Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ASPECT GEOPOLITIQUE

ASPECT GEOPOLITIQUE

État littoral d'Afrique occidentale borné à l'ouest et au nord par la Guinée, à l'est par le Liberia. Son territoire ramassé, presque carré, oppose des régions côtières à forte densité à un intérieur peu peuplé composé des hauts plateaux et des montagnes de la dorsale guinéenne. Ce petit espace présente une très grande diversité humaine, source de tensions et d'oppositions à caractère ethnique qui dominent une vie politique agitée. Le puzzle humain résulte des conditions particulières du peuplement.

Des migrations guerrières de populations d'origine mandé refoulèrent divers groupes autochtones avant d'atteindre la côte en même temps, semble-t-il, que les navigateurs portugais. Parmi eux, les Temné et les Mendé comptent chacun pour environ 30 % de la population ; ils ne cessent de s'opposer politiquement. Plusieurs groupes vivent de part et d'autre des frontières, tels les Soussou (Guinée) et les Vaï (Liberia), ce qui facilite la contrebande.

Du XVIe au XVIIIe siècle, les populations côtières ont fortement participé à la traite esclavagiste. Toutes les puissances maritimes européennes fréquentèrent ces rivages qui bénéficiaient en particulier d'un excellent mouillage, à l'abri de la presqu'île à laquelle les Portugais avaient donné le nom de Sierra Leone. C'est précisément ce site qui fut choisi par les Anglais en 1787 pour y établir une colonie d'anciens esclaves des États-Unis et des Antilles réfugiés en Angleterre. Freetown, créée en 1792, devint la principale base navale anglaise du golfe de Guinée. La traite ayant été interdite par les Anglais (congrès de Vienne, 1815), plusieurs dizaines de milliers d'esclaves libérés à la suite de l'arraisonnement des bateaux négriers vinrent grossir la colonie au cours de la première moitié du XIXe siècle. Ils constituèrent une population de créoles ayant statut de sujet britannique.

La colonie ne comprenait guère que la presqu'île de Freetown. C'est seulement à la fin du XIXe siècle que l'Angleterre entreprit d'y adjoindre un arrière-pays qui devint protectorat en 1896. Colonie et protectorat fusionnèrent en 1961 lors de l'accession à l'indépendance de la Sierra Leone, érigée en République en 1971. La construction de l'unité nationale se fait difficilement car les particularismes ethniques restent forts. La vie politique est dominée par les luttes tribales, les rivalités entre créoles (environ 12 % de la population, un tiers de chrétiens), Temné et Mendé. Le népotisme et la corruption font figure de mode de gouvernement ; l'économie minière de la Sierra Leone a facilité cette évolution.

L'essentiel des ressources de l'État provient en effet du diamant. Des réseaux de contrebande dont les ramifications s'étendent jusqu'au haut personnel politique contrôlent une partie de la production et de la vente. La Sierra Leone a fini par devenir le carrefour international de la contrebande du diamant. Cette situation rend difficile la remise sur pied d'une économie gravement déstructurée, notamment par suite de l'abandon de l'agriculture au profit d'un rush sur le diamant qui n'a été qu'un miroir aux alouettes pour beaucoup d'apprentis aventuriers.

Arrivé au pouvoir en 1985, le général Joseph Momoh n'est pas parvenu à assainir la situation en dépit de l'appui du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Le 29 avril 1992, un coup d'État militaire l'a renversé. Le nouvel homme fort, le capitaine Valentine Strasser, a la tâche ardue de briser la corruption généralisée et le trafic de diamants, et de rétablir le contrôle de l'État dans la région frontalière du Liberia menacée par une rebellion qu'entretient la guerre civile libérienne.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier