
LE SOUDAN EN UN CLIN D'OEIL
Soudan (État), officiellement république du Soudan, pays d'Afrique orientale, ouvert sur la mer Rouge, limité au nord par l'Égypte, à l'est par l'Érythrée et l'Éthiopie, au sud par le Kenya, l'Ouganda et la République démocratique du Congo, et à l'ouest par la République centrafricaine, le Tchad et la Libye. Ce pays, le plus vaste du continent africain, qui couvre une superficie de 2 505 800 km², est traversé du nord au sud par la vallée du Nil. Le pays tire son nom de l'expression arabe Bilad al-Sudan, utilisée autrefois pour désigner l'ensemble des pays de l'Afrique noire subsaharienne. Cependant, si sa partie septentrionale appartient, par la langue et la religion, au monde arabo-musulman, le Sud, animiste et chrétien, est ancré dans le domaine sub-saharien. Ce clivage géographique, associé à une domination politique s'exerçant au détriment des populations du Sud, a largement contribué au déclenchement de la guerre civile qui déchire le Soudan de manière quasi ininterrompue depuis l'indépendance acquise en 1956. L'arrivée des islamistes au pouvoir (1989) a ravivé la poursuite des combats.
Relief et hydrographie
Le Soudan s'étend sur plus
de 2 250 km du nord au sud et 1 730 km d'est en ouest.
Il est partagé en trois grandes régions naturelles. Au nord,
de part et d'autre du Nil, se trouvent le désert Libyque, entrecoupé
de plateaux escarpés, et le désert de Nubie bordé
par la chaîne des montagnes de la mer Rouge qui culmine à
2 200 m. La zone soudano-sahélienne centrale est traversée
par le Nil Blanc, le Nil Bleu et l'Atbara, ces deux derniers fleuves prenant
leur source sur le plateau éthiopien. Le Nil Blanc et le Nil Bleu
se rejoignent à Khartoum, la capitale soudanaise, enserrant une
vaste région sédimentaire, le grenier du pays. À l'ouest,
s'élèvent les plateaux arides du Kordofan et du Darfour,
dominés par les reliefs des monts Nuba, culminant à 1 500 m
d'altitude, et du djebel Marra, cône volcanique éteint et
isolé qui s'élève à 3 088 m.
Le Sud est formé d'une grande
plaine dépressionnaire argileuse et imperméable, très
marécageuse, où s'étalent et s'évaporent une
partie des eaux du Nil Blanc. C'est là aussi que convergent deux
de ses affluents, le Sobat et le Bahr el-Ghazal.
Le point le plus élevé
du Soudan, le mont Kinueti situé à proximité de la
frontière avec l'Ouganda, s'élève à 3 187
m.
Climat
Le climat du nord du Soudan est
de type aride et désertique. Les variations saisonnières
y sont très importantes, de 4,4°C en hiver à plus de
43,3°C, en été. Le centre est marqué par un climat
tropical de type continental : les tempêtes de sable y sont
fréquentes durant les mois d'été, avant la venue de
la pluie. Le sud du Soudan vit sous un climat de type équatorial
avec une saison des pluies qui dure huit mois. Les précipitations
y dépassent 2 000 mm. Depuis les années soixante-dix,
la sécheresse et la désertification dans l'ouest du Soudan
et la guerre civile ont entraîné un exode rural massif.
Flore et faune
Le centre du Soudan, et plus particulièrement
les vallées arrosées par des fleuves ou des rivières,
est riche en végétation malgré un important déboisement
imputable à l'homme. Dans les zones sahéliennes les plus
fragiles, la dégradation du couvert végétal favorise
la désertification. La faune est abondante dans les plaines et les
régions équatoriales du Soudan : crocodiles, hippopotames,
girafes, léopards, babouins. Le Nil constitue un point d'arrêt
important pour les oiseaux qui migrent vers le sud de l'Afrique en hiver.
La mouche tsé-tsé infeste la région équatoriale,
ainsi que les moustiques qui, de par leur présence sur l'ensemble
du territoire, font du paludisme une maladie endémique.
Ressources naturelles
Les principales ressources naturelles
du Soudan sont l'eau, fournie par le Nil, et les sols fertiles des vallées
fluviales. L'irrigation est très développée dans la
partie centrale. La Gézireh («?l'île?» en arabe),
au sud de Khartoum, foyer de la culture du coton, constitue le cœur de
l'économie soudanaise. Avec une superficie de 1 million d'hectares,
la Gézireh est la région la plus irriguée du monde.
Les acacias des forêts du Centre fournissent la gomme arabique, commercialisée
depuis plus de deux mille ans.
Les réserves en minéraux,
bien que faibles, existent : le pays recèle des ressources
en or, chrome, cuivre et en minerai de fer, ainsi qu'en pétrole,
notamment dans le sud du pays.
Démographie
En 1998, la population du Soudan
est estimée à 33,6 millions d'habitants, pour une densité
moyenne de 13 habitants au km2. Les régions les plus peuplées
sont celles situées autour de Khartoum et dans le Soudan central
à proximité du Nil Bleu et du Nil Blanc.
Le Soudan est une véritable
mosaïque ethnique, à l'intérieur de laquelle il est
possible de distinguer deux groupes principaux. Au nord et au centre dominent
les populations islamisées (77 p. 100 des Soudanais),
qui ne sont pas toutes arabisées : si les Baggaras, peuple
noir de pasteurs transhumants du Centre, le sont, ce n'est pas le cas des
nomades chameliers Béjas (environ 500 000 personnes) peuplant
les montagnes de la mer Rouge. Au sud et dans les massifs montagneux centraux,
vivent des populations animistes et chrétiennes, parmi lesquelles
les Dinka (2 millions de personnes) et les Nuer (500 000 personnes),
pasteurs nomadisant de la cuvette du Haut-Nil, ainsi que les Nuba (500 000 individus),
agriculteurs des collines du Centre.
La guerre civile a bouleversé
les schémas traditionnels de peuplement. La plupart des habitants
du Sud ont été déplacés, des dizaines de milliers
d'entre eux ont été tués et des centaines de milliers
se sont réfugiés dans les pays voisins ou dans des camps
bâtis à la périphérie des villes du Nord.
Découpage administratif
et villes principales
En février 1994, le territoire
a été divisé en 26 États fédéraux.
Khartoum, la capitale, constitue la plus grande ville du pays et le principal
centre économique du pays. Elle forme une conurbation avec Omdurman,
capitale précoloniale. Port-Soudan, sur la mer Rouge, est le principal
port du pays.
Langues et religions
La langue officielle du Soudan est
l'arabe, parlé par 70 p. 100 de la population. L'anglais
est largement utilisé, tout comme une centaine de langues locales,
parlées essentiellement dans l'ouest, l'est et le sud du pays.
Depuis 1983, la charia, loi islamique,
a été imposée comme source du droit à l'ensemble
du pays. Si plus de 70 p. 100 de la population soudanaise appartiennent
à la communauté sunnite, 17 p. 100 sont animistes
et 10 p. 100 chrétiens. L'islam soudanais se caractérise
par la vénération d'un grand nombre de «?saints?»
locaux. L'adhésion à l'une ou l'autre croyance va de pair
avec l'appartenance à une culture et à une communauté
sociale.
Éducation
L'école est gratuite mais
non obligatoire. Dans le Nord, les écoles coraniques jouent un rôle
important dans la scolarisation des jeunes. La guerre civile a, en revanche,
provoqué l'effondrement du système scolaire dans le sud du
pays. En 1995, le taux d'alphabétisation est de 46,1 p. 100,
bien que le pays comporte plusieurs établissements d'enseignement
supérieur comme l'université de Khartoum (fondée en
1956), l'université islamique d'Omdurman (1912) et l'université
de Juba (1975), fermée depuis la reprise de la guerre civile.
Culture
Le nord du Soudan est imprégné
par la culture islamique, tempérée dans les zones rurales
par des traditions préislamiques et, dans les villes, par les coutumes
occidentales. La culture européenne a également exercé
une influence dans le sud du pays, mais les traditions africaines demeurent
vivaces.
Le musée national du Soudan,
à Khartoum, abrite des collections préhistoriques ou des
royaumes (Napata, Méroé) contemporains de l'Égypte
ancienne. La maison du Calife, à Omdurman, contient une collection
de reliques de l'époque madhiste. Khartoum possède également
un musée d'Histoire naturelle et un Musée ethnographique.
La bibliothèque de l'université de Khartoum est réputée
pour sa collection d'objets traditionnels soudanais et africains?; la bibliothèque
Flinders Petrie (du nom de l'égyptologue) et les Archives nationales
possèdent une importante collection de documents historiques.
Institutions et vie politique
Depuis l'indépendance, en
1956, gouvernements démocratiques et dictatures militaires se succèdent.
À la suite du coup d'État militaire de 1985 qui renverse
le général Nemeiri, au pouvoir depuis 1969, des élections
libres, organisées en 1986, voient la victoire du parti Oumma, dominé
par les membres de la secte des Ansars (disciples du Mahdi). Son principal
dirigeant, l'arrière-petit-fils du Mahdi, Sadek al-Mahdi, accède
aux fonctions de Premier ministre. La poursuite de la guerre civile, la
situation catastrophique provoquée par les inondations et la famine
de 1988 conduisent à un nouveau coup d'État militaire, en
1989, mené par le général Omar Hassan el-Béchir,
qui est élu, en 1996, président de la République.
La réalité du pouvoir
est cependant détenue par les islamistes du Front national islamique,
dirigé par le cheikh Hassan el-Tourabi, juriste formé à
Londres et à Paris, qui est élu en 1996 président
du Parlement.
ÉCONOMIE
Le Soudan est un pays très
pauvre. En raison de la guerre, les statistiques n'ont qu'une valeur indicative.
En 1997, le produit intérieur brut (PIB) était estimé
à 10,22 milliards de dollars, soit un revenu par habitant de 370
dollars par an.
Entre le milieu des années
soixante et la fin des années quatre-vingt, la croissance économique
du pays a été quasiment nulle. Au début des années
quatre-vingt-dix, les aléas climatiques et les conséquences
de la guerre civile ont totalement sapé les efforts déployés
par le gouvernement pour tenter de développer l'économie.
En 1995, le pouvoir a repris les négociations avec le Fonds monétaire
international afin d'introduire des éléments de réforme
dans une économie essentiellement rurale, et résoudre le
problème de la dette, d'un poids considérable (8,4 milliards
de dollars en 1994). Le revenu des Soudanais émigrés massivement
dans les pays du golfe Arabo-Persique représente la principale source
d'entrée de devises.
Agriculture
Faute de travaux de mise en valeur
des sols, seuls 10 p. 100 des terres sont cultivés, alors
que l'agriculture représente 25 p. 100 du PIB et emploie
la moitié de la population active. Les principales cultures de subsistance
sont la canne à sucre, le sorgho (3 500 000 t en
1998), le millet, l'arachide et le manioc. Dans les années soixante-dix,
la production de sorgho a été mécanisée, permettant
ainsi au Soudan d'exporter cette denrée au prix d'une importante
érosion des sols et d'une désertification accrue. À
l'heure actuelle, le coton est la principale culture de rente du Soudan.
La gomme arabique, employée
pour l'élaboration de confiseries, parfums, aliments transformés,
constitue un autre produit majeur d'exportation. Le Soudan en est le premier
producteur mondial.
Mines et industries
Depuis que l'extraction minière
a été quasiment arrêtée et que le pétrole
découvert au sud n'a pu être exploité en raison du
conflit, l'activité industrielle se limite à la transformation
de produits agricoles et à la production textile. Les grandes centrales
hydroélectriques de Khachm al-Girba sur l'Atbarah et de Sennar sur
le Nil Bleu assurent 70 p. 100 de la production d'électricité
du Soudan.
Échanges
Les principaux produits d'exportation
sont le coton (55 p. 100 du total), la gomme arabique (9 p. 100),
les graines de sésame (9 p. 100) et l'arachide (2 p. 100).
Avec une production essentiellement agricole, le Soudan est contraint d'importer
la quasi-totalité des produits manufacturés qu'il consomme
(machines, produits pétroliers, métallurgie et textiles).
Les principaux partenaires commerciaux du Soudan sont l'Arabie Saoudite,
le Japon et les pays de l'Union européenne.
Les échanges intérieurs
utilisent les 4 595 km de voies ferrées qui relient entre elles
la plupart des grandes villes du pays; les 4 070 km de voies
navigables (dont seule la moitié est praticable tout au long de
l'année) et 11 900 km de routes. La compagnie aérienne
nationale, Sudan Airways, propose des vols sur l'ensemble du pays ainsi
que des liaisons internationales.
Depuis 1992, le dinar remplace l'ancienne
livre soudanaise. Toutes les banques du pays ont été nationalisées
en 1970. De plus, la loi islamique interdit l'application d'intérêts
sur les transactions bancaires. La première Bourse des valeurs soudanaise
a vu le jour en 1995.
HISTOIRE
La partie nord du territoire du
Soudan moderne est connue jusqu'au XVIe siècle sous le nom
de Nubie. En revanche, l'histoire du Soudan méridional demeure obscure
jusqu'au XIXe siècle.
Les royaumes du Soudan
Faisant suite à une riche
civilisation néolithique née des contacts avec un Sahara
en voie de désertification, les principautés apparues dès
le milieu du IVe millénaire avant notre ère donnent
naissance au royaume de Kerma (environ 2500-1500 av. J.-C.).
Ce dernier entretient d'étroits contacts avec l'Égypte, qui
l'évoque sous le nom de Coush et lance parfois des expéditions
contre lui. Des monuments et vestiges archéologiques (deffutas de
Kerma), situés dans la région comprise entre le désert
de Nubie et le Nil témoignent aujourd'hui d'une civilisation originale.
De 1500 à 1075 environ, l'Égypte du nouvel Empire exerce
une grande influence sur le pays. La région reprend ensuite son
indépendance et une dynastie nubienne fonde une principauté
autour de Napata. Au VIIIe siècle av. J.-C., le roi de
Coush annexe l'Égypte et se proclame pharaon. Renversée en
671 av. J.-C. par les Assyriens, la dynastie coushite se replie
à Napata, puis à Méroé, plus au nord et moins
soumis à l'accentuation de la désertification. Vers 350 av. J.-C.,
le royaume éthiopien d'Aksoum conquiert la Nubie. À l'ancien
royaume de Méroé succèdent, à partir du VIe siècle
de notre ère, de petits royaumes chrétiens qui subsistent
jusqu'au début du XVIe siècle. Isolés après
la conquête arabo-musulmane de l'Égypte vers 640, ils disparaissent
les uns après les autres lorsque les Foundjis, des Noirs islamisés,
établissent un sultanat à Sennar en 1504.
La conquête de Méhémet
Ali
Au cours du XVIe siècle,
le sultanat des Foundjis, dont la puissance est assise sur la traite des
Noirs (voir Esclavage), devient un État puissant dont la capitale
se révèle être l'un des foyers culturels les plus importants
de l'islam. Toutefois, à la fin du XVIIIe siècle, des
dissensions entre les grandes tribus foundjies affaiblissent considérablement
le royaume. En 1821, le Soudan est envahi par l'armée de Méhémet
Ali, vice-roi d'Égypte qui fonde Khartoum en 1823, au confluent
des deux Nil. Une vaste partie de la Nubie est rattachée à
l'Égypte sous le nom de Soudan égyptien. La domination égyptienne
(qui va durer soixante ans) s'étend progressivement au sud, soutenue
par les Britanniques qui veulent compter l'Égypte parmi leurs possessions
d'Afrique australe. À l'ouest, néanmoins, le Sultanat de
Darfour, dans le djebel Marra habité par les Fours, conserve son
indépendance jusqu'en 1916. Les querelles intestines provoquées
par la traite des esclaves dans le Sud, et plus généralement
par l'incompétence de l'administration, ne font que s'accentuer
pendant cette période. Entre 1877 et 1880, alors que le Soudan égyptien
est gouverné, au nom de l'Empire ottoman, par le général
et administrateur britannique Charles George Gordon, des efforts sont déployés
pour supprimer le commerce des esclaves.
La révolte mahdiste
La démission de Gordon puis
l'instauration d'un protectorat britannique en Égypte, en 1882,
aggravent les tensions internes au Soudan. La révolution nationaliste
mahdiste naît à ce moment : les disciples de Muhammad
Ahmad Abd Allah, qui s'est proclamé Mahdi (c'est-à-dire imam
caché, ou messie, dans la tradition musulmane), remportent plusieurs
victoires. Les Ansars parviennent notamment à détruire un
corps d'armée égyptien en novembre 1883 et à se rendre
maître de Khartoum en janvier 1885, bataille au cours de laquelle
Gordon trouve la mort. Ils parviennent ainsi à contrôler le
nord du Soudan.
La situation intérieure se
détériore sous le règne du Mahdi puis du calife Abdallah
al-Taaisha, qui succède au Mahdi en 1885. Le calife mène
une lutte incessante contre les peuples nilotiques du Sud, annexant une
grande partie de leur territoire au Soudan égyptien, et se lance
dans plusieurs autres aventures militaires, dont une tentative avortée
de conquête de l'Égypte en 1889.
En 1896, les gouvernements britannique
et égyptien, soucieux de contrer l'influence croissante de la France
en Afrique centrale, lancent une expédition militaire commune contre
le calife. Menée par le général Kitchener, elle se
solde par la défaite des troupes mahdistes à Omdurman, le
2 septembre 1898.
Le Soudan anglo-égyptien
Le 19 janvier 1899 est instauré
un condominium anglo-égyptien sur le Soudan. En réalité,
le Royaume-Uni apparaît comme le véritable maître du
pays, établissant dans le Nord une organisation administrative efficace,
et favorisant le développement économique de la colonie,
notamment par l'irrigation de la Gézireh. La mainmise britannique
est bien plus ténue dans le Sud, placé sous l'autorité
d'une poignée de fonctionnaires coloniaux, les «?barons du
marais?» et sous l'influence des missionnaires chrétiens,
autorisés par le gouvernement britannique à évangéliser
les populations nilotiques. Les Français tentent également
de s'établir dans cette région : l'expédition
menée par Marchand à Fachoda manque de provoquer un affrontement
direct entre les deux puissances coloniales occidentales. Kitchener contraint
les Français à se retirer en échange de l'abandon
de leurs prétentions sur le Sahara. La pacification du Soudan a
été difficile et n'est réellement achevée qu'en
1916, après l'assassinat du sultan du Darfour par des agents anglais.
À la suite de l'indépendance
de l'Égypte, en 1922, le nationalisme soudanais redouble de vigueur.
Il est cependant divisé entre partisans de l'intégration
à l'Égypte et indépendantistes, représentés
par le parti Oumma (dont le nom signifie littéralement la communauté
musulmane) allié à la secte des Ansars. En 1924 a lieu un
premier soulèvement dans le sud. Les Anglais choisissent alors de
mener une double politique, d'«?indirect rule?» au nord, les
sheikhs servant d'intermédiaire entre les autorités anglo-égyptiennes
et la population et une «?southern policy?» au sud. En pratique,
Nord et Sud cessent toutes communications, les Anglais empêchant
tout contact entre les deux parties du Soudan. Cette politique est source
de frustration et de ressentiments. Au nord, les populations estiment que
les sudistes, accusés de ne pas être de véritables
nationalistes, font figure de traîtres, alors qu'au sud les populations
ont le sentiment d'être des oubliés, des laissés-pour-compte.
En 1936, un traité signé par l'Égypte et le Royaume-Uni
confirme la convention de 1899. Toutefois, après la Seconde Guerre
mondiale, les deux pays entament des négociations afin de réviser
ce traité. Le gouvernement égyptien exige le départ
des Britanniques du Soudan, lesquels s'y refusent : ils ne consentent
qu'à de légères modifications institutionnelles.
L'indépendance
En 1948 est élue une assemblée
législative, dominée par les partis représentant le
nord du pays. Les députés exigent des deux puissances coloniales
la création d'un gouvernement soudanais et dénoncent le condominium.
En octobre 1951, Farouk d'Égypte se proclame unilatéralement
roi du Soudan. Après que le souverain eut été contraint
d'abdiquer par le général Néguib, le Soudan se voit
reconnaître, en 1952, le droit à l'autodétermination.
De nouvelles élections législatives
ont lieu à la fin de l'année 1953. Le parti démocratique
unioniste, proégyptien, et le parti Oumma remportent la majorité
des sièges, ce qui entérine la marginalisation des partis
politiques du Sud. La formation d'un gouvernement «?entièrement?»
soudanais, composé pour l'essentiel de représentants du Nord,
en janvier 1954, marque le début de la «?soudanisation?»
du pays, qui crée un contexte favorable à un affrontement
civil entre populations. Celui-ci éclate dès août 1955.
Conduits par le mouvement Anya-Nya, les Sudistes revendiquent la création
d'un État distinct. Ils reçoivent le soutien des États-Unis,
d'Israël, de l'Ouganda et de l'Éthiopie.
La république (unitaire)
du Soudan, reconnue immédiatement par l'Égypte et le Royaume-Uni,
appuyée par l'Union soviétique dans sa lutte contre le Sud
sécessionniste, est officiellement instaurée le 1er janvier
1956. Le Soudan devient membre de la Ligue arabe le 19 janvier et
des Nations unies le 12 novembre de la même année.
Le gouvernement de Nemeiri
Les élections législatives
de 1958 donnent la majorité au parti Oumma. Toutefois, l'armée
se révolte et porte au pouvoir le général Ibrahim
Abboud, favorable à une intensification des relations avec l'Égypte.
Sa démission, intervenue en 1964 après une violente révolte
étudiante, permet le rétablissement, provisoire de la démocratie,
mais ne modifie en rien la politique menée à l'égard
du Sud. Après la guerre israélo-arabe de 1967, la diplomatie
du pays s'affirme résolument proarabe. En 1969, un groupe d'officiers,
avec à sa tête le général Djafar al-Nemeiri,
prend le pouvoir et installe un gouvernement placé sous l'autorité
d'un conseil révolutionnaire. Le nouveau régime réprime
le mouvement fondamentaliste des Frères musulmans et le parti Oumma,
se rapproche des États-Unis et de l'Égypte (il est le seul
pays de la région arabo-musulmane à soutenir l'accord de
paix avec Israël) et négocie un cessez-le-feu avec les sécessionnistes
du Sud, auxquels l'autonomie est accordée. En juillet 1971, une
tentative de coup d'État imputable à des officiers communistes
échoue. Le général Nemeiri en profite pour décapiter
le Parti communiste soudanais (le plus puissant d'Afrique), opère
des milliers d'arrestations et fait exécuter des opposants, parmi
lesquels Joseph Garang, l'ancien ministre des Affaires du Sud et le secrétaire
général du parti, Abd al-Khaliq Mahjoud.
Confirmé à la tête
de l'État en 1972, réélu pour un troisième
mandat en avril 1983, Nemeiri, confronté à la faillite de
l'économie soudanaise, renoue avec les Frères musulmans,
qui entrent au gouvernement, et fait appliquer la loi islamique (la charia).
Le Sud, où, depuis le cessez-le-feu de 1972, les investissements
étrangers affluent, est divisé en trois provinces. Les Sudistes
se rebellent de nouveau, refusant ce découpage géographique
et l'entrée en vigueur de la charia. Ils sont désormais rassemblés
au sein d'une seule armée, l'Armée de libération du
peuple soudanais (APLS), dirigée par le colonel John Garang. Dans
le Nord, la situation se dégrade également, avec l'opposition
du parti Oumma et des Ansars, et les manifestations contre l'augmentation
du prix des produits alimentaires se multiplient. En avril 1984, la loi
martiale est proclamée. En janvier 1985, l'exécution publique
d'un religieux musulman, Mahmoud Tahan, âgé de soixante-seize
ans, vénéré comme un saint homme, accroît les
troubles politiques. En avril, un soulèvement populaire à
Khartoum débouche sur un nouveau coup d'État militaire.
Établissement d'un pouvoir
islamique
Après une période
de transition, la démocratie est rétablie; Sadek al-Mahdi,
arrière-petit-fils du Mahdi et chef de file du parti Oumma, est
élu Premier ministre en 1986, lors des premières élections
libres organisées dans le pays depuis dix-huit ans. Il intensifie
l'offensive contre les Sudistes, mais la crise sociale provoquée
par la hausse de la dette publique, les ravages d'une famine due à
la guerre et à des crues extraordinaires du Nil affaiblissent le
nouveau gouvernement.
En juin 1989, l'armée reprend
le pouvoir, sous la direction du général Omar el-Béchir,
qui épouse l'orientation idéologique pro-islamique d'un juriste
formé en Occident, Hassan al-Tourabi. Les institutions démocratiques
sont suspendues, la charia appliquée avec une nouvelle vigueur.
Après l'échec des négociations avec l'APLS, la guerre
s'intensifie. La chute, en Éthiopie, du régime de Mengistu,
en 1991, prive l'APLS de l'une de ses bases de repli, mais la conclusion
d'un cessez-le-feu n'intervient qu'en 1995, sous l'égide de l'ancien
président américain Jimmy Carter. Malgré les tentatives,
parfois couronnées de succès, de diviser ses adversaires
de l'APLS en attisant les clivages communautaires, le régime ne
parvient pas à mater le soulèvement. Les nouveaux régimes
d'Éthiopie et d'Érythrée apportent désormais
leur soutien à la guérilla, ainsi qu'aux opposants musulmans
traditionnels. En mai 1998, le droit à l'autodétermination
des peuples du Sud soudanais est reconnu, mais non suivi d'effet. Le problème
essentiel n'est pas l'indépendance, que les organisations du Sud
ne revendiquent pas formellement, mais la décision d'appliquer la
loi islamique à l'ensemble de la population. Aidé uniquement
par les organisations non gouvernementales, le Sud soudanais reste dévasté
par une guerre qui entraîne famine sur famine et qui ne semble pas
devoir se terminer tant que le régime en place refusera de prendre
en compte les revendications des non-musulmans. Par ailleurs, en mai 1999,
le régime cherche à se réconcilier avec l'opposition
nordiste en exil : Djafar el-Nemeiri rentre à Khartoum?; al-Tourabi
rencontre Sadek al-Mahdi du parti de l'Oumma.
Sur le plan international, le régime
soudanais est de plus en plus isolé. En 1990, son refus de condamner
l'invasion irakienne du Koweït entraîne une dégradation
de ses relations avec les pays du Golfe. En 1993, les États-Unis,
après plusieurs mois d'enquête, inscrivent le Soudan sur la
liste des États soutenant le terrorisme. Dénoncé par
les organisations non gouvernementales pour les graves atteintes aux droits
de l'Homme, notamment dans le Sud (offensives meurtrières, utilisation
de la famine comme arme, exode massif des populations), le pouvoir, contrôlé
par les islamistes, a également perdu l'aide financière des
pays occidentaux.
Source :
Microsoft Encarta

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier