Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

1996

La mort du général Mohamed Farah Aïdid, puissant chef de guerre somalien, en août, n'a finalement pas apporté la paix tant espérée. Son fils Hussein, qui lui a succédé, rejette toute nouvelle conférence de réconciliation nationale et exige, comme son père, d'être reconnu par ses rivaux comme président de la Somalie. Les combats se sont donc poursuivis, obligeant les agences caritatives encore présentes à quitter le pays.
Le Kenya et l'Ethiopie, inquiets des retombées régionales du conflit somalien et de la montée en puissance des islamistes, tentent d'instaurer un dialogue entre chefs de factions. L'Union européenne a toutefois lancé son deuxième programme biennal de réhabilitation : 60 millions de dollars destinés à plus d'une centaine de projets dans les zones où les autorités locales ont su maintenir la paix. Les Quinze financeront également la modernisation des ports de Bosasso, dans le Nord-Est, et celui de Berbera, au Somaliland, par où transitent des millions de têtes de bétail acheminées vers les pays du Golfe.

Le trafic de kat, plante euphorisante importée du Kenya ou d'Ethiopie et dont les Somaliens sont friands, reste florissant grâce aux transferts en devises de la diaspora somalienne qui sont venus remplacer l'argent généré, jusqu'à l'an dernier, par la présence des organisations humanitaires.
En attendant une reconnaissance internationale, cinq ans après son indépendance autoproclamée, le Somaliland vit dans un calme précaire, toujours menacé par les affrontements claniques. Un nouveau président doit y être élu pour succéder à Ibrahim Egal, critiqué par les milieux d'affaires pour son incapacité à freiner l'inflation de la nouvelle monnaie du Somaliland.

1997

La conférence de réconciliation  nationale, qui devait se tenir en juin 1997, a été repoussée du fait du refus d'Hussein Aïdid d'y participer. Celui-ci accuse Addis-Abeba, qui a parrainé une réunion de vingt-six factions (sauf la sienne) en janvier 1997, d'ingérence dans les affaires somaliennes. Des combats sporadiques se sont poursuivis toute l'année dans l'ouest du pays entre des clans locaux, sans doute armés par l'Ethiopie, et les forces d'Hussein Aïdid. Pour financer sa guerre, ce dernier a importé de nouvelles coupures de shillings somaliens, aussitôt rejetées par son rival de Mogadiscio-nord, Ali Mahdi, mais aussi par les hommes d'affaires. Les principales factions somalienne ont pourtant signé le 22 décembre au Caire un accord mettant fin à six ans de guerre civile, prévoyant la constitution d'un État fédéral et d'un gouvernement central. Les inondations catastrophiques, en novembre, ont coûté la vie à des centaines de personnes, détruit des dizaines de villages et ravagé les récoltes, déjà engrangées, ,ainsi que les cultures. Selon les Nations unies, près d'un million de Somaliens ont été touchés par les inondations et la communauté internationale devrait se mobiliser pour ,l'assister, pendant de longs mois, les sinistrés, dans un pays toujours en proie à une insécurité latente. En septembre, Médecins sans frontières s'est retiré de Somalie après le meurtre, resté impuni, d'un de ses docteurs.
Au Somaliland, le président Egal a été réélu pour cinq ans en mars 1997. Bien que ce dernier ne contrôle pas tout à fait l'est de la République qui s'est autoproclamée indépendante en 1991, les donateurs apprécient néanmoins la stabilité du pays et envisagent maintenant de financer des projets de développement. Mais la question de la reconnaissance internationale du Somaliland reste en suspens.

1998

Une douzième initiative de paix en Somalie a échoué avec l'annulation de la conférence de paix de Baidoa, prévue par l'accord intersomalien de décembre 1997. L'ONU a annoncé qu'elle modifiait son approche du problème somalien en privilégiant désormais l'assistance aux régions stables du pays, une stratégie déjà adoptée par l'Union européenne. Les deux principaux chefs de guerre de Mogadiscio ont fini par s'entendre pour rouvrir le port et l'aéroport de la capitale, inutilisables depuis trois ans en raison de luttes de clans, mais deux autres factions ont fait échouer l'accord. Les barrages sur la ligne de démarcation sont réapparus à l'intérieur de la capitale, après avoir été démantelés en janvier 1998. L'un des chefs militaires du Nord-Est a déclaré, en juillet 1998, l'autonomie de sa propre région, baptisée « Puntland », mais son initiative a été critiquée par ses rivaux directs et par le Somaliland voisin.

Dans les régions sud et centre, l'insécurité s'est nettement aggravée cette année et, après le bref enlèvement de neuf expatriés de la Croix Rouge en avril 1998, la plupart des organisations humanitaires se sont retirées de Somalie. La réduction de leurs programmes sanitaires a causé une recrudescence du choléra. De même, les convois d'aide alimentaire vers le Sud, où la récolte 1998 est la plus mauvaise depuis cinq ans, affrontent des risques élevés de pillage. En 1998, près de deux cents Somaliens qui tentaient de gagner le Yémen sur des navires de fortune se sont noyés. Les candidats à l'exil sont légion. L'embargo saoudien de février 1998 sur toute viande en provenance de la Corne de l'Afrique a durement frappé les éleveurs somaliens, ainsi que le port de Berbera, dont les droits de douane forment l'essentiel des revenus du « gouvernement » du Somaliland. Le président, Mohamed Ibrahim Egal, de cette République autoproclamée envisage un référendum -supervisé par les Nations unies -sur la sécession d'avec le Sud, ce qui devrait débloquer une aide pour ce que l'ONU continue d'appeler « nord ouest de la Somalie ».

1999

Tandis que les deux entités autoproclamées de la moitié nord du pays, le Somaliland et le Puntland, ont réussi en 1999 à maintenir une certaine stabilité, la moitié sud du pays s'est enfoncée dans une guerre des chefs. L'espoir de Hussein Aïdid et Ali Mahdi, les deux principaux chefs de guerre de Mogadiscio, de voir leur « administration conjointe » de la capitale et de sa région se transformer peu à peu en gouvernement a été déçu. Hussein Aïdid a renoncé à la réouverture du port de Mogadiscio, tout comme il a dû abandonner son projet de force de police dans la capitale: les membres de ce corps sont évanouis dans la nature avec leur matériel. La situation est devenue de plus en plus confuse à Mogadiscio, où des combats sporadiques éclatent régulièrement entre factions. Les hommes d'affaires se sont émancipés de la tutelle des chefs de guerre et ont créé leurs propres milices.

L'initiative de paix du président djiboutien, Ismaël Omar Gue1leh, est d'autant plus menaçante pour Aïdid qu'e1le promet de « juger les chefs de faction pour crimes contre l'humanité » et qu'elle est appuyée par Addis Abeba, où Aïdid est considéré comme le principal obstacle à la solution du problème somalien. L'Ethiopie a resserré son alliance avec le Somaliland, qui lui offre le débouché de son port, Berbera, et avec le Puntland, où un diplomate représente désormais les intérêts éthiopiens dans la « capitale », Bossaso.
Les bailleurs de fonds débattent du traitement à réserver au Somaliland et au Puntland. Il s'agit, pour eux, de trancher si ces entités peuvent être reconnues comme des interlocuteurs à part entière et bénéficier d'aides autres qu'humanitaires, ce qui équivaudrait à leur reconnaître peu à peu un statut d'Etat. Les perspectives restent sombres pour les provinces du Sud, d'autant qu'une nouvelle année de sécheresse est venue aggraver le déficit céréalier des années antérieures et menacer la vie de plus d'un million de personnes dans ce Sud qui était le grenier de la Somalie.

2000

La douzième tentative en près d'une décennie pour reconstituer un Etat en Somalie sera-t-elle la bonne ? La conférence de réconciliation d'Arta, à Djibouti, qui s'est réunie au cours de l'été 2000 a finalement donné naissance à des institutions reconnues par les Nations unies, qui espèrent faire revenir le pays dans la norme. Pendant cent jours, douze cents délégués sont venus de toute la Somalie, membres des clans et sous-clans somaliens et appartenant au milieu des affaires, à la société civile ou aux autorités traditionnelles pour participer à une gigantesque séance de palabre et se doter finalement d'un Parlement de 245 membres choisis parmi les différentes composantes claniques de la société somalienne.

Ce Parlement, mis en place en août, a élu un président intérimaire, qui a nommé un premier ministre et un gouvernement, avec toutes les apparences d'un retour à l'autorité centrale. Mais les nouvelles institutions restent fragiles. D'abord, les chefs des entités autoproclamées du Somaliland et du Puntland, au nord et à J'est du pays, s'opposent à cette autorité qui menace leur propre pouvoir. De plus, malgré les tentatives de médiation de la Libye et du Yémen, les chefs de faction de Mogadiscio n'avaient toujours pas reconnu, en décembre 2000, le nouveau gouvernement constitué pour mettre fin à leur domination militaire sur le pays.

De sérieuses menaces pèsent d'ailleurs sur les délégués qui, faute de locaux, se réunissent dans des hôtels de la capitale et sont régulièrement l'objet de mitraillages de miliciens. Le gouvernement, avec l'appui logistique et financier des hommes d'affaires, des tribunaux islamiques mais aussi de groupes musulmans fondamentalistes, a toutefois commencé à constituer une police dont le rôle sera d'assurer la sécurité dans Mogadiscio.

Malgré ces progrès, la Somalie vient de traverser une année difficile, avec les effets conjugués de la sécheresse et d'un embargo des pays arabes portant sur le bétail en provenance de la Corne de l'Afrique pour cause d'épidémie de fièvre du rift en Arabie saoudite et au Yémen. Or ces exportations sont le seul débouché de l'élevage somalien -dont des millions de têtes de bétail partent, chaque année, vers les pays du Golfe -et l'une des ressources du gouvernement de la République autoproclamée du Somaliland, qui exporte depuis le port de Beirbera 2,5 millions de moutons et 100000 vaches chaque année.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier