cheickh Anta Diop et animé par le professeur Madior Diouf. l'e PS a certes gagné, mais les habitants de Daaar et banlieue (où l'opposition a raflé la mise) lui ont lancé un sérieux  avertissement comme en 1993 et 1998. Depuis, les groupes parlementaires sont en voie de formation, la LD/MPT et le RND ont baptisé le leur «Démocratie et liberté» En attendant And Jef, PDS, CDP et le PIT. Djibo Ka qui se voulait comme «une gifle à la face du PS» a connu une percée non négligeable, celle d'un homme qui se sent injustement écarté d'un parti (pour lequel il a lutté toute Sa vie) qui l'a excommunié. Devenu la troisième force politique du pays, Djibo Ka a demandé pardon au peuple sénégalais. Depuis la fin du scrutin, tous les partis sont entrés en transe post-électorale: Me Abdoulaye Wade, qui voulait remanier son parti et mettre fin aux querelles de succession, a pour le moment échoué dans cette tàche, avec le départ de son ancien numéro deux Ousmane Ngom avec Laye Diop Diatta, pourtant nommés vice-président et secrétaire général permanent. En claquant la porte, Ngom a parlé de «dérive monarchique» et s'en est allé créer le Parti libéral sénégalais (PLS) avec Marcel Bassène et Thierno Samb.

Ousmane Tanor Dieng a-t-il perdu, lui aussi ? Il est évident que le parti s'est fait
mordre une partie de son électorat par les rénovateurs de Djibo Ka; le pouvoir a payé le coût social de la démocratie, le prix des difficultés économiques d'un pays dont l'essentiel des ressources repose d'abord sur les hommes, l'essoufflement d'un système politique qui bute devant la porte de l'alternance. Refondation ou rénovation? Le parti au pouvoir se cherche. Le ministre Djibo Ka, écarté le 15 mars 1995, a attendu deux ans pour créer son propre parti; il pourra désormais exploiter l'usure du système et capitaliser les «protestations alimentaires» des Sénégalais. Que va faire le reste de l'opposition ? Continuer la bataille dans les chambres ou - revenir au gouvernement...
Tout le monde se demande au finish, Si l'exception démocratique sénégalaise, comme dans la bonne tradition locale, ne finira pas encore par le «massla», un arrangement entre 'vainqueur et vaincu, entre l'arbre (politique) et l'oiseau (opposant). C'est toujours mieux que les transitions à coup de machette et de mutinerie.

LA DEMOCRATIE MISE A MAL (Juillet 1998)

Une fois de plus, le "paradoxe sénégalais" s'est imposé, incontournable. Dans ce pays cité en exemple à l'extérieur de ses frontières comme un modèle de régime démocratique, nul cependant n'est dupe : faute de la moindre alternance politique et d'une représentation conséquente de l'opposition à l'Assemblée nationale, la démocratie à la sénégalaise reste virtuelle. Depuis 1960 en effet, date de l'indépendance, un seul parti préside aux destinées du pays : le Parti socialiste sénégalais (PS), dont le président, Abdou Diouf, est également chef de l’Etat depuis dix-sept ans. Après trente-huit années passées aux commandes, disposant à chaque élection d'une majorité (en sièges) tellement écrasante qu'il peut se permettre de gouverner seul, le PS a néanmoins pris l'habitude depuis quelques années d'ouvrir certains portefeuilles ministériels aux représentants de partis d'opposition. Un cadeau empoisonné, que bien peu d'entre eux avaient jusqu'à présent eu le courage de refuser. La manifestation la plus spectaculaire de cette ouverture instituant une "majorité présidentielle élargie" fut sans doute le ralliement au gouvernement, à partir de 1991, de M Abdoulaye Wade,leader du Parti démocratique sénégalais (PDS) et principal opposant au PS depuis plus de deux décennies.

EN MARS DERNIER, ESPÉRANT SE REFAIRE UNE VIRGINITE d'opposant à la veille des législatives, ce dernier avait démissionné du gouvernement, entraînant avec lui les cinq ministres issus de son parti. Durant la campagne et après la proclamation des premiers résultats, il n'a pas mâché ses mots à l'encontre du régime honni, énumérant ses tares : incapacité à gouverner, népotisme, corruption, affairisme, trucage des élections, etc. Une partition qui eût certainement paru plus crédible aux électeurs si M Wade s'était abstenu de travailler si longtemps aux côtés de ceux qu'il dénonce opportunément aujourd'hui. Au lendemain du scrutin, les leaders des principales formations de l'opposition indiquaient (sans toutefois l'exclure totalement) qu'ils n'envisageaient pas cette fois de participer au gouvernement, soulignant que l'ampleur de la victoire socialiste rendait superflue une nouvelle cohabitation. De son côté, le premier secrétaire du Parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng, précisait qu'une telle éventualité relevait "de la seule compétence du président de la République".

