
CE QUI S'EST PASSE EN 1998-1999
Le Togo se préparait aux élections
de Juin 1998 : Eyadéma était présenti comme vainqueur
bien avant d'organiser ces élections présidentielles. Si
2ème tour il y avait, celui-ci serait projeté pour le 21
Juin.
Sous la constitution actuelle, Eyadéma
a le droit de gouverner le pays pour 5 ans supplémentaires : rappelons
que le parti unique dont le président fait parti est le RPT. Eyadéma
est au pouvoir depuis le 13 Janvier 1967 !!
Il avait gagné les élections
en 1979 et 1986 (régime de parti unique) ainsi que celles de 1993
avec 97% des voix.
Le principal parti d'opposition
avait boycotté ces dernières élections.
Il n'y a qu'un candidat potentiel
contre Eyadéma pour les élections du 7 Juin : Leopold Messan
Gnininvi, secrétaire général du parti d'opposition
CDPA (Democratic Convention of African People's). Un autre opposant d'Eyadéma,
Gilchrist Olympio, porrait revenir au pays pour ces élections (il
est le fils de l'ancien président Sylvanus Olympio).
Olympio était déja
présent en 1993 mais sa candidature a été refusé
pour des raisons douteuses. Le parti d'Olympio avait boycotté les
élections parlementaires de 1994 et condamné celles de 1993
pour irrégularités.
On compte 8 partis d'opposition
: ceux-ci condamnent un manque de publicité à leur égard;
dès lors, peu connus, ils n'ont presque aucune chance façe
à Eyadéma et au RPT.
Le 22 Juin, sans surprise, le ministre
de l'Intérieur Seyi Memene annonçait la victoire d'Eyadéma.
On déplorait des problèmes techniques : certains ne disposaient
pas de bulletins de vote, des locaux étaient dépourvus d'enveloppes..
Des centaines de jeunes se sont
pressés dans les rues pour condamner ces élections. Olympio
a voté depuis le Ghana où il réside depuis que l'on
a tenté de l'assassiner en 1993.
Le 24 Juin, des gendarmes intervenaient
à Lomé avec des gaz lacrimogènes afin de disperser
des centaines de mécontents : ils étaient descendus dans
la rue suite à l'annonce de la victoire d'Eyadéma.
Le ministre Memene annonçait
qu'Eyadéma avait remporté les élections avec 52.13%
des votes contre 34% à Olympio.
Yaovi Agboyigbo, chef du Comité
d'Action pour le Renouveau (principal groupe d'opposition au parlement)
n'a récolté que 9.6% des voix. Selon le parti d'Olympio,
celui-ci a remporté les élections avec 59% des voix contre
30 % à Eyadéma.
Olympio demande dès lors
à la France, à l'Allemagne et à l'Union Européenne
de stopper son aide au Togo : rappelons que presque 3/4 du budget annuel
du Togo est financé par l'étranger (240 millions de dollars).
Il faut aussi savoir que 5 membres
de la commission électorale ont donné leur démission,
suite à des intimidations et menaces. On peut donc vraiment
se demander si ces élections n'ont pas été à
nouveau truqué, comme cela arrive trop souvent en Afrique.
Le 26 Juin, on déplorait
1 mort et plusieurs blessés dans la ville de Afagnan, suite aux
protestations importantes qui ont suivi l'annonce de la victoire d'Eyadéma.
L'union Européenne déclarait
le 26 Juin avoir de sérieux doutes quant aux résultats de
ces élections.
En Juillet, le cour constitutionnelle
du Togo rejetait les requêtes en annulation introduites par trois
partis d'opposition après la proclamation des résultats provisoires
de l'élection présidentielle du 21 Juin par le ministère
de l'Intérieur et de la sécurité en lieu et place
de la commission électorale nationale.
" A défaut d'organe pouvant
légalement se substituer à la CEN (démission de plusieurs
membres et de la présidente, Mme Awa Nana), seul le ministère
de l'Intérieur et de la sécurité était à
même de procéder à la centralisation des résultats
et à leur transmission à la cour constitutionnelle afin d'éviter
l'arrêt du processus électoral ".
Trois candidats de l'opposition,
Yaovi Agboyibo, du Comité d'Action pour le Renouveau, Zarifou Ayeva
du PDR et Leopold Gnininvi, de la CPDA, ont introduits des requêtes
en annulation en dénonçant la procédure diligentée
par le gouvernement pour assurer la centralisation des résultats
et leur transmission à la cour constitutionnelle.
Pour sa part, l'Union des Forces
du changement (UFC), qui estime que son candidat Gilchrist Olympio, a remporté
le scrutin, ademandé au peuple togolais de se mobiliser pour faire
échec à "ce nouveau coup de force du régime Eyadéma".
La cérémonie d'investiture
d'Eyadéma a eu lieu le 23 Juillet à Lomé en présence
du président Ibrahim Bare Mainassara du Niger, de Mathieu Kerekou
du Bénin et d'Henri Bedie de Côte d'Ivoire.
L'IMPASSE POLITIQUE : (Mars 1999)
Le24 décembre dernier, les autorités togolaises, pressées par l'Union européenne (UE), avaient accepté d'amorcer un dialogue avec l'opposition, Quatre facilitateurs "devant accompagner le dialogue" représentant la francophonie, la France, l'Allemagne et l'UE avaient ainsi été retenus. Or, en organisant les élections législatives le 21 mars dernier contre l'avis de ses opposants qui les ont boycottées - un boycott largement suivi dans le Sud du pays, fief de l'opposition, principalement à Lomé, à Tsévié, à Nosté ou encore à Atakpamé -,le général Eyadéma a pris le risque de rompre ce dialogue amorcé cahin-caha. Et ce malgré les conseils et les mises en garde de l'UE et du gouvernement français. Bernard Stasi, le facilitateur choisi par ce dernier, après avoir rencontré à Paris, le 5 mars, les leaders de l'opposition, avait pourtant été très clair: "Des élections auxquelles ne participerait pas l'op position n'auraient aucun sens et ne contribueraient pas à améliorer les relations entre l'Union européenne et le Togo." Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste français, qui a pris contact à deux reprises, en mars, à Lomé, avec le général Eyadéma, n'est pas non plus parvenu à le dissuader. Les raisons du soudain raidissement du chef de l'Etat restent difficiles à cerner. Peut-etre compte-t-il toujours sur l'appui de son ami Jacques Chirac pour s'en sortir ?
FAUT-IL RAPPELER QUE deux jours avant
l'ouverture du 20ème sommet des chefs d'Etat d'Afrique et
de France, qui s'est tenu à Paris en novembre dernier, le président
français lui avait accordé un aparté qui n'était
pas passé inaperçu aux yeux des observateurs, en lui promettant
que la France soutiendrait le Togo lors de ses prochaines négociations
avec l'UE. Le chef de l'Etat français maintiendra-t-il ce soutien
contre et vents et marées? Rien n'est moins sûr. Jacques Chirac,
qui, à chaque "succès électoral" d'un de ses "amis
africains", s'empresse de le féliciter chaleureusement, a, semble-t-il,
choisi cette fois, du moins officiellement, de se murer dans le silence.
Un silence assourdissant qui révèle,
sinon un début de lâchage,
du moins un embarras certain. Difficile en effet de cautionner indéfiniment,
en dépit du bon sens, ce qui apparaît comme un retour au bon
vieux temps du parti unique.
Avec soixante-dix-neuf députés
issus des rangs du RPT (Rassemblement du peuple togolais, parti du général
Eyadéma) sur quatre-vingt-un (deux élus dits "indépendants"
complètent le nouveau Parlement), le Togo se retrouve avec une
Assemblée nationale caricaturale
qui le ramène dix ans en arrière. "Nous n 'avons pas voulu
cela. L'opposition porte l'entière responsabilité de cet
état de fait. Il y a tout de même deux députés
indépendants qui incarnent eux aussi l'aspiration d'autres Togolais",
se défend Koffi Panou, ministre de la Communication. "Ces résultats
ne reflètent pas la volonté du peuple togolais", a tranché
Washington dès le lendemain de leur proclamation officielle. Même
constat, tout aussi sévère, de la part de l'UE. Le gouvernement
français quant à lui, dans un langage plus diplomatique,
sans doute par égard pour l'Elysée, "regrette que ces élections
sans opposants aient eu lieu." Et Paris de joindre sa voix à celle
de l'UE pour appeler "l'opposition et le pouvoir togolais à renouer
les fils du dialogue".
UN DIALOGUE OUI AURA DU MAL A aboutir,
Si d'aventure il reprenait dans les jours qui viennent, tant les positions
se sont à nouveau radicalisées de part et d'autre. Me Yawovi
Agboyibo, leader du CAR (Comité d'action pour le renouveau), l'un
des opposants les plus modérés, propose un nouveau "gouvernement
mixte de transition" pour organiser de nouvelles élections. Proposition
aussitôt balayée d'un revers de la main par Fabaré
Nachaba Ouattara, président du groupe parlementaire du RPT : "Nous
sommes d'accord pour reprendre le dialogue. Mais, en ce qui concerne l'élection
présidentielle, je voudrais le dire une fois pour de bon : le président
Eyadéma a été élu. La Cour constitutionnelle
a entériné son élection, point final"
Et de s'en prendre avec une rare
violence à l'adversaire le plus acharné du général
Eyadéma, Gilchrist Olympio, président de l'Union des forces
pour le changement (UFC). Après l'avoir qualifié de "terroriste
professionnel qui fait preuve d'une mégalomanie extraordinaire",
il l'a accusé d'avoir empêché l'opposition de dialoguer
avec le pouvoir et de se présenter aux législatives.
Il est vrai que le leader de l'UFC
n'avait pas non plus ménagé le général Eyadéma,
qualifié de "dinosaure qui doit reconnaître que le système
du gros bâton, qu'il a appris quand il était sergent dans
l'armée coloniale française en Indochine et en Algérie,
est révolu". Et Olympio de conclure : "Nous allons d'abord proposer
à M. Eyadéma un départ du pouvoil; une sortie honorable.
S'il refuse, nous lui soumettrons trois idées: trouver une fois
pour toutes, une solution aux problèmes de sécurité
dans notre pays en définissant clairement le rôle de l'armée
dans notre société. Ensuite, fonder des institutions indépendantes,
car le problème de leur relecture se pose. Enfin, refaire les élections,
de sorte qu'elles se déroulent de façon transparente". Bref,
le dialogue de sourds entre le gouvernement et l'opposition continue.
La succession d'Eyadéma
pourrait s'accélérer en raison de l'état de santé
du président. Candidat à la succession : Koffi Panou, actuel
ministre de la Communication et le général Séyi Mémmène,
actuel ministre de l'Intérieur. Une concurrence virulente s'est
installée entre ces deux hommes.
Les deux hommes, tout en poursuivant
leurs stratégies en vue d'augmenter leur audience, se sont entendus
sur le fait de refuser le dialogue entre le pouvoir et l'opposition : ceci
afin de conserver jusqu'au départ d'Eyadéma leur position
dominante au sein de l'appareil d'état. Ils font donc tout pour
persuader Eyadéma de refuser le dialogue avec l'opposition.

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier