Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LA SUITE....
STATISTIQUE, GEOPOLITIQUE ET ECONOMIE DES PAYS D'AFRIQUE NOIRE
SUBSAHARIENNE


Sources des documents cités :


AFRIQUE DE L'EST (Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda, Tanzanie)

- BURUNDI

Population : 6 457 000

Langues : français, kirundi, swahili

Mortalité infantile : 119 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 42.4 ans (95-2000)

Population urbaine : 8.4%

Indice de développement humain : 0.324

Analphabétisme hommes : 46.2% (97)

Analphabétisme femmes : 63.9% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 29.1% (91)

Croissance 1998 (économie) : 4.5%

Croissance annuelle (économie) : -1,0% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 1.7% (95-2000)

PIB total (PPA) : 4040 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 630 dollars (1997)

Taux d'inflation : 17.0%

Importations : 158 millions dollars

Exportations : 65 millions dollars

Nature de l'Etat : République unitaire

Nature du régime : présidentiel, parti unique jusqu'en 92, multipartisme reconnu ensuite, suspendu en 96 puis formellement reconnu à partir de septembre 96

0-14 ans : 45.98%

15-64 ans : 51.47%

65 et plus : 2.65%

Dette extérieure brute : 1.132 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Vers une issue politique ?

Déchiré par la guerre civile depuis l'assassinat par des militaires, en octobre 1993, de Melchior Ndadaye, premier président élu démocratiquement trois mois plus tôt, le Burundi a enfin semblé entrevoir des issues politiques durables, malgré un contexte régional très dégradé. Revenu au pouvoir en juillet 1996 par un coup d'État militaire, le major Pierre Buyoya a progressivement rétabli une administration opérationnelle sur l'ensemble du territoire et relancé un processus d'ouverture politique exigé à la fois par les partis majoritaires évincés du pouvoir et par les pays de la sous-région qui soumettaient le territoire à un embargo contraignant depuis août 1996. Si la guérilla est restée active dans quelques provinces, pouvant prendre appui sur des bases arrière installées en Tanzanie (hébergeant encore plus de 200 000 réfugiés) ou engagées au Kivu (Congo-Kinshasa, à nouveau en proie à la guerre depuis août 1998) contre la coalition des forces armées d'occupation ougandaises, rwandaises et burundaises, les enjeux politiques étaient polarisés autour du processus de Partenariat politique interne et l'avancée parallèle des négociations d'Arusha (ouvertes le 6 juin 1998 et portant sur un retour à une paix durable et à la démocratie). Les progrès observés dans le recentrage autour des forces politiques de l'intérieur les plus représentatives et les plus engagées dans le Partenariat ont abouti à la levée de l'embargo régional le 23 janvier 1999. Le régime de transition mis en place en juin 1998 (gouvernement et Assemblée nationale) associant les forces politiques putschistes liées à l'Uprona (Unité pour le progrès national, ex-parti unique à dominante tutsi) et celles de l'ex-majorité Frodébu (Front pour la démocratie au Burundi, à dominante hutu) n'avait toutefois pas levé les réserves des opposants réintégrés dans le jeu politique ni, surtout, aboli l'impression de peur diffuse qui continuait à régner parmi la population hutu, craignant les exactions des militaires tutsi, ou parmi la population tutsi, menacée par les attaques de la rébellion hutu. En février 1999, le Burundi comptait encore 548 000 personnes déplacées Au niveau international, le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) a réussi à organiser une réunion des bailleurs de fonds à New York en janvier 1999, avec pour résultat des annonces de soutien au processus d'Arusha plus qu'à l'effort de reconstruction {divergences justifiées par l'ingérence de l'armée burundaise au Congo-Kinshasa). Cette attitude, contrastant avec le financement direct des engagements militaires rwandais et ougandais au Congo par les USA et le Royaume-Uni, pouvait toutefois suspendre alors même que l'intervention extérieure de l'armée burunaise visait plus à contenir l'expansion rwandaise le long de ses frontières du lac Tanganyika qu'à conquérir des territoires congolais.

1999
L'année 1999 avait commencé de manière prometteuse pour le Burundi. Les bailleurs du Burundi réunis à New York, en janvier, avaient décidé de reprendre leur aide au pays, même s'ils envisageaient de la limiter à « l'humanitaire élargi » et de placer le Burundi en observation pendant une année. Le 23 janvier, les chefs d'État et de gouvernement de la région ont décidé de lever les dernières sanctions de l'embargo qu'ils avaient instauré au lendemain du coup d'État du major Pierre Buyoya, en 1996. Présentée comme un satisfecit décerné à Pierre Buyoya pour son implication dans les négociations de paix inter-burundaises organisées à Arusha, en Tanzanie, cette mesure n'a résolu aucun des problèmes du pays. Les Burundais n'ont vu aucune amélioration après la levée de cet embargo, considéré d'ailleurs comme non respecté. L'économie du pays « se dégrade profondément et rapidement », a estimé le ministre des finances en présentant le projet de budget 2000 au Parlement. Conséquence de la pénurie de devises, le franc burundais s'est effondré, le dollar passant de 240 francs burundais, en 1993, à 620 en 1999, pour le taux officiel, et s'échangeant à 1200 francs burundais sur le marché parallèle. Dans le même temps, certains produits de base comme le sucre ont disparu des marchés.
Les négociations de paix d'Arusha, en Tanzanie, qui laissaient entrevoir une solution pacifique avec la signature d'un accord à la fin de l'année, se sont trouvées dans l'impasse, après la mort de Julius Nyerere, qui en était l'instigateur. La situation intérieure s'est gravement dégradée à partir de juillet lorsque la rébellion hutue, appuyée par des rebelles rwandais, a quitté ses bases de la République démocratique du Congo ou de Tanzanie pour lancer une vague d'attaques dans la région de Bujumbura dont les quartiers périphériques ont été touchés à plusieurs reprises. Pour couper la rébellion de la population, l'armée à dominante tutsie a déclenché une opération de regroupement dans des camps des civils de la région de Bujumbura. Plus de 260 000 personnes, des Hutus pour la plupart, ont été placés dans l'un des trente « sites de protection », selon la terminologie officielle.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 53.3%; Industrie : 9.7%; Mines : 7.0%; Services : 30%

AGRICULTURE :

Une agriculture dévastée. Avant l'éclatement de la guerre civile en octobre 1993, l'économie de ce pays étonnamment fertile -les terres arables couvrent près de la moitié de la superficie -était fondée sur l'exportation de café, de thé et de coton vers les pays européens. Le haricot, l'a1iment de base local, était la première culture vivrière avant la guerre, suivie du maïs et de la patate douce. Cette agriculture a été dévastée par la guerre: depuis le retour à un calme relatif en 1996, les récoltes n'atteignant qu'un tiers seulement de ce qu'elles étaient avant guerre, et le pays est en état de famine. Le Burundi souffre par ailleurs de l'érosion des sols due à l'élevage intensif et d'une déforestation provoquée par l'utilisation incontrôlée du bois comme combustible.

MINES ET INDUSTRIE :

Une richesse minière inexploitée. Le pays possède à Musongati des réserves de nickel non exploitées, faute de moyens de transport. Ses réserves d'uranium, de cobalt, de cuivre, de platine et de vanadium sont inexploitées également. Seul l'or est extrait, en faibles quantités, à Muyinga. L'industrie manufacturière est centrée sur la production de quelques biens de consommation courante ( couvertures, savon, etc. ) et sur l'agroalimentaire.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Désorganisation et faillite. Le Burundi est un pays enclavé dont le développement économique, à peine entamé, a été handicapé depuis par une guerre civile meurtrière et ses séquelles on dénombre quelque 200 000 morts et jusqu'à 600 000 réfugiés. L'agriculture reste la base de l'économie: environ 90% de la population dépend de l'agriculture vivrière et les ventes de café représentent quelque 80% des recettes d'exportation. La capacité financière du Burundi à importer les biens nécessaires pour son développement dépend ainsi à la fois des aléas climatiques et de l'évolution des cours du café. Et si la situation politique se stabilise peu à peu, la désorganisation reste chronique au niveau gouvernemental; l'argent continue à manquer.

- KENYA

Population : 29 008 000

Langues : anglais, swahilé, kikuyu, luo, luhya, kamba

Mortalité infantile : 66 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 52 ans (95-2000)

Population urbaine : 31.3 %

Indice de développement humain : 0.519

Analphabétisme hommes : 13.1% (97)

Analphabétisme femmes : 28.1% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 62.6% (90)

Croissance 1998 (économie) : 1.5%

Croissance annuelle (économie) : 3,0% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2.0% (95-2000)

PIB total (PPA) : 33 917 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 1190 dollars (1997)

Taux d'inflation : 6.6%

Importations : 3280 millions dollars

Exportations : 1993 millions dollars

Nature de l'Etat : République

Nature du régime : présidentiel, revenu au multipartisme depuis 91

0-14 ans : 44.91%

15-64 ans : 51.92%

65 et plus : 2.85%

Dette extérieure brute : 6.300 milliards de dollars (1998)

GEOPOLITIQUE :

Une stabilisation fragile.

L'alliance politique conclue entre l'Union nationale du Kenya (KANU), le parti dirigeant, et le Parti démocratique national (NDP) a grandement renforcé la stabilité du gouvernement à la fin de l'année 1998, en lui donnant une marge de manoeuvre confortable au Parlement. Après avoir résisté sans rien concéder à deux puissants mouvements de grèves (employés de banque en août et enseignants en octobre 1998), l'équipe au pouvoir a ainsi facilement résisté à la motion de censure déposée par le député d'opposition James Orengo à la rentrée parlementaire d'automne. De plus, la rigueur budgétaire et la politique monétaire d'austérité qu'a maintenues le ministre des Finances Simeon Nyachae ont facilité la réconciliation du gouvernement avec le FMI et la Banque mondiale. Les efforts pour mettre un frein à la corruption et replacer le pays sur le chemin de la croissance économique ont été appréciés par la communauté internationale, également sensible à la mise en place d'une commission d'enquête sur Ies violences ethniques des années 1991-1998, présidée par le très respecté juge d'origine ghanéenne, Akilano Akiwumi. L'arrestation du leader séparatiste kurde Abdullah Ocalan à Nairobi, en mars 1999, illustrait de même l'étroitesse des liens renoués par le gouvernement avec ses partenaires israéliens et américains, après l'attentat à la bombe contre l'ambassade des États-Unis à Nairobidu 27 août 1998. Le Kénya s'affichait ainsi comme un autre rempart contre la progression des réseaux terroristes et islamistes en Afrique orientale. Plusieurs événements sont toutefois venus fragiliser cette réhabilitation internationale. En janvier 1999, des révélations sur l'attribution frauduleuse de plusieurs centaines d'acres de la forêt de Karura à des proches du régime ont provoqué plusieurs jours de manifestations violentes des étudiants de l'université de Nairobi. Par ailleurs, la mise en liquidation judiciaire de cinq banques proches du pouvoir et les révélations sur les prêts sans garanties accordés à des hommes politiques (300 millions de dollars) menaçant la Banque nationale du Kenya quatrième institution financière du pays -ont également reflété la fragilité du redressement économique et de la lutte contre la corruption. La démission de S. Nyachae en février 1999, après qu'un remaniement ministériel lui avait fait perdre le portefeuille des Finances, en a été une confirmation supplémentaire. L'aile dure du régime, dirigée par Nicholas Biwott, contrôle sans partage le gouvernement. Son candidat à la succession du président Moi, le ministre de la Planification George Saitoti, a été renommé à la vice-présidence début avril 1999 après quatorze mois de vacance. En janvier 1999 a débuté le processus de réforme constitutionnelle promis à la veille du scrutin présidentiel de 1997. L'intransigeance de la KANU et la désorganisation des représentants de la société civile l'ont cependant rapidement plongé dans l'impasse. Bien plus inquiétante, la violence récurrente qui touche les districts Nord (300 morts et 15 000 têtes de bétail capturées lors d'un raid de guerriers boranasur une communauté somali du district de Wajir en octobre 1998 ; raids quasi hebdomadaires au premier trimestre 1999 entre groupes pokot et turkana dans la vallée du Rift) et l'armement généralisé des communautés pastorales qui les habitent ont provoqué une progression rapide du grand banditisme vers le sud et les hautes terres du pays, où les armes légères circulent désormais en toute impunité. Le Kenya n'est ainsi toujours pas parvenu à restaurer son image de stabilité et de prospérité, si nécessaire à la reprise de son industrie touristique.

1999
En appelant Richard Leakey, en juillet 1999, comme chef de la fonction publique et secrétaire de cabinet de la présidence, le président de la République Daniel Arap Moi a montré qu'il avait conscience de la dérive économique du Kenya. En faisant du célèbre paléontologue et opposant notoire une sorte de premier ministre informel, le chef de l'Etat, qui a fêté vingt et un ans de pouvoir, compte redorer le blason du Kenya auprès de la communauté internationale. Avec une croissance revenant de 4,6 % à 1,8 % en un an, des exportations en recul puisqu'elles ne représentent plus que 16 % du PIB et des investissements étrangers divisés par trois pour atteindre 20 millions de dollars (120 millions de francs), le déclin de l'économie kényane s'est accéléré. Dans un premier temps, l'objectif est d'obtenir du FMI qu'il reprenne le versement des dernières tranches d'une facilité d'ajustement structurel renforcé stoppée en 1997 pour un montant de 205 millions de dollars (1,2 milliard de francs). La sanction du FMI avait été motivée par l'ampleur de la corruption et des dérives budgétaires.
Leakey, dont la réputation d'intégrité est intacte au sein de la classe politique kényane, a nommé à quelques postes-clefs des hommes venus du secteur privé. Cette équipe n'a encore enregistré que des résultats isolés, d'autant que le terrain sur lequel elle s'avance est miné, après le passage aux affaires d'un ministre des finances suspect d'avoir signé des chèques douteux au point de placer le pays, pour la première fois de son histoire, dans l'impossibilité d'honorer ses créances pendant plusieurs semaines. Le shilling kényan avait perdu du terrain face au dollar, tandis que les taux d'intérêt s'envolaient.
Le comité anticorruption, dont la création était exigée par les bailleurs de fonds, est resté paralysé jusqu'ici. La marge de manoeuvre du gouvernement est de plus en plus étroite avec l'approche des élections générales de 2001, qui devraient voir le président Moi quitter le pouvoir. D'ici là, une refonte de la Constitution, qui accorde des pouvoirs exorbitants au président, devrait devenir effective. Elle est réclamée par l'ensemble de la société kényane.

Répartition par secteurs d'activité:

Agriculture : 28.8%; Industrie : 10.1%; Mines : 5.5%; Services : 55.6%

AGRICULTURE :

Un des pays du thé. Agriculture au Kenya est synonyme de thé, dont le pays est l'un des tout premiers producteurs mondiaux. Le thé est d'ailleurs la principale exportation du Kenya: il vend environ 90% de sa production au Royaume-Uni, à l'Egypte et au Pakistan. Après une saison 1997 calamiteuse, la récolte a été particulièrement bonne en 1998, en raison de la succession idéale de fortes pluies en début d'année puis d'un grand ensoleillement. Les autres principales productions agricoles sont le café (également exporté en grandes quantités), le maïs, le blé, la canne à sucre et les fruits et légumes. L'élevage (bovin, caprin, ovin) est important, mais la pêche est peu développée.

MINES ET INDUSTRIE :

Le tourisme handicapé par l'image de violence. Le Kenya est très pauvre en ressources minières, mais son industrie manufacturière, centrée s l'agroalimentaire et les biens de consommation courante (plastique, meubles, piles électriques, savon, cigarettes), commence' se tourner vers des secteurs plus lourds (ciment, raffinage de pétrole). C'est le tourisme qui devrait cependant être le joyaux e l'industrie kenyane, grâce à la richesse des sites naturels et u développement des infrastructures. Mais les performances; en baisse depuis l'éclatement de violences tribales autour de Mombassa en 1997, restent décevantes. L'attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Nairobi en août 1998 n'a pas contribué à rétablir l'image du pays. Le nombre de touristes a ainsi baissé de 10,6% en 1998 (894000 visiteurs) tandis que le taux d'occupation des lits et la durée des séjours ont baissé eux de 32% et de 19% respectivement, et que les recettes ont chuté de 23 millions de dollars.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Le FMI et la Banque mondiale s'impatientent. Après avoir suspendu à cause de la corruption le programme d'aide à l'ajustement structurel, les institutions de Bretton Woods ont menacé de couper entièrement l'aide si le pays ne lance pas de manière résolue une politique de réformes. La corruption a pour effet, entre autre, de priver l'Etat des recettes fiscales. Le FMI avait conditionné en février 1998 la reprise de l'aide à l'application d'un programme de mesures visant une réduction du taux d'inflation et du déficit budgétaire, ce qui implique notamment une augmentation des recettes fiscales. Il avait également exigé un programme de lutte contre la corruption, des progrès dans la libéralisation du secteur énergétique et le lancement de privatisations parmi les grandes entreprises sans caractère stratégique. Aujourd'hui, à en croire le gouvernement, l'économie kenyane serait en phase de récession: ralentissement de l'activité, stagnation des investissements, tourisme déclinant. Récession ou non, le pays est loin des 7% de croissance que les institutions financières internationales estiment nécessaires pour permettre aux pays africains de sortir du casse tête de la dette et de la corruption. .

- OUGANDA

Population : 20 554 000

Langues : anglais, kiganda, kiswahili

Mortalité infantile : 107 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 39,6 ans (95-2000)

Population urbaine : 13,5 %

Indice de développement humain : 0.404

Analphabétisme hommes : 24,7% (97)

Analphabétisme femmes : 46,9% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 45,5% (90)

Croissance 1998 (économie) : 5,5%

Croissance annuelle (économie) : 6,2% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2,8% (95-2000)

PIB total (PPA) : 23 622 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 1160 dollars (1997)

Taux d'inflation : 5,8%

Importations : 1409 millions dollars

Exportations : 512 millions dollars

Nature de l'Etat : unitaire décentralisé; revendications fédéralistes

Nature du régime : présidentiel de type populiste, s'apparentant à une démocratie à la base sans partis

0-14 ans : 48,66%

15-64 ans : 48,93%

65 et plus : 2,20%

Dette extérieure brute : 3,600 milliards de dollars (1998)

GEOPOLITIQUE :

En 98-99, le régime du président Yoweri Museveni est entré dans une phase critique, liée à l'aggravation de la situation économique, à la multiplication des scandales politiques et aux aléas de l'aventurisme militaire extérieur. Un an après avoir permis la victoire de Kabila, l'armée ougandaise (UPDF, Forces de Défense du Peuple de l'Ouganda) s'est lancé en août 98 dans une seconde guerre de libération au Congo Kinshasa, en soutenant avec le Rwanda l'avancée d'un mouvement anti-Kabila. Il semble que la décision d'engager des troupes ait été en partie imposée par des officiers affairistes soucieux de consolider les réseaux de contrebande établis à la faveur du premier conflit congolais (qui avait permis la prise de pouvoir de Kabila en mai 97, avec l'appui de l'Ouganda et du Rwanda). De fait, l'économie de pillage et de réexportation des ressources de l'est congolais a tendu à se renforcer au profit de l'Ouganda et du Rwanda. Malgré la création d'un etat-major commun en novembre 98, l'exploitation de cette manne a suscité des tensions croissantes entre les deux pays.

La nouvelle offensive de l'Ouganda au Congo-Kinshasa a certes permis à Museveni d'affermir sa sphère d'influence régionale, mais elle a aussi considérablement érodé son image internationale de Bismark des Grands-Lacs. Isolé sur le plan extérieur, celui-ci a dû affronter une contestation interne croissante.

La crise politique interne s'est aussi manifesté par des accusations récurrentes de corruption et par une intensification des luttes factionnelles. Des enquêtes parlementaires ont été mises sur pied, notamment sur la gestion des programmes de privatisation, qui ont conduit à la censure de plusieurs ministres proches de Museveni, dont Sam Kuteesa (Finances)....

Le chef de l'Etat a été contraint de révoquer son propre frère, le général Salim Saleh, puissant conseiller à la Défense, et de nommer, début avril 99, un nouveau gouvernement dirigé par une figure morale du Buganda, le professeur Apollo Nsibambi. A l'approche du référendum de l'an 2000 sur le multipartisme, les problèmes de corruption se sont ainsi imposés à l'agenda politique, nourrissant les critiques de l'opposition, mais aussi les divisions au sein du parti.

L'Ouganda a aussi connu une recrudescence de l'insécurité liée, d'une part, à la rémanence des mouvements de rébellion (ADF, Forces démocratiques armées dans l'ouest, Armée de Résistance du Seigneur (LRA) dans le nord) et, d'autre part, à un développement spectaculaire du terrorisme. Des attaques de prison ont été perpétré fin 98, revendiquée par une mystérieuse Uganda Salvage Front Army et les attentats à la bombe à Kampala, faisant des dizaines de victimes. De plus, l'assassinat en mars 99 de 8 touristes anglo-saxons, revendiqués par des rebelles hutu rwandais, a laissé craindre l'émergence d'une nouvelle forme de terrorisme rural et transnational, traduisant une coordination croissante entre les mouvements rebelles.

1999
L'Ouganda a vu sa situation empirer. Les relations avec son allié, le Rwanda, se sont dégradées en raison de rivalités à propos de l'exploitation des richesses dans les zones conquises en République démocratique du Congo (RDC). Les tentatives du gouvernement pour en finir avec les rébellions en Ouganda même n'ont pas donné de résultats. La Lord's Resistance Army et les A]lied Democratic Forces mènent toujours une guérilla avec l'appui des pays voisins, le Soudan et la RDC. A Kampala même, plusieurs attentats ont eu lieu. Pourtant, des efforts importants ont été accomplis dans le domaine de la santé et de l'éducation, avec un nombre d'élèves qui a doublé en deux ans dans le primaire. En 1999, la balance commerciale a accusé un déficit de 1 milliard de dollars (6 milliards de francs).
A la fin de l'année, la banque centrale a été obligée de consacrer 32 millions de dollars (192 millions de francs) à la défense du shilling. Un rapport des Nations unies indique que 55 % de la population vit avec moins d'un dollar par jour. L'économie reste donc dépendante des bailleurs de fonds. Or l'augmentation des dépenses militaires pour cause d'intervention en RDC est très sensible, passant de 150 millions de dollars (900 millions de francs) en 1997 1998 à 350 millions de dollars (2,1 milliards de francs) en 1999. Les bailleurs de fonds ont montré des signes d'impatience, inquiets du dérapage de ces dépenses et de la faiblesse des mesures  pour combattre la corruption. Le FMI en mars, menaçait de bloquer le versement d'un prêt. Un avertissement resté sans suite puisque, en novembre, le prêt de 91 millions de dollars (550 millions de francs) a été accordé par Banque mondiale. L'opposition supporte porte de plus en plus mal l'emprise sur pays du « mouvement », cette structure créée par le président Museveni pour interdire l'activité des autres partis. La situation devrait être reconsidérée à l'occasion du référendum d'avril 2000 où les Ougandais sont appelés à se prononcer sur un retour au multipartisme.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 43,8%; Industrie : 8,2%; Mines : 9,2%; Services : 38,8%

AGRICULTURE :

Progression du thé. L'agriculture représente près de la moitié du PIB et 90% des exportations du pays, mais la dépendance vis à vis des matières premières fait de l'Ouganda l'otage des conditions climatiques et de l'évolution des cours. La première culture d'exportation est le café qui assure 65% des exportations et 80% des emplois ougandais. Le pays est aussi un grand producteur de thé. Le secteur a été privatisé en 1995 mais l'année 98 a vu la création de Tea Direct, un organisme qui dépend de l'état et qui garantit aux producteurs un prix minimum supérieur au cours du marché. Le bois est une autre ressource importante. Mais les prix du bois ougandais chutent en raison des importations massifs par les troupes ougandaises de bois de la République démocratique du Congo, où elles sont engagées aux côtés des rebelles. Les autres productions sont le coton, le tabac, le tapioca, la pomme de terre, le maïs et le millet. L'élevage concerne principalement les bovins et les caprins.

MINES ET INDUSTRIE :

L'Ouganda possède des réserves de cuivre, de cobalt et de pierre à chaux. Le projet minier de Kilembe devrait permettre au pays de commencer à exploiter ses réserves de cobalt. L'industrie manufacturière est uniquement concentrée sur l'agroalimentaire et le textile (grâce à la production de coton).

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Coût de l'intervention militaire en RDC. Depuis 1996, le gouvernement de Kampala, avec l'aide des pays étrangers et des institutions financières internationales, a pris des mesures pour réhabiliter et pour stabiliser l'économie. Le régime des changes a été revu, les prix donnés aux producteurs agricoles ont été augmentés, les subventions sur les produits pétroliers réduites et les traitements des fonctionnaires relevés. Le but de cette politique a été d'augmenter les revenus d'exportation en augmentant la production. Depuis le début des années 90, les performances économiques ont été solides, l'inflation est en baisse et les exportations en hausse. Cela dit, le revenu par habitant ne dépasse pas 300 dollars au taux de change officiel, près de la moitié de population vit en dessous du seuil de pauvreté, et l'on craint que les dépenses militaires croissantes n'accaparent les dépenses au détriment des projets sociaux.

- RWANDA

Population : 6 604 000

Langues : français, kinyarwanda, anglais, swahili

Mortalité infantile : 124 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 40,5 ans (95-2000)

Population urbaine : 6,0 %

Indice de développement humain : 0,379

Analphabétisme hommes : 29,3% (97)

Analphabétisme femmes : 44,4% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 36,4% (90)

Croissance 1998 (économie) : 8,9%

Croissance annuelle (économie) : -2,7% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 7,7% (95-2000)

PIB total (PPA) : 5172 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 660 dollars (1997)

Taux d'inflation : 6,8%

Importations : 286 millions dollars

Exportations : 60 millions dollars

Nature de l'Etat : république unitaire

Nature du régime : présidentiel (forte composante militaire), parti unique jusqu'en 91; activités politiques des partis ne sont plus autorisées depuis 95 (elles étaient tolérées en 94 après la prise de pouvoir du FPR)

0-14 ans : 41,5%

15-64 ans : 47,36%

65 et plus : 1,90%

Dette extérieure brute : 1,118 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

L'intervention au Kivu

Évincées de Kinshasa en juillet 1998 par le président du Congo-Kinshasa LaurentDésiré Kabila, qu'elles avaient porté au pouvoir un an plus tôt, puis défaites par l'armée angolaise lors de la « deuxième libération du Congo" entamée en août 1998 avec l'appui de l'armée ougandaise, les forces rwandaises et banyamulenge (ressortissants tutsi rwandophones du Sud-Kivu) ont consolidé leur emprise sur l'ensemble du Kivu sous les ordres de James Kabare, ex chef d'État-Major des Forces armées congolaises. Dans la coalition régionale anti Kabila, le Rwanda, bénéficiant d'un actif soutien militaire américain, est apparu comme le pays le plus engagé et celui où les incidences de la guerre étaient les plus fortes (population, économie). Non seulement les programmes de démobilisation ont été pour l'essentiel suspendus, mais la plupart des 17 000 membres démobilisés des ex-Forces armées rwandaises (FAR) , ont été rappelés pour aller combattre au Congo. Par ailleurs, les ressources minières de ce pays financent l'effort de guerre sur le terrain et dopent l'activité économique de Kigali (traitement de la colombo-tantalite du Kivu, comptoirs d'or et de diamant du Congo, etc.). La capitale rwandaise a ainsi pris l'allure d'un « vaste entrepôt ", qui en outre était devenu le point de transit obligé pour atteindre le Burundi, sous embargo jusqu'en janvier 1999. Les résultats économiques (13 % de croissance en 1997 et 8,9% en 1998) étaient donc essentiellement imputables au dynamisme de l'activité urbaine. En milieu rural, le rapport des services humanitaires des Nations unies de février 1999 recensait 673858 personnes déplacées et 309 814 personnes« vulnérables" (catégorie regroupant les détenus et les personnes subissant des pénuries alimentaires). Les activités de la guérilla dans les préfectures rurales de l'intérieur semblaient avoir sensiblement régressé, mais elles se sont déplacées sur le territoire congolais où l'armée rwandaise et la « rébellion" congolaise soutenue par elle ne contrôlaient vraiment que les villes.

Sur le plan politique interne, les divisions au sein des différents partis présents dans le gouvernement et à l'Assemblée nationale marquaient toujours l'actualité. Le président du FPR (Front patriotique rwandais) et ministre de la Défense, Paul Kagame, a lancé une campagne contre la corruption au sein de l'armée et de l'État à la fin 1998 et le MDR (Mouvement démocratique républicain), principal parti de l'ex-opposition au président Juvénal Habyarimana (assassiné en 1994), a continué à se déchirer. Un remaniement ministériel est intervenu le 8 février 1999. S'il a fait sortir du gouvemement les personnalités les plus contestées, rien n'indiquait qu'il ait affaibli les groupes dont ces personnalités émanent. De même, la volonté affichée de remplacer les « Hutu de service ", selon le terme fréquemment utilisé dans la presse rwandaise, par des personnalités plus représentatives, n'a pas abouti, puisque à peine reconduit dans ses fonctions le Premier ministre Pierre-Célestin Rwigema se voyait à nouveau menacé d'inculpation pour « participation au génocide "... Après l'assassinat à Nairobi, en mai 1998, de son principal animateur, Seth Sedashonga, ex-personnalité du FPR, l'opposition à l'étranger a tenté une recomposition au sein du Congrès démocratique africain, créé en janvier 1999 à Bruxelles, demeurant cependant sans prise sur les événements nationaux et régionaux. Les autorités sont apparues peiner à dégager des issues politiques viables: la plupart des dossiers politiques délicats semblent échapper aux acteurs institutionnels et incomber aux forces militaires ou à des groupes extrémistes (« villagisation», libération des prisonniers sans dossiers, enrôiements forcés dans l'armée, relance de l'offensive militaire au Congo-Kinshasa en mai-juin 1999 malgré le désaveu de l'allié ougandais et des dirigeants civils de la « rébellion»...). Le Tribunal pénal international (TPI) d'Arusha a rendu ses deux premières condamnations en septembre 1998, dont celle à perpétuité du Premier ministre du gouvernement intérimaire responsable du génocide de 1994, Jean Kambanda.

1999
Cinq ans après le génocide, la réconciliation nationale entre Hutus et Tutsis semble bien lointaine. Certes, des élections locales ont eu lieu pour la première fois depuis 1994 mais, malgré la satisfaction un peu rapide des bailleurs de fonds, aucune analyse approfondie de leurs résultats n'a été réalisée. La période de transition, qui devait se terminer en 1999, a été prolongée de cinq ans par le gouvernement.
Le Rwanda a poursuivi l'assainissement de ses comptes afin de restructurer son économie, rencontrant quelques succès, comme en témoigne la croissance qui dépasse 7 %. L'économie rwandaise demeure d'autant plus faible que les secteurs du thé et du café, qui représentent 90% des recettes à l'export, sont en crise. Les exportations n'ont couvert que 25% des importations en 1999. Pour équilibrer son budget, le Rwanda demeure donc très dépendant de l'aide internationale.
Un déficit céréalier de 158 000 tonnes est apparu fin 1999, faute de pluies, et a rendu nécessaire une nouvelle aide d'urgence d'un montant de 10 millions de dollars (60 millions de francs). Le Rwanda est aussi handicapé par les dépenses de la guerre que Kigali mène en RDC. Le dernier budget, d'un montant de 169 milliards de francs rwandais (83 millions de dollars ou 500 millions de francs), comportait une réduction symbolique des dépenses militaires de 62 millions (177000 dollars ou 1 million de francs). En réalité, ces dépenses échappent aux comptes officiels.
L'accord de Lusaka, signé au cours de l'été par les Etats impliqués en RDC et par une partie des groupes armés qu'ils soutiennent, prévoit le désarmement de la rébellion hutue, mais cet accord est resté lettre morte. Les combats ont repris de manière sporadique sur plusieurs fronts.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 37.5%; Industrie : 19%; Mines : 7%; Services : 36.5%

MINES ET INDUSTRIE :

L'ouverture du secteur énergétique aux investisseurs étrangers, Le Rwanda n'est pas dépourvu de ressources minières. Son sous-sol recèle des réserves d'or, de cassitérite (dont on tire l'étain), de wolfram (dont on tire le tungstène), et de gaz naturel. Le pays possède un potentiel important en hydroélectricité. Kigali vient de mettre un terme au monopole de la société publique Electrogaz pour la distribution d'eau, de gaz et d'électricité, signifiant que les investisseurs privés ont désormais l'autorisation de principe d'opérer au Rwanda dans ce domaine. L'industrie manufacturière rwandaise est très faiblement développée. Elle se cantonne à l'agroalimentaire et à la production de divers biens de consommation (savon, meubles, chaussures, objets en plastique).

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

L'aide européenne arrive de nouveau. L'économie rwandaise est toujours en phase de redémarrage après la guerre civile de 1994, alors que le pays avait entrepris, sous l'égide de la Banque mondiale, un programme d'ajustement structurel en 1990. Le gouvernement, toujours avec l'aide des bailleurs de fonds -notamment l'Union européenne, qui avait fermé les vannes en raison de l'engagement de Kigali auprès des rebelles en République démocratique du Congo -, applique un nouveau programme d'ajustement structurel et de réforme économique. L'aide européenne sert, dans ce contexte, à pallier les effets de l'ajustement sur les couches les plus défavorisées de la population. Le montant total d'aide reçue représente 50% des recettes du gouvernement. Les principaux défis sont la réhabilitation des infrastructures et la mise en place d'un système de santé. La reprise de la production -et donc le rétablissement de l'économie -sera sans doute très longue. .

- TANZANIE

Population : 32 102 000

Langues : swahili, anglais

Mortalité infantile : 81 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 47.9 ans (95-2000)

Population urbaine : 26.4, %

Indice de développement humain : 0,421

Analphabétisme hommes : 18.3% (97)

Analphabétisme femmes : 38.1% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 52.7% (91)

Croissance 1998 (économie) : 3.3%

Croissance annuelle (économie) : 3,4% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2.3% (95-2000)

PIB total (PPA) : 18 091 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 580 dollars (1997)

Taux d'inflation : 12.6%

Importations : 1454 millions dollars

Exportations : 674 millions dollars

Nature de l'Etat : république, union de Zanzibar et du Tanganyika

Nature du régime : présidentiel, retour au multipartisme le 19.02.1992

0-14 ans : 45.72%

15-64 ans : 51.45%

65 et plus : 2.47%

Dette extérieure brute : 6.100 milliards de dollars (1998)

GEOPOLITIQUE :

Deux dossiers menaçant le président Benjamin Mkapa se sont débloqués en 1998. A Zanzibar (entité qui forme avec le Tanganyika la République unie de Tanzanie), Moses Anafu, un envoyé spécial du Commonwealth, a obtenu des concessions majeures de la part du président de l'archipel, SaJmin Amour, pour mettre fin au conflit violent opposant le Parti de la révolution (Chama Cha Mapinduzi, CCM, à la tête du gouvernement} au Front civique uni (CUF), depuis les élections controversées de 1995.

Fin juin 1998, le président Amour a ainsi accepté la révision des lois électorales, la refonte du système judiciaire, et a promis une amélioration rapide de la situation des droits de l'homme dans l'archipel. De son côté, le CUF a reconnu les résultats de 1995 et l'élection de S. Amour. Seule la détention prolongée pour haute trahison de dix-huit membres du CUF laissait encore planer le doute sur la résolution progressive de la " question zanzibari », d'autant que le président Amour ne cachait pas son intention de se présenter pour un troisième mandat lors du scrutin présidentiel de l'an 2000. Sur le front ouest, la levée de l'embargo international contre le Burundi, fin janvier 1999, a considérablement détendu les relations entre les deux pays. Le gouvernement burundais a réouvert son ambassade à Dar-es-Salam, courtisant même le président Mkapa pour qu'il soutienne son entrée dans la Coopération est-africaine. La reprise de la guerre en République démocratique du Congo (RDC} était cependant devenue un important objet d'inquiétude. Au début du mois d'octobre 1998, 10000 à 11 000 réfugiés burundais traversaient le lac Tanganyika pour fuir les combats et s'installer dans le nord-est du pays. Le camp de Nyarugusu accueillait, en janvier 1999, près de 46 000 réfugiés congolais ; plusieurs centaines d'entre eux, après avoir franchi clandestinement la frontière, s'étaient arrêtés sur la rive est du lac Tanganyika.

L'indulgence du FMI à l'égard de la T anzanie s'est concrétisée en juin 1998 par le décaisse ment de la deuxième tranche du prêt d'accompagnement à l'ajustement structurel de l'économie, et ce malgré l'incapacité du gouvernement à atteindre les grands équilibres macroéconomiques requis. La refonte prévue du système fiscal s'est néanmoins poursuivie avec l'introduction d'une TVA généralisée de 20 % le 1er juillet 1998 (1er janvier 1999 à Zanzibar} .La destruction partielle des récoltes de mais fin 1998, après la prolifération dramatique d'un champignon parasite venu d'Afrique australe, a cependant remis en cause tout optimisme économique. 300 000 Tanzaniens du centre du pays se trouvaient ainsi menacés de famine. Dans ce contexte de pénuries, où la gestion gouvernementale des réserves céréalières fait l'objet des critiques parlementaires, le CCM et les partis d'opposition se sont également affrontés à propos des réformes constitutionnelles. Ce dossier, ignoré depuis le scrutin de 1995, est revenu en force dans le calendrier politique, la Convention nationale pour la construction et les réformes (NCCR-Mageuzi} et le CUF demandant une réduction des pouvoirs présidentiels alors que le président Mkapa cherchait à les accroître. De plus, le gouvernement voulait impérativement garder la main sur les nominations à la commission électorale. Le mini-remaniement ministériel de septembre 1998 indiquait parallèlement la mise en place d'une stratégie clientéliste en vue de l'élection présidentielle de novembre 2000, peut-être plus mouvementée que prévu pour le CCM, au pouvoir depuis l'indépendance (1961}.

1999
La mort de Julius Nyerere, le 14 octobre 1999, marque rentrée de la Tanzanie dans une nouvelle ère. Avec la disparition de son ancien président, l'alliance avec Zanzibar se trouve fragilisée. Le « Mwalimu » avait été partisan du rapprochement des îles de Zanzibar et Pemba avec le continent en 1964, puis il avait empêché toute remise en cause de cette fédération. Nyerere disparu, les membres des partis politiques présents à Zanzibar, comme le CUF ( Civic United Front), ont remis la question de l'alliance sur la table. Ils réclament la fin du « gouvernement d'union » qui accorde une place limitée aux représentants de l'île au sein des institutions tanzaniennes et ils préconisent la création d'une fédération de deux Etats autonomes.
L'île, avec les ressources croissantes du tourisme, estime pouvoir assurer son indépendance financière. Sur le continent, les perspectives sont bonnes, grâce aux richesses minières. La production d'or du pays devrait atteindre 40 tonnes par an, d'ici deux ans. Le nouveau code des investissements, qui exempte de taxes les importations de matériel pour les entreprises s'installant en Tanzanie, a été bien accueilli par les firmes étrangères. Même si le plan des privatisations est loin d'être clair, et en dépit d'une baisse des exportations de 7,9 %, la Tanzanie promet de continuer sur sa lancée de croissance, soit 4,4 % en 1999 et 5,2% prévus pour 2000. La satisfaction de la Banque mondiale et du FMI a conduit ces institutions à réduire la dette tanzanienne de 8 milliards de dollars (48 milliards de francs) à 1,6 milliard (9,6 milliards de francs), d'ici cinq ans. Ce redressement est contrarié par un niveau de corruption élevé.
Le président Mkapa avait été imposé comme candidat au parti au pouvoir, le CCM (Chama Cha Mapinduzi ou Parti de la révolution) par Julius Nyerere, mais il ne peut plus compter sur cet appui. Les responsables politiques qui avaient dû céder devant Nyerere, comme l'ancien premier ministre John Malecela ou Jakaya Kikwete, l'actuel ministre des affaires étrangères, sont décidés à jouer leur propre carte.
Quel que soit le résultat du scrutin, la question des réfugiés continuera de se poser de manière aiguë. Les 800 000 réfugiés des pays voisins devraient coûter à la Tanzanie 59 millions de dollars (354 millions de francs) en 2000.

AGRICULTURE

Un secteur doté d'un riche potentiel. La Tanzanie produit et exporte du café et du thé (troisième producteur africain), du sisal, du coton, du pyrèthre (un insecticide fabriquée à partir de chrysanthèmes), des noix de cajou, du tabac, et des clous de girofle. D'autres productions (maïs, blé, tapioca, bananes et d'autres fruits et légumes) sont destinées au marché intérieur. Et si les conditions topographiques et climatiques limitent la superficie des terres cultivées (4% du territoire), la diversité des productions agricoles donne néanmoins un aperçu de la richesse potentielle d'un secteur qui représente près de la moitié du PIB. La forêt couvre près de 40% du territoire, ce qui donne à la filière bois une certaine importance.

MINES ET INDUSTRIE :

Un potentiel dans le tourisme. La principale ressource naturelle de la Tanzanie est son potentiel hydroélectrique. Le pays possède également des réserves d'étain, de phosphates, de fer, de charbon, de diamants et d'autres pierres précieuses, de l'or, du nickel et du gaz naturel. La production minière est faible, mais attire néanmoins l'essentiel des investissements étrangers. L'industrie manufacturière, de taille très modeste et concentrée autour des productions du secteur primaire (sucre, bière, cigarettes, corde, bois), se développe lentement. Le tourisme a un fort potentiel, si l'on en juge par les richesses naturelles du pays (parcs naturels, plages) ; la Tanzanie pourrait par ailleurs profiter de la baisse de la fréquentation touristique au Kenya.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Une réforme du secteur bancaire. L'économie de Tanzanie dépend fortement de l'agriculture qui représente près de la moitié du PIB, assure 85% des exportations et occupe 90% de la population active. L'industrie est faiblement développée. Le premier programme de réformes économiques remonte à 1986. Il a généré une augmentation notable de la production agricole grâce à l'aide financière des pays du Club de Paris. Les années 1990 ont été caractérisées par l'augmentation de la production minérale. La production de gaz naturel dans le delta du fleuve Rufiji pourrait démarrer d'ici à 2002. De récentes réformes dans le secteur bancaire ont permis une augmentation des investissements du secteur privé. La libéralisation financière a commencé en 1993, avec la fin du long monopole de la National Bank of Commerce, privatisée elle fin 1998. .

AFRIQUE DU NORD-EST (Erythrée, Ethiopie, Somalie, Djibouti)

- ERYTHREE

Population : 3 577 000

Langues : tigrinya, arabe, tigré, afar, bilein....

Mortalité infantile : 91 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 50,8 ans (95-2000)

Population urbaine : 18,1 %

Indice de développement humain : 0,346

Analphabétisme hommes : ....% (97)

Analphabétisme femmes : ....% (97)

Scolarisation 12-17 ans : ....% (91)

Croissance 1998 (économie) : 3,0%

Croissance annuelle (économie) : 4,9% (92-97)

Croissance annuelle (démographie) : 3,8% (95-2000)

PIB total (PPA) : 3097 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 820 dollars (1997)

Taux d'inflation : 8,3%

Importations : 514 millions dollars

Exportations : 95 millions dollars

Nature de l'Etat : unitaire (attente de l'élaboration d'une Constitution)

Nature du régime : présidentiel à parti unique

0-14 ans : 44,82%

15-64 ans : 52,57%

65 et plus : 2,69%

Dette extérieure brute : 0,145 milliards de dollars (1998)

GEOPOLITIQUE :

Le conflit frontalier avec l'Ethiopie, gelé à partir de l'été 98, a repris sur une grande échelle à partir de févrie 99. Ses conséquences économiques, sociales et politiques ont été dramatiques pour un pays aussi pauvre. L'acquisition d'avions de combat et d'autres équipements militaires coûteux, l'emploi de mercenaires, la mobilisation de la population mais aussi l'expulsion d'Ethiopie de près de 53 000 Erythréens, dans des conditions scandaleuses, auront un coût colossal pour l'Erythrée. Il n'est pas sûr que la diaspora soutienne, comme elle l'a fait durant la guerre de libération, le nationalisme intransigeant du régime. En hiver, il s'est d'ailleurs appliqué à apparaître comme l'agressé et non l'agresseur, tirant les leçons de la première phase du conflit. Politiquement, cette guerre a inauguré de grands changements dans le positionnement régional et international de l'Erythrée. Les USA et Israël n'allaient plus être des alliés aussi conciliants que dans la période antérieure; la Libye est devenu un pays fréquentable, très visité.

L'Erythrée a demandé son adhésion à la Ligue arabe, faisant fi d'un interdit géopolitique important à Washington comme à Jérusalem : la transformation de la mer Rouge en lac arabe. Surtout, le conflit a incité le gouvernement érythréen à soutenir toutes les oppositions à Addis-Abéba et à les réarmer, du Front de libération Oromo aux factions somaliennes, quitte à accroître encore la circulation des armes dans la Corne et à rendre encore plus difficile une normalisation indispensable. Les premières élections régionales, prévues pour 1999, ont été reportées.

1999
En février 1999, l'Erythrée a souscrit à l'accord-cadre de l'OUA, déjà accepté par l'Ethiopie en novembre 1998 ; mais les espoirs de paix ont été vite dissipés par la reprise des combats. Les forces des deux pays ennemis s'équilibrent sur le terrain en dépit d'un rapport d'un à vingt entre leurs populations respectives. Dans ces conditions, l'Erythrée se trouve, selon les observateurs, plus proche de l'essoufflement que son adversaire. En particulier, les ressources du port d'Assab, utilisé à 90% par les Ethiopiens jusqu'à la guerre, se sont taries et le tourisme est inexistant, malgré l'ouverture d'un premier hôtel cinq étoiles, à Asmara.
Environ 10% de la population érythréenne, soit plus de 300 000 personnes, sont maintenant sous les drapeaux. Les ponctions de la guerre fragilisent le nakfa. La monnaie érythréenne, créée en 1997 et en partie à l'origine de la querelle avec l'Ethiopie, a vu son cours chuter au cours des derniers mois, passant de 7 ,2 à 8 nakfas (48 francs) pour un dollar, voire 9,5 (57 francs) au marché noir.
La guerre gèle les perspectives de développement, puisque les dépenses militaires pourraient représenter plus de 20 % du budget, selon des estimations indépendantes. La croissance, qui était de 4% en 1998, devrait être en sérieuse diminution cette année. Toutefois, l'Erythrée qui a contracté peu d'emprunts à l'étranger, est loin d'être exsangue. Asmara peut compter sur les contributions de la diaspora (environ un million de personnes), qui pourraient atteindre 400 millions de dollars (2,4 milliards de francs), en 1999. Les experts de la Banque mondiale reconnaissent que le potentiel économique du pays est intact et envisagent des programmes d'aide post-conflit. Le gouvernement  italien doit débourser 100 millions de dollars (600 millions de francs) pour des projets d'infrastructures dans les deux ans à venir et 50 autres millions
300 millions de francs) devront être utilisés pour la modernisation des deux ports.

Le gouvernement d'Asmara a tenté un rapprochement avec Khartoum. Grâce à la médiation du Qatar, un pacte de réconciliation a été signé entre les deux pays, avec des résultats mitigés. Le Soudan, en particulier, accuse l'Erythrée de servir de base à la National Democratic Alliance (NDA), structure regroupant l'opposition du Nord et la guérilla sudiste de John Garang, la SPLA (Sudan People's Liberation Ar my).

C'est apparemment depuis le territoire érythréen qu'a été lancée, le 20 septembre, l'attaque contre le pipeline reliant les champs de pétrole de Hieglig, dans le Soudan sud à un terminal d'exportation sur la mer Rouge. La perspective de voir se reproduire de telles attaques est inacceptable pour le gouvernement soudanais, pour qui l'exportation du pétrole est essentielle à la poursuite de la guerre contre la rébellion. L'Ethiopie appuie l'Alliance of Eritrean National Forces (ENF), un groupe d'opposition érythréen. Asmara, de son côté, a décidé de soutenir des partis d'opposition éthiopiens, mais comme la plupart d'entre eux soutiennent leur gouvernement, il a fallu se rabattre sur le groupe Ethiopian Democratic Forces United Front (EDFUF). En revanche, l'Erythrée a appuyé militairement des rébellions armées installées en Somalie, l'Oromo Liberation Front (OLF) et l'organisation islamiste AI-Ittihad, avec l'idée d'ouvrir un nouveau front au Sud. Cette initiative n'a pas été couronnée de succès, malgré le soutien de l'Egypte et de la Libye.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 9,3%; Industrie : 15,6%; Mines : 13,9%; Services : 61,2%

AGRICULTURE :

Un potentiel considérable dans la pêche. Le gouvernement espère atteindre l'autosuffisance alimentaire à moyen terme, mais 40% de la consommation est toujours importé. Les principales productions sont le sorgho, les lentilles, les légumes, le maïs, le coton, le tabac, le café, le sisal (utilisé pour la fabrication de la corde). L'élevage (caprins, ovins) représente l'essentiel de la production. Le potentiel halieutique de l'Erythrée, avec sa zone de pêche exclusive de 60 000 km2 est considérable mais n'est encore que peu exploité.

MINES ET INDUSTRIE :

L'Erythrée possède des ressources minérales qui ne sont pas exploitées : or, cuivre, tantalum, platine, nickel, potasse, soude, phosphate, gaz naturel...Ayant hérité de toute la façade maritime de l'Ethiopie lors de son indépendance, l'Erythrée pourra aussi exploiter ses réserves de pétrole off-shore et miser sur le développement du tourisme.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

L'Erythrée cumule tous les problèmes des pays pauvres d'Afrique : son économie est centrée sur l'agriculture vivrière, le secteur industriel ne décolle pas, l'infrastructure routière est inexistante et le niveau de formation de la population est insuffisant pour que le pays se lance dans des secteurs à forte valeur ajoutée. Il s'y ajoute la guerre avec l'Ethiopie voisine : le conflit a provoqué une chute du taux de croissance- de moitié selon le gouvernement - bien plus selon les chancelleries occidentales. La guerre a eu un impact sur le budget de l'Etat également, avec l'achat d'armement pour un milliard de dollars environ.

- ETHIOPIE

Population : 59 649 000

Langues : amharique, oromo, tigrinya, guragé, afar, somali, wälayta....

Mortalité infantile : 115 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 43,3 ans (95-2000)

Population urbaine : 16,7 %

Indice de développement humain : 0,298

Analphabétisme hommes : 58,5% (97)

Analphabétisme femmes : 70,8% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 21,1% (90)

Croissance 1998 (économie) : 0,5%

Croissance annuelle (économie) : 3,2% (82-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2,4% (95-2000)

PIB total (PPA) : 30 194 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 510 dollars (1997)

Taux d'inflation : 2,5%

Importations : 1430 millions dollars

Exportations : 550 millions dollars

Nature de l'Etat : république fédérale

Nature du régime : autoritaire

0-14 ans : 45,99%

15-64 ans : 50,88%

65 et plus : 2,73%

Dette extérieure brute : 4,950 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

La guerre est sans doute redevenue l'une des ressources politiques les plus efficaces en Ethiopie. Lorsque le conflit avec l'Erythrée avait commencé en mai 98, à la suite d'une escarmouche entre gardes-frontières, Addis-Abéba avait fait figure d'agressé et avait immédiatement accepté le plan de médiations américano-rwandaise puis de l'OUA. Néanmoins, cette attitude était contradictoire avec d'autres comportements qui n'ont cessé de se multiplier durant l'été et l'automne, malgré le calme régnant sur la ligne de front. D'autre part, des dizaines de milliers d'Erythréens, travaillant le plus souvent dans l'administration et les services, ont été expulsés dans des conditions iniques et leurs biens ont été confisqués ou même vendus pour payer l'effort de guerre, si l'on en croit la rumeur érythréenne. D'autre part, une rhétorique de la guerre a servi à mobiliser, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur (diaspora), des secteurs de la population qui n'avaient que peu de sympathie pour un régime dominé par les Tigréens, suspecté de gérer le pays au profit d'une minorité. Des collectes ont été organisées après des discours haineux, comme si l'unique point de convergence ne pouvait qu'être l'hostilité aux Erythréens. Le réarmement a été massif.

La reprise des hostilités, sur une grande échelle, le 4 février 99, n'était pas une surprise après l'échec des tentatives américaines, d'une médiation de l'OUA et d'une ultime tentative de Mohamed Sahnoun, représentant personnel du secrétaire générale des Nations Unies. La reprise de la zone de Badmé, à l'origine du conflit, le 25 février 99 a conduit les Erythréens a accepter le plan de l'OUA le 27 février, sans qu'ils se retirent pour autant des autres portions de territoire éthiopien qu'ils avaient occupées, à l'instar d'Addis Abéba qui a crié victoire et voulu humilier davantage Asmara. Le résultat a été la reprise des combats de façon intermittente.

Ce conflit aura eu un coup humain hors de proportions. Outre les déportations en grand nombre effectuées de part et d'autre, les déplacés se sont comptés par centaines de milliers, et plusieurs dizaines de milliers de soldats sont morts. La haine entre les deux régimes a atteint un tel niveau qu'il est difficile d'imaginer comment ils pourront coexister dans deux pays voisins.

Chaque belligérant a offert des facilités aux oppositions de son adversaire. Le Front de libération oromo, exclu ou auto-exclu du processus politique en Ethiopie depuis 92, a refait surface militairement dans le sud du pays. Des armes ont été livré au Somalien Hussein Mohamed Aydiid par les Erythréens. Ces derniers comptaient ainsi fragiliser les factions proches des Ethiopiens dans un réglement de la crise somalienne et doter leurs alliés oromos de sanctuaires en Somalie. Pour leur part, les Ethiopiens ont multiplié les signes d'ouverture vers le Soudan avec lequel les relations étaient trés tendues depuis la tentative d'assassinat du chef de l'Etat égyptien Hosni Moubarak en Juin 95, tout en ménageant Washington.

A l'intérieur, le régime a multiplié les signes d'ouverture vers son opposition. Ainsi, Asrat Woleyes, dirigeant d'une organisation amhara, emprisonné depuis 94, a été libéré et envoyé aux USA pour un opportun traitement médical. Mais la presse est retée plus que jamais contrôlée, les journalistes étant emprisonné à la moindre incartade.

Le plus surprenant est que la communauté internationale a continué de réagir comme si de rien n'était : des séminaires sur les droits de l'homme ou sur la construction de l'état de droit ont été financé par la Commission Européenne et autres donateurs. Dans le budget de l'année 98-99, l'aide internationale représente, sous forme de prêts, 37,1% et, sous forme de dons, 22,1%. Certes, l'essentiel va aux cinq priorités définies en accord avec la Banque mondiale (construction de routes, transport et télécommunications, développement agricole, éducation et énergie). Le FMI, qui avait gelé son programme d'aide à l'ajustement structurel en octobre 97, l'a repris un an plus tard après que le gouvernement eut donné des gages de nouvelles libéralisations, notamment dans les secteurs des télécommunications, de l'énergie et dans la gestion des devises fortes. Avec 700 millions de dollars d'engagement, l'Ethiopie est devenue en 98 le principal client du FMI en Afrique subsaharienne.

Au printemps 99, l'économie ne représentait pas encore les effets de la guerre, d'autant que celle-ci se déroulait dans l'une des régions les plus déshéritées du pays. Une croissance de 8 à 10% était attendue pour 99, avec une inflation maîtrisée à 3%. Pourtant, tandis que de janvier 92 à avril 98 4237 projets ont été adoptés, représentant plus de 5 milliards de dollars d'investissement, seuls 588 étaient opérationnels (13%), ne représentant que 670 millions de dollars.

1999
Malgré plusieurs tentatives de médiations internationales dans le conflit ouvert en mai 1998 entre l'Ethiopie et l'Erythrée, les deux ennemis sont toujours décidés à en découdre. Chaque camp a, en effet, mis à profit la trêve de la saison des pluies pour réorganiser ses trois fronts (Badme, Zala Anbessa et Bure), où plus de 600000 soldats sont massés.
Lors du sommet d'Alger de l'OUA, en juillet, les deux belligérants avaient accepté le principe d'un accord-cadre destiné à conduire à la paix, mais chacun d'eux en a fait, ensuite, une lecture différente de l'accord. Des « arrangements techniques » ont alors été élaborés qui n'ont pas satisfait l'Ethiopie. Les responsables éthiopiens ne cachent pas que la « restauration de la souveraineté » de leur pays sur les territoires contestés reste une priorité.
Les opérations militaires ont été extrêmement violentes pendant six mois. En février, les Ethiopiens ont repris la région de Badme (front ouest) et poursuivi leur avancée à l'intérieur du territoire érythréen. Pour l'Ethiopie, cette victoire militaire se double d'un succès symbolique puisque le secteur de Badme tient une place essentielle dans le différend territorial. En revanche, aucun des deux belligérants n'est parvenu à prendre l'avantage sur le front de Zala Anbessa malgré des offensives particulièrement sanglantes. Au total, plus de 50000 soldats des deux camps ont été tués dans les affrontements de février à juillet.
Le retour au statu quo ante, condition d'un cessez-le-feu, est bloqué par le flou qu'entretiennent les belligérants sur l'étendue des zones litigieuses. Certaines de ces zones ne sont, en effet, que de minuscules enclaves frontalières. Dans la région frontalière du Tigré, les combats ont chassé plus de 380000 personnes et, dans un contexte de mauvaises récoltes dues à la sécheresse qui pourrait menacer 5 millions de personnes dans le pays, de nombreux paysans ont choisi de s'enrôler afin de bénéficier des 300 ou 400 birrs de solde (environ 300 F). En août, une deuxième vague d'officiers du régime Mengistu, en prison depuis 1991, ont été libérés afin d'être réintégrés dans l'armée éthiopienne, qui manque de cadres.
Tout comme son adversaire, l'Ethiopie a acheté de grandes quantités d'armes et de munitions. Le coût de cet effort, difficile à évaluer, a un impact sérieux sur l'économie, au point que chacun des deux ennemis parie désormais sur l'essoufflement de son adversaire. Selon des sources indépendantes, la part du budget éthiopien affecté à l'effort de guerre serait passé de 1,8% en 1997 à 12% l'année suivante et se situerait entre 15 % et 20% pour 1999. Cette guerre pèse d'autant plus sur l'économie que les recettes des privatisations (brasserie, banque, mines d'or), qui ont rapporté un peu plus de 350 millions de dollars (2,1 milliards de francs) au cours des dernières années et dont une part importante a été affectée aux dépenses militaires, arrivent à épuisement. Or la deuxième vague de sociétés à privatiser étant beaucoup moins attractives, l'Ethiopie ne peut plus guère compter sur ces recettes.
Autre facteur aggravant, les recettes à l'export ont baissé de 14,8% en 1998-1999, passant de 570 millions de dollars (3,4 milliards de francs) pour l'exercice précédent à 436 millions (2,6 milliards de francs), en grande partie à cause de la chute des cours mondiaux du café, alors que celui ci représente 64% des exportations éthiopiennes. Résultat de cette situation dégradée, l'inflation, qui était de 4 % seulement en 1998, a atteint 10% pour les deux derniers mois de 1999.
Les effets de ce ralentissement sont encore en peu visibles. D'un côté, de nombreux projets, notamment dans le domaine des travaux publics, ont été gelés. Mais un prêt de l'IFC (international Finance Corporation), une filiale de la Banque mondiale chargée de financer le secteur privé, a été débloqué pour financer les études préliminaires à l'ouverture d'une Bourse à Addis-Abeba. Enfin, malgré ces difficultés qui ne devraient pas infléchir dans l'immédiat la politique éthiopienne, la guerre a eu comme conséquence d'améliorer les relations avec le Soudan, au point que le président Omar El Bechir est venu en visite officielle en novembre 1999 à AddisAbeba et que l'Ethiopie a commencé à utiliser Port-Soudan comme alternative à Djibouti pour certaines importations « sensibles ».

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 55,5%; Industrie : 0,3%; Mines : 6,4%; Services : 37,8%

AGRICULTURE :

Le café est le premier produit d'exportation de l'Ethiopie (plus des deux tiers des exportations), mais les volumes vendus au cours de la campagne 98-99 sont en deçà des performances prévues par les autorités. L'industrie du café en Ethiopie est dominée par le secteur privé (87% de la production et 69% des exportations). Berceau du caféier (autour de Kafa, dans le sud) et 3ème producteur africain, l'Ethiopie - qui consomme localement près de la moitié de sa production - exporte de l'arabica pur vers l'Allemagne, les USA et le Japon. L'agriculture éthiopienne est dépendante des aléas climatiques. Une sécheresse sévit actuellement et le pays doit faire façe à des invasions de chenilles légionnaires qui détruisent les champs de cultures (céréales, canne à sucre, pomme de terre)

MINES ET INDUSTRIE :

Le gouvernement éthiopien fait état de réserves d'or allant jusqu'à 500t, ainsi que des réserves de platine, de cuivre, de potasse et de gaz naturel. Addis Abéba tente d'encourager le développement du secteur minier en réduisant l'imposition des sociétés minières et en abaissant la part minimum de l'Etat dans les exploitations, avec l'objectif affiché d'augmenter les revenus du secteur minier jusqu'à 10% du PNB à terme. Le secteur touristique est encore balbutiant : son développement est menaçé par le conflit avec l'Erythrée, mais aussi par la vestuté des hôtels, le mauvais état des routes, du réseau électrique et téléphonique ou encore le manque de formation du personnel. Atouts touristiques : églises enterrées de Lalibela, les chutes du Nil bleu près de Gondar, les obélisques d'Axoum......

L'industrie légère se développe, particulièrement autour de l'agroalimentaire et dub textile (peaux et cuirs).

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

L'Ethiopie travaille avec le FMI, qui a toutefois suspendu ses prêts après le refus du gouvernement de lever le contrôle des changes, mettant en avant ses trop faibles réserves en devises étrangères pour assurer la stabilité du marché. Mais tout en critiquant le FMI et l'orthodoxie économique qu'il préconise, Addis Abéba continue lentement sur le chemin de la libéralisation d'une économie encore largement étatisée. La privatisation d'une grande partie du secteur commerciale, industriel et des télécommunications a ainsi été annoncée fin 98. Le gouvernement travaille aussi avec la Banque mondiale sur l'amélioration du système de santé, avec la mise en place d'un système intégrés de soins de santé primaire accessibles au plus grand nombre. L'Ethiopie, plus grande que l'Erythrée et plus avancée dans les réformes, devrait moins souffrir de la guerre que son voisin.

Population : 9 237 000

Langues : somali

Mortalité infantile : 122 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 47 ans (95-2000)

Population urbaine : 26.7 %

Indice de développement humain : ....

Analphabétisme hommes : .....% (97)

Analphabétisme femmes : ......% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 10.3% (85)

Croissance 1998 (économie) :....%

Croissance annuelle (économie) : .....%

Croissance annuelle (démographie) : 4.2% (95-2000)

PIB total (PPA) : 10 863 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 1176 dollars (1997)

Taux d'inflation : 16.3% (95)

Importations : 369 millions dollars

Exportations : 176 millions dollars

Nature de l'Etat : .....

Nature du régime : l'Etat s'est effondré en 91; le pays a ensuite été partagé entre différentes régions contrôlées avec plus ou moins d'efficacité par des factions militaires; l'ancienne colonie britannique (nord-ouest) a fait sécession et a repris son nom de Somaliland.

0-14 ans : 47.71%

15-64 ans : 49.84%

65 et plus : 2.46%

Dette extérieure brute : 2.061 milliards de dollars (1997)

AGRICULTURE :

Une pénurie alimentaire grave. La guerre terminée, le malheur continue de frapper la Somalie: une grave pénurie alimentaire touche actuellement plus d'un million de personnes. De mauvaises conditions climatiques, des cultures infestées et des troubles civils ont conduit à une situation de famine, notamment dans la partie méridionale du pays. La Somalie produit des bananes, qu'elle exporte, du sorgho, du maïs, de la canne à sucre, des mangues, des graines de sésame et des haricots. L'élevage -les exportations d'animaux vivants sont la première source de devises du pays -concerne principalement les bovins, les ovins et les caprins. Le potentiel halieutique du pays est sous-exploité.

MINES ET INDUSTRIE :

Le néant. La production minière est inexistante, malgré la présence de ressources naturelles (uranium, fer, étain, bauxite, cuivre, sel). Le secteur manufacturier se limite à quelques ateliers de réparation et assure moins de 10% du PIB. Les installations de raffinage de sucre et de pétrole ont été fermées en raison de la guerre.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Pas d'avenir prévisible. Pays pauvre parmi les pauvres, la Somalie possède peu de ressources naturelles. L'agriculture est le secteur le plus important de l'économie, assurant environ 40% du PIB et 65% des recettes d'exportation. Les nomades, qui vivent de l'élevage, constituent une partie importante de la population. La poursuite des troubles autour de Mogadiscio empêche par ailleurs l'économie de progresser. .

- DJIBOUTI

Population : 623 000

Langues : arabe, français, afar, issa

Mortalité infantile : 103 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 50.4 ans (95-2000)

Population urbaine : 82.8 %

Indice de développement humain : 0.412

Analphabétisme hommes : 39.7% (97)

Analphabétisme femmes : 67.3% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 23.2% (85)

Croissance 1998 (économie) : 1.7%

Croissance annuelle (économie) : -1,6% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 1.2% (95-2000)

PIB total (PPA) : 656 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 1053 dollars (1997)

Taux d'inflation : 2.0% (95)

Importations : 382 millions dollars

Exportations : 143 millions dollars

Nature de l'Etat : république unitaire

Nature du régime : présidentiel autoritaire

0-14 ans : 40.57%

15-64 ans : 56.06

65 et plus : 3.17

Dette extérieure brute : 0.293 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

La victoire trop facile d'Ismaël Omar GueUeh.

Ismaël Omar Guelleh, neveu du président Hassan Gouled Aptidon, a été élu sans surprise le 9 avril 1999 à la présidence de la République. Il a su diviser l'opposition et marginaliser tous ses concurrents potentiels comme Moumin Badhon Farah, privé de ses droits politiques à quelques mois des élections. Mais cette victoire trop facile n'a pas mis fin à un mécontentement diffus au sein de la population. La situation des droits de l'homme est restée préoccupante et les mesures d'ajustement structurel ont un coût social mal accepté, d'autant que les affidés du pouvoir ont continué à bénéficier de ses largesses. La guérilla menée par les Afars partisans d' Ahmed Oini pourrait prendre de l'ampleur avec une aide érythréenne rendue possible depuis le rappel des ambassadeurs en novembre 1998. Le conflit érythréo-éthiopien a certes donné un second souffle à l'économie djiboutienne, puisque le port fonctionne à plein pour les importations et les exportations éthiopiennes. Cependant, les gains sont très sectoriels et ne remplacent pas les bénéfices de la présence française avant sa réduction et son changement de forme.

1999
Des élections de mai 1999 est sorti un régime identique au précédent. Ismaël Omar Guelleh chef de cabinet depuis plus de vingt ans et dauphin désigné du préside Hassan Gouled Aptidon, a été aisément élu comme candidat du Rassemblement populaire pour le Progrès (RPP) contre Moussa Ahm Idriss, candidat de l'opposition djiboutienne unifiée (ODU). Il était connu pour avoir écrasé la rébellion du FRUD (Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie). Comme au temps de son prédécesseur, l'essentiel du pouvoir, est concentré dans les mains de proches conseillers du président, et, les méthodes musclées sont toujours employées contre l'opposition.

Ismaël Omar Guelleh est proche de l'Ethiopie, où il est né. Il a compris que la guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée constituait une opportunité. Le commerce extérieur éthiopien, dérouté vers le port de Djibouti, a permis de redresser l'économie et de compenser les pertes dues à la réduction de contingent français, qui a doit être ramené à 2 600 hommes en 2001. Grâce aux importations éthiopiennes, le port a connu une nouvelle hausse de son activité de 23% de son activité, au premier semestre 1999.

La guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée s'est aussi révélée une opportunité politique pour Djibouti, qui se force de jouer un rôle régional notamment en lançant une initiative de paix en Somalie. Mais ces nouvelles responsabilités ne sont pas sans risque. Les relations avec l'Erythrée, déjà mauvaises depuis 1998 se sont encore détériorées. Djibouti accuse toujours Asmara de soutenir la guérilla du FRUD, qui est jugé responsable de plusieurs attentats contre le train Addis-Djibouti.
Le pays attend la signature d'une facilité d'ajustement structurel renforcé d'un montant de 30 millions de  dollars (180 millions de francs) à  laquelle s'ajouterait une autre enveloppe de 20 millions de dollars (120 millions de francs) de la Banque mondiale, à condition que Djibouti privatise son port.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 3.6%; Industrie : 5.8%; Mines : 14.8%; Servivcs : 75.8%

AGRICULTURE :

Un secteur pauvre. Les terres arables ne couvrent que 0,2% de la superficie du pays, qui par ailleurs manque d'eau. L'activité agricole est donc limitée à l'élevage (caprins, ovins, chameaux) et à la culture de fruits et légumes destinés exclusivement au marché intérieur. La pêche est peu productive.

MINES ET INDUSTRIE :

Les retombées de la guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée. Djibouti ne possède aucune ressource naturelle et son industrie se cantonne à quelques activités comme l'agroalimentaire (produits laitiers et mise en bouteille d'eau minérale). Le seul atout de Djibouti est sa position géographique: le port de Djibouti est un débouché maritime naturel pour Addis Abeba. Depuis le début du conflit entre l'Ethiopie et l'Erythrée, des aménagements ont été opérés pour permettre d'accueillir les importations et exportations éthiopiennes qui transitaient auparavant par les ports érythréens de d'Assab et de Massawa sur la mer Rouge. Le gouvernement français a par ailleurs accordé une aide afin d'alléger les procédures (douanes, transit) liées au transport de marchandises entre les deux pays et d'accélérer le flux des biens transitant sur le corridor éthio-djiboutien. La priorité va maintenant être donnée à la réhabilitation, pour un coût estimé à 200 millions de dollars, de la ligne de chemin de fer Djibouti-Addis Abeba, sur laquelle transite près de 95% du commerce de l'Ethiopie.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

L'aide française pour remplacer ses troupes. L'économie est basée sur les services liés à la position stratégique du pays (présence militaire française; port de transbordement et de ravitaillement). Djibouti est donc dépendant de l'étranger pour soutenir sa balance des paiements et pour financer des projets de développement. Le chômage, qui toucherait jusqu'à une personne active sur deux, montre à quel point l'économie djiboutienne est malade: confronté à une multitude de problèmes, le pays a du mal à rembourser sa dette et à satisfaire les exigences des bailleurs de fonds. La France a annoncé son intention définitive de ramener à 2 500 hommes sa présence militaire à Djibouti (qui conserve toutefois la plus importante des cinq bases militaires françaises en Afrique), ce qui devrait se traduire par une perte de 10% du PIB en trois ans. Paris a consenti une aide exceptionnelle de 65 millions de francs a été consentie par la France afin de pallier aux répercussions négatives de la diminution des forces françaises stationnées à Djibouti. .

AFRIQUE : VALLEE DU NIL (Soudan)

- SOUDAN

Population : 28 292 000

Langues : arabe, anglais, dinka, nuer, shilluk....

Mortalité infantile : 71 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 55 ans (95-2000)

Population urbaine : 34.2 %

Indice de développement humain : 0,475

Analphabétisme hommes : 34.6% (97)

Analphabétisme femmes : 58.7% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 28.3% (90)

Croissance 1998 (économie) : 5.2%

Croissance annuelle (économie) : 3,8% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2.0% (95-2000)

PIB total (PPA) : 43 389 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 1560 dollars (1997)

Taux d'inflation : 17.0%

Importations : 1915 millions dollars

Exportations : 596 millions dollars

Nature de l'Etat : système fédéral dont la réalité est contestée

Nature du régime : dictature

0-14 ans : 40.24%

15-64 ans : 56.87%

65 et plus : 3.10%

Dette extérieure brute : 10.066 milliards de dollars (1997)

AGRICULTURE :

Développer l'agriculture grâce à l'irrigation. Le Soudan va renforcer la capacité du barrage d'El Roseiris dans l'Etat fédéré du Nil Bleu, barrage essentiel pour la production d'électricité et l'irrigation au Soudan, et dont les travaux devraient aider l'agriculture à se développer. Les terres arables couvrent 5% du territoire, mais les surfaces cultivées moins de 1%. Néanmoins, le Soudan produit et exporte du coton (23% des exportations), des graines de sésame (22%), des ovins (13%) et de la gomme arabique (5%). Les cultures vivrières sont l'arachide, le sorgho, le millet et le blé.

MINES ET INDUSTRIE :

Le début des exportations de pétrole.Le Soudan possède des ressources pétrolières, ainsi que de petites réserves de fer, de cuivre, de zinc, de tungstène, de mica, d'argent et d'or. Le secteur pétrochimique démarre. La première raffinerie privée de dollars, a été mis en service fin mai 1999 à l'Est du Soudan, entre Higleig, dans le Kordofan occidental, et la mer Rouge. Le pipeline a été construit par un consortium de compagnies chinoises, allemandes, britanniques et malaisiennes. Sa capacité de pompage est de 450000 barils par jour. Le pétrole aboutira au port de Bechair, construit récemment pour le pétrole soudanais, où l'exportation a commencé le 30 juin 1999 pour coïncider avec le dixième anniversaire du coup d'Etat qui a porté la junte islamiste au pouvoir.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Le Soudan multiplie les écueils au développement. L'essor économique du Soudan est handicapé par la guerre civile, l'instabilité politique chronique, de mauvaises conditions climatiques, une inflation trop élevée et la baisse des transferts en devises depuis l'étranger. Le secteur privé est actif dans l'agriculture, mais pas dans les autres secteurs de l'économie. L'essentiel des investissements industriels privés ont été faits avant 1980. La dette extérieure est très importante, et le Soudan accumule les arriérés. En 1990, le FMl a déclaré le Soudan " non coopératif » en raison du non paiement des arriérés, et menacé de l'exclure en 1993. Pour éviter le pire, Khartoum a accepté de rembourser une partie de ses arriérés de dette et de libéraliser le régime des changes. Mais l'hyperinflation a réduit à néant le pouvoir d'achat des Soudanais. Khartoum mise aujourd'hui sur le pétrole: l'autosuffisance est atteinte (réduisant ainsi la facture pétrole de 300 millions de dollars par an) et les exportations ont commencé. Alors que le déficit budgétaire sera multiplié par deux en 1999, l'inflation devrait revenir à un taux acceptable (14% selon les prévisions du gouvernement) et la croissance pourrait passer au-dessus de 6%. .

AFRIQUE SUD-TROPICALE (Angola, Malawi, Mozambique, Zambie, Zimbabwe)

- ANGOLA

Population : 12 092 000

Langues : portugais, langues du groupe bantoue : umbundu, kimbundu, kikongo, quioco, ganguela

Mortalité infantile : 125 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 46.5 ans (95-2000)

Population urbaine : 32.9 %

Indice de développement humain : 0,398

Analphabétisme hommes : ....% (97)

Analphabétisme femmes : .....% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 38.6% (90)

Croissance 1998 (économie) : 0.4%

Croissance annuelle (économie) : 0,3% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 3.20% (95-2000)

PIB total (PPA) : 16 704 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 1430 dollars (1997)

Taux d'inflation : 77.7%

Importations : 2382 millions dollars

Exportations : 3428 millions dollars

Nature de l'Etat : république unitaire

Nature du régime : semi-présidentiel

0-14 ans : 47.50%

15-64 ans : 49.45%

65 et plus : 2.88%

Dette extérieure brute : 7.381 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

A nouveau la guerre.

Au printemps 1998, l'impasse du processus de paix était manifeste : ledit Gouvernement d'unité et de réconciliation nationale .(GURN), comprenant des ministres de l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l' Angola, en conflit armé contre le régime depuis l'indépendance) mais dominé par le MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola, ex-parti unique), loin d'oeuvrer à la réconciliation et à la démocratisation et incapable d'enrayer une crise sociale majeure due à une corruption effrénée et à l'entretien d'un appareil sécuritaire renforcé, tendait à occuper tout l'espace politique et économique. L'extension de l'administration de l'État aux zones détenues par l'UNITA, que celle-ci ne cédait que sous d'extrêmes pressions de l'ONU, donnait lieu à des affrontements et des représailles... La communauté internationale, impuissante à faire appliquer les sanctions votées contre l'UNITA, l'était aussi à contrôler les polices et à inciter le gouvernement à désarmer la population civile. Les pays impliqués dans le processus de paix (troika :États-Unis/PortugaI/Russie) -mais aussi d'autres comme la France -, en concurrence pour de considérables découvertes pétrolières, avaient, sans réagir, laissé l'armée angolaise intervenir deux fois hors frontière (pour appuyer la. rébellion . de Laurent-Désiré Kabila au Zaïre en 1997 , puis en soutien à Denis Sassou Nguesso dans sa prise du pouvoir au Congo-Brazza, en octobre 1997). Ces interventions, destinées surtout à couper les approvisionnements de I'UNITA (et ceux des organisations armées de libération du Cabinda, enclave angolaise située au Congo-Kinshasa), une spirale de méfiance et de militarisation, avaient contribué, avec la politique de blocage de l'UNITA, à renforcer le pouvoir puisant sans contrôle l'argent du pétrole, l'UNITA se réarmant massivement grâce à son contrôle de zones de diamants, vendus via des réseaux de trafiquants africains et internationaux. Au début de l'été 1998, les deux camps étaient engagés dans une dynamique de reprise des hostilités, et commençaient à rafler des jeunes pour leurs armées. En août, alors qu'une seconde. rébellion. éclatait au Congo-Kinshasa contre L.-D. Kabila, bénéficiant du soutien du Rwanda et de l'Ouganda, l' Angola décidait finalement d'intervenir, avec deux autres États (Zimbabwe et Namibie) d'une SADC (Communauté de développement de l'Afrique australe) divisée, et sauvait la mise au régime de L.-D. Kabila. Pensant pouvoir compter, grâce à ses liens pétroliers et dans la configuration régionale liée à la guerre au Congo-Kinshasa, sur un assentiment de la communauté internationale, le gouvernement engagea ce qu'il voulait être l'opération finale contre I'UNITA: en septembre, il suscita la formation à Luanda d'une UNITA dite" rénovée. qui destituait Jonas Savimbi de la Présidence, rompit lui-même tout contact avec celui-ci, prétendant " poursuivre le processus de paix. avec ce groupe -lequel était sans autorité sur les troupes, très minoritaire parmi les députés de I'UNITA, et privé de crédibilité par son inféodation flagrante au MPLA. La SADC, puis quelques pays amis reconnurent ce groupe comme interlocuteur valable et déclarèrent, à l'instar du gouvernement, J. Savimbi criminel de guerre. Le but déclaré étant son" anéantissement militaire et politique, des pressions furent faites sur les pays ayant des intérêts en Angola en vue d'un isolement diplomatique. Des affrontements étant déjà engagés, l'annonce de l'assaut aux bastions de l'UNITA fut faite début décembre 1998 par le président de la République José Eduardo Dos Santos lui même au congrès du MPLA -qui consacrait aussi le renforcement de son pouvoir personnel, concrétisé ensuite par la suppression du poste de Premier ministre, la nomination d'un nouveau gouvernement, la prise en main du commandement de l'armée.

L'offensive fut cependant un échec, I'UNITA ayant acquis des armements puissants, et l'armée gouvernementale se trouvant handicapée à la fois par ses engagements extérieurs, par le niveau de corruption de sa direction, par les détournements et par la démoralisation des soldats. Cet échec, dès lorsqu'aucun retour en arrière n'étant envisageable pour le pouvoir, se traduisit par une surenchère dans la diabolisation de J. Savimbi. Invoquant un complot international contre l'Angola, Luanda somma la mission de I'ONU de quitter l'Angola, ce qui fut décidé en février 1999. Une guerre dévastatrice se déploya de nouveau. siège de capitales provinciales par I'UNITA, qui au printemps contrôlant la frontière avec le Congo, abandon brutal de l'intérieur du pays pour gagner les villes et la côte protégée, crise sociale et humanitaire catastrophique, banditisme et pillages. Des deux côtés, l'heure étant à l'enrôlement massif d'une population exténuée, le gouvernement sollicitant l'aide internationale mais refusant l'ouverture de corridors humanitaires. A la mi-1999, les deux camps étaient engagés dans une course au réarmement, I'UNITA disposant désormais de moyens importants et le gouvernement préparant une nouvelle offensive et comptant pour l'emporter sur sa plus grande capacité à rééquiper ses forces. Le président s'étant personnellement engagé dans le refus de négocier avec I'UNITA, le recours à l'aide d'armées amies était envisagé. Face à l'impuissance d'une communauté internationale inerte puis écartée, la destruction du pays et la décomposition sociale s'approfondissaient, le sort de la guerre angolaise dépendant d'équilibres régionaux militaires et stratégiques complexes.

1999
Aucune issue politique ou militaire n'est en vue dans guerre totale que se livrent le gouvernement et les rebelles de l'Unita depuis la reprise des combats, à la 1998, qui ont scellé l'échec des accords de paix de Lusaka signés 1994. L'offensive lancée par le gouvernement, le 5 décembre 1998 contre les fiefs rebelles d'Andulo et de Bailundo sur le plateau central au moment où les « colombes » favorables au dialogue étaient écartées des instances dirigeantes du parti pouvoir, le MPLA, s'est soldée par échec retentissant. En février, l'Unita avait récupéré presque tous les territoires sous son contrôle avant 1994 assiégeant et pilonnant les villes de l'intérieur du pays, envahies par des populations chassées des zones rurales par les troupes rebelles ou épouvantées par les bombardements des avions gouvernementaux.
La production agricole s'est effondrée, malgré des pluies abondantes et la famine sévit dans une bonne partie du pays; les paysans ont mangé leurs semences et l' Angola, exportateur de café avant l'indépendance, est devenu importateur net en 1999.

Avec deux millions de personnes déplacées (le sixième de la population), le problème humanitaire a atteint une gravité sans précédent. La guerre a donné un coup d'arrêt aux campagnes de vaccination et la poliomyélite est loin d'être éradiquée.
Jusqu'à la reprise par les forces armées angolaises d'Andulo et de Bailundo à la mi-octobre, Savimbi -alors en position de force -avait fait des offres de paix jugées inacceptables par le président José Eduardo Dos Santos. La réponse du gouvernement a été de diaboliser le chef de l'Unita, qualifié de « criminel de guerre » et contre lequel a été lancé un mandat d'arrêt international, en juillet. L'étau des sanctions de l'ONU, qui frappent les livraisons de carburant et d'armes à l'Unita ainsi que ses exportations de diamants, censées soutenir son effort de guerre, s'est resserré: sous la pression des Etats-Unis, le numéro un du commerce mondial du diamant brut, De Beers, a annoncé, le 5 octobre, sa décision de ne plus acheter de diamants angolais, excepté les gemmes produites par la firme para-étatique Endiama.
Dans ce bras de fer, le gouvernement dispose de l'atout de fabuleuses ressources en pétrole dont les recettes sont estimées à 4,5 milliards de dollars (27 milliards de francs) en 1999, produit hautement stratégique contrairement aux diamants écoulés par l'Unita à raison de quelques centaines de millions de dollars par an seulement. Washington, qui envisage de reprendre son assistance militaire à l'Angola, considère ce pays comme un enjeu pour sa sécurité nationale : 7% des importations américaines de pétrole proviennent de ce pays et cette proportion est appelée à s'accroître avec le triplement escompté, d'ici à 2015, de la production actuelle (800000 barils/jour), qui pourrait dépasser celle du Koweït.
A la fin de 1999, le gouvernement avait engrangé près de 1 milliard de dollars (6 milliards de francs), versés à titre de droits d'exploration par les compagnies pétrolières Exxon, Elf et BP-Amoco. Cette rente a permis à Luanda d'acheter des avions de chasse, des pièces d'artillerie et des blindés, et de se concilier les bonnes grâces des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU dont les compagnies pétrolières, diamantifères ou d'armement ont pour partenaires l'Etat angolais. Même si l'Angola en est réduit à gager ses productions futures et ne bénéficiera pas entièrement du doublement du prix de l'or noir depuis le  début 1999, cette rente permet au gouvernement de faire la sourde oreille quand le FM! exige une gestion transparente des recettes pétrolières qu'il soupçonne d'alimenter des caisses noires et de financer les achats d'armement. La stratégie de Luanda vise à isoler Savimbi de sa base, mais elle fait abstraction de deux éléments: l'organisation de la rébellion est bâtie autour de la personnalité de son chef et exprime les frustrations des populations du Sud et des régions les plus reculées et les plus délaissées. Le risque pour le gouvernement est que la victoire du plateau central au cours d'un affrontement de type conventionnel ne pousse l'Unita à renouer avec une guérilla dans laquelle elle a excellé depuis 1966. A la fin 1999, les troupes de Savimbi se repliaient sur les zones diamantifères du Lunda Norte. La question est de savoir si les tentatives d'étranglement financier de l'Unita réduiront sa capacité opérationnelle avant que l'embargo ne devienne effectif.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 7.3%; Industrie : 9.1%; Mines : 58.7%; Services : 24.9%

AGRICULTURE :

Une richesse agricole détruite. L'Angola fut naguère l'un des premiers producteurs africains de café; sa balance agricole était largement excédentaire. Aujourd'hui, il ne reste presque plus de terres cultivées et l'érosion et de la déforestation réduisent les terres arables. L'Angola produit en faibles quantités un grand nombre de cultures, mais l'agriculture vivrière ne couvre plus les besoins alimentaires de la population. La pêche est sous-développée mais la production de bois est relativement importante.

MINES ET INDUSTRIE :

La ruée vers l'or noir. Le secteur pétrolier se développe rapidement. La « province pétrolière ", les fonds offshore allant de l'enclave de Cabinda jusqu'au sud de Luanda, est le nouvel Eldorado de l'or noir. Plusieurs gisements exceptionnels y ont été découverts ces deux dernières années. Du coup, les compagnies pétrolières affluent du monde entier et les concessions s'achètent toujours plus cher: les droits d'exploitation, qui se négociaient autour de 20 millions de dollars voici quelques années, atteignent aujourd'hui plus de 100 voire 150 millions. Le chiffre « officiel" des réserves est aujourd'hui dépassé, et augmente de trimestre en trimestre. La production angolaise devrait atteindre 1 million de barils par jour d'ici à la fin de l'an 2000. La barre des 2 millions un niveau proche de la production actuelle du Nigeria devrait être franchie autour de 2005-2006. La production diamantaire, elle, est entre les mains du mouvement rebelle Unita ( des ventes non autorisés lui aurait permis de reconstituer des réserves de munitions et de vivres). En attendant la paix, les autres ressources de l'Angola (fer, phosphates, bauxite, uranium et or) ne sont pas exploitées, et l'industrie demeure dans un état de sous-développement chronique, centrée sur l'agro-alimentaire et le textile.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Les investissements de l'Etat mal ciblés. La compagnie pétrolière d'Etat, Sonangol, veut prendre une plus grande part dans l'activité pétrolière. L'entreprise a hypothéqué ses revenus à venir contre des prêts d'un montant de 3 milliards de dollars et a longtemps milité en faveur du maintien d'un taux de change préférentiel pour limiter sa contribution aux caisses de l'Etat -la non réforme du régime des changes était, avec la corruption, l'une des principaux obstacles à la reprise des négociations avec le FMI. Sonagol oblige ainsi le gouvernement à revoir à la baisse le montant des investissements prévus dans la santé et à l'éducation (10% des dépenses), tandis que les revenus de l'or noir 80% des recettes gouvernementales -continueront à financer l'effort de guerre contre l'Unita, ou les dépenses de fonctionnement du gouvernement. Pendant ce temps-là, 60% des Angolais continueront de vivre dans la misère. Cependant, le gouvernement a décidé en mai 1999 de laisser le marché fixer librement le taux de change des devises pour contrôler l'inflation, une décision qui pourrait permettre une reprise du dialogue avec le FMI. .

- MALAWI

Population : 10 346 000

Langues : anglais, chichewa

Mortalité infantile : 138 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 39,3 ans (95-2000)

Population urbaine : 14,6 %

Indice de développement humain : 0,399

Analphabétisme hommes : 27,2% (97)

Analphabétisme femmes : 56,6% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 51,8% (90)

Croissance 1998 (économie) : 3,6%

Croissance annuelle (économie) : 3,9% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2,44% (95-2000)

PIB total (PPA) : 7278 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 710 dollars (1997)

Taux d'inflation : 27,4%

Importations : 598 millions dollars

Exportations : 472 millions dollars

Nature de l'Etat : république unitaire

Nature du régime : présidentiel parlementaire

0-14 ans : 46,29%

15-64 ans : 50,95%

65 et plus : 2,52%

Dette extérieure brute : 2,281 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Du fait de l'instabilité du rand sud-africain et du dollar zimbabwéen, monnaies de deux partenaires majeurs du pays, le kwacha a été dévalué, en septembre 98, de 40%. Les prix à la consommation des produits de base ont augmenté, suscitant la grogne d'une population déja éprouvée économiquement.

En effet, les exportations de tabac, dont proviennent habituellement 70% des ressources du pays, se sont effondrées, provoquant une perte d'environ 80 millions de dollars. L'arrivée de la Chine sur le marché, comme nouveau producteur, et l'effet des campagnes anti-tabac aux USA, gros importateur, ont déstabilisé les cours à la baisse. Pressentant le risque d'un phénomène à long terme, les autorités ont encouragé la diversification vers des produits à forte rentabilité (fleurs coupées ou paprika). Seule source de satisfaction, la production de thé a bénéficié de la hausse des cours mondiaux.

Dans ce contexte, nombreuses ont été les critiques fustigeant le gouvernement en place et surtout le président Bakili Muluzi. Le principal grief portait sur la lenteur de la mise en oeuvre du volet des réformes visant à relever le niveau de vie, et ce en dépit d'efforts réels (santé et éducation). L'impatience s'est aussi accrue sur la question du rétablissement des droits humains, engagé en 94 dans le cadre du processus de démocratisation qui a suivi la fin du régime autoritaire de Kamuzu Banda (1966-1994). S'il n'y a pas eu depuis cette date d'emprisonnement politique, la législation sur le sujet n'avait toujours pas été abolie et, de manière révélatrice, la Commission des droits de l'homme instituée par le gouvernement ne fonctionnait toujours pas, faute de financement.

Au terme des élections législatives et présidentielles de mai 99, Muluzi a été élu pour un deuxième mandat. En effet, malgré ses critiques, l'opposition (Alliance pour la démocratie et Parti du Congrès du Malawi) restait faible et divisée.

La réforme intervenue début 99 concernant le nombre de sièges de députés par région a renforcé la position du parti du président, le Front démocratique uni (UDF). La région nord est ainsi passée de 33 à 46 sièges, le Centre de 17 à 85 et le sud, bastion de l'UDF, de 42 à 118.

Enfin, les derniers chiffres disponibles établissaient qu'un cinquième de la population était porteur du virus du sida en 1999.

1999
Sans surprise, les élections présidentielle et parlementaires du 12 juin 1999 ont été très contestées. La réélection avec 51 % des suffrages du président Bakili Muluzi a été suivie de heurts à Blantyre, la capitale économique, et surtout dans le Nord, bastion de l'opposition. Des membres du parti au pouvoir y on été pris à partie et leurs maisons détruites, tandis que des mosquées étaient incendiées, une façon de rappeler le divorce entre un président musulman et son pays majoritairement chrétien.

L'opposition accuse la commission électorale d'avoir favorisé le parti au pouvoir en fournissant du matériel électoral en quantités insuffisante dans les régions hostiles et d'avoir fait imprimer des bulletins supplémentaires pour bourrer les urnes dans les régions qui le soutiennent. 160 000 personnes auraient été dans l'incapacité de s'inscrire sur les listes électorales, essentiellement dans le Nord. Ce scrutin a consacré la séparation entre le Sud, peuplé, prospère et fief du président, et le reste du pays Après les élections, de nouveaux districts ont été créés pour favoriser les supporteurs du parti au pouvoir, le United Democratic Front (UDF). Ce redécoupage administratif en forme de récompense a aussi pour fonction de préparer le terrain pour les élections locales, prévues pour avril 2000.

La commission électorale a fait savoir qu'elle estimait le coût de ce scrutin à 23 millions de dollar (138 millions de francs), ce qui compte tenu des difficultés du Malawi, devra être financé essentiellement par les bailleurs de fonds. Les caisses de l'Elat ont été vidées par le scrutin, les difficultés économiques et la mauvaise gestion. Pour améliorer ses rentrées fiscales, le gouvernement n'a pas hésité à augmenter le prix de l'essence de 25 %, aggravant ainsi la tension sociale dans le pays, classé parmi les huit plus pauvres de la planète.

Les dévaluations du kwacha (70% en 1998 et, sans doute, 20% en 1999) n'ont pas amélioré la situation financière. Le Malawi a été obligé de compter sur un soutien budgétaire de 100 millions de dollars (600 millions de francs) des bailleurs de fonds pour couvrir ses besoins budgétaires Quelques signes encourageants sont apparus : l'inflation, après avoir flirté avec les 50 %, devrait être ramenée sous la barre des 30 %. Pour ses efforts, le Malawi a reçu quelques encouragements, puisque, en octobre, le FMl a débloqué un prêt de 10,6 mi lions de dollars (64 millions de francs  dans le cadre d'une facilité d'ajustement structurel renforcé.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 36,3%; Industrie : 13,6%; Mines : 3,9%; Services : 46,2%

AGRICULTURE :

Une population rurale importante. Les terres arables couvrent 18% de la superficie du Malawi. L'agriculture y est assez diversifiée (tabac, canne à sucre, coton, thé, maïs, pomme de terre, manioc, sorgho, bovins, caprins) mais l'approvisionnement en eau est problématique. C'est pourquoi le Fonds africain de développement a accordé des prêts pour financer des projets d'aménagements hydro-agricoles en faveur des petits exploitants. Il s'agit de contribuer à l'autosuffisance alimentaire en accroissant les surfaces irriguées et donc la productivité des petites exploitations (90% de la population réside en zone rurale). Le thé est la principale culture commerciale; le Malawi en est le deuxième producteur africain derrière le Kenya. La pêche en eau douce se pratique dans le lac Malawi, mais cette activité vivrière est menacée par la pollution.

MINES ET INDUSTRIE

Une industrie tournée vers le secteur primaire. Le Malawi possède des réserves de pierre à chaux, d'uranium, de charbon et de bauxite qui, en raison du manque d'investissements, ne sont pas exploitées au niveau de leur potentiel. L'industrie manufacturière est faible, et concentrée autour du conditionnement des matières premières (thé, tabac, sucre et bois) et de la production de quelques biens de consommation.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Améliorer les systèmes d'éducation et de santé. Petit territoire enclavé, le Malawi est l'un des pays les plus pauvres au monde (60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté). L'économie est centrée sur l'agriculture, qui assure 45% du PIB et 90% des recettes à l'exportation. La survie économique du Malawi passe par les flux d'aide du FMI et de la Banque mondiale. Mais le développement sera impossible sans une amélioration du système scolaire (l'école primaire est dorénavant gratuite) et de santé. Quelques défis écologiques se posent aussi, notamment la déforestation et la pollution croissante du lac Malawi. .

- MOZAMBIQUE

Population : 18 880 000

Langues : portrugais, macualomué, maconde, chona, tonga, chiceua...

Mortalité infantile : 114 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 45.2 ans (95-2000)

Population urbaine : 37.7 %

Indice de développement humain : 0,341

Analphabétisme hommes : 43.3% (97)

Analphabétisme femmes : 75% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 28.3% (90)

Croissance 1998 (économie) : 11.6%

Croissance annuelle (économie) : 5,0% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2.48% (95-2000)

PIB total (PPA) : 12 324 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 740 dollars (1997)

Taux d'inflation : 0.6%

Importations : 1026 millions dollars

Exportations : 248 millions dollars

Nature de l'Etat : république unitaire

Nature du régime : présidentiel, pluraliste depuis 1990

0-14 ans : 45.31%

15-64 ans : 50.43%

65 et plus : 4.28%

Dette extérieure brute : 5.264 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Un pays attirant pour les investisseurs.

Après de multiples reports, les élections municipales ont finalement eu lieu à la fin du mois de juin 1998, mais dans 33 villes seulement et ne mobilisant qu'un peu plus de 10 % de la population. Le principal parti d'opposition, la Renamo (Résistance nationale du Mozambique, ancien mouvement rebelle), a boycotté le scrutin en raison du refus du parti au pouvoir, le Frelimo (Front de libération du Mozambique), d'accepter sa présence au sein du secrétariat des élections. Plusieurs autres partis, comme le Monamo (Mouvement nationaliste mozambicain) ou le Pademo (Parti démocratique du Mozambique) , ont soutenu la Renamo dans sa campagne de désaveu des élections. Les résultats sont apparus sans grande signification, car seuls 14,5 % des inscrits s'étaient rendus aux urnes. Les candidats du Frelimo, la plupart du temps sans concurrents (ce qui a conduit l'opposition à formuler des recours pour annulation dans certaines municipalités) , ont remporté tous les postes importants, notamment dans les capitales provinciales comme Maputo, Beira et Nampula. D'autres événements, comme le rétablissement du service militaire obligatoire ou le rejet parlementaire d'une loi anti-corruption, ont motivé la colère de l'opposition. Cette demi ère a voulu poser des conditions à sa participation aux élections générales fixées à octobre 1999. Afonso Dhlakama, leader de la Renamo, a ainsi réclamé la refonte de tous les groupes chargés d'assurer leur organisation. Mais, loin de disposer de la majorité à l'Assemblée, il a semblé s'orienter vers la voie de la concertation. Le gouvernement a cependant présenté des résultats plutôt positifs. les salariés de la fonction publique ont été augmentés, le crime organisé a, semble-t-il, été plus efficacement combattu, tandis que les objectifs économiques fixés pour la fin 1997 étaient atteints (baisse de l'inflation jusqu'à un taux de 5,6 %, progression du secteur agricole). Ces avancées ont justifié la présentation d'un budget 1998 ambitieux et la mise en oeuvre de nombreux projets économiques importants (construction d'usines d'aluminium, de centrales hydroélectriques ou de pipelines, développement de l'industrie touristique ou agroforestière). Le Mozambique est devenu attractif pour de nombreux investisseurs, notamment dans le secteur hydroélectrique, courtisé par de grandes entreprises françaises, allemandes ou suédoises, ou dans le secteur minier investi par des compagnies sud-africaines, britanniques ou australiennes. L'Union européenne s'est déclarée prête à donner son accord pour un programme d'aide de 60 millions d'euros, soutenir la balance des paiements, réformer le service public et restructurer les finances publiques.

Tout cela a placé le président sortant, Joaquim Chissano, en position de force quant à une éventuelle participation à la présidentielle. Néanmoins, un courant interne au Frelimo contestait fortement cette possibilité en raison des accusations de corruption dont a fait l'objet l'appareil d'État. L'arrestation, dans une affaire de trafic de drogue, d'un proche du président, au début de l'année 1999, ne pouvait que renforcer cette contestation.

1999
Après quinze années de guerre civile, des négociations de paix à Rome en 1992, puis des élections multipartites en octobre 1994 ont parachevé un processus de retour à la paix dont les élections municipales du 30 juin 1998 boycottées par l'opposition (seuls 15 % des électeurs y ont participé) ont été la première épreuve. Les élections législatives et présidentielle de décembre 1999 ont été une sorte de session de rattrapage. Mais, émaillées d'incidents, elles ont illustré les difficultés du président Joaquim Chissano et de son gouvernement à accepter de donner sa place à la Renamo (opposition) d'Afonso Dhlakama.
Malgré cela, la réélection de Chissano à la présidence et la victoire relative de son parti, le Frelimo (gouvernemental), leur ont donné les moyens de conforter le dynamisme économique de leur pays. Car, malgré sa forte croissance (+ 9% du PIB en moyenne de 1993 à 1998, avec une pointe à 12,4% en 1997 et des prévisions de 9% à 10% pour 1999), le Mozambique est un des pays les plus pauvres du continent. Ses ressources naturelles sont sous-exploitées : son potentiel hydraulique est énorme, mais moins de 15% de sa population a accès à l'eau potable. L'augmentation de sa production agricole et la reprise de ses exportations de maïs en 19981999 n'empêchent pas l'existence de zones de pénurie du fait des difficultés de transport ou d'un pouvoir d'achat trop faible.
La dette extérieure du pays est égale à trois fois son PIB et sa balance commerciale présente un déficit chronique malgré la progression des exportations (avec un taux de couverture de seulement 37% en 1998). Les exportations mozambicaines de marchandises ont augmenté de 42% (crevettes, noix de cajou, coton) entre 1996 et 1998. Mais les importations (en majorité d'Afrique du Sud) ont progressé, surtout avec la construction de l'usine d'aluminium Mozal, à Maputo: à elles seules, les ventes françaises au Mozambique pour les neuf premiers mois de 1999 ont atteint 461 millions de francs, soit six fois plus que l'année précédente durant la même période, du fait de la livraison d'équipements destinés à cette usine. Le déficit du compte courant (avant dons), qui s'était réduit à 2,7% du PIB en 1995-1997, est remonté jusqu'à 20,4 % en 1998.
C'est le paradoxe de ce pays que
d'attirer quelques grands projets miniers et industriels dont la mise en oeuvre creuse son endettement et son déficit commercial. Le programme de privatisations mozambicain, qui est, pour l'instant, bien parti, risque d'avoir des effets similaires à long terme. Certes, il a permis de relancer l'intérêt des investisseurs étrangers. Plus de 800 projets d'investissements étrangers directs, totalisant 2 milliards de dollars (12 milliards de francs), ont été approuvés par le Centre de promotion des investissements entre 1987 et 1997. L'investissement direct étranger est passé de 45 millions de dollars (270 millions de francs) en 1995 à 140 millions (840 millions de francs) en 1998 et pourrait atteindre les 273 millions (1,6 milliard de francs) en 1999, selon les prévisions les plus optimistes.

Une Bourse des valeurs a même ouvert ses portes à Maputo, en octobre 1999. Mais les privatisations à venir (chemin de fer, télécommunications) seront plus délicates, car elles concernent les secteurs-clés des infrastructures du pays. Ainsi le consortium britannique retenu pour la gestion privée du port de Maputo a-t-il dû négocier pendant dix-huit mois avant de voir son contrat avalisé par le gouvernement à la mi-novembre 1999. La corruption, endémique au sein de l'appareil d'Etat et dénoncée par l'opposition lors de la campagne électorale de décembre 1999, risque de devenir un élément de dissuasion pour les investisseurs étrangers.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 31.0%; Industrie : 9.5%; Mines : 14.7%; Services : 44.8%

AGRICULTURE :

L'année 99 a été marqué par la sécheresse, plus particulièrement dans trois provinces du sud du pays, avec l'épuisement des stocks de maïs et de haricots. Les principales productions du pays sont le coton, la noix d'acajou, la canne à sucre, le thé, le riz et les fruits tropicaux. Le pays doit importer une bonne partie de ses besoins alimentaires. Le secteur de la pêche est particulièrement actif, les crevettes représentant un bon tiers des exportations. La forêt, lui couvre 18% du territoire, représente un potentiel intéressant.

MINES ET INDUSTRIE :

Un consortium international a récemment annoncé la découverte de nouveaux gisements gaziers dans la région de Temane, dans le sud du pays. Le gaz devrait être acheminé par gazoduc jusqu'à la raffinerie de Secunda, dans la province sud-africaine de Mpumalanga. Des discussions sont en cours sur la construction du gazoduc jusqu'en Afrique du Sud, une distance de 900 kilomètres. Le développement industriel du Mozambique passe par le corridor de Maputo, l'un des projets de développement régionaux les plus ambitieux d'Afrique: il vise à relancer le commerce international et à attirer les investisseurs étrangers le long de la route reliant Johannesburg à la capitale mozambicaine, avec la réhabilitation du port de Maputo, le plus proche de cette ville sud-africaine. Parmi les projets industriels annoncés, une fonderie d'aluminium d'un coût de 1,3 milliards de dollars -presque autant que le PIB du Mozambique -dont la construction a commencé le 15 juillet 1998.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Deux milliards de dettes effacées. Le Mozambique a été longtemps le théâtre d'une guerre civile dévastatrice. Mais les perspectives se sont améliorées à partir de 1996, date à laquelle le Mozambique a commencé à mieux exploiter ses ressources agricoles et hydroélectriques. Les programmes d'aide internationale soutiennent le budget du pays et couvrent les importations de biens et services. Au cours des dernières années, plus de 900 entreprises d'Etat sur 1 250 ont été privatisées, y compris la plus grande banque commerciale du pays. D'autres réformes imminentes concernant la fiscalité et l'ouverture des secteurs des transports, de l'énergie et des télécommunications du pays aux investisseurs privés. Le Mozambique a récemment bénéficié d'une décision du Club de Paris de réduire de 90% le stock de la dette du pays, en annulant 2,2 milliards de dollars de ses créances extérieures. .

- ZAMBIE

Population : 8 781 000

Langues : anglais, langues du groupe bantoues

Mortalité infantile : 82 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 40.1 ans (95-2000)

Population urbaine : 43.9 %

Indice de développement humain : 0,431

Analphabétisme hommes : 16.7% (97)

Analphabétisme femmes : 32.5% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 60.7% (90)

Croissance 1998 (économie) : -1.9%

Croissance annuelle (économie) : 0,6% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2.25% (95-2000)

PIB total (PPA) : 9087 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 960 dollars (1997)

Taux d'inflation : 24.5%

Importations : 1175 millions dollars

Exportations : 905 millions dollars

Nature de l'Etat : république

Nature du régime : présidentiel, multipartisme depuis 90

0-14 ans : 46.13%

15-64 ans : 51.25%

65 et plus : 2.24%

Dette extérieure brute : 5.608 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Inquiétante augmentation de la pauvreté.

Le début de l'année 1998 a été marqué par les poursuites engagées à l'encontre des commanditaires supposés de la tentative de coup d'État d'octobre 1997. Les chefs des principaux partis d'opposition, Kenneth Kaunda, de l'UNIP (Parti de l'indépendance nationale uni), Dean Mung'omba, du ZDC (Congrès démocratique zambien), et Roger Chongwe du LPF (Front progressiste libéral), faisaient tous partie des suspects et certains ont été emprisonnés. Des membres du parti au pouvoir, le MMD (Mouvement pour la démocratie multipartite) , ont même été inquiétés. Mais, une fois de plus, c'est surtout l'ancien président écarté du pouvoir en 1991, K. Kaunda, qui a fait les frais de l'acharnement du gouvernement. En dépit des mises en garde de la Commission zambienne des droits de l'homme et de plusieurs donateurs, il a été accusé de haute trahison en février 1998 puis emprisonné jusqu'au mois de juin, tandis que l'état d'urgence, décrété à la suite de la tentative de coup d'État, était prolongé jusqu'en mars. Après sa libération, K. Kaunda s'est engagé à rebâtir l'UNIP avant de quitter définitivement la scène politique. Le président Frederik Chiluba a lancé une politique d'austérité, guère favorable à sa popularité ni à celle de son gouvernement. Le gel des salaires de la fonction publique l'a opposé au ZCTU (Conseil zambien des syndicats). Le ministre des Finances, Ronald Penza, a été écarté du gouvernement fin mars 1998, en raison d l'échec des négociations visant à la privatisation des mines de cuivre. Sa remplaçante Edith Nawakwi, auparavant ministre d l'Agriculture, s'est trouvée d'emblée sou le feu des projecteurs. Le recours à la bonne volonté des donateurs est en effet devenu de plus en plus pressant, notamment en raison de la dépréciation continue du kwach, la monnaie nationale, et de l'augmentation inquiétante de la pauvreté parmi la population. Selon un rapport des Nations unie d'avril 1998, plus de deux tiers des Zambiens sont proches de l'état de misère. E Nawakwi n'a pas ménagé ses efforts, se rendant notamment à Tokyo en octobre pour quémander l'assistance internationale. ElIe a également été au centre d'une polémique l'opposant au ministre de l'Industrie et du Commerce, Enoch Kavindele. Ce dernier souhaitant favoriser financièrement (réduction des taxes d'importation) l'entreprise américaine Coca-Cola, ce qui lui a coûté son portefeuille. Le refus du président et d'E.Nawakwi d'accorder ce régime de faveur a conduit Coca-Cola à suspendre son programme d'investissement. L'attention s'est de plus en plus concentrée sur la succession de F. Chiluba en 2001, lequel, en vertu de la Constitution, ne peut se représenter une troisième fois. Ben Mwila et Michael Sata, ministres respectivement de l'Énergie et sans portefeuille, n'ont jamais caché leur ambition, mais la crainte d'être exclu du gouvermement a tempéré leurs ardeurs.

1999
A la tête d'un pouvoir fragilisé par une économie en difficulté Je président Frederick Chiluba s'est appliqué à se tenir à l'écart des conflits régionaux dans lesquels la plupart de ses voisins sont impliqués. Ainsi la Zambie a-t-elle réussi à ne pas participer à la guerre en RDC ou à celle d'Angola. Au contraire, Frederick Chiluba s'est posé en homme de paix en parvenant à mener à bien les accords de paix de Lusaka. Cette médiation dans le conflit congolais a eu comme avantage de faire oublier l'épisode malheureux en 1998, de l'emprisonnement sans procès de l'ancien président Kenneth Kaunda.
L'autre retombée de ce succès diplomatique aura été de mettre entre parenthèses, au moins pour un temps, la tension avec l'Angola. Les autorités de Luanda ont, en effet, régulièrement accusé la Zambie de servir de bas d'exportation des diamants de la rébellion de Jonas Savimbi, l'Unita, et menacé d'y intervenir militairement. Malgré les accords de Lusaka, la guerre a eu des effets négatifs sur le commerce, puisque les quantités de sucre, maïs ou boeuf exportées vers la RDC ont été divisées par cinq..

Malgré une légère embellie économique, le pays peine toujours à se redresser. La grave récession est passé  puisque la croissance du PIB devrait se stabiliser aux environs de 1 %, contre un chiffre négatif en 1998. La production de cuivre, qui représente plus de 30 % du P!B, a continué de décroître. Déjà en dessous de la barre de 300 000 tonnes en 1998, elle devrait approcher de 250000 tonnes en 1999 dans un contexte où les cours du cuivre ont perdu 30% de leur valeur e un an.
Les recettes d'exportations devraient chuter à 434 millions de dollar (2,6 milliards de francs), contre 62 millions (3,7 milliards) en 1997. Dépendant des bailleurs de fonds sans lesquels le pays serait en faillite, le gouvernement a été obligé de se soumettre à leurs exigences, notamment dans le cadre de la privatisation de 1a société nationale de cuivre, la ZCCN. En suspens depuis plusieurs années, le dossier pourrait avoir progressé fin octobre lorsque le groupe minier sud africain AngloAmerican a signé un accord pour prendre le contrôle de mines les plus productives. Le contrat représente une forme de revanche pour l'AngloAmerican, dont les mine zambiennes avaient été nationalisée par Kenneth Kaunda en 1969; il risque de créer une situation de monopole sur l'extraction du cuivre dans la région. Toutefois, cet accord, jugé défavorable pour le gouvernement, pourrait être dénoncé dans les mois à venir même si l'exploitation à perte de mines coûte 1 million de dollars par mois à Lusaka. L'autre problème auquel le pays doit faire face est le sida. Une conférence internationale sur le sujet, organisée à Lusaka en septembre, a montré les ravages de la maladie, tout particulièrement en Afrique australe, et notamment en Zambie où, par exemple, 1 500 enseignants son morts du sida en 1998.

- ZIMBABWE

Population : 11 377 000

Langues : anglais, shona, ndebele

Mortalité infantile : 69 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 44.1 ans (95-2000)

Population urbaine : 33.9 %

Indice de développement humain : 0,56

Analphabétisme hommes : 5.7% (97)

Analphabétisme femmes : 12.4% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 94.9% (92)

Croissance 1998 (économie) : 1.6%

Croissance annuelle (économie) : 3,3% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 1.42% (95-2000)

PIB total (PPA) : 26 931 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 2350 dollars (1997)

Taux d'inflation : 31.5%

Importations : 2365 millions dollars

Exportations : 1850 millions dollars

Nature de l'Etat : république unitaire

Nature du régime : présidentiel

0-14 ans : 42.19%

15-64 ans : 54.76%

65 et plus : 2.78%

Dette extérieure brute : 4.594 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Contestations de l'engagement militaire au Congo.

Le lent effritement du statu quo social (relations entre les différentes composantes d'une société très in égalitaire) s'est perpétué dans les difficultés économiques, le malaise de la population et les tiraillements d'une démocratie de façade. Dans ce climat, l'engagement dans le conflit au Congo Kinshasa a constitué un tournant, ayant déjà pour effet d'amplifier les tensions internes. L'inflation s'est maintenue au-dessus de 30% tandis que les taux d'intérêt et les impôts continuaient d'augmenter et la monnaie de se déprécier. Les résultats du secteur industriel (où le taux de chômage dépasse les 40 %) ont été inférieurs à ceux de 1997, amenant le gouvernement à envisager des restrictions aux importations. Pareille mesure marquerait le retour à une politique s'attaquant plus au symptôme qu'aux causes du mal et remettrait en cause l'ajustement structurel de l'économie si laborieusement négocié. Les protestations de la population face à la dégradation de ses conditions de vie se sont amplifiées aussi bien en ville que dans les zones rurales qui jusqu'alors conservaient une attitude de retrait. L'augmentation de 67 % des prix du carburant et du pétrole domestique a entraîné des émeutes en novembre 1998. Le lancement d'un parti par Morgan Tsvangirai, le leader de la confédération des syndicats connu auparavant pour ses positions. «apartisanes ", a constitué le meilleur indice de la radicalisation des luttes sociales. Bien plus en tout cas que la énième manoeuvre de regroupement de l'opposition, récemment ralliée à la banni ère de Margaret Dongo, énergique dissidente du parti dominant. Le principal sujet de contestation vis-à vis de la politique gouvernementale a toutefois été l'implication dans la guerre au Congo. Le président Robert Mugabe y a engagé son pays dès le déclenchement du conflit opposant Laurent-Désiré Kabila aux .rebelles" soutenus par l'Ouganda et le Rwanda, en août 1998. Il a utilisé sa position à la tête de la commission chargée des questions de sécurité au sein de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) pour justifier son action. S'il ne manquait pas de produire des déclarations enflammées sur la solidarité panafricaine, les raisons de son choix n'étaient pas aussi limpides. II cherchait vraisemblablement à prendre une revanche sur Nelson Mandela et l'Afrique du Sud, qui l'ont éclipsé tant en prestige diplomatique que dans la concurrence pour les marchés régionaux (en particulier au Mozambique où l'armée zimbabwéenne avait accompli une mission de maintien de la paix). La recherche de profits à court terme au Congo par le biais de proches ou de clients du président avait d'autre part déjà été prouvée en particulier avec la nomination par Kinshasa d'un Zimbabwéen à la tête de la Compagnie minière Gécamines. Enfin, cette guerre a détourné l'attention de l'opinion publique, un peu comme la menace de confiscation des terres des fermiers blancs, et permettait d'occuper l'armée à l'extérieur, alors que commençaient à poindre des rumeurs de coup d'État, chose jusque-Ià impensable au Zimbabwé.

1999
L'enlisement du processus de paix en République démocratique du Congo (RDC), où 13 000 soldats zimbabwéens sont engagés pour défendre le régime du président Laurent Kabila, hypothèque l'avenir économique du pays. En accordant, en septembre 1999, à la société Osleg, dont l'un des actionnaires principaux est un général zimbabwéen, le droit d'exploiter et de vendre les diamants et l'or de son pays, Kabila a lié son sort chancelant à celui de la nomenklatura de Harare. Ce nouveau cadeau a peu de chances d'être plus profitable à l'économie zimbabwéenne que la nomination, à la tête de l'entreprise para-étatique congolaise Gécamines, du Zimbabwéen Billy Rautenbach, remplacé à ce poste par un Belge en novembre. La seule retombée positive pour le Zimbabwe a été un contrat de retraitement de concentrés de cuivre congolais qui octroie un sursis à la fonderie de Mhangura, au bord de la faillite.
Pour le reste, un mémorandum confidentiel du gouvernement, divulgué en octobre, a confirmé que le coût de la guerre en RDC était de 1 million de dollars (6 millions de francs) par jour, soit dix fois plus que les chiffres communiqués au FMI. Cette révélation s'est traduite par la suspension de l'aide budgétaire de 193 millions de dollars (1,2 milliard de francs) consentie en août par le FMl. Dans la foulée, la Banque mondiale a interrompu ses pourparlers avec le gouvernement et gelé le versement de 140 millions de dollars (840 millions de francs) au titre de la facilité d'ajustement structurel renforcé. Le coût de la guerre représentant à lui seul 5,5 % du PIB, l'objectif d'une réduction du déficit budgétaire à 5,3% du P!B pour la fin 1999 ne peut être atteint. Personne parmi les opérateurs économiques ne croit plus que le taux d'inflation, qui caracolait à 70% en août, pourrait être ramené à 30% au début de l'an 2000. L'objectif modeste, annoncé au FMI, d'une croissance de 1,2% en 1999 semble trop optimiste.
En effet, la combinaison de pluies trop fortes et irrégulières avec une chute des cours mondiaux des principales cultures devrait entraîner une baisse de 18 % des recettes du premier produit d'exportation, le tabac. Le Zimbabwe, jadis exportateur net, ne pourra pas résorber son déficit céréalier, estimé à quelque 500000 tonnes.
La guerre du Congo et le renchérissement de la facture vivrière et pétrolière du fait d'une dépréciation de 70 % de la valeur du dollar zimbabwéen par rapport au dollar américain en dix-huit mois ont précipité une crise sociale, économique et politique, une cascade de scandales financiers impliquant les plus hautes autorités du pays. Le choléra a refait son apparition au début 1999 dans les zones urbaines. Plus de la moitié de la population est sans emploi.
En vue de la présidentielle d'avril 2002, le président septuagénaire Robert Mugabe tente de remodeler la Constitution afin d'éviter que sa responsabilité ne soit mise en cause dans les massacres du Matebeleland, en 1985. L'organisation de défense des droits de l'homme Zimrights parle de syndrome Pinochet. Pour la première fois depuis l'indépendance, une véritable alternative semble être apparue avec la National Constitutional Assembly, soutenue par l'opposition, les Eglises et les syndicats. Le principal rival de Mugabe est le syndicaliste charismatique Morgan Tsvangirai, fondateur d'un nouveau parti: le Movement of Democratic Change.
Seul facteur d'incertitude, le vote rural. Comme à l'accoutumée, le pouvoir brandit la promesse d'une réforme agraire qu'il ne peut pas précipiter. Il n'a pas les moyens d'indemniser les fermiers blancs. De surcroît, par crainte de creuser davantage le déficit vivrier, il hésite à installer en masse sur leurs terres des fermiers noirs qui, à court terme, ne peuvent assurer une productivité équivalente. Pour Tsvangirai, le défi consiste à persuader les paysans de la nécessité d'une approche plus progressive pour faire aboutir une réforme dont les principaux bénéficiaires ont été les apparatchiks de la ZANU-PF au pouvoir.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 18.6%; Industrie : 17.7%; Mines : 7.5%; Services : 56.2%

AGRICULTURE :

Un important producteur de tabac. Le tabac est de loin la première culture d'exportation, suivie du coton. Les cultures vivrières sont le maïs (avec des rendements supérieurs à ceux des autres pays africains), le sorgho, le riz, l'arachide et le tournesol. Le cheptel est dominé par les bovins : la population d'ovins, de porcins et de caprins reste modeste. La forêt couvre près de 40% de la superficie du pays, permettant des coupes de bon tonnage; la pêche est d'une importance moindre.

MINES ET INDUSTRIE :

Les cours du cobalt sont en hausse. La Zambie est le premier producteur mondial de cobalt, le « métal bleu ", dont les cours sont en forte hausse début 1999. Le cobalt est principalement utilisé sous sa forme métallique dans les alliages de haute performance, résistant bien à de très fortes amplitudes thermiques (dans la construction aéronautique, les piles électrique ou, sous sa forme chimique, dans les adhésifs pneumatiques ou les détergents industriels). La Zambie est également un grand producteur de cuivre, qui constitue la première richesse minière du pays même si sa part dans le PNB est en baisse. Les autres ressources minières du pays sont le plomb, le charbon, les pierres précieuses (émeraudes notamment), l'uranium, l'or et l'argent. L'industrie manufacturière est concentrée sur l'agroalimentaire (45% de la valeur ajoutée industrielle ), le textile, la chimie et les engrais.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

La privatisation du cuivre ajournée. La Zambie a été frappée en 1998 par deux chocs: le phénomène climatique El Nino, qui a entraîné des inondations au Nord et des sécheresses au Sud, puis la chute des cours du cuivre. Cela a compliqué la tâche du gouvernement, qui cherchait à achever la privatisation de ce secteur. Mais malgré ces difficultés, le gouvernement poursuit son programme de réformes économiques tout en respectant le paiement des échéances de sa dette. Ses efforts ont été récompensés par l'obtention de nouveaux accords, avec le FMl en mars 1999 puis avec les créanciers du Club de Paris le mois suivant, en vue d'une importante restructuration de la dette; ils n'ont toutefois pas permis encore d'assainir une économie qui connaît une croissance molle doublée d'une inflation trop forte. .

L'AFRIQUE AUSTRALE (Afrique du sud, Botswana, Namibie, Lesotho, Swaziland)

- AFRIQUE DU SUD

Population : 39 357 000

Langues : anglais, afrikaans, xhosa, zoulou, sotho.....

Mortalité infantile : 59 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 54.7 ans (95-2000)

Population urbaine : 50 %

Indice de développement humain : 0,695

Analphabétisme hommes : 15.2% (97)

Analphabétisme femmes : 16.8% (97)

Scolarisation 12-17 ans : .....% (92)

Croissance 1998 (économie) : 0.1%

Croissance annuelle (économie) : 1,5% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 1.5% (95-2000)

PIB total (PPA) : 299 577 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 7380 dollars (1997)

Taux d'inflation : 7%

Importations : 29 268 millions dollars

Exportations : 26 322 millions dollars

Nature de l'Etat : république unitaire composée de 9 provinces dotées de constitution

Nature du régime : présidentiel-parlementaire

0-14 ans : 33.77%

15-64 ans : 61.10%

65 et plus : 4.79%

Dette extérieure brute : 24.200 milliards de dollars (1998)

GEOPOLITIQUE :

Tourner la page du passé.

On pouvait se demander si le processus de réconciliation nationale avait réellement abouti avec la publication, le 30 octobre 1998, du rapport final de la Commission vérité et réconciliation «Truth and Reconciliation Commission» -,TRC), tant les divergences sur ses conclusions et son fonctionnement sont nombreuses. Lors des auditions, closes le 31 juillet 1998, 21 000 victimes ont été entendues et 7 000 demandes d'amnisties politiques déposées sans que certains personnages clés de l'apartheid , comme Pieter W. Botha (Premier ministre de 1978 à 1984, puis président de 1984 à 1989) , qui avaient été convoqués, ne se soient présentés. Les travaux du comité d'amnistie, non encore terminés, ont été vivement critiqués par l'ensemble de la classe politique. Ces accusations de partialité raciale, portant notamment sur le déroulement des auditions, ont été relayées par le Nouveau parti national (ex-Parti national, au pouvoir durant l'apartheid), le Front de la liberté (FF, parti afrikaner) et le Parti démocratique (OP). Ces attaques sont également venues du Congrès national africain {ANC), reprochant à la Commission et à son président, Mgr Desmond Tutu, de dénigrer la lutte anti-apartheid. En effet, le rapport met en cause des leaders de l'ANC, parmi lesquels Thabo Mbeki, alors vice-président, et Joe Modise, ministre de la Défense au moment de la publication du document, dans des cas de violations graves des droits de l'homme perpétrées au nom de cette lutte, tant en Afrique du Sud que dans les pays où l'ANC était en exil. Le soutien inconditionnel du président Nelson Mandela (lui-même issu de l'ANC) à la Commission a clos les multiples demandes d'annulation ou de révision du rapport final. Enfin, la Commission a rejeté la possibilité d'une amnistie globale, alors même que chacun tentait de justifier les actes passés par les impératifs politiques et collectifs du moment. Les deuxièmes élections générales et multiraciales du 2 juin 1999 ont mis en lumière certaines caractéristiques actuelles du champ politique sud-africain. Tout d'abord, l'heure n'est pas à l'alternance : l'ANC et son président T. Mbeki l'ont emporté haut la main (266 sièges sur 400 au Parlement, manquant d'un siège la majorité des deux tiers, mais obtenant la majorité absolue dans sept provinces sur neuf). Le Congrès national africain a bénéficié, dès le lancement de la campagne électorale -comme en 1994 -, tant du soutien de la gauche ouvrière communiste et syndicale que de la fragmentation de l'opposition. Le bloc que pouvait constituer le NNP (NP) en 1994 s'est, en effet, désagrégé au profit d'une multitude de formations, comme l' AIliance fédérale, créée en septembre 1998 par l'ancien dirigeant de la fédération de rugby, Louis Luy. La constitution du Front démocratique (UOM), dirigé depuis le congrès de juin 1998 par un dissident de l' ANC, Bantu Holomisa, et regroupant des anciens membres du NP comme Roelf Meyer, a encore compliqué le jeu des alliances. Les quarante partis d'opposition sont restés divisés quant aux objectifs, l'unique point d'entente étant la dénonciation de la corruption au sein du gouvernement et son incapacité à enrayer la criminalité et le chômage au niveau national. La formation nationaliste zoulou, Inkatha Freedom Party (IFP) , ne semblait plus en position d'arbitrage, même à un niveau strictement régional, comme c'était le cas en 1994. Elle tendait de plus en plus à s'aligner sur l' ANC au niveau national, négociant localement avec l'UDM, fortement implanté dans le sud du Kwazulu-Natal. Lors des élections, le DP a ainsi obtenu 38 sièges, I'lnkatha 34, le NNP 28 et l'UDM 13. T. Mbeki a officiellement succédé à N. Mandela à la présidence du pays le 16 juin 1999. Une troisième donnée importante est le décalage grandissant entre les élites dirigeantes et la base. La perte de confiance croissante de la population envers les. politiques .ne facilite pas le développement d'une culture démocratique, nécessaire pour pérenniser le fonctionnement des institutions mises en place à partir de 1994. De plus, le processus d'enregistrement des électeurs, qui s'est déroulé entre novembre 1998 et mars 1999, a montré d'importantes lacunes. L'absence de moyens financiers et humains suffisants et la complexité de la procédure elle-même, obligeant les individus à présenter une pièce d'identité munie d'un code-barre (que 20 % des personnes en âge de voter ne possèdent pas), n'ont pas permis à la Commission électorale indépendante d'enregistrer plus de 70 % environ des votants potentiels. La déception est apparue forte au sein des classes les plus pauvres qui avaient massivement soutenu l' ANC en 1994. De plus, le nouveau président devra gérer 1'. après-Mandela .tant au sein de l' ANC qu'à la tête du pays, ne bénéficiant pas de la même légitimité historique ni du même consensus.

Un contexte soclo-économique à stabiliser

Le principal défi national est resté la gestion d'une économie en stagnation, peu créatrice d'emplois et ne comblant pas les écarts entre les revenus (ceux de la tranche supérieure demeurent parmi les plus élevés au monde), tout en appliquant une politique «d'.affirmativeactio". (accès préférentiel des gens de couleur à l'emploi) de plus en plus critiquée, tant par les employeurs que par les investisseurs étrangers. La politique économique conduite par le gouvernement se heurte à un dilemme : comment insérer ce pays à l'économie libérale au niveau international, tout en gérant les impératifs de reconstruction sociale ? Le projet de budget présenté en février 1999 en a encore témoigné. Il a annoncé une baisse des impôts directs et une augmentation des dépenses sociales dans un contexte de déclin de la croissance économique, de fuite des capitaux étrangers, de dépréciation de la monnaie et d'augmentation des taux d'intérêt. De plus, la mise en oeuvre du GEAR (projet. Croissance, emploi et redistribution .)se révèle coûteuse et accroît le poids de la dette publique. Si l'annonce de la nomination à la tête de la banque centrale à l'échéance d'août 1999 du ministre du Travail, Tito Mboweni, a pu de manière conjoncturelle expliquer la crise monétaire et la baisse de confiance des investisseurs étrangers, le climat de violence sociale en est un autre facteur . Outre la persistance d'un fort taux de criminalité, la résurgence de conflits entre membres des principales forces politiques dans les provinces du Kwazulu-Natal et du Cap oriental est venue rappeler l'instabilité de certaines zones à l'approche des élections. Par ailleurs, l'Afrique du Sud est confrontée à de nouvelles formes de violence. La première concerne les zones rurales et les attaques répétées que subissent les exploitations agricoles. En octobre 1998, un sommet réclamé par N. Mandela et rassemblant les représentants des fermiers blancs a décidé d'un plan de protection rurale, auquel les fermiers prendront une part active, et d'une augmentation des dépenses de sécurité. Une autre forme de violence concerne l'activisme islamiste dans la ville du Cap qui a connu, à partir d'août 1998, deux attentats meurtriers et une vague de manifestations violentes au moment des raids aériens américano-britanniques sur l' Irak. La transformation de groupes de défense civile en groupes paramilitaires liés à des réseaux islamistes est un nouveau défi pour le pays.

Une politique étrangère sujette aux critiques

Le difficile ancrage de l'Afrique du Sud au niveau international se manifeste également dans le manque de clarté de sa politique étrangère et notamment régionale. La doctrine de non-intervention militaire a été rappelée dans le cas du conflit au CongoKinshasa, dans lequel Prétoria, prenant ses distances avec le gouvernement de Laurent-Désiré Kabila, a laissé l'initiative diplomatique et militaire au Zimbabwé et à son président Robert Mugabe. l'Afrique du Sud a cependant envoyé des troupes au Lésotho, le 22 septembre 1998, afin de réprimer l'insurrection survenue au sein de l'armée après les législatives du 23 mai. Outre une certaine confusion dans le discours, cette intervention a mis en évidence les carences des forces armées sud-africaines en termes de préparation, d'équipement, de choix stratégques et de discipline inteme (importantes destructions subies par la capitale Maseru et exactions commises par cer1ains soldats) . Par ailleurs, N. Mandela a rappelé lors du Sommet des non-alignés (Durban, août 1998) que l'Afrique du Sud entendait entretenir des relations avec tous les États, y compris ceux mis au ban des nations par les États-Unis (Irak, Corée du Nord, Cuba, Libye) .

1999
La passation de pouvoirs entre le héros de la lutte contre l'apartheid et son héritier, Thabo Mbeki, a été réussie en 1999. L'ANC a obtenu, en mai, une victoire sans appel, recueillant les dividendes de la stabilité politique inaugurée avec l'élection de Nelson Mandela en 1994, lors d'une consultation qui avait cristallisé les divisions raciales de la société sud-africaine. Avec 66,3 % des voix, l'ANC a amélioré son score de 1994 (62,7 %) et frôlé la majorité des deux tiers requise pour les modifications constitutionnelles. Pour ce faire, il devra s'appuyer sur son allié, l'Inkhata, qui a obtenu 8,6% des voix.
L'élection a aussi précipité l'effondrement de l'héritier de l'ancien parti au pouvoir, le New National Party, qui, avec 6,8 %, n'a recueilli que le tiers des suffrages obtenus par le Parti national en 1994. En revanche, le vote a consacré l'émergence d'un parti à majorité blanche, lié aux milieux d'affaires mais ayant toujours dénoncé l'apartheid, le Democratic Party de Tony Leon, qui a obtenu 9,5% des voix. Le reste des suffrages s'est partagé entre la coalition multiraciale de l'UDM (3,4 %), l'African Christian Democratic Party (2 %) et diverses formations de la conscience noire (1 %) qui, de même que l'extrême droite blanche divisée (moins de 2% des suffrages), ont subi un échec. Sa victoire a conforté l'ANC dans son intention de résorber le chômage et de lutter contre la pauvreté, tout en gardant le cap du programme GEAR (croissance, emploi et redistribution) et sans se départir d'une politique libérale sur le plan économique. L'ère militante de l' ANC est terminée et cède la place à celle de la flexibilité. L'arbitrage n'est pas toujours facile pour Mbeki entre l'aile sociale (le congrès des syndicats sud-africains, la Cosatu et le Parti communiste) et l'aile libérale de l'ANC incarnée par le ministre des finances, Trevor Manuel, selon lequel le chômage important, 40% de la population active, est dû aux « rigidités sur le  marché de l'emploi ».

La balance semble pencher en faveur de la seconde tendance après le refus du gouvernement d'imposer des autorisations préalables de licenciements. C'est dans les milieux d'affaires qu'est venu le soutien au gouvernement lors de la grève générale d'un jour, le 24 août, pour obtenir une hausse de 7,3% des salaires des fonctionnaires. La mobilisation syndicale trahit l'inquiétude face aux difficultés des secteurs des mines, des postes, des télécommunjcations, de la construction et de l'industrie manufacturière. Malgré la remontée des cours de l'or, 20 000 licenciements sont prévus dans l'industrie minière. L'industrie de l'armement et le tourisme sont les seuls secteurs assurés de créations d'emplois.
Pour la première fois dans l' Afrique du Sud post-apartheid, 100000 personnes ont manifesté, en août, devant le siège du gouvernement. En septembre, le gouvernement semblait avoir remporté cette partie de bras de fer: fort de son offre initiale d'une augmentation de 6,3 %, il a refusé de poursuivre les négociations. Toutefois, il tente de se concilier sa base en envisageant d'allouer 1 milliard de dollars (6 milliards de francs) par an au versement d'un revenu minimum aux sans-emploi.
La fermeté de Mbeki n'est qu'une des manifestations de l'évolution vers un pouvoir présidentiel renforcé. Cette volonté d'asseoir un pouvoir sans partage s'est aussi manifestée par la marginalisation du premier parti d'opposition, le Democratic Party, lors de la composition des commissions parlementaires en août. Le chef du Dpt, Tony Leon, a dénoncé la « présidence impériale » de Mbeki, reprenant une critique formulée contre l'autocrate de l'apartheid, Pieter Botha.
Après sa défaite, l'opposition envisage de former une alliance regroupant 20% des députés. Elle redoute qu'avec l'effondrement du Parti national, la réforme agraire ne soit la première d'une série de mesures populistes comme au Zimbabwe. Ces craintes sont peut-être exagérées: les redistributions de terres qui devaient porter sur 30 % de la superficie totale, selon le Programme de reconstruction et de développement de 1994, ont été
moindres. Le gouvernement, qui tient à la viabilité économique de ses réformes, semble privilégier le développement d'un entrepreneuriat noir au saupoudrage de l'aide en fonction de critères strictement sociaux.

Car l'autre grand pari de l'ANC est la promotion économique des Noirs, le Black Economic Empowerment. Certes, la capitalisation boursière aux mains des Noirs est passée de 0 % à 5,5% du total entre 1994 et 1999. Mais cette démarche a connu des échecs retentissants illustrés, notamment, par la propension des dirigeants du fonds d'investissement NAIL à s'octroyer des émoluments si généreux qu'ils ont fait scandale.
Le pragmatisme qui caractérise la gestion Mbeki s'est aussi manifesté, en 1999, par la poursuite du programme de privatisations: 20% du capital de South African Airways ont été cédés à swissair et Aeroporti di Roma a pris des participations dans la compagnie gestionnaire des aéroports du pays. En outre, la compagnie d'électricité Eskom, le fabricant d'armes Denel, la poste, la compagnie forestière safcol et spoornet (chemins de fer) figurent sur la liste des entreprises privatisables. Le ministre chargé du dossier, le communiste Jeff Radebée, a une approche prudente qu'il justifie par le fait que les privatisations effectuées à ce jour n'ont pas toujours tenu leurs promesses en matière
d'emploi.
La chute de l'investissement extérieur en 1998 pourrait accélérer le rythme des privatisations censées attirer les capitaux extérieurs. En 1998, les investissements étrangers n'ont totalisé que 371 millions de dollars (2,2 milliards de francs) contre 1,7 milliard (10,2 milliards de francs) en 1997. La plupart de ces investissements sont allés aux secteurs des mines et de l'énergie à faible intensité de main d'oeuvre. Le gouvernement se trouve coincé par la diminution simultanée de l'investissement national, provoquée par la baisse de l'épargne domestique qui ne représente plus que 14,2% du PIB contre 17% il y a trois ans.

Les performances macro-économiques sont restées en deçà du potentiel du pays. Certes, la balance commerciale a enregistré un solde positif de 11,9 milliards de rands (12,5 milliards de francs) au cours des sept premiers mois de 1999, mais cela est dû en partie à la baisse des importations d'équipements provoquée par le recul des investissements. Une croissance modeste du PIB, de l'ordre de 1,7 %, est attendue pour 1999. Le pari de Mbeki est que la signature en 1999 de l'accord de libre-échange avec l'Union européenne stimulera la compétitivité de son pays, mais sa mise en oeuvre risque de connaitre des retards, comme le prouvent les difficultés rencontrées en matière de vins et de spiritueux.
Reste à régler le grave problème d'une criminalité qui hypothèque à la fois l'investissement étranger et le tourisme. En 1998, on a enregistré une légère baisse du nombre de meurtres par rapport à l'année précédente, tombé de 53 à 52 pour 100000 habitants. Mais le nombre des victimes d'attaques à main armée s'est accru, dans le même temps, de 151 à 188 sur 100000. L'islamisme radical est une autre préoccupation pour le gouvernement, dans un pays où ne sévissent pas moins de 400 organisations criminelles ayant tissé des liens avec les cartels de la cocaïne du Nigeria, les réseaux de prostitution thaï ou les mafias d'Europe de l'Est.

AGRICULTURE :

L'approvisionnement en eau pose problème. L'agriculture joue un rôle marginal dans l'économie du plus riche pays africain. Les principales cultures -maïs, blé, canne à sucre, fruits et légumes -sont moins importantes que le cheptel (bovins, ovins) dans ce pays dont les pâturages couvrent 67% de la superficie. L'Afrique du Sud est également le premier producteur de vin du continent, et l'un des premiers du monde. Le peu de rivières ou de lacs nécessite des mesures contraignantes de contrôle de l'eau: la croissance de la demande menace de dépasser rapidement l'offre.

MINES ET INDUSTRIE :

Un sous-sol incroyablement riche. L'Afrique du Sud détient d'importantes ressources d'or, de charbon, de fer, de manganèse, de nickel, de phosphates, d'étain, d'uranium, de diamants, de platine et de cuivre. Mais les cours de ces matières premières sont généralement orientés à la baisse. Cela a conduit à d'importantes restructurations et à des licenciements massifs, dans le secteur aurifère, par exemple, dont les coûts de production -bien qu'en baisse à 250 dollars par once -sont supérieurs à la moyenne mondiale (212 dollars). Dans la perspective d'une baisse inévitable des cours dans le contexte de la vente des réserves d'or du FMI et d'un certain nombre de banques centrales, la poursuite de l'extraction aurifère -l'or représente 16,8% des exportations sud-africaines -nécessitera le renouvellement des mines (souvent anciennes et suivant des filons situés jusqu'à 3000 mètres sous terre) et de nouveaux licenciements. L'industrie manufacturière sud-africaine est elle aussi la plus puissante du continent. Les secteurs de l'automobile, de la machinerie, de la sidérurgie, du textile, la chimie et l'agroalimentaire sont particulièrement développés. Le tourisme est également appelé à se développer. Le pays a enregistré la deuxième plus forte hausse en matière de tourisme dans le monde en 1997 et se situait alors à la 26e place des pays visités avec 5,4 millions de visiteurs. C'est important eu égard au niveau de chômage, car le secteur est un véritable gisement d'emplois: près de 600000 postes y ont été créés depuis la levée de l'embargo international.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Le chômage, un drame national. En quatre années, l'Afrique du Sud a vu disparaître 500 000 emplois nets, selon les chiffres officiels, et malgré l'essor du tourisme. Le chômage touche entre 23% et 38% de la population active en Afrique du Sud, selon différentes statistiques. Le chômage d'aujourd'hui, le pire depuis seize ans selon les syndicats, est paradoxalement l'une des conséquences de l'ouverture de l'Afrique du Sud sur le monde après 1994. Marché protégé sous l'apartheid, le pays a subi de plein fouet les conséquences de la mondialisation. Libérés de l'apartheid, la majorité des Noirs d'Afrique du Sud ne voient pourtant pas le bout du tunnel de la pauvreté. En effet, personne ne prévoit la baisse du chômage à court terme. Un récent rapport indépendant commandé par le gouvernement concluait que 61% des la population noire et 38% des Métis vivaient dans la pauvreté. Cela dit, dans le contexte du continent africain, l'Afrique du Sud fait figure de havre de richesse. Le pays possède d'abondantes ressources, un secteur financier important (la Bourse de Johannesburg est l'une des dix plus importantes au monde), ainsi que des communications et des transports modernes. Et le nouveau gouvernement semble bien décidé à maintenir le cap de l'ouverture de l'économie. .

Population : 1 570 000

Langues : anglais, setswana

Mortalité infantile : 58 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 47.4 ans (95-2000)

Population urbaine : 68.3 %

Indice de développement humain : 0,609

Analphabétisme hommes : 28.2% (97)

Analphabétisme femmes : 23.1% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 89.8% (92)

Croissance 1998 (économie) : 4.0%

Croissance annuelle (économie) : 7,3% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 1.9% (95-2000)

PIB total (PPA) : 11 796 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 7690 dollars (1997)

Taux d'inflation : 6.5%

Importations : 1120 millions dollars

Exportations : 1122 millions dollars

Nature de l'Etat : république avec une Assemblée nationale et une Chambre des chefs (des 8 principales ethnies)

Nature du régime : présidentiel, multipartisme partiel

0-14 ans : 42.68%

15-64 ans : 53.93%

65 et plus : 2.32

Dette extérieure brute : 0.587 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Afflux de réfugiés namibiens :

Le gouvernement du président Festus Mogae a dû faire face, à partir de novembre 1998, à un afflux de réfugiés namibiens, en même temps qu'il s'attachait à gérer la détérioration de la situation économique. Plusieurs milliers de Namibiens, dont deux leaders de l'opposition, fuyant la répression à l'encontre des indépendantistes de la bande de Caprivi, ont demandé l'asile politique à Gaborone. Cette situation n'a guère amélioré les relations entre les deux pays, souffrant déjà de divers différends frontaliers. D'importants stocks d'armes ont été saisis parmi les réfugiés. Par ailleurs, l' importante dépréciation de la monnaie, le pula, qui est indexée sur le rand sud-africain et qui a subi les effets de la crise financière asiatique, ainsi que la baisse des cours mondiaux du diamant, principale ressource nationale, ont fait chuter les réserves en devises. Pour la première fois depuis 1983 s'est profilé le risque de déficit budgétaire. Cette situation a de nouveau mis en évidence la nécessité de diversifier les activités économiques. Aussi le président Mogae a-t-il présenté en septembre 1998 un plan de développement économique, .Vision 2016 ., prévoyant de pousser les industries manufacturières, misant sur un taux de croissance annuel de 9 % et envisageant à l'horizon 2016 un triplement du revenu annuel par habitant. Ce plan table sur une reprise du marché du diamant ainsi que des exportations. II comporte aussi des volets relatifs à l'éducation (douze années de scolarité gratuite pourchaqueenfant) et à la santé (l'objectif est d'enrayer l'épidémie de sida: selon l'Organisation mondialde la santé -OMS -, 20 % à 26 % des adultes seraient séropositifs) .

1999
Sans surprise, le président Festus  Mogae, qui avait achevé le mandat du père de l'indépendance, Ketumile Masire, transmis en avril 1998 après dix-sept ans de pouvoir, a été élu confortablement à l'issue d'un scrutin régulier et pluraliste, le 16 octobre. La victoire du Botswana Democratic Party a été acquise malgré les critiques formulées contre un taux de chômage de 21% et contre l'absence d'un plan de lutte contre la pauvreté qui affecte plus de 40 % de la population, surtout en milieu rural. Un rapport officiel sur la sécurité alimentaire du pays estime à 13 % la proportion d'enfants de moins de cinq ans qui souffrent de malnutrition.
Le BOP a engrangé les dividende d'un bilan positif en termes macroéconomiques. L'économie, qui a connu en 1998, pour la première fois depuis 1990, un déficit de la balance des paiements, a enregistré une croissance du PIB de 7% en 1999. Ce bon résultat est dû au redressement des cours du diamant (72,5% des recettes d'exportations en 1998), après une chute de 30 % l'année précédente. L'entrée en production, au début de l'an 2000, de la mine d'Orapa, exploitée par Oebswana, le joint-venture entre l'Etat et le géant De Beers, devrait augmenter de 33 % la production et la porter à 26 millions de carats, confortant le Botswani comme deuxième producteur mondial en volume et premier en valeur.

A moyen terme, le Botswana a donc des chances de continuer à engranger de confortables excédents commerciaux et budgétaires. Mais, échaudé par la crise du diamant de 1998, le gouvernement veut encourager la diversification de l'économie de ce pays classé « meilleur risque » en Afrique pour les exportateurs et les investisseurs par le consultant français Nord-Sud Export. Cette diversification est en bonne voie : la stabilité politique, la quasi-absence d'insécurité et l'appartenance du Botswana à la même union douanière que l'Afrique du Sud ont incité en 1999 cinq groupes textiles mauriciens et indiens à s'implanter dans le pays. Malgré quelques difficultés passagères, le constructeur sud-coréen Hyundai estime avoir fait le bon choix en s'installant dans ce pays où les coûts de production sont de 10% inférieurs à ceux du marché-cible d'Afrique du Sud.
Quelques ombres demeurent: la sécheresse a aggravé le déficit céréalier et accru les difficultés d'approvisionnement en eau du bétail essentiellement bovin. En outre, le contentieux territorial avec la Narnjbie voisine, dont l'enjeu est le partage des eaux du delta intérieur de l'Okavango, a été soumis à la Cour internationale de justice de La Haye.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 3.4%; Industrie : 4.7%; Mines : 43.3%; Services : 48.6%

AGRICULTURE :

Un gros employeur. L'agriculture vivrière (sorgho, maïs, millet, arachides, haricots, graines de tournesol) fournit encore leurs revenus à 80% de la population (actifs du secteur et leurs familles). Mais elle ne produit que la moitié des besoins alimentaires du pays et ne pèse pas lourd dans le PIB. La viande -le secteur est dominé par l'élevage de bovins -ne représente que 3% des exportations du pays. L'agriculture est handicapé par les aléas météorologiques et par la pauvreté des sols.

MINES ET INDUSTRIE :

Une production diamantaire de qualité. Centre de l'exploration et la production de diamants sur le continent africain, le Botswana est une exception dans une région où diamant est synonyme de détournement de richesses (il est très facile des les faire passer en contrebande). Sa production, commencée dans les années 1970, est d'une grande qualité, et le secteur peut encore se développer. Si aucune découverte significative n'a été réalisée depuis 1997, il reste des pans entiers du pays à explorer. Le Botswana exploite aussi ses réserves de cuivre, de nickel et d'or, et possède d'autres richesses : de la potasse, du charbon, du fer et de l'argent. L'industrie se développe autour du secteur minier, notamment la taille des diamants. Le pays assemble aussi des voitures. Le tourisme est également appelé à se développer.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Un chômage endémique. Malgré un PNB par habitant qui le place devant l'Afrique du Sud, l'économie du Botswana est moins diversifiée que celle de ce puissant voisin. Grâce au diamant, qui représente quelque 70% des exportations, la balance commerciale est excédentaire, fait rare en Afrique. Le chômage est extrêmement élevé et toucherait jusqu'à 40% de la population active selon des estimations officieuses. La croissance est relativement forte, et l'inflation, longtemps supérieure à 10%, reflue sensiblement. .

- NAMIBIE

Population : 1 660 000

Langues : anglais, ovambo, afrikaans, khoi

Mortalité infantile : 65 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 52.4 ans (95-2000)

Population urbaine : 39 %

Indice de développement humain : 0,638

Analphabétisme hommes : 18.8% (97)

Analphabétisme femmes : 21.5% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 83.4% (92)

Croissance 1998 (économie) : 1.7%

Croissance annuelle (économie) : 3,0% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2.2% (95-2000)

PIB total (PPA) : 8137 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 5010 dollars (1997)

Taux d'inflation : 7.4%

Importations : 1617 millions dollars

Exportations : 1420 millions dollars

Nature de l'Etat : république unitaire

Nature du régime : parlementaire, multipartisme avec un parti dominant (SWAPO)

0-14 ans : 41.86%

15-64 ans : 54.16%

65 et plus : 3.69%

Dette extérieure brute : 0.123 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Renforcement de l'hégémonie de la SWAPO :

En juillet 1998, le congrès de l'Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (SWAPO), au pouvoir depuis l'indépendance), décidait de présenter le chef de l'État Samuel Nujoma comme candidat à l'élection présidentielle de la fin 1999, malgré la limite constitutionnelle de deux mandats de cinq ans. Un amendement à la Constitution en ce sens a été adopté le 19 novembre suivant. les protestations du principal parti d'opposition la Democratic TurnhalleAIliance (OTA), ont été d'autant plus vives que l'attribution d'un troisième mandat ne peut concerner que le président en poste et non ses successeurs. L'hégémonie de la SWAPO s'est également renforcée à la suite des élections régionales de décembre 1998, qui ont vu le parti au pouvoir remporter 10 des 13 régions, dont la bande de Caprivi ( située entre le Botswana, l'Angola et la Zambie) traditionnellement tenue par l'opposition. le scrutin a été marqué par une faible participation : 35 % contre 81 % lors des élections de 1992. Dans la bande de Caprivi, en proie à de sérieux troubles entre l'opposition indépendantiste et les forces de sécurité déployées dans la région, la répression a poussé une par1ie de la population à fuir le pays pour demander l'asile politique au Botswana. L'envoi en septembre 1998 de troupes namibiennes -à la demande du président zimbabwéen Robert Mugabe -pour soutenir le président Laurent-Désiré Kabila en République démocratique du Congo a été fortement critiquée en termes d'intérêts de coûts financiers. l'implication de Namibie au Congo s'est officiellement interrompue en février 1999

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 10.7%; Industrie : 14%; Mines : 19.5%; Services : 55.8%

AGRICULTURE :

L'élevage reste le domaine des Blancs. Les grands propriétaires blancs détiennent 60% des terres namibiennes et sont spécialisés dans l'élevage (ovins, bovins), qui reste la principale richesse agricole du pays. Les agriculteurs noirs sont spécialisés dans les productions vivrières (maïs, millet, sorgho, arachide). La pêche est relativement dynamique mais la Namibie s'oriente avant tout vers la vente de droits de pêche, qui pourrait procurer à terme 6% du PNE.

MINES ET INDUSTRIE :

Une grande puissance minière. Le développement du complexe minier Skorpion, destiné à être le plus important producteur de zinc en Afrique et l'un des dix premiers dans le monde , est imminent. La production annuelle devrait s'élever 150 000 tonnes de zinc raffiné et pourrait assurer une hausse de 5% au PIB namibien. Le complexe aura de surcroît les coûts de production les moins élevés du monde (507 dollars par tonne contre une moyenne de 881 dollars par tonne). L'investissement s'élève à 279 millions de dollars. Skorpion est situé à l'intérieur de la zone diamantifère, la « zone interdite », sur la Skeleton Coast. La Namibie est un grand producteur de diamants, mais possède également des réserves de cuivre, d'uranium, d'or, de plomb, d'étain, de lithium, de cadmium, de vanadium, et de gaz naturel. Le pays aurait également des réserves de pétrole, de charbon et de fer, mais aucune découverte concrète n'a été faite dans ce sens. L'industrie manufacturière est centrée sur l'agroalimentaire (conserveries de viande et de poisson, produits laitiers).

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

L'écart entre les riches et les pauvres. L'économie namibienne dépend fortement de l'extraction et du traitement de minerais pour ses revenus d'exportation. Ce secteur a un poids énorme dans l'économie locale. La Namibie est le quatrième exportateur de minerais non combustibles en Afrique et l'un des premiers producteurs mondiaux d'uranium. Mais malgré un PNB par habitant de trois à six fois supérieur à celui des pays les plus pauvres d' Afrique, la majorité des Namibiens vivent dans la pauvreté en raison de la mauvaise distribution des revenus, dont une grande partie sont rapatriés par les investisseurs étrangers. La Namibie conserve des liens économiques étroits avec I'Afrique du Sud. .

- LESOTHO

Population : 2 062 000

Langues : anglais, sesotho

Mortalité infantile : 93 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 56 ans (95-2000)

Population urbaine : 26.4 %

Indice de développement humain : 0,582

Analphabétisme hommes : 28.6% (97)

Analphabétisme femmes : 7.5% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 73.8% (92)

Croissance 1998 (économie) : -5.8%

Croissance annuelle (économie) : 6,5% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2.2% (95-2000)

PIB total (PPA) : 3751 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 1860 dollars (1997)

Taux d'inflation : 7.3%

Importations : 1067 millions dollars

Exportations : 235 millions dollars

Nature de l'Etat : monarchie

Nature du régime : parlementaire, multipartisme intégral (93)

0-14 ans : 40.28%

15-64 ans : 55.91%

65 et plus : 4.10%

Dette extérieure brute : 1.121 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Chaos et intervention sud-africaine :

Une grave crise politique s'est ouverte après la proclamation des résultats des élections législatives du 23 mai 1998, officiellement remportées par le Congrès du Lésotho pour la démocratie (LCD, au pouvoir) . L'opposition a déposé un recours en annulation devant la Haute Cour. La tension s'est accrue avec des affrontements entre forces de l' ordre et opposants, qui réclamaient au, près du roi Letsi III la dissolution du Parlement. l'Afrique du Sud, le Zimbabwé et le Botswana ont proposé l'aide d'un comité régional d'experts afin d'organiser un nouveau décompte du scrutin face aux carences constatées au sein de la Commission électorale indépendante. Début septembre, la ~ de la banque du pays et l'évincement du Haut Commandement des forces armées par de jeunes officiers ont aggravé la crise. Les tensions au sein de l'armée sont, en effet, un facteur d'instabilité récurrent depuis l'indépendance. La médiation sud-africaine s'est heurtée à un blocage au sein de l'armée ; seul en est résulté un mécontentement croissant face à cette ingérence étrangère dans les affaires du royaume. Des rumeurs de coup d'État ont dès lors provoqué une intervention brutale de troupes sud-africaines et botswanaises, le 22 septembre, afin de rétablir l'ordre et mettre fin à la situation insurrectionnelle au sein de l'armée. En octobre, un mémorandum était signé par le gouvernement et l'opposition sous contrôle régional, prévoyant : la tenue d'élections dans les dix-huit mois, un accord pour une réforme du mode de scrutin et de la Commission électorale, ainsi que le maintien des troupes régionales.

Répartition par secteurs d'activité :

Agriculture : 11.5%; Industrie : 17.2%; Mines : 24.8%; Services : 46.5%

AGRICULTURE :

Un exportateur d'eau. La croissance démographique a poussé les éleveurs à intensifier leurs opérations, provoquant l'érosion des sols, une véritable catastrophe pour une pays dont la vocation agricole est évidente -malgré une balance agricole toujours fortement déficitaire. Une longue sécheresse au cours des dernières années a réduit l'activité agricole, mais l'achèvement du Highlands Water Project qui permet de mieux utiliser les ressources aquatiques du pays, y compris en exportant de l'eau vers l'Afrique du Sud, devrait assurer un redémarrage du secteur. Les principales cultures sont le maïs, le sorgho et les fruits. L'élevage permet l'exportation de laine, de peaux et de cuir.

MINES ET INDUSTRIE :

Un nouveau secteur. Le potentiel minier du pays est largement inexploré; la production de diamants pourrait se développer. L'industrie manufacturière est essentiellement centrée SUI l'agroalimentaire. Des investissements étrangers récents permettront au pays de développer l'industrie du textile en construisant notamment des usines de confection.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Les transferts de la diaspora. Petit pays enclavé et montagneux, le Lesotho possède pour toute ressource de l'eau, qu'il exporte vers l'Afrique du Sud. L'économie est centrée sur l'agriculture et l'industrie légère, mais se nourrit également des transferts des ouvriers du Lesotho employés dans les mines du puissant voisin sud-africain. Le nombre de ces expatriés est en baisse régulière depuis six ans: leurs transferts ne représentent plus aujourd'hui que 33% du PIB alors que c'était le double en 1990. .

- SWAZILAND

Population : 952 000

Langues : anglais, swazi

Mortalité infantile : 65 pour 1000 (95-2000)

Espérance de vie : 60.2 ans (95-2000)

Population urbaine : 33.9 %

Indice de développement humain : 0,644

Analphabétisme hommes : 21.1% (97)

Analphabétisme femmes : 23.7% (97)

Scolarisation 12-17 ans : 73.7% (92)

Croissance 1998 (économie) : 2.0%

Croissance annuelle (économie) : 4,5% (87-97)

Croissance annuelle (démographie) : 2,9% (1995-2000)

PIB total (PPA) : 3208 millions dollars (1997)

PIB par habitant : 3350 dollars (1997)

Taux d'inflation : 8.0%

Importations : 1454 millions dollars

Exportations : 914 millions dollars

Nature de l'Etat : monarchie

Nature du régime : parlementaire, absence de multipartisme

0-14 ans : 42.62%

15-64 ans : 54.54%

65 et plus : 2.63%

Dette extérieure brute : 0.382 milliards de dollars (1997)

GEOPOLITIQUE :

Dégradation de la situation économique.

Le report des élections primaires, devant en partie désigner les candidats à la législation (certains députés sont désignés par le roi) et qui ont finalement eu lieu le 24 octobre 1998, a semblé être à l'origine de l'attentat perpétré en novembre 1998 contre le bureau du vice-premier ministre Arthur Khoza, personnage clé du royaume depuis trente ans. Cet acte terroriste, qui a fait un mort et neuf blessés et a été revendiqué par un groupe connu depuis peu, les Tigres noirs, était sans précédent dans le pays. Le gouvernement est resté intransigeant quant à l'interdiction du multipartisme, et ce malgré l'intensification des grèves et des violences. En janvier 1999, il a été interdit aux fonctionnaires et aux enseignants de s'affilier politiquement, sous peine de renvoi. La situation économique s'est dégradée avec une hausse de l'inflation et de la dette extérieure consécutive à la baisse des revenus miniers et agricoles.

AGRICULTURE :

Un secteur moderne. Les principales cultures au Swaziland sont la canne à sucre ( c'est le premier produit d'exportation), le coton, le maïs et le tabac. Les rendements sont bons, les exploitations modernes; les patrons de ces exploitations sont surtout des Anglais, des colons restés après l'indépendance. Cependant, le manque d'eau fraîche constitue un problème potentiel pour l'avenir.

MINES ET INDUSTRIE :

Une industrie en perte de vitesse. Les principales ressources minières du Swaziland sont l'amiante (dont la demande mondiale fléchit en raison des soucis de santé publique) et le charbon. L'industrie minière comme manufacturière a profité d'un flux important d'investissements pendant la période des sanctions économiques à l'encontre de l'Afrique du Sud, mais le Swaziland a du mal aujourd'hui à conserver son secteur productif.

ECONOMIE ET COMMERCE EXTERIEUR :

Dans l'ombre de l'Afrique du Sud. Le Swaziland est un pays enclavé qui vit essentiellement de son agriculture. Le secteur agricole vivrier occupe près des deux tiers de la population active. Le Swaziland devient de plus en plus dépendant de l'Afrique du Sud, d'où proviennent près de 90% de ses importations et qui absorbe la moitié des exportations du pays. Les transferts financiers envoyés au pays par les ouvriers du Swaziland employés dans les mines sud-africaines sont une source importante de revenus, même si leur volume est appelé à décroître avec les licenciements dans le secteur minier sud-africain. Le puissant voisin est très présent politiquement aussi: en effet, Mbabane demande l'ouverture de négociations sur l'avenir de territoires aujourd'hui sud-africains mais peuplés de swazis ou qui faisaient autrefois partie du Royaume. .

1999
Un mois après la mascarade d'élection d'octobre 1998 à laquelle l'opposition, interdite, n'a pu participer, le petit royaume a été secoué par une vague d'attentats à la bombe revendiqués par un groupe inconnu, « les tigres ». Ces événements sans précédents, qui n'ont pas connu de suite, ont eu lieu dans un contexte d'exaspération des syndicats et des opposants désireux de contraindre le jeune monarque Mswati III à démocratiser la vie politique, dans un pays où 48 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les membres du Parlement, désignés à main levée selon le système tinkhundla, n'ont qu'un pouvoir consultatif; la Constitution demeure suspendue depuis vingt-six ans et le roi, qui possède la moitié des terres du pays, n'entend pas libéraliser la vie politique. L'arrestation en novembre 1998 de Jan Sithole, le secrétaire général de la Fédération des syndicats du Swaziland, en témoigne.
Quelque chose bouge, cependant, dans le royaume. Les fonctionnaires, y compris le personnel de la télévision, ont observé des arrêts de travail, en août et en novembre. Un parti d'opposition, dirigé par l'ancien premier ministre Obed Dlamini, tient des réunions publiques. Mais les militants du Mouvement uni démocratique du peuple préfèrent dénoncer le « pouvoir répressif» depuis l'exil.
D'autres secousses sont à attendre: l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Afrique du Sud signé en 1999, du fait de l'appartenance du Swaziland à une même union douanière avec le Botswana, la Namibie, le Lesotho et l'Afrique du Sud, va contraindre le royaume à éliminer au cours des prochaines années les tarifs douaniers qui protègent son industrie agroalimentaire (biscuiteries, confiseries, boissons gazeuses). Deux éléments pourraient amortir le choc: l'assurance d'une énergie meilleur marché grâce au projet d'interconnexion avec le réseau mozambicain et l'appui de l'UE à une réforme de la fiscalité basée jusqu'ici pour moitié sur les recettes douanières.
L'autre grand défi est celui de la libéralisation des échanges internationaux, sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce, qui risque de mettre un terme, d'ici à 2004, aux avantages du protocole sur le sucre annexé à la convention de Lomé. II permet au Swaziland d'écouler sur le marché européen, au triple du cours mondial, 120 000 tonnes de sucre, soit le quart de sa production.


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier