Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

Deux dossiers menaçant le président Benjamin Mkapa se sont débloqués en 1998. A Zanzibar (entité qui forme avec le Tanganyika la République unie de Tanzanie), Moses Anafu, un envoyé spécial du Commonwealth, a obtenu des concessions majeures de la part du président de l'archipel, SaJmin Amour, pour mettre fin au conflit violent opposant le Parti de la révolution (Chama Cha Mapinduzi, CCM, à la tête du gouvernement} au Front civique uni (CUF), depuis les élections controversées de 1995.

Fin juin 1998, le président Amour a ainsi accepté la révision des lois électorales, la refonte du système judiciaire, et a promis une amélioration rapide de la situation des droits de l'homme dans l'archipel. De son côté, le CUF a reconnu les résultats de 1995 et l'élection de S. Amour. Seule la détention prolongée pour haute trahison de dix-huit membres du CUF laissait encore planer le doute sur la résolution progressive de la " question zanzibari », d'autant que le président Amour ne cachait pas son intention de se présenter pour un troisième mandat lors du scrutin présidentiel de l'an 2000. Sur le front ouest, la levée de l'embargo international contre le Burundi, fin janvier 1999, a considérablement détendu les relations entre les deux pays. Le gouvernement burundais a réouvert son ambassade à Dar-es-Salam, courtisant même le président Mkapa pour qu'il soutienne son entrée dans la Coopération est-africaine. La reprise de la guerre en République démocratique du Congo (RDC} était cependant devenue un important objet d'inquiétude. Au début du mois d'octobre 1998, 10000 à 11 000 réfugiés burundais traversaient le lac Tanganyika pour fuir les combats et s'installer dans le nord-est du pays. Le camp de Nyarugusu accueillait, en janvier 1999, près de 46 000 réfugiés congolais ; plusieurs centaines d'entre eux, après avoir franchi clandestinement la frontière, s'étaient arrêtés sur la rive est du lac Tanganyika.

L'indulgence du FMI à l'égard de la T anzanie s'est concrétisée en juin 1998 par le décaisse ment de la deuxième tranche du prêt d'accompagnement à l'ajustement structurel de l'économie, et ce malgré l'incapacité du gouvernement à atteindre les grands équilibres macroéconomiques requis. La refonte prévue du système fiscal s'est néanmoins poursuivie avec l'introduction d'une TVA généralisée de 20 % le 1er juillet 1998 (1er janvier 1999 à Zanzibar} .La destruction partielle des récoltes de mais fin 1998, après la prolifération dramatique d'un champignon parasite venu d'Afrique australe, a cependant remis en cause tout optimisme économique. 300 000 Tanzaniens du centre du pays se trouvaient ainsi menacés de famine. Dans ce contexte de pénuries, où la gestion gouvernementale des réserves céréalières fait l'objet des critiques parlementaires, le CCM et les partis d'opposition se sont également affrontés à propos des réformes constitutionnelles. Ce dossier, ignoré depuis le scrutin de 1995, est revenu en force dans le calendrier politique, la Convention nationale pour la construction et les réformes (NCCR-Mageuzi} et le CUF demandant une réduction des pouvoirs présidentiels alors que le président Mkapa cherchait à les accroître. De plus, le gouvernement voulait impérativement garder la main sur les nominations à la commission électorale. Le mini-remaniement ministériel de septembre 1998 indiquait parallèlement la mise en place d'une stratégie clientéliste en vue de l'élection présidentielle de novembre 2000, peut-être plus mouvementée que prévu pour le CCM, au pouvoir depuis l'indépendance (1961}.

Après les élections générales de 1995, remportées par l'ancien parti unique, les pays donateurs attendaient du nouveau gouvernement qu'il s'attaquât aux principaux maux de l'économie tanzanienne que sont la corruption, la mauvaise gestion budgétaire et l'évasion fiscale. En guise d'encouragement, ils lui promettaient 1,2 milliard de dollars d'aide pour 1997. En juin, le premier ministre, soutenu par le chef de l'Etat, a congédié tous les membres du conseil municipal de Dar es Salaam, la capitale économique, pour concussion et inefficacité. Mais le ministre des finances, Simon Mbilinyi, lui-même rattrapé par une histoire de corruption, a dû démissionner en novembre, altérant ainsi la crédibilité retrouvée de la Tanzanie auprès de ses bailleurs de fonds. Par ailleurs, l'agitation politique dans l'île de Zanzibar, menée par l'opposition qui rejette les résultats des élections de 1995, a conduit les pays donateurs à suspendre leur assistance en attendant un accord entre le pouvoir insulaire et l'opposition.
Toutefois, le Fonds monétaire international (FM!) a accordé à la Tanzanie, en novembre, une facilité d'ajustement structurel renforcée de 234 millions de dollars sur trois ans, moyennant des engagements économiques : « dégraissage » dans la fonction publique, réduction à 15 % du taux d'inflation, accroissement de l'activité de 5%, et constitution  de réserves en devises équivalentes à dix semaines d'importations.
L'inflation devrait chuter à 25% en 1996, contre 30% en 1995, et la croissance devrait se maintenir à 4%, grâce à de bons résultats agricoles.
Les autorités étudient un projet de révision de la loi minière dans le but de réduire la contrebande en réformant le système de taxation. Le gouvernement confirme, d'autre part, sa volonté de développer le secteur touristique, qui, en 1995, a rapporté 258 millions de dollars, soit la moitié des recettes totales en devises.

La campagne du président Mkapa contre la corruption dans les sphères gouvernementales marque le pas, et la population, comme les donateurs, attend des poursuites judiciaires contre les personnalités citées dans un rapport sur la question, tandis que Zanzibar est depuis deux ans agité par une opposition qui n'accepte toujours pas sa défaite aux élections controversées de 1995.

Dans l'Ouest, les forces tanzaniennes ont été renforcées après plusieurs accrochages frontaliers en 1997 avec l'armée burundaise qui accuse la Tanzanie d'héberger des rebelles dans ses camps de réfugiés burundais. Pour l'instant, cette tension avec Ic Burundi n'a pas d'incidence sur la vie économique du pays mais, à Zanzibar, la production de clous de girofle, concentrée sur l'île contestataire de Pemba, est en déclin du fait du gel des aides extérieures et de la démobilisation des planteurs devant l'effervescence politique.
Le plan d'assainissement économique va entraîner d'impopulaires coupes budgétaires, et les autorités, qui semblent vouloir le mener à terme, doivent trouver un délicat équilibre entre l'efficacité économique et les remous politiques qui peuvent en résulter.
Décidée à libéraliser son économie, la Tanzanie a supprimé, en juillet 1997, les dernières restrictions sur le contrôle des changes après avoir réduit les taxes dans le secteur minier pour attirer davantage d'investisseurs étrangers. Et les réserves en devises atteignent maintenant trois mois d'importation, conformément à ce que demande le FMI pour verser le reliquat de la facilité d'ajustement structurel accordée en 1996.
La chute des cours mondiaux du café va réduire en 1997 de 20% les recettes des exportations de cette denrée, première source de devises. La croissance devrait se situer à 3,l% en 1997 (4,7%' en 1996), compte tenu d'une sérieuse chute de la production agricole due à une grave sécheresse qui a occasionné de nombreuses coupures de courant affectant les industries.

Bien que les objectifs fiscaux n'aient pas été tenus à cause d'une activité économique réduite causée par les fortes inondations du début 1998, les donateurs ont noté les efforts de gestion des autorités tanzaniennes. La crise politique perdure à Zanzibar où l'opposition conteste le résultat des élections de 1995. Le président de l'île, Salmin Amour, a assigné en justice 18 opposants pour « complot ». Les bailleurs de fonds s'interrogent sur les atteintes aux droits de l'homme à Zanzibar, certains allant jusqu'à geler leur assistance. Les pourparlers inter-burundais se poursuivent laborieusement sous la houlette du « sage » julius Nyerere et des tensions persistent entre Dodoma et Bujumbura. Le régime burundais accuse la Tanzanie -qui veut maintenir l'embargo régional contre le Burundi -de tolérer des rebelles dans les camps de réfugiés à sa frontière.
L'insécurité liée à la présence de ces 180000 réfugiés burundais dans l'est de la Tanzanie, une région riche en minerai, risque de poser problème au gouvernement, qui souhaite y attirer les sociétés étrangères. Celles-ci bénéficient d'un nouveau code d'investissement. En attendant, le développement du secteur minier a compensé les effets néfastes de El Nino sur la production agricole, également affectée par la sécheresse dans le Sud. Malgré tout, l'inflation a été contenu autour de 15%, en 1997 comme l'année précédente. La réfection des routes a été plus rapide que prévu et de meilleures conditions climatiques laissent espérer une reprise de la croissance en 1999. La lutte contre la corruption marque le pas, mais les donateurs, satisfaits des progrès dans la gestion, semblent moins exigeants. Le gouvernement a réduit certaines taxes à l'importation et à l'exportation pour accroître la compétitivité des produits tanzaniens. En août, il a annoncé la mise à pied de 60000 fonctionnaires. La Tanzanie a fini par renégocier un contrat douteux de fourniture de courant électrique signé avec une compagnie malaisienne. En conséquence, le FMI se montre plus enclin à débourser les 50 millions de dollars (300 millions de francs) de la dernière tranche de la facilité d'ajustement structurel renforcé signée en 1996 et évoque même une possible réduction de la dette multilatérale.

La mort de Julius Nyerere, le 14 octobre 1999, marque l'entrée de la Tanzanie dans une nouvelle ère. Avec la disparition de son ancien président, l'alliance avec Zanzibar se trouve fragilisée. Le « Mwalimu » avait été l'artisan du rapprochement des îles de Zanzibar et Pemba avec le continent en 1964, puis il avait empêché toute remise en cause de cette fédération. Nyerere disparu, les membres des partis politiques présents à Zanzibar, comme le CUF (Civic United Front), ont remis la question de l'alliance sur la table. Ils réclament la fin du « gouvernement d'union » qui accorde une place limitée aux représentants de l'île au sein des institutions tanzaniennes et ils préconisent la création d'une fédération de deux Etats autonomes.
L'île, avec les ressources croissantes du tourisme, estime pouvoir assurer son indépendance financière. Sur le continent, les perspectives sont bonnes, grâce aux richesses minières. La production d'or du pays devrait atteindre 40 tonnes par an, d'ici deux ans. Le nouveau code des investissements, qui exempte de taxes les importations de matériel pour les entreprises s'installant en Tanzanie, a été bien accueilli par les firmes étrangères. Même si le plan des privatisations est loin d'être clair, et en dépit d'une baisse des exportations de 7,9 %, la Tanzanie promet de continuer sur sa lancée de croissance, soit 4,4 % en 1999 et 5,2 % prévus pour 2000. La satisfaction de la Banque mondiale et du FMI a conduit ces institutions à réduire la dette tanzanienne de 8 milliards de dollars (48 milliards de francs) à 1,6 milliard (9,6 milliards de francs), d'ici cinq ans. Ce redressement est contrarié par un niveau de corruption élevé.
Le président Mkapa avait été imposé comme candidat au parti au pouvoir, le CCM (Chama Cha Mapinduzi ou Parti de la révolution) par Julius Nyerere, mais il ne peut plus compter sur cet appui. Les responsables politiques qui avaient dû céder devant Nyerere, comme l'ancien premier ministre John Ma]ecela ou Jakaya Kikwete, l'actuel ministre des affaires étrangères, sont décidés à jouer leur propre carte.
Quel que soit le résultat du scrutin, la question des réfugiés continuera de se poser de manière aiguë. Les 800 000 réfugiés des pays voisins devraient coûter à la Tanzanie 59 millions de dollars (354 millions de francs) en 2000.

ALERTE POUR l'économie tanzanienne. Selon un rapport de la Banque centrale de Tanzanie, rendu public le 31 avril 1999, le déficit de la balance commerciale du pays est passé de 91,8 millions de dollars en mars 1999 à un peu plus de 110 millions un mois plus tard, soit une augmentation de 20,3 %.
Selon la Banque centrale tanzanienne, cette aggravation du déficit s'explique par une chute de 3 I % des revenus tirés des exportations et une augmentation de 5,3 % des importations durant la période en question.
Au total, les exportations de la Tanzanie se sont élevées à 26 millions de dollars en avril 1999 contre 37,8 millions en mars, en raison d'une baisse du volume des exportations de café, de coton, de sisal, de tabac et de noix de cajou.
La Banque centrale souligne qu'entre avril 1998 et avril 1999, le déficit commercial s'est creusé de 41,6 %, passant de 677 millions de dollars à plus de 956 millions. La chute du
volume des exportations traditionnelles est imputable aux mauvaises conditions climatiques qui ont affecté la Tanzanie, notamment les inondations qui ont ravagé les cultures et détruit des infrastructures importantes comme les routes, les ponts et certaines voies ferroviaires
La Banque centrale note par ailleurs que l'augmentation des importations (16,5 % en un an) est due à l'accroissement des investissements dans le secteur minier ainsi qu'à une hausse des achats de machines.

2000

Les élections générales du 29 octobre 2000 n'ont créé aucune surprise, le président sortant, Benjamin Mkapa, ayant d'abord fait suffisamment le ménage au sein du parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM), pour être réélu sans difficultés à la tête du pays, à cheval entre le continent et Zanzibar. A Zanzibar, où des violences étaient redoutées, le pouvoir a manoeuvré en alternant répression brutale et libération de prisonniers politiques pour stopper la mise en cause des résultats du scrutin, pourtant entaché de graves irrégularités au point d'être qualifié de « grossièrement inadéquat » par le représentant en Tanzanie de l'Union européenne.

En fin d'année, la Tanzanie se trouve cependant apaisée et, malgré une corruption toujours importante, continue de séduire les bailleurs de fonds et les investisseurs étrangers. La croissance, qui avait été évaluée à 5,2 %, devrait être revue à la baisse, à cause de la sécheresse qui a pénalisé l'agriculture (le secteur représente la moitié du PIB). Mais les mines, l'industrie et le tourisme ont continué à se développer, et l'inflation, qui s'élevait à 30 % en 1995, a été ramenée aux alentours de 5 %. Les exportations, au cours des cinq premiers mois de l'année, s'établissaient à 2 milliards de francs, contre 1,3 milliard pour la même période de l'année précédente, et les experts tablent sur une poursuite de cette croissance à un rythme annuel impressionnant de 9,9% jusque en 2018.

Autre signe encourageant, la mine d'or de Geita a commencé sa production avec trois mois d'avance et devrait rapporter 2,2 milliards de francs en 2001 au gouvernement. 295 des 395 entreprises publiques ou parapubliques ont été privatisées, et ces gages de bonne volonté du gouvernement ont déjà reçu leur récompense, sous la forme d'une nouvelle réduction de la dette, le Club de Paris annulant 3 milliards de francs de dette publique en avril, ce qui représente 90% de la valeur nominale des échéances de remboursement. Avec d'autres réductions en prévision, la Tanzanie devrait finalement bénéficier d'un allègement de 15,2 milliards de francs sur les 35 milliards dus.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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