Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1997
LA SOMALIE DE 1982 A 1997

La Somalie (5,3 millions d'habitants). À l'exception de la partie nord qui fut colonisée par les Anglais, cette ancienne colonie italienne est l'un des rares États d'Afrique à avoir une aussi forte unité ethnique: les tribus somalis parlent en effet la même langue, le somali, ont la même religion, l'islam, et à peu près le même mode de vie, l'élevage semi-nomade dans un milieu steppique. Mais ce peuple somali, soumis à plusieurs colonisations, se trouve partagé aujourd'hui entre plusieurs États, depuis le nord du Kénya jusqu'à Djibouti et l'Est de l'Éthiopie, l'Ogaden.

En 1977, un "Front de libération de la Somalie occidentale", fortement soutenu par l'armée somalienne, lance une offensive pour libérer l'Ogaden de la domination éthiopienne. Mais cette offensive échoue et un grand nombre de pasteurs somalis doivent se réfugier sur le territoire de l'État somalien. Ce pays pauvre en grande partie désertique (il n'exporte pratiquement pas) est dirigé par un Parti socialiste révolutionnaire que la volte-face des Soviétiques a désorienté. L'intérêt stratégique de la base navale de Berbera sur le golfe d'Aden amène les États-Unis à aider la Somalie, dont le gouvernement essaie de venir à bout des maquis d'un Front démocratique somali qui opérait en 1983 dans le nord du pays avec l'aide de l'armée éthiopienne, la pression de cette dernière sur la frontière, a incité les États-Unis à renforcer leur aide.

En 1983, les contradictions internes de la Somalie (5,0 millions d'habitants) ont pris le pas sur le conflit avec le voisin éthiopien, malgré quelques escarmouches en juillet et août à la pointe orientale de l'Ogaden et la tension résultant de l'occupation par l'armée éthiopienne de quelques villages frontaliers près de Galcaio. Bien que la Somalie soit l'un des rares États d'Afrique à être fondé sur une homogénéité ethnique, les oppositions régionales internes se sont affirmées dès 1982, à partir du Nord, ex-Somalie britannique. Certes, le Front démocratique somalien de salut, formé en octobre 1981, de tendance marxiste, apparaît comme une émanation du pouvoir éthiopien (conflits armés sporadiques en septembre 1983), mais l'autre mouvement d'opposition, le Mouvement national somalien (formé en avril 1981), exprime les aspirations régionalistes des clans lignagers du Nord, principalement des Issas, menés par la bourgeoisie commerçante d'Hargeisa, ex-capitale du Somaliland britannique. Région ouverte sur les États de la péninsule Arabique (ventes de bétail), où travaillent 200 à 300 000 migrants pourvoyeurs de devises représentant environ 45% de la population somalienne, le Nord a été moins concerné que le Sud par les projets publics de développement. Les deux fronts ont formé en octobre 1982 un Front commun, pour des raisons uniquement tactiques, car le FDSS défend les thèses éthiopiennes alors que le SMM est l'expression d'intérêts économiques qui auraient été les premiers bénéficiaires de l'intégration de l'Ogaden dans un ensemble pan-somali.

La base de Berbera, située à 160 km au nord d'Hargeisa, reste sous-utilisée, parce qu'elle n'est pas essentielle dans le dispositif américain de l'océan Indien (centré sur Oman et le Kénya, plus Diego Garcia), et parce que les États-Unis ne soutiennent pas les revendications somaliennes sur l'Ogaden.

Le régime du président Syad Barré, au pouvoir depuis 1969, reste isolé diplomatiquement. Mais avec l'accroissement des tensions dans les États situés au nord de l'océan Indien et dans le Soudan méridional, les Saoudiens, Abu Dhabi, l'Italie, la RFA se sont engagés en octobre 1983 à fournir une aide économique sur trois ans de 1,6 milliard de dollars pour financer le plan quinquennal en cours (1982-86), sous réserve que le contrôle étatique maintenu sur l'économie par le Parti socialiste révolutionnaire somalien soit assoupli.

En novembre 1984, le gouvernement de la Somalie (5,5 millions d'habitants), dirigé par le président Syad Barre, a signé un accord frontalier avec le Kénya, qui a pu être interprété comme l'abandon par Mogadiscio de sa revendication sur les tribus d'ethnie Somali du Nord-Est kenyan. C'était aussi une alliance dirigée contre le voisin commun éthiopien, avec lequel la Somalie est restée en guerre: guerre indirecte, larvée, marquée de raids et de bombardements sur les localités frontalières (comme Borama, en janvier 1984) et menée de plus en plus par fronts interposés encadrés et équipés par les armées régulières. Depuis leur création en 1981, l'Éthiopie a soutenu le Mouvement national somalien, représentatif des intérêts des Issaq du nord de la Somalie, et a équipé le Front démocratique somalien de salut, marxiste. Ces deux mouvements se sont heurtés, en 1984, dans le nord de la province éthiopienne de l'Ogaden au Front de libération de la Somalie occidentale, fortement soutenu par l'armée régulière somalienne, qui compte beaucoup d'officiers originaires d'Ogaden.

Au début de 1985, l'enjeu paraissait triple: pour les Issaq du Nord, qui se considéraient comme défavorisés par un pouvoir dont les bases régionales étaient au Sud (et en Ogaden), il s'agissait d'obtenir une répartition plus équilibrée du pouvoir et des dépenses publiques ; pour l'Éthiopie, ces fronts servaient de bouclier face à l'armée somalienne, sur la frontière du Nord-Est ; pour les alliés soviétiques, une sécession Issaq dans l'ex-Somaliland leur permettrait de récupérer la base aéronavale de Berbera. Ces enjeux restaient contradictoires, d'autant que les Issaq de Somalie trouvent un appui financier auprès de ceux de Djibouti, qui ne sont guère favorables à l'Éthiopie.

En 1984, l'économie somalienne est restée dépendante de l'aide extérieure de l'Arabie Saoudite des États-Unis et du Fonds monétaire international, qui ont imposé un allégement du contrôle étatique sur l'économie par le Parti socialiste révolutionnaire somalien et une orientation plus libérale. Est-ce en fonction d'avantages économiques qu'un accord de navigation aérienne, comportant un droit d'escale, a été signé en janvier 1985 avec la South African Airways?

En Somalie, l'année 1985 a été marquée par la reprise des contacts diplomatiques avec l'Éthiopie. Le sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), en juillet, à Addis-Abéba, en a été l'occasion. Depuis lors, le vice-ministre somalien des Finances, M. Egal, s'est entretenu plusieurs fois à Addis-Abéba avec M. Yilma, directeur du département Afrique-Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères. Ces entrevues ont, entre autres, préparé le premier sommet de l'Autorité intergouvernementale contre la sécheresse et pour le développement en Afrique de l'Est (IGADD), qui s'est ouvert le 15 janvier 1986 à Djibouti. A cette occasion, le lieutenant-colonel Mengistu Haïlé Mariam, chef de l'État éthiopien, et le général Syad Barre, président somalien, se sont rencontrés pour la première fois depuis mars 1977. L'Égypte et surtout l'Italie, qui a signé avec la Somalie un important accord de coopération en septembre pour la mise en place de projets agricoles, ont facilité la reprise du dialogue.

Ce rapprochement correspond pour l'Éthiopie au souhait de mettre fin à la guerre larvée dans l'Ogaden ; en Somalie, les graves conflits entre les clans qui affaiblissent le régime, notamment au sein de la hiérarchie militaire, ne sont pas étrangers à l'ouverture de ces négociations. Mais, Syad Barre a posé, comme condition préalable, l'évacuation des deux villages frontaliers, Balanballe et Galdogob, occupés depuis août 1982 par le Front démocratique de salut de la Somalie (FDSS), soutenu militairement par l'Éthiopie. Les dizaines de milliers de réfugiés politique éthiopiens qui affluent vers le camp de Tugwagala, près de Hargeisa dans le Nord-Ouest, depuis le début 1986, risqueraient de compromettre ce rapprochement avec l'Éthiopie si la Somalie ne bénéficiait pas d'une aide internationale pour ses réfugiés qui représentent, selon elle, 36% de sa population. A cette aide s'ajoutent une aide alimentaire et une assistance économique américaine de l'ordre de 100 millions de dollars par an.

Un accident de la route, le 23 mai 1986, a éloigné pour un mois le chef de l'État Syad Barré de Somalie. Soigné en Arabie saoudite, il a repris ses fonctions et obtenu du Parti socialiste révolutionnaire somalien un nouveau mandat présidentiel de sept ans, en décembre 1986. L'interrègne a été assuré par le ministre de la Défense, Ali Samantar, qui n'appartenait ni à la famille ni au clan du président. Il a été récompensé par une promotion au poste de Premier ministre par Syad Barré.

En janvier 1987, l'enlèvement d'une équipe de Médecins sans frontière du camp de Tugwajale a attiré l'attention sur le Mouvement national somalien, représentatif du clan Isxaq, écarté du partage du pouvoir. La libération des otages en Éthiopie a alourdi l'atmosphère entre les deux États, d'autant que la Somalie a accueilli les Éthiopiens du Harär rebelles à la "villagisation".

En décembre 1986, selon les autorités, il y avait 820 000 réfugiés, au Nord surtout, mais aussi au Sud, dans l'arrière-pays de Mogadiscio. Les États-Unis les ont pris en charge pour 100 millions de dollars. Les Italiens, bailleurs de fonds de l'IGAAD (Autorité intergouvernementale de lutte contre la sécheresse et le développement), ont envisagé de dépenser 500 millions de dollars entre 1985 et 1989. Le FMI a obtenu un encouragement discret au commerce privé: les boutiques ont resurgi dans la capitale. Les stocks de céréales atteignaient à la fin de l'année 1986 l'équivalent de la consommation nationale annuelle. Le plan alimentaire mondial a été suspendu en 1987 et le régime a dû compter sur ses ressources propres alors que, depuis l'indépendance, la Somalie recevait une aide abondante. De plus, les organismes internationaux lui ont refusé le financement d'un grand barrage.

Par ailleurs, le dialogue avec l'Éthiopie, parrainé par l'Italie, a continué en dépit des prises d'otages et du refus d'Addis-Abeba d'envisager un statut spécial pour l'Ogaden.

La lutte pour la succession à la présidence est ouverte entre le clan Marehan de la première épouse et le clan Ogaden de la deuxième épouse de Syad Barré. Officiellement, le président, dont l'âge est un secret d'État, est en pleine forme, mais il a montré des signes évidents de fatigue au retour d'un voyage à l'étranger (juin 1987). Durant son absence, le général Mohamed Meslah (fils de sa première épouse) avait fait arrêter son beau-frère, ses fils et le Premier ministre Ali Samantar, du clan Ogaden. A son retour, ils furent libérés.

Son gendre, le général "Morgan" Mohamed-Saïd Her, dirige la répression de la rébellion du Nord menée par le MNS (Mouvement national somalien), appuyée par le clan Isxaq et épaulée par l'Éthiopie. Une fuite inexplicable a fait aboutir le plan secret anti-Isxaq de Morgan entre les mains du MNS. Indiscrétion calculée, sans doute. Les relations avec l'Éthiopie opposent Jama Barré (ministre des Affaires étrangères) à son demi-frère Syad. Au printemps, les contacts ont été repris pour rapatrier des réfugiés Oromo au Sidamo. Les ONG, les organisations humanitaires, le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et l'Éthiopie se sont élevés contre les enrôlements de réfugiés dans les camps. Le nombre de ces réfugiés a été longtemps discuté (10% de la population totale?). En été 1987, quand la sécheresse a frappé la région Centre, le gouvernement a produit des statistiques alarmantes sur l'état des cheptels et des cultures. Les experts internationaux et les ONG ont rectifié les demandes des autorités somaliennes dont l'aide est la principale ressource (la dette dépasse le produit intérieur brut). L'Italie a compensé la diminution de l'aide des États-Unis et la CEE a promis 113 millions d'ECU (Lomé 3). Le 28 octobre, la Banque centrale a fixé un taux officiel pour enrayer la dérive de la monnaie due à la "mise aux enchères" du cours du shilling par rapport au dollar (sur les conseils du FMI). A Mogadiscio (15-17 août), des manifestants ont protesté contre les manoeuvres communes avec les États-Unis qui ont laissé du matériel militaire au corps d'armée du Centre, dominé par les Marehan.

En février 1988, la Cour de sûreté nationale a condamné six anciens dirigeants détenus depuis 1982, originaires du Nord et du clan isxaaq où recrute le Mouvement national somalien (MNS) opposé au régime. Le lourd verdict a provoqué la réprobation des alliés et bailleurs de fonds de la Somalie: le Congrès des États-Unis a bloqué les crédits, la RFA a refusé de financier un plan d'importation de marchandises, et les radicaux italiens ont révélé le détournement de l'aide par le gonflement du nombre des réfugiés, fraude dénoncée aussi par le Haut-Commissariat aux réfugiés. La Somalie est étranglée par une dette extérieure égale à son PIB. Les ventes de bétail au Moyen-Orient ne couvrent même pas le quart des achats extérieurs et elles compromettent la reproduction du troupeau. Blé et riz importés progressent dans l'alimentation, et le prix du maïs et du sorgho baisse sur le marché intérieur.

La paix conclue le 3 avril 1988 avec l'Éthiopie n'a apporté qu'un répit: privé de son sanctuaire éthiopien, le MNS a attaqué en juin les villes du nord (Hargeysa, Burco, Berbera...). La brutale contre-offensive de Mogadiscio a contraint les populations civiles à se réfugier en Éthiopie et a interrompu le ravitaillement des milliers de réfugiés éthiopiens en Somalie du Nord. Même en dehors de la zone de conflit, on a arrêté les Isxaaq pour les dépouiller de leurs biens. Une milice anti-MNS recrute dans les camps de réfugiés parmi les rivaux des Isxaaq. Des officiers se sont enfuis à l'étranger plutôt que de combattre d'autres Somali. Pour justifier la brutalité de la répression, Syad Barré a fait le tour des capitales arabes et envoyé Cali Samatar à Londres et à Washington pour annoncer une amnistie en février 1989 et la grâce pour 400 prisonniers politiques. Il a promu son gendre à la Défense et son fils à la tête de l'infanterie, reléguant le Premier ministre, un "hors clan", à une fonction honorifique et renforçant l'oligarchie familiale et clanique.

L'armée régulière a ravagé les villes du Nord, Hargeysa par exemple, pour détruire le Mouvement national somalien (MNS), dirigé depuis Londres par Maxamed Silanyo, un ancien ministre. Appuyé par le clan isaaq, il revendique l'indépendance du Nord. Le MNS a attaqué Seylac dans la région des Dir, ses adversaires traditionnels, enrôlés dans des milices anti-MNS par le gouvernement qui joue des rivalités des clans pour régner en divisant. Cette tactique a entraîné la rupture de l'équilibre entre les Marehan, les Ogaden et les Dhulbanhante, soutiens claniques du président, le général Siyad Barre.

Le chef de l'État s'est aliéné les Ogaden, qui représentent la majorité de l'armée, en arrêtant le général ogadeni Aadan Cabdulhalli Nur dont le gendre a rallié le Mouvement patriotique somalien (MPS), à la tête des garnisons de Kismayo et du Sud. Les troupes régulières, dirigées par le fils de Siyad Barre, ont franchi la frontière à la suite des rebelles et tué des soldats kényans.

L'assassinat de l'évêque catholique de Mogadiscio, Mgr Colombo, attribué d'emblée à des "intégristes" musulmans, est resté inexpliqué. Trois imams qui protestaient contre cet amalgame furent arrêtés à la suite d'émeutes brutalement réprimées par l'exécution de quarante jeunes Isaaq. Les miliciens, "les briseurs de nuque", recrutés parmi les Marehan, se sont livrés à des pogroms contre les Isaaq et les Hawiya de la capitale et ont confisqué leurs biens. Ces derniers, issus du centre du pays, ont fondé le Congrès de la Somalie unifiée (CSU) et le Groupe d'action somali (GAS), appuyé sur la garnison de Beled-Weyn.

Siyad et sa parentèle contrôlaient, au début 1990, en dehors de Mogadiscio, un archipel de garnisons qui ont rançonné la population et ont volé de l'ivoire et des bovins jusqu'au Kénya. La famille du président s'est octroyé le monopole du ravitaillement. Abandonné par les Anglo-Saxons choqués par les trafics et par l'expulsion du Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU, et pressé par les Italiens, ses derniers bailleurs de fonds, le président a décrété le multipartisme et invité l'opposition à partager le pouvoir. Divisés sur l'avenir de la Somalie, les opposants ont décliné l'offre. Après des semaines de conversations, l'ancien Premier ministre, Mohamed Ali Samätar, a formé un gouvernement d'hommes du président. Si les relations avec le Kénya sont détestables, l'Éthiopie représente un havre pour des milliers de réfugiés, à l'abri de la frontière reconnue par le traité de paix somalo-éthiopien de 1988.

Bénéficiant d'un soutien italien controversé, le président Siyad Barré a instauré en novembre 1990 une constitution autorisant le multipartisme. Cette décision est apparue à son opposition interne comme une manoeuvre dilatoire, puisque le vieux dictateur conservait la maîtrise totale de l'armée et des services paramilitaires. Le 30 décembre 1990 a commencé une véritable insurrection de la capitale, Mogadiscio, qui devait durer plus de trois semaines, aboutissant à la fuite du président et de ses proches de la ville exsangue: plus de 5 000 morts, toutes les infrastructures détruites, des dizaines de milliers de réfugiés à la frontière kényane, en Éthiopie et à Djibouti.

La désignation immédiate d'un président par intérim et d'un gouvernement provisoire, le 29 janvier 1991, n'a cependant pas signifié la fin des combats. Des bandes de brigands bien armés, voire des opposants non contrôlés, ont semé la terreur et ont rajouté à la confusion d'une fin de règne, d'autant qu'aucune organisation n'est apparue capable d'endiguer ce phénomène. Les dignitaires de l'ancien régime et leurs nombreux partisans se sont réfugiés au nord de Kisimayo. Ils n'ont pas désarmé, bien au contraire: en mobilisant les liens claniques, en faisant valoir la possibilité de massacres des groupes identifiés à Siyad Barré, par l'opposition, ils ont noué de nouvelles alliances, recruté en masse et lancé, en avril 1991 notamment, des contre-offensives d'envergure.

La principale faiblesse des opposants de l'ancien régime était leur profonde division. Le groupe qui a pris le pouvoir dans la capitale en janvier, l'une des deux composantes du Congrès de la Somalie unifiée (CUS), a entretenu des rapports très tendus avec les autres principaux mouvements: le Mouvement national somalien (MNS) principalement implanté au nord, chez les Issaq; le Mouvement patriotique somalien (MPS) dans l'extrême sud, et l'autre tendance du CUS dirigée par le général Mohamed Farah Hassan "Aydid" autour de la capitale. Certes, ces trois mouvements avaient mis en place un comité de coordination en octobre 1990 mais il se révéla très fragile. En effet, le MPS se scinda dès février 1991 et rallia pour l'essentiel les tenants de l'ancien régime. Le CUS, après bien des péripéties, se réunifia devant le danger que représentait encore Siyad Barré. Le MNS, le plus ancien mouvement d'opposition sinon le plus important, n'apprécia guère la nomination de nouvelles autorités dans la capitale sans avoir eu son mot à dire et refusa de les reconnaître.

Les perspectives politiques demeuraient particulièrement sombres à la mi-1991. Dans le Nord du pays, le MNS a largement réussi à s'imposer en faisant la paix avec les clans Gadaboursi et Dolbahante qui soutenaient l'ancien régime et a mis fin aux prétentions sécessionnistes issa soutenues par des dirigeants djiboutiens. Cependant, la sécurité restait précaire dans des villes comme Hargeysa ou Berbera, détruites à 90%. Le MNS désirait une renégociation de l'accord de fusion des deux colonies (anglaise et italienne) de 1960. Le 24 avril 1991, les chefs traditionnels ont annoncé la création d'une "république du Somaliland" (retour aux frontières de la colonie anglaise). Cette décision a été entérinée à la mi-mai, non sans hésitation, par le MNS, mais elle a suscité un net refus au niveau international.

Dans le Sud, la situation restait chaotique au point de limiter fortement l'aide humanitaire déjà peu importante. Le gouvernement provisoire n'était pas reconnu internationalement et semblait toujours incapable de réunir une conférence nationale pourtant plusieurs fois programmée qui, seule, pourrait permettre une issue aux multiples fragmentations du pays.

Le président du Congrès de la Somalie unifiée (USC), le général Hassan Farah Aydeed, n'a pas accepté les conclusions de la conférence de Djibouti tenue en juillet 1991; celles-ci entérinaient la nomination d'Ali Mahdi, président intérimaire depuis janvier 1991, à la présidence de la république pour deux ans et ne reconnaissaient pas le rôle primordial joué par certains fronts armés dans la chute du régime de Siyad Barre, en janvier 1991. Les désaccords sur le partage des pouvoirs entre Aydeed et Ali Mahdi ont été relayés par des rivalités claniques à l'intérieur de la famille Hawiye représentée dans l'USC, et par une politique italienne interventionniste et déséquilibrée (l'Italie a été puissance coloniale de la Somalie du Sud, tandis que le Nord était britannique). Ils ont abouti à des affrontements en septembre, qui ont duré quatre jours, puis, surtout, de la mi-novembre au début mars. Ces violences ont fait plus de 14 000 morts et de 27 000 blessés.

En avril, le dictateur déchu lança une offensive vers Mogadiscio, la capitale, escomptant trouver des adversaires affaiblis par leurs luttes internes. Sa déroute fut telle qu'il dut se réfugier au Kénya et ne paraissait plus capable de peser militairement en Somalie. Le général Aydeed sortit renforcé de cette bataille, alors qu'Ali Mahdi, qui avait déjà subi un revers militaire à Mogadiscio durant l'hiver, voyait ses partisans se diviser et sa position considérablement s'affaiblir. Dans le même temps, les combats reprenaient aux environs de Kismayo entre alliés de Aydeed et de Siyad Barre.

Après des mois de quasi-anarchie, les habitants de Mogadiscio tentèrent au printemps de s'organiser pour la réception de l'aide humanitaire promise lors de la médiation entreprise par l'ONU en février 1992: un semblant de police était réorganisé alors que le cessez-le-feu était respecté. Cette amélioration de la situation, peut-être fragile, devait permettre aux premiers secours d'arriver dans la capitale où des milliers de personnes souffraient de la famine. Ailleurs, dans le sud de la Somalie, la sécurité demeurait meilleure, bien que plusieurs accrochages se fussent produits entre les fronts armés et le mouvement islamiste qui a connu une forte progression durant cette période. Une nouvelle "conférence de réconciliation nationale" était même annoncée par les Nations unies, particulièrement optimistes.

Le nord du pays, le Somaliland, a connu un calme relatif dans les mois qui suivirent le renversement de Siyad Barre. Le Mouvement national somalien (SNM) qui s'était érigé en gouvernement n'a pas réussi à obtenir le soutien international nécessaire à la reconstruction d'une région dévastée par la guerre, à cause de son incapacité à contrôler ses combattants, d'un banditisme très vivace, et de la réticence de la communauté internationale à soutenir sa décision d'indépendance unilatérale. La pénurie de ressources a exacerbé certaines contradictions latentes au sein de la direction du SNM et les tensions entre des clans qui avaient participé très inégalement à la lutte contre le dictateur. Des affrontements à Berbera et Burao ont manifesté l'éclatement du SNM, malgré plusieurs tentatives de médiation entreprises par des voies traditionnelles ou par des personnalités respectées.

L'intervention en Somalie dirigée par les États-Unis, le 9 décembre 1992, s'est faite après plus de deux ans de désintérêt complet de la communauté internationale vis-à-vis de la crise politique qui déchirait le pays. Le représentant spécial des Nations unies en Somalie, l'ambassadeur algérien Mohamed Sahnoun, malgré la qualité de son travail, n'a pu éviter, à cause de l'étroitesse de son mandat et de l'incompétence de certaines agences des Nations unies, la multiplication des pillages et le rançonnement des organisations humanitaires par des gangs de mieux en mieux structurés. Il a démissionné le 27 octobre 1992. Quelques semaines plus tard, la situation semblait dans une impasse totale.

L'intervention américaine a été largement due à des raisons de politique intérieure et s'est fondée sur une perception très partielle de la crise somalienne: l'accent a été mis, pour l'essentiel, sur la famine qui n'affectait pourtant que quelques zones très nettes du sud du pays [opération "Restore Hope"]. La communauté internationale, ne prenant pas en compte les aspects les plus politiques et militaires de la situation somalienne, est intervenue sans aucune stratégie en la matière. Aussi pendant un temps, les militaires alliés ont-ils soutenu les factions, en lutte pour le pouvoir depuis la chute du régime de Siyad Barre, en 1991, pour tenter de les affaiblir ensuite. Il a fallu attendre la fin du mois de mars 1993 pour voir une police somalienne reconstituée, non sans difficulté, dans quelques grandes villes du Sud. Le désarmement et la démobilisation des dizaines de milliers de miliciens étaient cependant à peine entamés, provoquant un essor de la criminalité urbaine et du banditisme rural et fragilisant une normalisation urbaine indéniable.

La construction d'un nouvel ordre politique s'est révélée particulièrement délicate, malgré deux conférences de réconciliation nationale. Les combats dans la ville de Kismayo et les émeutes urbaines à Mogadiscio en février 1993 ont souligné les limites d'accords négociés dans des grands hôtels internationaux à l'étranger. Ainsi, le canevas institutionnel adopté en mars 1993 à Addis-Abeba, avec la constitution de dix-huit comités régionaux et d'un conseil national de transition, a-t-il rencontré de très nombreuses difficultés dans son application. C'est dans ce cadre qu'il faut interpréter la "gesticulation militaire onusienne" à l'origine de nombreuses morts civiles contre le général Aydiid, à Mogadiscio, suite à sa responsabilité dans la mort de 24 "casques bleus" pakistanais le 5 juin 1993.

Ignoré par les médias et la communauté internationale, le Somaliland, dans le nord du pays, a poursuivi une trajectoire politique originale après son autodéclaration d'indépendance en mai 1991. Pour résoudre la crise qui déchirait le Mouvement national somalien depuis la fin 1991, une assemblée des anciens, représentatifs de tous les clans de l'ancien protectorat britannique, s'est réunie à partir de février 1993 à Borama. (Avant 1960, le nord du pays - le Somaliland - était britannique, le sud - Somalia - italien.) Tout en réaffirmant son soutien à l'indépendance et son hostilité à la présence de troupes étrangères (et de "casques bleus"), elle a élu un nouveau président, Mohamed Ibrahim Egal, Premier ministre de Somalie de 1965 à 1969, qualifié de modéré et d'homme de dialogue, qui devait notamment négocier les formes d'une coopération avec les Nations unies.

L'assassinat de vingt-quatre "casques bleus" pakistanais, le 5 juin 1993, a entraîné une dérive inquiétante de l'Opération des Nations unies pour la Somalie (Onusom, sous direction américaine). Celle-ci, organisée pour faire cesser l'affrontement des factions déchirant le pays depuis la chute du régime de Siyad Barre en 1991, a lancé la chasse au général Mohamed Farah Aydiid, dirigeant de l'Alliance nationale somalienne (SNA), et à ses conseillers, tenus pour principaux responsables de la dérive du pays. En minimisant les aspects politiques aux dépens de la logique militaire, l'Onusom est ainsi devenue, en quelque sorte, une faction somalienne, tissant des alliances avec les opposants de Aydiid, menant une guerre urbaine sans aucune considération pour les droits de l'homme ou pour la convention de Genève. Fin août 1993, les États-Unis, inquiets du piétinement de la mission, ont fait appel aux troupes spéciales des rangers de la Delta Force de sinistre réputation après leurs prestations à Grenade (1983) et à Panama (1989). L'absence de coordination au niveau militaire et l'aveuglement politique ont conduit, le 3 octobre 1993, à un affrontement où ont péri dix-huit soldats américains, plusieurs dizaines de "casques bleus" malaisiens et des centaines de Somaliens.

La mort de ces rangers a conduit à une inversion complète de la politique américaine - la responsabilité de l'échec étant attribuée aux Nations unies qui avaient suivi plus qu'elles n'avaient dirigé cette entreprise: les troupes américaines quitteraient la Somalie avant le 31 mars 1994; d'ici là le général Aydiid, diabolisé pendant l'été, serait choyé afin d'éviter de nouvelles pertes humaines. Le 20 novembre Washington définissait d'une façon très restrictive les conditions d'une nouvelle participation à une opération des Nations unies; les effets en ont été sensibles peu après vis-à-vis des crises et conflits en Haïti, en Bosnie et au Rwanda.

La crise somalienne n'en était pas réglée pour autant après le départ américain et, à sa suite, celui de tous les contingents occidentaux. L'Onusom s'était trouvée un temps marginalisée par une médiation érythréo-éthiopienne, sollicitée par Washington, qui avait permis à Aydiid de quitter la clandestinité et de se rendre à des pourparlers à Addis-Abéba en décembre 1993. Ces entretiens avaient échoué à cause de la partialité des Éthiopiens en faveur du général Aydiid et des assurances prodiguées par l'Égypte aux douze factions opposantes à la SNA, conduites par Ali Mahdi.

Cet échec a eu deux effets importants. Il a, d'une part, incité les deux principaux clans de Mogadiscio, Haber Gidir et Abgal, à faire la paix malgré la compétition entre leur dirigeant, Aydiid et Ali Mahdi, en janvier 1994. Cet accord, malgré de nombreux incidents, dus surtout à l'hostilité de clans minoritaires (Murosade et Hawadle), s'est consolidé, rendant peu probable la reprise d'une guerre civile entre Somalis, mais redonnant une crédibilité à un affrontement entre certains clans et l'Onusom pour le contrôle d'espaces stratégiques de la capitale. Ce revers a, d'autre part, permis à l'Onusom de reprendre l'initiative et de coopter une nouvelle fois les chefs de faction, sans trop s'interroger sur leur projet politique ou leur représentativité: le but était de voir se former au plus vite un gouvernement central, afin de quitter le pays la tête haute. Malgré l'activisme de sa direction, l'accord conclu à Nairobi le 24 mars 1994 n'a fixé qu'un calendrier pour de nouvelles discussions et mis en cause l'édification d'institutions locales engagée à partir d'avril 1993. Les faiblesses de cette approche étaient encore soulignées par les combats pour le contrôle de Kismayo, ou les affrontements sporadiques dans d'autres zones du pays, notamment Merca et Beled Weyne.

Avec quelques semaines d'avance sur le calendrier officiel, les contingents et équipements de l'Opération des Nations unies pour la Somalie (Onusom III) ont quitté la Somalie, le 2 mars 1995. Entreprise pour mettre fin à une lutte pour le pouvoir ravageant le pays, à un moment où les ambitions de la communauté internationale étaient grandes, cette action avait suscité l'espoir d'une nouvelle forme de règlement des conflits ou d'un ordre mondial recomposé. L'ONU s'est cependant retrouvée très vite face à une situation complexe qui dépassait ses capacités de gestion. En effet, les États-Unis, initiateurs de l'opération Restore Hope (décembre 1992-mai 1993), avaient largement dicté des choix politiques qui s'étaient révélés très contestables après un attentat causant la mort de 24 "casques bleus" en juin 1993; par ailleurs, les autres pays participant à l'opération - à l'exception de l'Italie - avaient abandonné toutes leurs responsabilités. Lorsque le président américain Bill Clinton décida, le 7 octobre 1993, d'arrêter la chasse au dirigeant de l'Alliance nationale somalienne (SNA), le général Mohamed Farah Aydiid, il fit porter la responsabilité de l'échec sur l'ONU, laquelle dut gérer une situation devenue inextricable.

Le général Aydiid, très affaibli en mai 1993, sortait de la crise apparemment renforcé car il avait "battu" les marines et, le temps de la crise, redonné une unité au pays. L'Onusom, mais aussi les gouvernements érythréen et éthiopien ne lui ménagèrent plus leur soutien en pensant qu'il arriverait à créer un gouvernement national. La conférence de réconciliation nationale convoquée le 1er novembre 1994 par le chef de la SNA n'accueillit cependant que ses proches alliés et tourna court pendant l'hiver au point d'inciter les Éthiopiens, pourtant parmi ses soutiens les plus déterminés, à envisager une politique alternative.

Après des mois de tranquillité malgré le refus de l'ONU de lui accorder une aide conséquente, le Somaliland (partie de la Somalie qui fut colonie britannique), qui avait déclaré unilatéralement son indépendance en mai 1991, n'a pas échappé non plus à un retour de la guerre en novembre et décembre 1994, mais celle-ci s'est limitée à la capitale. Elle n'a pas eu la même intensité qu'au sud et a débouché sur des négociations qui laissaient espérer une lente normalisation, malgré de nouveaux incidents à Burao en mars 1995. Le gouvernement du président Mohamed Ibrahim Egal a semblé en sortir presque renforcé. Dans le sud de la Somalie, la situation n'est ainsi pas redevenue très stable, mais la sécurité y est suffisante pour permettre les cultures et la poursuite d'une relance économique perceptible dès la fin de l'année 1993.

De nombreuses questions demeurent posées. L'ONU peut-elle se satisfaire d'un départ en bon ordre de ce pays et ne doit-elle pas tirer un bilan très sévère sur les fautes, de la corruption à l'incompétence, qui ont affecté les sphères dirigeantes de l'Onusom? Quel type de recomposition politique est possible à terme? Quel rôle sera donné à Mogadiscio si les tendances au régionalisme politique se poursuivent. Combien de temps les ports et aéroports internationaux du sud de la Somalie fonctionneront-ils normalement? La répétition de l'impasse de 1992, avec le risque d'une crise humanitaire, reste peut-être le scénario le plus crédible.

La proclamation par le général Mohamed Farah Aydiid d'un gouvernement le 15 juin 1995 n'a guère fait progresser le règlement de la question somalienne, c'est-à-dire la reconstruction d'un appareil d'État et la mise en place d'une autorité reconnue par tous. Reconnu par le seul gouvernement libyen, il s'est lancé dans des opérations militaires pour montrer son caractère incontournable et agrandir un territoire qui demeurait comparable à celui contrôlé par son rival (et autre président), Ali Mahdi Mohamed. Le 15 septembre, le général Aydiid s'emparait de Baidoa et occupait à la fin octobre Hoddur. A. Mahdi, inquiet de cette progression militaire, bombardait le port de Mogadiscio, entraînant sa fermeture au début octobre. Chaque camp dispose depuis d'un port, Eil pour le Nord, Mercu pour le général Aydiid.

Utilisant les fonds libyens et l'argent de ses partisans à l'étranger ou provenant des divers impôts sur l'activité économique levés dans sa zone, le général Aydiid a pu envoyer l'un de ses vice-présidents semer la division à Kismayo, convaincre quelques dissident du camp d'A. Mahdi de le rejoindre en février 1996, et aider l'opposition armée au président du Somaliland Mohamed Ibrahim Egal. Il n'a cependant pas été capable de consolider son pouvoir et de construire une véritable administration. Les troupes de son ancien financier et allié, Osman Atto, sont passées dans la dissidence ouverte, tentant d'occuper Merca début mars, puis se repliant à Mogadiscio où des affrontements sporadiques mais violents ont eu lieu à partir du 12 mars.

Le 1er août 1996 le général Aydiid mourait des suites de blessures reçues lors de combats, bientôt remplacé à la tête de son camp par son fils Hussein Aydiid.

Ces péripéties ne doivent pourtant pas masquer des problèmes autrement plus importants. Les conseils de district ou de région soutenus à bout de bras par la communauté internationale sont le plus souvent, restés corrompus et inefficaces; les islamistes profitent de la crise larvée de toutes les factions pour reprendre pied sur le terrain politique avec une influence sociale accrue.

La situation économique est paradoxale. D'une part, l'absence d'emplois et l'inflation fragilisent la population urbaine et posent des problèmes sérieux aux organisations humanitaires; de l'autre, jamais le commerce n'a été aussi florissant. Le port de Bossasso profite de la fermeture de celui de Mogadiscio et d'une politique économique aberrante au Somaliland: l'exportation des ovins et camélidés du sud de la Somalie se fait par ce port qui récemment est devenu une plaque tournante pour l'importation de produits alimentaires pour le Somaliland.

La situation au Somaliland (ancienne colonie britannique au nord-ouest de la Somalie, il s'est autoproclamé indépendant en mai 1991) s'est accélérée depuis le début de l'année, après la mise à l'écart de chefs militaires historiques du Mouvement national somalien en septembre et le refus d'une médiation faite par des Somalilandais basés à l'étranger. L'humeur est plus à un règlement politique qu'à des affrontements, d'autant que le mandat de Mohamed Ibrahim Egal s'achevait en novembre 1996. Les grandes manoeuvres sur le vote d'une Constitution et le mode d'élection du président ont commencé.

La communauté internationale, toujours aveuglée par la nécessité de reconstruction d'un État, ne pense qu'à organiser une nouvelle conférence de réconciliation nationale malgré l'échec des tentatives précédentes.

La mort du général Mohamed Farah Aydiid, le 1er août 1996, et son remplacement à la tête de son camp par son fils Hussein n'ont pas profondément modifié les termes d'une possible réconciliation nationale. Néanmoins, pour la première fois depuis 1994, l'Éthiopie et le Kénya ont repris l'initiative diplomatique. Les Éthiopiens ont organisé une conférence à Sodere qui a abouti le 3 janvier à un accord signé par 26 factions fournissant le cadre d'un gouvernement national. L'enjeu pour eux est surtout de régler le problème des islamistes d'al-Ittehat qui, basés sur le territoire somalien, font des incursions en Éthiopie et confortent une opposition armée. L'accord de Sodere est apparu très ambigu et fragile: ni le gouvernement du Somaliland (territoire sécessioniste du Nord, qui a proclamé son indépendance en 1991) ni Hussein Aydiid n'y ont participé et certaines des factions signataires voyaient volontiers une solution militaire pour régler ce problème.

Le 20 janvier, le représentant spécial pour la Somalie, Giuseppe Cassini, obtenait la relance du processus de paix dans la région de Mogadiscio grâce à une rencontre entre Hussein Aydiid et Ali Mahdi Mohamed (rival du précédent, contrôlant lui aussi une portion du territoire). Pour le premier, très inquiet d'une possible reconnaissance internationale du gouvernement issu des accords de Sodere, il convenait de reprendre l'initiative, le gouvernement imposé par son père restant isolé tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Somalie. Cet accord avec son rival lui a permis d'entreprendre une tournée régionale d'explication au Kénya (février), en Ouganda (mars) et en Égypte (avril). Ali Mahdi, quelque peu humilié à Sodere par les Éthiopiens, entendait, quant à lui, faire la preuve que rien ne peut se faire sans lui et devait également régler au mieux les dissensions au sein de son propre camp où les partisans du dirigeant des Tribunaux islamiques, Sheykh Ali Sheykh Mahmud "Dhere", se sont militairement affrontés aux siens en novembre et en février, croyant pouvoir bénéficier des soutiens des islamistes dont l'influence a notoirement augmenté à Mogadiscio.

Au terme d'une longue conférence, l'assemblée des anciens a réélu Mohamed Ibrahim Egal à la présidence du Somaliland en février 1997. Surtout, cette conférence aura permis de négocier le retour de nombreux opposants qui avaient pris les armes en octobre 1994. Néanmoins la reconnaissance du Somaliland n'a pas avancé; l'Éthiopie, bien qu'en bonnes relations, n'en veut pas, non plus que Djibouti qui abrite toujours des milices issas qui entretiennent un foyer d'agitation sur la zone frontalière. Ces péripéties n'affectent cependant pas profondément la vie d'une population lasse de la guerre et considérablement appauvrie par l'absence d'aide internationale significative. Si la récolte de l'été 1996 a été bonne, celle de 1997 devait être mauvaise à cause de pluies erratiques. L'appel des grandes agences des Nations unies, le 13 décembre, n'a suscité qu'un intérêt poli, laissant peu d'espoir sur la collecte des 100 millions de dollars espérés pour la Somalie.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


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