Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1997

LE PAYS DE 1982 A 1997

La Sierra Leone, (3,7 millions d'habitants) ancienne colonie anglaise, a un peu la même origine que le Liberia, les quakers ayant facilité dans ce territoire l'implantation d'esclaves affranchis, mais la bourgeoisie afro-américaine n'y a pas monopolisé le pouvoir. Deux grandes ethnies autochtones se disputent traditionnellement la prééminence, l'une d'entre elles bénéficiant du soutien militaire de la Guinée de Sékou Touré. La principale exportation est constituée par la bauxite et les diamants.

Ancienne colonie anglaise, la Sierra Leone (3,7 millions d'habitants) a sensiblement la même origine que le Liberia voisin. L'économie repose essentiellement sur l'exportation des matières premières minérales: minerai de fer, bauxite, rutile et diamant. La mine de fer de Marampa a été mise à nouveau en exploitation en 1983, après sept ans d'inactivité. La Sierra Leone est restée tout au long de l'année 1983 sous le contrôle des autorités internationales malgré une dette qui reste modeste (400 millions de dollars). Les nouveaux investissements étaient donc négociés avec les institutions et les pays les plus divers: Autriche (mine de fer), Iran (recherche d'hydrocarbures et or), Banque libanaise, Arabie saoudite, Badea, FMI, etc.

La Sierra Leone (3,5 millions d'habitants) est née à la fin du XVIIIe siècle de la volonté des antiesclavagistes de réinstaller en Afrique les esclaves affranchis des Caraïbes ou d'Amérique. Ainsi fut fondée "Free-Town" qui devint par la suite la capitale des territoires africains sous domination anglaise. Après l'indépendance, accordée en 1961, le nouveau régime a connu une succession de coups d'État jusqu'à ce que Siaka Stevens prenne le contrôle du pays, avec l'appui de la Guinée de Sekou Touré. L'ancien secrétaire général du syndicat des mineurs, président de la République depuis 1971, au pouvoir en fait depuis dix-sept ans, s'est représenté en 1985 aux élections présidentielles, à l'âge de soixante-dix-huit ans.

La situation économique en 1985 restait préoccupante malgré les nouvelles concessions des pays créanciers face à une dette estimée à 400 millions de dollars: la contrebande du diamant, les mouvements sociaux dans les mines de fer de Marambo, la corruption généralisée étaient autant de facteurs qui assombrissaient les perspectives de ce pays.

En Sierra Léone, après la démission de Siaka Stevens, ancien président de la république au pouvoir pendant vingt ans, le All People's Congress (APC), parti unique, a choisi comme candidat à la succession le général Joseph Saidu Momoh. Les élections du 1er octobre 1985 ont donc été une formalité et le général Momoh a pris ses fonctions le 5 octobre. Mais, quatre mois à peine après son investiture, le général-président a échappé à une tentative de coup d'État: le 20 février 1986, les autorités françaises arraisonnaient dans le port de Brest un cargo panaméen, le Silver Sea, transportant environ soixante-dix mercenaires et un nombre non précisé de Sierra Léonais dont l'objectif était de débarquer à Freetown pour renverser le président Momoh.

La situation économique n'est pas brillante. L'inflation se situe à un rythme annuel de 40%. Les recettes du diamant ont connu une chute de 80% à cause du marché noir ; les revenus miniers (bauxite, fer) et agricoles (café, cacao, huile de palme) ont diminué. Depuis décembre 1985, le manque de devises étrangères et la spéculation des négociants ont entraîné une pénurie de pétrole. L'Algérie s'est alors engagée à aider la Sierra Léone à sortir de l'impasse en lui fournissant 60 000 tonnes. Dans une telle conjoncture, Freetown a accepté en mars 1986 les conditions du FMI: le gouvernement s'est engagé à dévaluer le leone, à réduire les salaires et à supprimer les subventions en faveur du pétrole et du riz en échange de quoi il a obtenu un prêt de 50 millions de dollars.

Au plan économique, le gouvernement de la Sierra Léone a lancé en juillet 1986 un programme de "révolution verte" destiné à donner un coup de fouet à l'agriculture. Le texte de ce document prévoit notamment de passer d'un déficit de 180 000 tonnes en 1986 à un excédent de 75 000 tonnes en 1989 pour le riz, d'améliorer les races en matière d'élevage, de rentabiliser la pêche, d'assurer l'autosuffisance alimentaire du pays, et de lutter contre la désertification et l'érosion des sols...

Le 14 novembre 1986, la Sierra Léone a obtenu des crédits du FMI d'un montant total de 400 millions de francs français. Mais, en contre-partie, le gouvernement du général Joseph Saidu Momoh a accepté un certain nombre de conditions, dont la suppression des subventions sur le riz et les produits pétroliers. Dans la foulée, les créanciers de la Sierra Léone (RFA, Belgique, États-Unis, France, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse), réunis au sein du Club de Paris, ont annoncé le 20 novembre qu'ils acceptaient un rééchelonnement important de la dette extérieure du pays, qui atteignait 435 millions de dollars à la fin de 1984.

Au plan social, la politique du général Momoh a été durement critiquée par le Conseil chrétien uni (UCC) et par la Chambre de commerce en avril 1986. L'UCC a mis en cause la mainmise des Libanais sur l'économie nationale, alors que la Chambre de commerce a déploré la constante dépréciation de la monnaie nationale, le léone. En février 1985, le léone avait été dévalué de 140%.

Sur le plan politique, la Sierra Léone a traversé une grave crise au premier trimestre 1987. Un grand mouvement de grève a été déclenché par les étudiants le 29 janvier pour obtenir une hausse du taux de leurs bourses. Les brutalités policières ont fait deux morts. Plusieurs dizaines d'étudiants ont été arrêtés, dont Sah Foyoh, leader du mouvement. La découverte d'une "tentative de coup d'État", le 22 mars, a permis au général Momoh de limoger son premier vice-président, Francis Minah, et de placer en résidence surveillée l'ancien chef d'État Siaka Stevens qui, depuis sa démission de la Présidence de la République en octobre 1985, continuait de diriger le parti unique, le Congrès de tout le peuple (APC).

En mars 1987, le gouvernement sierra-léonais dénonçait une tentative de coup d'État contre le président Joseph Saidu Momoh. Le procès des conjurés a duré jusqu'au 10 octobre ; sur les 18 inculpés, 16 ont été condamnés à mort, dont l'ancien premier vice-président Francis Minah et l'ancien chef de la police Gabriel Kaikai. Deux policiers ont été condamnés à sept et quatre ans de prison, respectivement.

Sur le plan économique, la Sierra Léone est en déroute. Le 2 novembre, le président Joseph Momoh a déclaré que le pays était en "état d'urgence économique": il n'était plus permis de conserver plus de trois jours à son domicile une somme supérieure à 150 000 leones (environ 6 000 dollars), et de thésauriser la monnaie nationale... Aussitôt, le Parlement a voté une loi qui assimile la corruption à un crime et suspendu les licences d'exportation pour l'or et le diamant en en réservant l'exclusivité à la Banque de Sierra Léone et au gouvernement. Le 26 novembre quatorze étrangers étaient arrêtés pour détention illégale de devises étrangères.

Réunis à Freetown le 2 mars 1988 pour un sommet de l'Union du fleuve Mano, les dirigeants de Guinée, du Libéria et de la Sierra Léone ont décidé de créer une union monétaire. Un tel projet devrait permettre l'harmonisation des politiques économiques ainsi qu'une lutte plus efficace contre les fraudes douanières.

Une page de l'histoire politique du pays a été définitivement tournée avec la mort de Siaka Stevens qui fut à la tête de la Sierra Léone pendant dix-sept ans avant de se retirer au profit du général Joseph Momoh, en novembre 1985.

La mauvaise situation a nécessité la reconduction de l'état d'urgence économique proclamé en 1987. Les pénuries d'eau, de carburant et d'électricité ont été fréquentes. La corruption et la contrebande de diamants, une des principales sources de devises, se sont maintenues à un très haut niveau alors que les salaires ont été rongés par une inflation galopante. Cette situation a contraint le gouvernement du général Momoh à procéder à un ajustement du taux de change de la monnaie nationale par rapport au dollar ; le taux précédent était jugé "peu réaliste" par les experts.

Cette mesure a eu pour effet de réduire les prix à la consommation. Pour lutter contre les pénuries, les pouvoirs publics ont par ailleurs décidé d'affecter une partie des rentrées en devises provenant de la vente de diamants à l'achat de produits de première nécessité.

Au plan diplomatique, une brève crise a opposé le pays au Libéria voisin. La cause en a été l'expulsion de soixante-dix ressortissants sierra-léonais du Libéria, mesure de rétorsion contre la tolérance dont, selon le gouvernement libérien, Freetown ferait preuve à l'égard de certains opposants au régime du sergent Doe. Les relations bilatérales se sont cependant normalisées grâce à la médiation du Togo et du Nigéria.

Inéligible comme le Libéria à l'aide du FMI, et ce depuis 1988, la Sierra Léone a réussi à renouer le contact avec l'institution internationale. Signe de leur bonne volonté, les autorités sierra-léonaises ont accepté de dévaluer la monnaie nationale. La situation dramatique de l'économie n'autorisait aucune autre échappatoire. L'État s'avérait dans l'incapacité de payer ses agents, notamment les fonctionnaires du ministère du Travail, contraints de se mettre en grève pour réclamer deux mois de traitement impayés. Le général Momoh, chef de l'État, a pris acte de cette situation. Reconnaissant officiellement que l'état d'urgence économique - destiné à lutter contre les fraudes, la corruption et la spéculation -, décrété en 1987, n'avait donné que des résultats mitigés, il en a proclamé l'abolition en juin 1989. Les efforts du gouvernement pour enrayer les pénuries endémiques de produits pétroliers sont restés vains, et ce en dépit d'une augmentation de 100% des prix. A l'issue d'une rupture d'approvisionnement de trois semaines en mai 1989, l'État a entièrement nationalisé la compagnie de raffinage dont il détenait déjà une part majoritaire, suite au rachat des actions d'Agip et de British Petroleum lors de leur retrait du pays. Le secteur privé a en revanche été autorisé à importer du riz. Cette céréale est la nourriture de base des Sierra-Léonais et ses importations s'élèvent annuellement à 35 millions de dollars.

Au plan politique, des rumeurs non confirmées ont fait état d'une tentative de coup d'État appuyée par la Libye.

Contrairement à la plupart de ses voisins, le régime du Président Joseph Momoh ne s'est acheminé que très lentement vers l'instauration du multiparatisme. La revendication démocratique, portée par les étudiants ou par l'influente Association des avocats, a certes abouti à la mise en place d'une commission officielle chargée d'étudier un "éventuel" passage au multipartisme, mais celle-ci n'a pas semblé pressé de livrer ses conclusion alors que des élections législatives étaient prévues en mai 1991. C'est donc dans un contexte politique incertain que la Sierra Léone a amorcé son plan d'ajustement structurel conclu en novembre 1990 avec le FMI. L'objectif en était de freiner le commerce parallèle, de stabiliser les prix et d'améliorer le système fiscal ainsi que la balance commerciale. La libéralisation économique a eu cependant pour premiers résultats une hausse des prix, sur les carburants notamment, et la baisse des taxes sur les licences d'exploitation de l'or et du diamant. Une certaine reprise a semblé s'amorcer, ainsi que l'a suggéré la remise en activité, sous contrôle d'Aer Lingus (Irlande), des lignes aériennes nationales. Shell et Mobil ont annulé en juillet 1990 une partie (44 millions de dollars)de la dette de l'État à leur égard. Celui-ci a cependant dû faire face à l'afflux sur son territoire de quelque 280 000 réfugiés libériens, auxquels se sont ajoutés 10 000 Sierra-Léonais ayant fui le Libéria.

Alors que le pays s'acheminait vers le multipartisme, le 29 avril 1992, un coup d'État a renversé le président, général Joseph Saidu Momoh. Les militaires qui ont pris le pouvoir ont installé un Conseil national provisoire de gouvernement présidé par le capitaine Valentine Strasser. Ce coup de force est intervenu dans un contexte économique difficile. En effet, d'une année à l'autre, les problèmes se sont accentués, ainsi qu'en ont témoigné les pénuries cycliques de produits de base, une situation d'autant plus paradoxale que la Sierra Léone, potentiellement riche, a dû faire face à la déperdition de ses ressources naturelles: ainsi en est-il du diamant, par exemple, dont la contrebande a représenté annuellement quelque 200 millions de dollars. Afin de lutter contre ce fléau, le gouvernement de J. S. Momoh avait annoncé la promulgation d'une nouvelle réglementation des licences d'exploitation et de commercialisation.

Par ailleurs, dans le domaine pétrolier, la firme américaine Chevron International a remporté, en février 1992, un appel d'offres pour la fourniture de pétrole brut (150000 tonnes d'abord, puis 300 000 tonnes par la suite). Un autre accord avec la France, le 18 février 1992, a prévu la livraison de 1460 tonnes de farine de blé dont la vente devait permettre le financement de projets de santé rurale et de développement. Enfin, un pas de plus vers la libéralisation économique a été fait avec l'autorisation accordée, en février 1992, à toute personne résidant dans le pays d'ouvrir un bureau de change, à condition de posséder en permanence un compte créditeur de 25 000 dollars dans une banque commerciale de la place.

Le régime du général Joseph Saidu Momoh a été renversé par un coup d'État militaire en avril 1992. Le Conseil national provisoire de gouvernement (NRPC), qui s'est emparé du pouvoir, est passé sous la direction d'un jeune capitaine d'une vingtaine d'années, Valentine Strasser. L'un de ses premiers actes officiels a été, outre la suspension de la Constitution, le gel des biens de tous les responsables de l'ancien régime.

Ce coup de force est intervenu dans un contexte socio-économique pour le moins difficile, marqué notamment par une dette extérieure évaluée à la fin 1991 à 772 millions de dollars. En dépit de ces convulsions, la Sierra Léone a bénéficié de l'aide de bailleurs de fonds internationaux: en avril 1992, la Banque mondiale lui a octroyé un crédit de 100 millions de dollars pour des projets dans les secteurs agricole, énergétique et éducatif; peu de temps auparavant, l'IDA (Agence américaine pour le développement international) lui avait consenti un prêt de 43,4 millions de dollars, destiné à améliorer la gestion des finances publiques. En contrepartie, le gouvernement a annoncé en août 1992 le licenciement de plus de 15 000 des 20 000 salariés journaliers de l'administration, suscitant les protestations des syndicats.

Malgré le soutien de l'étranger, le NRPC est resté fragile. A la fin de décembre 1992 il a dû faire face à une tentative manquée de coup d'État, à l'issue de laquelle 28 personnes au moins ont été sommairement exécutées, entraînant la suspension de l'aide britannique. Dès lors on s'est demandé quel crédit accorder à la promesse faite par le gouvernement d'élaborer rapidement un calendrier pour le retour à un pouvoir civil.

Arrivé au pouvoir en avril 1992 à la faveur d'un coup d'État, le chef de la junte militaire, le capitaine Valentine Strasser, a annoncé, le 29 avril 1993, le retour "dans les trois ans" à la démocratie et la libération des prisonniers politiques. En novembre suivant, il promettait également l'adoption d'une constitution démocratique, la mise en place d'un régime civil et des élections présidentielle et législatives en 1995. En décembre, un comité d'experts élaborait un projet de constitution prévoyant notamment le multipartisme.

Ces perspectives de libéralisation ont eu pour effet immédiat d'améliorer les relations avec les bailleurs de fonds, tendues depuis la condamnation à mort, fin 1992, de vingt-six personnes accusées de comploter contre le régime. Dès juillet 1993, réunis à Paris sous les auspices de la Banque mondiale, les principaux pays industrialisés ont décidé d'apporter leur soutien au programme de réformes économiques du gouvernement, incluant, entre autres, la réduction du train de vie de l'État, par le licenciement de 15 000 des 20 000 fonctionnaires payés à la journée (mesure annoncée le 15 septembre 1993) et la privatisation de dix-neuf entreprises publiques. En janvier 1994, à son tour, le Royaume-Uni annonçait la reprise de son aide, suspendue un an durant.

Une action armée diffuse et insaisissable, active depuis mai 1991, frappe le poumon économique du pays, dans les régions agricoles et minières de l'est. Les efforts d'ajustement structurel entrepris par le régime militaire du capitaine Valentine Strasser - arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'État, le 29 avril 1992 - s'en sont trouvés largement compromis. Les combats ont provoqué le déplacement de 15% à 20% de la population et l'exode de 50 000 réfugiés en Guinée. Les hostilités ont par ailleurs entraîné la chute d'environ un tiers de la production de riz, de café et de cacao, et stimulé la contrebande d'or et de diamant. Les dépenses militaires ont représenté, en 1994, au moins 17% du budget de l'État. De 1992 à 1995, les effectifs de l'armée ont doublé, passant de 7 000 à 13 000 hommes, mais la troupe s'est révélée de moins en moins contrôlable. Accusés d'avoir collaboré avec la rébellion, douze sobels - à la fois soldats et rebelles - ont été exécutés, en novembre 1994.

Après avoir tout misé, en vain, sur l'option militaire, la junte a tenté de nouer le dialogue. En janvier 1995, un plan de paix en six points a été proposé à Foday Sankoh, leader du Front révolutionnaire unifié (RUF), le principal mouvement rebelle, soutenu par Charles Taylor, leader du Front national patriotique du Libéria (NPFL). Peine perdue: le conflit est allé en s'aggravant, menaçant de plonger tout le pays dans le chaos libérien. Les investisseurs étrangers se sont faits d'autant plus rares que les prises d'otage auxquelles se livre la rébellion ont touché, en mai 1994, des expatriés. L'insécurité a empêché l'"importation" du modèle de développement ghanéen en territoire sierra-léonais.

Sur le plan politique, une Commission nationale électorale a certes été instituée en décembre 1993, pour préparer les élections générales et l'avènement d'une démocratie. Mais le scrutin, prévu pour 1995, a été reporté à... 1996.

Véritable débordement en Sierra Léone du conflit libérien, la rébellion du Front révolutionnaire unifié (RUF), apparue en mars 1991 et soutenue à l'époque par le Front national patriotique du Libéria (NPFL) de Charles Taylor, a gangrené tout le pays. En cinq ans, une guérilla diffuse, dépourvue de toute revendication politique, a fait plus de 10 000 morts, des centaines de blessés, parfois atrocement mutilés, faisant fuir la moitié de la population (4,5 millions d'habitants). L'économie s'est trouvée désorganisée.

Les "sobels", à la fois soldats et rebelles, ont été nombreux à sortir des rangs de l'armée régulière pour pactiser avec le RUF, dans le seul but de partager l'intarissable butin de cette guerre. Depuis 1994, ils se sont illustrés dans les exactions, les pillages et la très lucrative contrebande de l'or et des diamants. Malgré d'abondantes ressources naturelles, la Sierra Léone, ruinée, est devenue l'un des cinq pays les plus pauvres du monde.

Une "révolution de palais" a écarté du pouvoir, le 16 janvier 1996, le capitaine Valentine Strasser, alors que se rapprochaient les échéances d'une transition démocratique qu'il avait promise après son coup d'État du 29 avril 1992. Le général Julius Maada Bio, son successeur, a tout fait pour reporter les élections générales. Son argument, partagé par une rébellion enfin disposée à dialoguer était qu'il fallait, avant toute élection, signer un accord de paix. Le premier tour du scrutin a pourtant eu lieu le 26 février 1996, comme prévu. Ce jour-là, la société civile a engagé, en manifestant armes au poing, un véritable bras de fer avec les militaires et les rebelles qui tentaient de perturber le vote, faisant plus de trente morts. Acculé, le chef de la junte a accepté le résultat du scrutin et l'organisation, le 15 mars 1996, du second tour.

Premier président civil depuis 1985, Ahmad Tejan Kabbah, soixante-quatre ans, a été élu avec 60 % des voix après une carrière de diplomate et de fonctionnaire des Nations unies. Sa formation, la plus ancienne du pays, le Parti du peuple sierra-léonais (SLPP), a obtenu la majorité parlementaire. Sa première tâche aura consisté à convaincre le RUF, qui a refusé de reconnaître la validité des élections, de poursuivre le dialogue entamé avec Julius Maada Bio.

Dès sa prise de fonctions, le 1er avril 1996, le nouveau chef de l'État Ahmad Tejan Kabbah a tenté de mettre un terme à la guerre civile qui a commencé en 1991. Mais les pourparlers entamés le 22 avril 1996 à Yamoussoukro (Côte-d'Ivoire) avec les rebelles du Front révolutionnaire unifié (RUF) ont achoppé sur le sort des 700 mercenaires de la société sud-africaine Executive Outcomes, engagés en juin 1995 par l'ancien régime militaire pour encadrer l'armée. Le RUF a exigé leur retrait avant le désarmement de ses combattants. Le gouvernement a estimé les mercenaires sud-africains plus efficaces qu'une armée difficilement maîtrisable, dont de nombreux éléments se sont illustrés aux côtés des rebelles dans leurs activités de pillage des richesses du pays.

Le cessez-le-feu conclu le 17 mars 1996 n'a pas tenu. Les attaques de la rébellion ont repris en juillet 1996, au nord et à l'est du pays. Face à la contre-offensive lancée en septembre par l'armée, Foday Sankoh, l'énigmatique leader du RUF, s'est résolu à signer un accord, le 30 novembre 1996, à Abidjan, avant de contester aussitôt la forme qu'allait prendre la "force neutre de désarmement" prévue par ce plan de paix.

Alors que de nouveaux affrontements faisaient rage en février 1997, une issue "diplomatique" était recherchée. Invité officiel du Nigéria, F. Sankoh aurait été arrêté et assigné à résidence, le 11 mars 1997, dès son arrivée à l'aéroport de Lagos. Il a été évincé par ses lieutenants le 15 mars 1997, pour "entrave au processus de paix". Le RUF s'est aussitôt déclaré prêt à accepter le déploiement des 720 "casques bleus" proposés par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Le 25 mai 1997, un coup d'État militaire a contraint le président élu A.T. Kabbah à se réfugier en Guinée. Un Conseil révolutionnaire des forces armées, dirigé par le commandant Johnny Paul Koroma (trente-trois ans) a nommé F. Sankoh vice-président de la junte. Signe patent de la collusion entre armée régulière et rebelles? Ces derniers, qui avaient pactisé pour se livrer au pillage des richesses du pays, ont vu leurs rentes menacées par l'avènement de la démocratie et l'action des Kamajors, chasseurs traditionnels constitués en milices civiles contre le RUF. A l'appel du président Kabbah, le Nigéria a eu recours à la force, sous la bannière de l'Ecomog, la Force ouest-africaine d'interposition déployée au Libéria voisin, en vain.

Source :
L'Etat du Monde, 1982-1998


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