Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
BILAN ECONOMIQUE ET SOCIALE


BILAN ECONOMIQUE ET SOCIALE

L'austérité et la hausse des prix n'ont fait qu'accroître le mécontentement.. La dette extérieure, estimée à 19 milliards de dollars, continue de croître, alors que le PIB par habitant reste l'un des plus faibles au monde. La seule aide étrangère vient d'Iran, des banques islamistes et d'associations musulmanes. La guerre civile dans le sud du pays grève toujours le budget de plus d'1 million de dollar  par jour et risque de connaitre une nouvelle escalade avec l'hostilité croissante de l'Ethiopie ou de l'Erythrée, qui soutiennent activement l'opposition.

La décision des Etats-Unis, prise début novembre, de boycotter économiquement le Soudan n'a pas arrangé la situation de Khartoum. Même si l'impact de la décision de Washington (neuvième partenaire du Soudan) ne sera pas très important économiquement parlant, cela risque d'accroître l'isolement du Soudan sur la scène internationale. Inutile donc, pour la junte islamiste de Khartoum, de chercher des fonds ou une aide étrangère. Les seuls financements extérieurs sur lesquels il peut compter sont ceux de la Banque islamique de développement, du fonds de l'OPEP et des prêts chinois à taux préférentiels pour la réalisation d'infrastructures. Il faut y ajouter une aide humanitaire de près de 100 millions de dollars (600 millions de francs).
Malgré une croissance estimée à 7% en 1996, la situation financière reste catastrophique à cause d'une dette qui a atteint près de 18 milliards de dollars (108 milliards de francs). L'économie reste dépendante de l'agriculture, qui pèse de plus en plus lourd dans le PIB (40 % au lieu de 30 %) mais qui permet au moins de nourrir 80% de la population. Cela est d'autant plus indispensable que le reste des produits est hors de portée des Soudanais à cause de l'inflation qui a frisé les 150%. Malgré un accroissement des exportations et une stagnation des importations due à la rareté des devises étrangères, le déficit de la balance commerciale reste très important. Enfin l'extraction pétrolière reste négligeable et ne suffit pas à la consommation locale. Une des causes principales de cette situation, malgré la présence de réserves non négligeables (1 mi1liard de barils), est la poursuite de la guerre civile dans le sud du pays, région où se trouvent les gisements de pétrole.

Les missiles de croisière américains qui ont frappé Khartoum au mois d'août 1998 ont détruit plus qu'une usine de produits pharmaceutiques. Ils ont ruiné les tentatives de la junte islamiste pour restaurer la confiance des bailleurs de fonds et investisseurs étrangers. A la guerre civile qui coûte plus d'un million de dollars par jour s'est, de nouveau, ajouté le fardeau du soutien aux mouvements terroristes islamistes. Le gouvernement soudanais, qui espérait une augmentation des investissements qui aurait amélioré la croissance de 1 % (de 5% à 6 %), doit revoir ses comptes à la baisse. Le déficit budgétaire a dépassé les 23% (225 millions de dollars, 1,3 milliard de francs) prévus par Khartoum pour 1998. Cela n'a pas apaisé l'inflation, qui continue à se situer au-dessus des 130% (officiellement 27%). Le déficit de la balance commerciale n'a pas baissé et reste de plus de 100%, (600 millions de dollars -3,5 milliards de francs -contre 1,3 milliard d'importations -7,8 milliards de francs).
La livre soudanaise a donc continué à dégringoler. Le dollar est ainsi passé de 1 460 livres fin 1997 à plus de 1 600 livres fin 1998. Les conditions de vie des 32 millions de Soudanais se sont encore aggravées. L'augmentation de 20 ')(J des salaires décidée par le gouvernement est loin d'avoir compensé la perte de pouvoir d'achat Le chômage est resté aux alentours de 30 %, même si la junte islamiste prétend qu'il a baissé. En fait, c'est le contraire qui a eu lieu, si l'on prend en considération le fait que tous les fonctionnaires ont été enrôlés pour participer, à tour de rôle, à la guerre civile qui fait rage dans le Sud. Une manière détournée de masquer le chômage. La dette extérieure de 18,5 milliards de dollars (110 milliards de francs) continue à lourdement peser et l'exclusion du Fonds monétaire international représente une véritable épée de Damoclès.

La guerre civile qui sévit dans le sud du pays continue à paralyser l'économie soudanaise. Elle provoque des dépenses qui dépassent les capacités d'une économie exsangue. Le budget de l'armée (550 millions de dollars ou 3,3 milliards de francs) a dépassé les 15% du PIB et la totalité du budget de l'Etat (480 millions de dollars ou 2,8 milliards de francs). Mais cette guerre menace aussi la seule chance de réduire une inflation estimée officiellement à 65 %, un déficit de la balance commerciale (625 millions de dollars ou 3,7 milliards de francs) équivalent à 20% du PIB et une dette extérieure de 18 milliards de dollars (108 milliards de francs ou six fois le PIB).
Cette chance est le pétrole. En effet, pour la première fois de son histoire, le Soudan a exporté de l'or noir. Selon le ministre du pétrole, la production a atteint 160000 barils par jour dont près de 60 % sont exportés. Les réserves sont estimées à près de 2 milliards de barils. Toutefois, le pétrole se trouve au sud-ouest, en pleine zone de combats. Même si l'armée a renforcé ses garnisons dans la région pétrolifère, les problèmes de sécurité restent énormes. En septembre, l'opposition soudanaise a fait sauter l'oléoduc reliant les champs pétrolifères à Port-soudan, sur la mer Rouge.
Deux initiatives de paix sont en cours. L'une émane de la Libye et de l'Égypte et l'autre, de l'IGAD (autorité intergouvernementale pour le développement) qui regroupe les pays de la région. Les Etats-Unis ont annoncé qu'ils soutenaient l'initiative de l'IGAD.

2000

L'année 2000 a consacré un moindre isolement diplomatique et économique du Soudan. Khartoum a enregistré des progrès dans ses rapports avec Washington et rétabli ses relations diplomatiques avec Le Caire. Des progrès dus à la mise à l'écart de Hassan el Tourabi, ex-éminence grise de la junte au pouvoir et tenant d'un islamisme pur et dur. Cette évolution a valu à Khartoum une meilleure appréciation du FMI, qui a levé, au mois d'août, la suspension de droit de vote qui avait frappé le Soudan en 1993. Motif: le Soudan a accompli des progrès dans l'application de politiques de réformes macroéconomiques et structurelles et a repris les paiements au FMI.

La guerre civile au sud du pays continue à gonfler les dépenses militaires qui avoisinent les 4,5 milliards de francs et à freiner la croissance estimée à 6 % mais qui, selon les experts indépendants, se situe aux alentours de 3 %. Un chiffre insuffisant pour une croissance démographique de 2,8 %. On estime que 30 % des 12 millions de travailleurs sont sans emploi. L'inflation est estimée à plus de 20 %.

Malgré un accroissement de la production pétrolière (150000 barils/jour), le déficit de la balance commerciale reste important (exportations: 4,4 milliards de francs; importations : 10,6 milliards de francs). Le problème de la dette extérieure de 182,4 milliards de francs est loin d'être réglé, même si le Soudan a recommencé à bénéficier d'une aide économique étrangère de l'ordre de 1,5 milliard de francs.

Source :
Bilan du Monde, 1997-2001


 


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