A travers les errements du "ministre-opposant" Abdoulaye Wade, c'est un peu de la détresse   politique du Sénégal qui se trouve cristallisée. Car il ne suffit pas de souhaiter le remplacement du PS à la tête du pays : encore faut-il pouvoir lui substituer une alternative crédible, fondée sur des leaders non suspects de compromissions et porteurs de réelles espérances. A cet égard, doit-on voir dans l'ancien cadre du PS Djibo Leyti Ka, fondateur du mouvement dit "du Renouveau démocratique" (crédité, pour sa première apparition électorale, de 11 sièges soit 12 % des suffrages - contre 93 sièges au PS et 23 au PDS), un opposant sincère capable d'espérer inquiéter Abdou Diouf à l'occasion de la présidentielle de l'an 2000 ou, à défaut, de déboulonner les socialistes lors de prochaines échéances électorales ? Il est encore trop tôt pour le dire. Car l'itinéraire de Djibo Ka, qui a finalement dû quitter le PS le 30 mars dernier, après que la création du courant du Renouveau a été condamnée par Abdou Diouf durant le Conseil national du parti, est intimement lié à l'appareil socialiste. Grandi au sein du sérail, plusieurs fois ministre, membre pendant plus de vingt ans du PS, cet opposant de dernière minute fit irruption sur la scène politique à quelques semaines du scrutin, épaulé par onze collaborateurs dont dix sont, eux aussi, des transfuges du PS.

AVEC ONZE DÉPUTÉS ÉLUS, LE Renouveau réussit son examen d'entrée, ce qui ne va pas sans susciter l'inimitié de ses anciens "camarades" et de certains opposants traditionnels. Du côté du PS, on qualifie Djibo Kâ de "traître", d' "opportuniste", et l'on attribue sa sécession à ses ambitions carriéristes qui ne pouvaient se satisfaire de la disgrâce dont il fait l'objet, depuis 1995, au sein du parti présidentiel (où Abdou Diouf lui a préféré le docile Ousmane Tanor Dieng). Au PDS, Abdoulaye Wade reproche au nouveau venu de promouvoir un "vote ethnique", Djibo Kâ bénéficiant d'un a priori favorable parmi les communautés peulh et halpulaar. A mots couverts, le leader du PDS ajoute que les fondateurs du Renouveau auraient bénéficié de la complicité des socialistes, qui pensaient affaiblir ainsi le principal parti de l'opposition. Que cette accusation soit ou non fondée, il est certain qu'en l'absence d'un compromis électoral entre le parti "libéral" de Wade et le Renouveau avant la présidentielle, une double candidature Abdoulaye WadeDjibo Kâ risque fort d'assurer la victoire du candidat Diouf. Mais il est vrai qu'il n'est pas dans la culture politique sénégalaise de se rallier à la candidature d'un concurrent...
Djibo Kâ, l'ex-enfant terrible du PS, considère pour sa part avoir engagé une véritable dynamique en faveur de son mouvement, dont il annonce la constitution prochaine en parti politique àpart entière. Mais il se refuse pour l'instant à annoncer s'il compte être candidat à la magistrature suprême dans dix-sept mois. Devenu un farouche critique de "l'Etat-PS", Djibo Kâ doit désormais faire oublier aux sceptiques qu'il en fut l'un des piliers.

LE DÉCOR AINSI PLANTÉ, ON NE PEUT s'étonner de la torpeur qui a anesthésié le pays avant, pendant et après ces élections, malgré plusieurs meetings riches en couleurs. Trois millions de Sénégalais sur près de neuf millions s'étaient inscrits sur les listes électorales. Un million et demi seulement se sont rendus aux urnes. A peine 50 % d'entre eux ont voté pour le PS. Ce parti réussit donc l'exploit de rassembler, avec quelque six cent mille voix, 93 sièges sur 140 à l'Assemblée. Détenteur de la majorité absolue (71 sièges), il enfonce également le quota requis pour disposer de la majorité qualifiée (84 voix). La formation présidentielle peut ainsi envisager de modifier la Constitution ou la loi électorale au gré de ses intérêts. Déjà, le premier secrétaire du PS parle du souhait de son parti d'instituer un scrutin majoritaire à deux tours, là où l'opposition réclame une proportionnelle intégrale. De même, Ousmane Tanor Dieng envisage de revenir sur la disposition électorale qui fait obligation, pour être élu au premier tour, aux candidats à la présidentielle de recueillir un minimum de 25 % des suffrages exprimés. Une mesure qui, Si elle devait être adoptée, semble taillée sur mesure pour Abdou Diouf, candidat à sa propre succession, dont les scores (en voix) ne cessent de décroître depuis 1983.

SI CHACUN AU SÉNÉGAL VOYAIT venir le, raz-de-marée socialiste du 24 mai, bien peu se sentaient en mesure de l'enrayer par leur vote, d'où la forte abstention constatée (61 %), conjuguée à la faiblesse du nombre d'inscrits suries listes électorales. Les déclarations fracassantes de certains opposants -Wade en tête - réclamant, entre le jour du vote et la proclamation des résultats par la cour d'appel, l'annulation pure et simple de l'élection n'auront finalement été qu'un coup de gueule sans lendemain. Aucune manifestation ne sera même venue perturber l'après-scrutin, en dépit des multiples irrégularités constatées.
il est vrai qu'au Sénégal, quoi qu'en disent les responsables et militants du PS, ce n'est un secret pour personne que les urnes peuvent tenir un discours différent de celui des électeurs. il n'était qu'à écouter, le jour du vote, les témoignages et réclamations recueillis par les reporters des radios indépendantes pour avoir une idée de la panoplie déployée par les autorités afin d'éviter toute déconvenue au PS. Fabrication de fausses pièces d'identité facilitant les votes multiples ou permettant à des militants socialistes d'utiliser les cartes d'électeur de militants de l'opposition et de voter à leur place. Délivrance de faux certificats de conformité (nécessaires lorsque les informations contenues sur la carte d'électeur diffèrent de celles figurant sur la carte d'identité). Achat par le parti-Etat de la "conscience" de certains inscrits qui se sont vu offrir de 25OO FCFA à 1OOOO FCFA (25à100 FF) pour céder leur carte d'électeur ou pour accepter de voter PS. Rétention de cartes d'électeur le jour du vote. Ouverture des bureaux au-delà de l'heure légale prévue dans les circonscriptions où les estimations, à la mi-journée, laissaient entrevoir une victoire de l'opposition. Absence opportune des présidents et assesseurs dans les bureaux défavorables au PS, bloquant le scrutin pendant une partie de la journée. Et cætera...

Voilà sans doute pourquoi c'est sans guère d'illusions que les Sénégalais appréhendaient ce scrutin, convaincus depuis de nombreuses années que rien ne peut entamer la suprématie du Parti socialiste. Une seule amélioration pour ce cru électoral l99~ la création d'un Observatoire national des élections (Onel), concédé par Abdou Dîouf à une opposition qui réclamait la mise sur pied d'une Commission électorale nationale indépendante (Céni). Si le travail réalisé par l'Onel et l'indépendance de ses membres ont été salués par les dix-huit partis en lice, sa supervision n en aura pas moins fait office de cache-sexe face aux fraudes de plus ou moins grande ampleur qui ont émaillé le scrutin. Et l'opposition de réclamer aujourd'hui l'extension des prérogatives de l'Observatoire, afin que Cet organisme puisse, à terme, être chargé de l'organisation du vote au détriment de l'administration, jugée trop proche du PS. Si le Sénégal a signé un nouveau bail de cinq ans avec le PS, ce n'est pas faute, pourtant, d'aspirer au changement. Car, derrière les déclarations sur la bonne santé économique et financière du pays, les indices de croissance continue ou de réduction de l’inflation et du déficit budgétaire, se cache une réalité socio-économique qui n'a rien d'enviable. Étudiants, salariés, chômeurs, ménagères, chauffeurs de taxi, beaucoup de Sénégalais s'avouent ouvertement "fatigués" d'un système clientéliste et corrompu où la redistribution des richesses se fait entre quelques-uns, au détriment de l'immense majorité de la population.
"Reew mi daffa metti!" (littéralement, "Ce pays nous fait mal !") cette formule qui revient sans cesse dans les conversations témoigne pudiquement de la galère quotidienne. Alors, afin d'échapper à la morosité ambiante et à l'absence de perspectives, la jeunesse de Dakar et des principales villes s'est inventé une vie parallèle "au-dessus de ses moyens". Les discothèques ne désemplissent pas, l'élégance vestimentaire s'est hissée au rang d’une véritable religion, et la semaine se décline à l’image d’un éternel week-end…Pour le reste, on verra demain.. ! !

NOUVELLES VIOLENCES EN CASAMANCE :

Nouvelles scènes de panique à Ziguinchor, la capitale de la Casamance, le 29 avril. De violents bombardements ont, en effet, secoué la zone périphérique est de la ville. Selon un communiqué laconique de l'armée sénégalaise, il s'agissait de « tirs de harcèlement au mortier" menés par des "éléments armés incontrôlés". Les attaques ont obligé les habitants à fuir les quartiers de Néma Il et Kandialang visés, tandis qu'à Nyassa, sur la route de Ziguinchor vers le Cap Skirring, l'armée s'est aussi opposée à un groupe de rebelles. Le lendemain, même scénario, ou presque. Bilan des bombardements et des affrontements, 26 morts et de nombreux blessés (assaillants, militaires et civils).
Ces événements marquent-ils une reprise de la guerre menée par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), en rébellion armée depuis 1983? Il y a seulement trois mois, on disait pourtant la région "sur le chemin de la paix". Le 22 janvier, le président Diouf rencontrait, pour la première fois, l'abbé Diamacoune Senghor, le secrétaire général du MFDC. A l'issue de l'entrevue historique, le leader des indépendantistes lançait un appel à la paix. Signe de bonne volonté de la part du gouvernement, 123 rebelles membres du MFDC étaient libérés. Le MFDC, lui, désarmait ses militants.
Ce nouvel épisode sanglant rappelle en définitive que la paix ne fait pas encore l'unanimité chez les séparatistes. La constatation n'est pas nouvelle : des cessez-le-feu ont déjà été signés dans le passé, en 1993 et en 1995. Mais ils n'ont pas été respectés par l'une ou l'autre des branches du MFDC. Car si le mouvement remet en cause depuis ses débuts l'unité et le principe de l'Etat-nation sénégalais, il est lui-même rongé par des divisions intestines.
En 1992, une scission a donné naissance à deux tendances : d'un côté le Front nord dirigé par Sidy Badji, alors chef d'état-major du MFDC et qui a conclu et respecté un accord de paix avec le gouvernement sénégalais en 1993, et de l'autre côté l'aile radicale avec le Front sud de l'abbé Diamacoune Senghor. En 1993, les observateurs étaient déjà incapables de dire qui dirigeait réellement le mouvement. Aujourd'hui, trois tendances sont en présence: celle des civils, celle des maquisards et celle des représentants u mouvement à l’extérieur. Chez les maquisards, on trouve principalement Salif Sadio, chef de la branche militaire du Front Sud.
An moment ou le MFDC annonçait le désarmement de ses hommes, il semble que l'opération menée par un autre chef de maquis, Léopold Sagna, n'avait pas été acceptée par tous, notamment par Sauf Sadio. A l'extérieure,  Mamadou "Nkrumah" Sané, l'un des représentants du mouvement en Europe, fait aussi figure "d'ultra" pour s'être toujours prononcé pour l'indépendance de la région. Une solution que le gouvernement (et l'ensemble de l'opinion sénégalaise) refuse d'envisager, comptant plutôt sur une politique de décentralisation pour régler le conflit.
Lors de son appel d'octobre 1998, l'abbé Diamacoune avait lancé l'idée d'un Comité de pilotage provisoire de 34 membres pour mettre tout le monde d'accord. Depuis plusieurs mois, on annonce aussi une réunion à Banjul, en Gambie, pour rassembler les différentes tendances du mouvement. Mais rien ne se passe, preuve que les difficultés pour unifier le mouvement sont toujours d'actualité. Or, sans concertation préalable, les négociations avec le gouvernement
 sénégalais sont difficiles à engager.
Aujourd'hui, les responsables du MFDC s'interrogent encore sur l'identité des commanditaires des récents assauts. Au moment des faits, les chefs de maquis, Salif Sadio et Robeit Sagna, se trouvaient, semble-t-il, en Guinée-Bissau. Les autres, des dissidents du Front nord qui continuent la guerre, rencontraient à la frontière gambienne une délégation envoyée par l'abbé Diamacoune. A Ziguinchor c'est l'inquiétude après ces offensives qui ont touché des civils. Un communiqué signé par l'abbé Diamacoune dénonce les "officines tapies dans l'ombre et qui continuent de faire du problème de la Casamance un fonds de commerce » alors que le temps est révolu de faire la guerre »

Sources :
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier