
Le succès imprévu,
malgré le climat de violence, des élections présidentielle
et législatives organisées en février-mars a redonné
un peu d'espoir à la Sierra Leone. Bravant aussi bien les secteurs
de l'armée qui s'opposaient au retour des civils au pouvoir que
la rébellion du Front révolutionnaire uni (RUF) dirigée
par Foday Sankoh, la population a élu Ahmad Tejan Kabbah à
la tête d'un Etat ruiné par cinq ans de guerre civile. Ce
succès politique a été suivi par la conclusion d'un
cessez-le-feu et l'ouverture de pourparlers sous l'égide de la Côte
d'Ivoire.
Mais ces négociations ont
été suspendues en mai. Le RUF exige le retrait du pays des
mercenaires sud africains, ce que refuse le gouvernement qui est loin de
faire confiance à
l'armée. Les mercenaires
contrôlent les régions diamantifères sans que l'on
puisse établir avec certitude s'ils extirpent celles-ci pour leur
propre compte ou pour celui des sociétés minières.
Les bailleurs de fonds, qui dénoncent le coût de l'emploi
des mercenaires, demandent également leur départ.
Au fil des mois, la situation s'est
de nouveau dégradée. L'absence de Foday Sankoh, toujours
réfugié en Côte-d'Ivoire, a miné la discipline
du RUF dont certains éléments ont repris les attaques contre
les civils. Ces actions ont empêché que le retour des réfugiés
et des personnes déplacées, entamé au printemps, débouche
sur un cycle de récolte normal. Par ailleurs, l'une des deux grandes
sociétés minières présentes en Sierra Leone,
la Sieromco, qui exploitait un gisement de nickel, a définitivement
renoncé à revenir dans le pays. Quant à l'autre grande
source de devises du pays avant-guerre, le tourisme, il n'est plus qu'un
lointain souvenir.
Le coup d'Etat du 25 mai, qui a chassé le président Ahmed Tejan Kabbah, a achevé de ruiner la Sierra Leone. Le fragile espoir suscité par la signature d'un traité de paix en décembre 1996 entre le gouvernement et les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) dirigé par Foday Sankoh a été balayé. Les Sierra-Léonais assistent, impuissants, à des recompositions improbables qui voient les jeunes militaires putschistes, emmenés par le commandant Johnny Paul Koroma, s'allier aux rebelles contre les Kamajors (une milice de chasseurs issue d'une société initiatique), eux-mêmes soutenus par les troupes nigérianes.
Le régime militaire nigérian a, en effet, décidé d'obtenir le retour au pouvoir de M. Kabbah, au nom d'une démocratie qui n'est guère respectée par les généraux d'Abuja. Agissant théoriquement au nom de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), les troupes nigérianes ont bombardé à plusieurs reprises Freetown, la capitale sierra-léonaise, et imposent un embargo très strict dont les populations subissent les conséquences. Déjà fortement ralentie par la guerre civile qui faisait rage en dehors de la capitale depuis cinq ans, l'activité économique s'est totalement arrêtée. Les gisements de rutile et de nickel sont toujours à l'abandon, les commerçants de Freetown, souvent d'origine libanaise, sont partis pour la Guinée voisine. Au mois de juin, par exemple, les douanes sierra-léonaises, qui fournissent d'ordinaire la quasi-totalité des recettes de l'Etat, n'ont collecté que 4000 dollars. Seul le trafic de diamants en provenance du centre et de l'est du pays continue, alimentant les coffres des belligérants.
La chute du régime militaire
et le retour du président civil élu, Ahmad Tejan Kabbah,
n'ont pas mis fin au martyre de la Sierra Leone. En février 1998,
les troupes nigérianes se battant sous la bannière de la
Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest ont
chassé la junte du commandant Johnny Paul Koroma et ses alliés,
les rebelles du Front révolutionnaire uni. Mais cette victoire reste
très largement limitée à Freetown et aux grandes villes
de l'intérieur du pays. Les rebelles et les putschistes ont pris
le maquis et terrorisent les populations, mutilant ou tuant les civils.
Les amputés des mains ou des pieds affluent par centaines dans les
hôpitaux et les camps de réfugiés, alors que des centaines
d'autres villageois meurent chaque semaine, faute de soins.
Ces violences affectent la zone
diamantifère à l'est du pays, qui reste l'enjeu premier du
conflit. En effet, le régime civil ne dispose d'aucune source de
recettes fiscales. Les mines de bauxite ou de rutile restent inexploitables,
et la terreur qui règne en brousse interdit toute reprise de l'activité
agricole. Seule l'exploitation de diamants, produit facilement transportable
et négociable, peut permettre la poursuite de l'effort de guerre,
de part et d'autre. Le président Kabbah refuse toute idée
de compromis avec une rébellion aux méthodes indéfendables,
et les tribunaux de Freetown ont multiplié les condamnations à
mort d'anciens responsables de la junte et de leurs alliés. Mais
cette intransigeance, combinée à l'impuissance militaire
des forces nigérianes face à une guérilla irréductible,
ne fait qu'aviver les souffrances des populations, qui ne survivent que
grâce à l'aide humanitaire internationale.
La Sierra Leone est un pays traumatisé
par plus de huit ans d'une guerre dont les populations civiles ont été
les principales victimes. Enfants soldats embrigadés par la rébellion
et réduits en esclavage, viols généralisés,
amputations publiques entourées de mises en scène macabres:
les Sierra-Léonais sortent à peine d'un long cauchemar. L'accord
de paix et de partage du pouvoir signé en juillet 1999 entre le
gouvernement et la rébellion est encore bien fragile. II est toujours
menacé par les dissensions entre le Front révolutionnaire
uni (RUF), qui a lancé la rébellion en 1991, et le Conseil
révolutionnaire des forces armées (AFRC), la junte au pouvoir
entre mai 1997 et février 1998.
Le désarmement des combattants
n'a débuté que timidement, fin 1999, au moment où
les soldats de la force ouest-africaine (Ecomog) étaient remplacés
par une force onusienne de quelque 6 000 hommes. Cette présence
dissuasive ne garantit pas pour autant une paix durable. Malgré
les appels répétés à la réconciliation,
la haine, la rancoeur et les frustrations peuvent à tout moment
mettre le feu aux poudres dans un pays où des milliers d'armes sont
toujours en circulation.
Relativement peu endettée,
la Sierra Leone peut cependant se relever assez rapidement de cette guerre
civile qui n'a que peu touché les infrastructures du pays. Riche
de son or et de ses diamants, de sa production agricole et pastorale, le
pays a besoin d'un coup de pouce de la communauté internationale.
Tout dépendra de la capacité de la classe politique, qui
comprend désormais l'ancienne rébellion, à rassurer
les bailleurs de fonds et les investisseurs en se conformant à raccord
de paix. Pour cela, elfe devra d'abord donner aux militaires qui avaient
servi la junte -soit près des deux tiers de l'armée -, qui
multiplient les revendications, une véritable possibilité
de réintégration.
Après une nouvelle année de violences, la Sierra Leone inaugure 2001 avec un énième accord de paix, qui laisse la population sceptique. L'espoir suscité par le précédent accord (juillet 1999) entre le gouvernement du président Kabbah et la rébellion du Front révolutionnaire uni (RUF) a fait long feu. En guerre depuis 1991, le pays ne doit son semblant de paix qu'à la présence de la Mission des Nations unies (Minusil, 13000 hommes) et des forces britanniques (2500 hommes).
Les Nations unies ont essuyé,
en mai 2000, l'un de leurs plus graves revers sur un champ d'opérations
avec l'enlèvement par la rébellion de près de 500
casques bleus. L'arrestation du chef historique du RUF, Foday Sankoh, toujours
détenu dans un lieu tenu secret, a désorganisé la
rébellion mais n'a pas écarté la menace d'une reprise
des combats. Un nouveau cessez-le-feu a été signé
en novembre. Mais le désarmement des combattants, prévu par
cet accord, n'avait toujours pas débuté à la fin de
l'année et les troupes des Nations unies tardaient à se déployer
dans les zones tenues par les rebelles, dans l'est du pays.
Le départ à la fin
2000 des contingents indiens et jordaniens de la Minusil, soit quelque
4 000 soldats, risque d'affaiblir cette force. Les Nations unies plaident
pour que les effectifs de la Minusil soient portés à 20 500
hommes, mais aucun pays ne s'est engagé à contribuer à
cette mission.
Economiquement, la Sierra Leone
ne survit que grâce à l'aide extérieure et à
la vente des diamants, l'une des principales ressources du pays. Mais
le commerce des gemmes a surtout contribué à financer la
rébellion, qui tient les régions diamantifères. En
juillet, l'ONU a imposé un embargo sur ce commerce, à l'exception
des diamants munis d'un certificat d'origine. La mise en place de cette
certification a pris plusieurs mois, et les exportations n'ont pu reprendre
qu'en octobre. Le ministère des ressources minières a estimé
à 11,4 millions de francs par mois les pertes dues à l'embargo
onusien.
Source :
Le Bilan du Monde 1997-2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier