Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Togo de 1983 à 1997
CE QUI S'EST PASSE DE 1983 A 1997

1982-1983 :

Le Togo (2,7 millions d'habitants). Cette ancienne colonie allemande partagée entre les Français et les Anglais au lendemain de la Première Guerre mondiale et jusqu'en 1960, connaît d'importants problèmes ethniques, hérités pour la plupart de la période de la chasse aux esclaves. L'ethnie principale, les Ewés, qui s'étend aussi dans l'État voisin, le Ghana, s'entend mal avec des ethnies du nord auxquelles appartiennent la plupart des cadres de l'armée. Le général Eyadema est président depuis 1967 et il maintient des rapports étroits avec la France au nom du "libéralisme" économique, tout en se montrant très autoritaire à l'intérieur. Les phosphates sont la principale ressource d'exportation, devant le cacao, en fait récolté pour l'essentiel au Ghana. Mais les planteurs ghanéens le font passer en contrebande au Togo, car il y est payé plus cher.

1983-1984 :

Le Togo (2,7 millions d'habitants). Le phosphate est la principale production de ce pays, qui en est le neuvième producteur mondial avec une production de 2 millions de tonnes par an: durant les années soixante-dix, une hausse du cours mondial de ce produit avait entraîné une augmentation substantielle des recettes de l'État togolais. Ce dernier avait alors mis en oeuvre une politique d'investissements de prestige (grands hôtels, raffinerie de pétrole non rentable et aujourd'hui fermée...) pensant ainsi accélérer l'industrialisation du pays. Un "recentrage" est considéré aujourd'hui nécessaire, avec une volonté d'axer le développement sur l'amélioration de la production agricole. La société Getty Oil a obtenu un permis de recherche pétrolière et a foré un puits en 1984. Le général Gnassingbé Eyadema, au pouvoir depuis 1967, tient bien en main le peuple togolais et a réussi en 1983 à lui faire admettre la politique économique d'austérité dictée par le FMI. Il est vrai que la dette par habitant était de 357 dollars alors que le revenu par habitant était estimé à 380 dollars...

1984-1985 :

Le Togo (2,8 millions d'habitants), dirigé depuis 1967 par le général Gnassingbé Eyadema, a pratiqué dans le passé une politique peu prudente d'endettement. La dette extérieure, estimée en 1984 à 6,3 milliards de francs français (FF), est devenue largement supérieure au PNB. Le gouvernement a obtenu du Club de Paris (qui regroupe les pays développés créanciers du tiers monde) un rééchelonnement en juin 1984 qui a permis de ne rembourser que 0,52 milliard de francs français (FF), au lieu de 1,1 milliard.

En revanche, l'année 1984 a été bonne sur le plan pluviométrique, entraînant une production record de maïs. Des difficultés de stockage ont même provoqué un engorgement du marché: les cours du maïs sont tombés de 300 FF à 100 FF le sac. La production de café a également été bonne, celle du cacao a été portée à 15 000 tonnes tandis que celle du coton a dépassé 50 000 tonnes en 1984, contre 26 000 tonnes en 1983. Sur le plan industriel, une exportation record de phosphates a été notée en 1984: 2,8 millions de tonnes, soit 37% d'augmentation par rapport à l'année 1983. Ces éléments favorables ont permis de voter un budget 1985 d'un montant de 1,64 milliard de FF, en augmentation de 6,6% par rapport à celui de 1984. On estime que le taux de croissance de l'économie, négatif depuis quelques années, redeviendra positif en 1985.

Cette évolution s'est faite sur une toile de fond d'active privatisation du capital des sociétés d'État, où l'on devine l'intervention des experts du Fonds monétaire international. Ainsi, une partie du capital de la cimenterie Cimao a été cédée à la société norvégienne Norcem, qui en est devenue l'opérateur technique. Les installations de l'aciérie de Lomé, créée en 1978, ont été louées pour dix ans à un promoteur américain, John Moore. Celui-ci traitera et exportera de la ferraille et des profilés dans les pays environnants. La raffinerie de pétrole de Lomé est restée fermée par manque de fonds de roulement et de rentabilité. Des négociations étaient en cours début 1985 avec les compagnies Shell et Total, qui pourraient utiliser les bacs de stockage pour les produits pétroliers destinés aux marchés régionaux.

Les salaires des fonctionnaires ont été bloqués en janvier 1983 et l'impôt spécial de 5% sur les salaires était toujours en vigueur début 1985.

Une libération discrète de prisonniers politiques a eu lieu en décembre 1984 et, aux élections législatives du 24 mars 1985, le parti au pouvoir n'a pas présenté de candidat unique mais a laissé voter pour plusieurs candidats du parti.

1985-1986 :

Le Togo s'était fortement endetté à la suite du boom des phosphates dans les années soixante-quinze. Il a dû, depuis 1979, mener de multiples négociations pour le rééchelonnement de ses dettes. Il a sollicité en 1985 son septième rééchelonnement auprès des Clubs de Paris et de Rome (regroupant les pays créanciers du tiers monde). Un accord de principe s'est dégagé pour un rééchelonnement étalé sur onze ans, dont cinq ans de délai de grâce. L'encours de la dette extérieure togolaise est estimé à environ 120% du PIB. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale sont intervenus activement en faveur de la privatisation et de la suppression des sociétés d'État: leurs conseils ont été entendus. Les tarifs de la Régie nationale des eaux, de la Compagnie d'énergie électrique et de l'Office des produits agricoles du Togo ont été relevés.

Un crédit standby du FMI, portant sur 254 millions de DTS (un droit de tirage spécial vaut environ un dollar), a été octroyé en mars 1985, à la suite de quoi une conférence des bailleurs de fonds s'est tenue à Lomé du 26 au 29 juin 1985.

En 1984 et 1985, on a enregistré une croissance du PIB, grâce notamment à la reprise des ventes de phosphates qui, tombés à 2 millions de tonnes en 1982, ont dépassé les 2,7 millions de tonnes.

Le Togo est resté un pays essentiellement agricole. En 1984, l'agriculture ne représentait que 26% du PIB, mais elle occupait 67% de la population active. La campagne en faveur de l'autosuffisance alimentaire s'est poursuivie, de même qu'une politique active de reboisement. Mais les résultats n'ont pas été convaincants: sur les cinq millions d'arbres plantés depuis 1977, à peine le tiers à survécu, en raison d'arrachages précoces et de leur utilisation comme bois de chauffe. On a estimé que chaque Togolais consommait en moyenne 1,5 stère de bois par an.

Le général Gnassingbé Eyadema s'est rendu en visite officielle en France du 10 au 13 juin 1985, et le Togo a reçu la visite du pape Jean-Paul II du 8 au 10 août 1985.

Depuis septembre 1985, une vague d'attentats à la bombe a secoué la ville de Lomé. Ces attentats n'ont pas été revendiqués. Ils ont fait des dégâts matériels mais peu de victimes, et ont en tout cas donné l'occasion au régime d'activer l'arrestation des opposants.

Enfin, le Togo, comme le Bénin, est devenu une plaque tournante du trafic international de la drogue et notamment du chanvre indien.

1986 – 1987 :

Le Togo a fêté, le 13 janvier 1987, le vingtième anniversaire de l'arrivée au pouvoir du général Gnassingbe Eyadéma. A cette occasion, une série de mesures économiques ont été annoncées: augmentation de 5% des salaires (gelés depuis 1982) et revalorisation de 25% des allocations familiales. Le gouvernement a tenu néanmoins à préciser que cela ne signifiait en rien un arrêt de la politique de rigueur mise en oeuvre depuis 1983 sous la houlette du FMI. Le pays reste toujours fortement endetté. Le service de la dette a été estimé à 53,3 milliards de francs CFA pour l'année 1987, soit environ 60% du montant des exportations. Il était de 51,7 milliards de francs CFA en 1986. Le Togo a dû souscrire un nouvel emprunt d'"ajustement structurel" de 40 millions de dollars au titre du Fonds spécial d'aide à l'Afrique subsaharienne.

Sur le plan politique, la vague d'attentats à la bombe qui a secoué la capitale, Lomé, en août et décembre 1985, a été suivie d'une tentative de coup de force dans la nuit du 23 au 24 septembre 1986. Le coup a échoué mais il a fait trente-trois victimes (vingt-six civils et sept agresseurs). Il s'agissait d'un groupe armé venu du Ghana. La frontière entre le Togo et le Ghana a été fermée pendant plusieurs mois et le Togo a bénéficié d'un renfort de parachutistes français et zaïrois. Le président Eyadéma a été réélu à la tête de l'État le 21 décembre 1986.

Il y avait au Togo, en 1985, soixante-dix-neuf entreprises publiques ou semi-publiques. Huit ont été liquidées et vingt et une devraient être cédées à des intérêts privés.

Sur le plan diplomatique, Lomé a abrité, du 13 au 15 novembre 1986, le désormais traditionnel sommet franco-africain.

1987 – 1988 :

Accusé de mener une politique répressive, le général Gnassingbé Eyadéma a soudain choisi de se refaire une virginité. Il a fait libérer certains détenus politiques et gracier, le 21 octobre 1987, les derniers condamnés à mort qui avaient participé à la tentative de coup de force du 23 septembre 1986. Celle-ci avait été le fait d'un commando venu du Ghana, financé et armé par des opposants togolais, dont le fils d'un ancien président. Ce même 21 octobre était créée à Lomé la Commission nationale des droits de l'homme, présidée par Me Yawo Aghoyibor, bâtonnier de l'ordre des avocats.

Poursuivant sa politique de charme, le président a décidé de rencontrer régulièrement les dirigeants des anciens partis politiques dissous. Par ailleurs, le 5 juillet 1987, lors des élections pour le choix des conseillers municipaux et préfectoraux, 388 et 449 candidats s'affrontèrent, respectivement pour 321 et 387 places. Finie l'époque des listes uniques du Rassemblement du peuple togolais (RPT). Les élections législatives en 1986 avaient déjà vu l'affrontement de plusieurs candidats. Ce n'est pas encore le multipartisme. C'est la multicandidature au sein du parti unique.

En décembre 1987, un grand procès a fait la une des journaux du Togo. Celui de Donou Hométowov qui, avec la complicité d'un chef d'agence de la Caisse nationale de crédit agricole, a réussi à subtiliser 3 129 824 891 francs CFA.

Le budget 1988 a été arrêté à 89,70 milliards de francs CFA, tandis qu'au titre de la dette 82,2 milliards de francs CFA devaient être remboursés en 1988 par l'État (incluant les arriérés de 1987). Le rapprochement de ces deux chiffres est parlant!

La frontière entre le Togo et le Ghana a été rouverte le 23 mai 1987.

1988-1989 :

Le 21 décembre 1988, N'souwodji Kawo Ewe, ministre du Commerce, était limogé pour cumul de deux salaires. En mars 1989, l'ex-tout-puissant ministre de l'Intérieur, Kpotivi Djidjogbé Laclé était arrêté pour trafics et détournements: les ministres togolais vont-ils, les uns après les autres, passer à la trappe? C'est que le général Eyadema poursuit sa politique de charme et de "démocratisme".

Sur le plan économique, le phosphate aidant, le PIB a enfin repris sa croissance en termes réels. Prévisions pour 1989: +5% (3 millions de tonnes de phosphate et 30,7 milliards de francs CFA de recettes en 1988 contre 2,6 millions de tonnes et 26 milliards en 1987). Bonne autosuffisance alimentaire: 534 000 tonnes de manioc en 1988, soit une augmentation de 50,3%. 235 000 tonnes de maïs en 1988, soit 36% d'augmentation. Le budget 1989 - équilibré en recettes et en dépenses à 92,4 milliards de francs CFA - a marqué une hausse de 5,5% par rapport à 1988.

Mais les dettes sont lourdes, toujours supérieures au PIB: 1,27 million de dollars, fin 1987. La balance commerciale et la balance courante sont déficitaires. Huit sociétés d'État restaient en instance de privatisation, dont les complexes textiles: la reprise est fragile. Et l'étouffement des libertés, quotidien.

1989-1990 :

La stabilisation des cours du phosphate ainsi que l'autosuffisance alimentaire ont permis à l'économie d'être gérée sans trop d'à-coups mais avec un faible taux de croissance. Le gouvernement a évoqué, depuis 1988, l'éventualité de la création d'une zone franche, à l'image de celles de l'île Maurice, de la Tunisie et du Sénégal. Il a proposé un mélange attrayant: dix ans d'exonérations fiscales et des franchises douanières en échange d'une production prioritairement orientée vers l'exportation et d'un emploi très majoritaire de travailleurs togolais (80% des effectifs ou 60% de la masse salariale).

Sur le plan politique, le Togo veut présenter une façade de démocratie. Les prisonniers politiques ont été apparemment libérés. Le président de la Ligue des droits de l'homme, Me Gayibor, se fait omniprésent. Sa ligue a fêté solennellement le premier anniversaire de son installation. Mais, à la mi-1990, le Rassemblement du peuple togolais était toujours le parti unique. Et si les 4 et 18 mars 1990 des élections pour le renouvellement de la chambre des députés ont eu lieu, le tout s'est déroulé dans le cadre de ce parti. Seule innovation: la fin des candidatures uniques. Le résultat ne s'est pas fait attendre puisque 69 députés sur les 87 élus sont nouveaux (parmi eux trois femmes). Le gouvernement suit de très près les réformes démocratiques qui se déroulent au Bénin voisin. Un jour ou l'autre se posera au Togo la question du multipartisme et d'une vraie vie démocratique.

1990-1991 :

Le 28 septembre 1990, la GMC EURAF (Société française générale des matières colorantes) a, la première, inauguré son installation dans la nouvelle zone franche de Lomé. Dix-neuf autres entreprises ont obtenu, en 1990, leur agrément, mais elles ont toutes semblé rechigner à démarrer leurs activités. Le climat politique, en effet, est resté lourd d'incertitudes.

Le chef de l'État, le général Gnassingbé Éyadéma (au pouvoir depuis 1967), fait partie des durs de la vieille garde, hostiles à toute démocratisation. Il a tenu à réaffirmer, le 27 mai 1990, le maintien du système du parti unique. Mais le procès, le 5 octobre 1990, de deux professeurs arrêtés pour distribution de tracts a donné le signal des manifestations. Elles tournèrent, ce jour-là, à l'émeute (4 morts et 34 blessés officiellement). Le 1er décembre 1990, une grève des chauffeurs de taxi se solda par deux morts et des dizaines de blessés dans plusieurs villes du pays.

Le président G. Éyadéma dut annoncer, à contrecoeur, le 10 janvier 1991, une amnistie partielle qui ne donna satisfaction à personne. Les manifestations reprirent de plus belle sous l'égide du Collectif des étudiants et du Front des associations pour le renouveau démocratique (FAR), regroupant une douzaine de mouvements de l'opposition et présidé par maître Yao Agboyibor. Elles conduisirent le général Éyadéma à accepter, le 17 mars, le principe d'une amnistie générale, de l'introduction du multipartisme et de la convocation d'une Conférence nationale baptisée "Forum du dialogue".

La rue augmenta aussitôt sa pression et le gouvernement instaura alors le couvre-feu. Mais dans la nuit du 10 avril 1991, des soldats en vinrent à abattre des manifestants et à les jeter dans la lagune du quartier Bê, à Lomé. La ville se réveilla le lendemain en état de choc: 19 corps repêchés dans la tristesse et la colère. Le jour même, les lois sur l'amnistie générale et le multipartisme furent votées par le Parlement. Enfin, la Conférence nationale s'est ouverte début juillet 1991, mais sans que les représentants de l'armée aient pris leur place. Restait à faire déboucher ces réformes sur un changement de régime.

Sur le plan économique, l'année 1990 a été marquée par un ralentissement de la croissance qui s'est traduit par une baisse du revenu par habitant, après deux années favorables. La chute de 25% de la production de phosphates, principale matière première exportée, mais aussi du café et du cacao, et la baisse des cours, ont creusé le déficit commercial et grevé les recettes d'un État qui a du mal à faire face à sa dette.

1991-1992 :

Près d'un quart de siècle de régime militaire, sous la férule de l'ex-sergent-chef Étienne Gnassingbè Eyadéma, le "printemps de toutes les libertés", en 1991, avec ses grèves et manifestations contestataires, une "conférence nationale" qui, péniblement, devait mettre en place un gouvernement de transition démocratique, puis des massacres et des mutineries militaires et, enfin, le contrecoup brutal de l'armée togolaise, recrutée au sein des Kabyé, l'ethnie présidentielle, et encadrée par... des officiers français: en 1991-1992, le Togo a parcouru tout le cycle qui mène d'une démocratisation avortée à la restauration autoritaire.

Assailli dans le palais du gouvernement, le 2 décembre 1991, fait prisonnier par des militaires fidèles au président Eyadéma, le Premier ministre Joseph Kokou Koffigoh n'en a pas moins affirmé "être libre de ses mouvements". Le 14 décembre, il a négocié avec le chef de l'État un nouveau partage du pouvoir, incarné par un gouvernement "d'union nationale". Tout en abandonnant alors le projet d'une "grève générale illimitée", à partir du 16 décembre, le Haut Conseil de la République, organe législatif dominé par les "forces du changement", est entré en opposition, à la fois contre le président et le Premier ministre. Selon la décision qu'il a prise en mars 1992, ni l'un ni l'autre ne pourrait se présenter aux prochaines élections présidentielles.

Tavio Amorni, le chef du Parti socialiste panafricain (PSP), qui avait été grièvement blessé dans un attentat à Lomé le 23 juillet, est mort quelques jours plus tard.

1992-1993 :

Le général Étienne Gnassingbé Eyadéma, après vingt-sept ans d'une dictature parmi les plus sanglantes d'Afrique, a poursuivi l'entreprise de restauration de son pouvoir après les manifestations populaires et la Conférence nationale souveraine de 1991 qui lui avaient ôté la plupart de ses prérogatives de chef d'État.

S'appuyant sur une armée tribalisée à outrance - ses plus hauts responsables appartiennent comme lui-même à l'ethnie kabyé - et assisté par la France, laquelle n'a suspendu sa coopération militaire que le 30 octobre 1992, le dictateur a remis en cause toutes les institutions légales de la transition, malgré l'adoption massive d'une constitution démocratique le 27 septembre 1992. Ainsi a-t-il repris le contrôle des postes clés du gouvernement sous la pression de l'armée. Les 22 et 23 octobre, le Haut Conseil de la République (Assemblée nationale de transition) était pris en otage par les militaires. Par ailleurs, les fonds du Rassemblement du peuple togolais (RPT), ancien parti unique, ont été récupérés par la contrainte (ils avaient été gelés par la Conférence nationale) et le dictateur a repris le contrôle exclusif des médias d'État. Le climat d'insécurité permanente (pillages, attentats, assassinats), a contraint les dirigeants de l'opposition démocratique à la clandestinité. Ce gangstérisme politique a conduit à l'annulation des élections qui devaient se tenir avant le 31 décembre 1992 et au ralliement du Premier ministre Joseph Kokou Koffigoh au camp présidentiel en janvier 1993.

Meetings, marches, grève générale illimitée, lancée le 16 novembre 1992 par la Confédération des syndicats indépendants et le COD 2 (Collectif de l'opposition démocratique) présidé par Léopold Gnininvi, ont abouti tardivement à des réactions de la communauté internationale. Le mitraillage d'une manifestation pacifique, le 25 janvier 1993, le jour même d'une mission ministérielle franco-allemande de conciliation, l'échec de la table ronde qui s'est tenue à Colmar (France) avec le soutien de Paris et Berlin et réunissant les parties en conflit, le 8 février, de mystérieux règlements de comptes dans l'armée dans la nuit du 25 au 26 mars, éliminant quelques officiers supérieurs soupçonnés de tiédeur à l'endroit du dictateur ont marqué la volonté de rester au pouvoir, quoi qu'il lui en coûte, d'un général Eyadéma - encouragé par le futur ministre français de l'Intérieur (nommé en mars 1993), Charles Pasqua, lors de sa visite au Togo en décembre 1992. Cette politique délibérée de terre brûlée a entraîné l'arrêt, en février 1993, de toute coopération internationale autre qu'humanitaire (en particulier celle de la France), l'exode de plus de 300 000 Togolais vers le Bénin et le Ghana voisins, la paralysie économique du pays. En juin 1993, les négociations ont repris à Ouagadougou, sous l'égide du Burkina Faso, entre l'opposition démocratique et les représentants du général Eyadéma.

1993-1994 :

Privé de la plupart de ses prérogatives de chef d'État par la "conférence nationale" de 1991, le général Étienne Gnassingbé Eyadéma, dont la sanglante dictature sévissait depuis 1967, a restauré son autorité par la terreur et recueilli officiellement, le 25 août 1993, 96,46% des suffrages lors de l'élection présidentielle (la participation étant de 36,16%...).

Deux rivaux fantoches lui avaient été opposés après l'invalidation de la candidature de Gilchrist Olympio, fils du Premier président à l'indépendance, assassiné en 1963 lors d'un putsch dont E. G. Eyadéma avait été l'instigateur, et après la décision des deux candidats de l'opposition, Yao Agboyibo du Comité d'action pour le renouveau (CAR) et Edem Kodjo, désigné par le Collectif de l'opposition démocratique (COD 2), de suspendre leur participation à un scrutin jugé irrégulier par la Commission électorale nationale. A la différence de la France et du Burkina Faso ayant cautionné cette mascarade, l'Allemagne et les États-Unis, membres du Comité de suivi des accords de Ouagadougou (11 juillet 1993) organisant le processus électoral, ont retiré leurs observateurs avant le vote.

Dans un climat d'insécurité et de violence politique permanente créé par une armée "tribalisée" et dévouée au président ainsi que par l'ancien parti unique (le Rassemblement du peuple togolais - RPT), l'opposition démocratique s'est divisée sur l'opportunité de participer aux législatives de février 1994, Léopold Gnininvi, signataire des accords de Ouagadougou pour le COD 2, s'étant tenu à l'écart du scrutin et G. Olympio ayant appelé au boycottage. Pour diviser l'opposition qui a emporté 43 des 81 sièges (participation de 65,12%), le général Eyadéma a nommé, deux mois plus tard - à la satisfaction de Paris -, Edem Kodjo au poste de Premier ministre. Le parti de ce dernier, l'Union togolaise pour la démocratie (UTD), n'a emporté que 7 sièges contre 36 au CAR, rendant le pays ingouvernable sauf alliance de E. Kodjo avec le parti du chef de l'État, comme cela avait été le cas de son prédécesseur Joseph Kokou Koffigoh.

A partir de 1991, la crise politique a désorganisé l'économie du Togo dont le PIB a chuté de 10% en 1992 et de 13% en 1993, malgré la bonne tenue des cultures vivrières. A la grève générale de neuf mois se sont ajoutées la suspension de toute coopération internationale autre qu'humanitaire et la chute de 30% en trois ans des ventes de phosphate, principale exportation. En février 1994, cependant, à la suite de la dévaluation du franc CFA (12 janvier 1994), le FMI et la Banque mondiale, brisant l'isolement du pays, lui ont accordé, pour la période 1994-1996, 2,54 milliards FF dont 0,53 milliard FF pour la première année. La France en annulant 265 millions FF de créances a, par ailleurs, confirmé ses bonnes dispositions pour un régime toujours aussi antidémocratique qui a contraint nombre de ses cadres à l'exil.

1994 -1995  :

Pendant la mise en place des institutions de la IVe République (1992-1994), la pression des forces armées a été telle que, en 1995, la normalisation de la vie politique et économique du Togo n'était pas encore intervenue. A la tête du pays depuis 1967, le général Étienne Gnassingbé Eyadéma a restauré son pouvoir absolu, lequel avait été ébranlé par la "conférence nationale" de 1991. Issu de l'opposition, le Premier ministre Edem Kodjo, dirigeant l'Union togolaise pour la démocratie (UTD), n'a obtenu en 1994 la confiance du Parlement - où son parti occupe 6 des 81 sièges - qu'avec l'appui des 38 élus de la "mouvance présidentielle", dont 35 de l'ancien parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RPT). En désaccord sur les conditions d'organisation de trois élections partielles, le Comité d'action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo, principale force d'opposition parlementaire (34 sièges), n'a plus siégé à l'Assemblée à partir de novembre 1994, mais les contacts ont ensuite repris avec la Présidence.

En visite officielle au Togo, en septembre 1994, le Français Michel Roussin, alors ministre de la Coopération, a confirmé la reprise de la coopération civile et militaire entre Paris et Lomé, suspendue en 1992. La France a "effacé" 400 millions FF de dette publique et en a débloqué 260 dès 1994, le FMI s'étant engagé a en décaisser conditionnellement 430 en 1994-1995. L'Union européenne et l'Allemagne, qui a repris son aide humanitaire, ont marqué plus de réserves, estimant que la loi d'amnistie de décembre 1994 n'autorisait pas de franches retrouvailles politiques...

Craignant l'insécurité - le 6 septembre 1994, David Bruce, directeur de cabinet du président du Parlement de transition (1991-1994), avait disparu -, de nombreux cadres, dont Léopold Gnininvi, ancien dirigeant du COD 2 (Collectif de l'opposition démocratique), ont choisi l'exil au Ghana, au Bénin et en Europe. Le malaise dans l'armée, né de purges successives à l'encontre d'hommes jugés peu sûrs, a pris un tour nouveau avec la disgrâce, en octobre 1994, du lieutenant-colonel Yoma Djoua, l'omnipotent "bras droit" du président.

Malgré les tournées diplomatiques en Europe, le climat de violence et l'incertitude ont paralysé l'économie du pays dont le PIB a fortement chuté entre 1991 et 1993. Le mécontentement provoqué par les conséquences de la forte inflation (35,9%) qui a suivi la dévaluation du franc CFA (12 janvier 1994), ainsi que par les retards dans le versement des traitements et les difficultés quotidiennes croissantes n'a pas déclenché de mouvement de la part d'une population encore marquée par l'échec de la grève générale de neuf mois, qui avait été lancée en novembre 1992 par la Confédération des syndicats indépendants.

1995-1996 :

A la tête du Togo depuis 1967, le général Étienne Gnassingbé Éyadéma, usant de la pression d'une armée à sa dévotion pendant la mise en place des institutions de la IVe République, a quasiment rétabli son autorité absolue en 1996. Confiscation des médias d'État, contrôle des forces de sécurité, des préfets, de l'administration - les magistrats étant à la merci du pouvoir - ont marqué l'année. Onze des vingt et un membres du gouvernement formé le 29 novembre 1995 se sont retrouvés être des proches du chef de l'État, et le Premier ministre, Edem Kodjo, issu de l'Union togolaise pour la démocratie (UTD, opposition), est devenu le jouet du président. Il a subi, le 3 janvier 1996, une humiliation à l'Assemblée nationale avec le rejet du budget 1996 par 71 voix contre 6 (les 6 députés de l'UTD).

Le général Éyadéma ne contrôlait cependant pas encore l'Assemblée l'opposition ayant emporté de justesse les législatives de février 1994. S'il y parvient, il pourra empêcher, en toute légalité, la mise en place des institutions d'un État de droit prévues par la Constitution. Au Parlement, où le Comité d'action pour le renouveau (Car) de Yawovi Agboyibo (principal parti d'opposition, 33 députés) a refusé de siéger de novembre 1994 à octobre 1995, la mouvance présidentielle comptait 37 élus, l'UTD 6, deux membres étant non inscrits. Outre les débauchages individuels, les 3 sièges de l'opposition invalidés en 1994, objet de partielles en août 1996, constituaient un enjeu décisif. Malgré l'accord d'août 1995, le retour des 100 000 Togolais réfugiés au Ghana - où le lieutenant Vincent Tokofaï (opposant) a été assassiné en juillet 1995 - et au Bénin n'est pas réglé et les principales figures de l'opposition de 1991 à 1994, Léopold Gnininvi et Gilchrist Olympio, étaient toujours en exil en Europe.

Dans ce climat de restauration dictatoriale, la France, qui a repris sa coopération avec le pays dès 1994 et a engagé plus de 200 millions FF en 1995, a tenté de convaincre ses partenaires européens de l'imiter. Elle a notamment octroyé 17 millions FF aux forces de sécurité togolaises lors de la commission mixte de juin 1996. A partir de 1994, de laborieuses négociations ont été engagées avec la Banque mondiale en vue d'un nouvel accord, moyennant la libéralisation du très endetté Office togolais des phosphates - ces derniers constituent la principale exportation avec 2,6 millions de tonnes en 1995 -, et des filières agricoles, dont le coton (165 000 tonnes en 1995). Le Togo a cessé de rembourser sa dette extérieure - supérieure au PIB annuel - et les recettes du budget 1995 n'ont couvert que 60 % des dépenses.

Les relations avec le Ghana sont demeurées empreintes de méfiance malgré la nomination, en juillet 1995, d'un ambassadeur à Accra, le premier depuis 1982.

1996-1997

Le général Étienne Gnassingbé Éyadéma a fêté, le 13 janvier 1997, le trentième anniversaire de son accession au pouvoir par les armes et l'éviction au Zaïre (devenu la République démocratique du Congo) du maréchal Mobutu Sese Seko a fait de lui le vétéran d'une Afrique du passé où partis uniques et juntes militaires tenaient le haut du pavé. Marginalisé par la conférence nationale de 1991, il a reconquis en cinq ans la maîtrise absolue du pays en s'appuyant sur une armée à sa dévotion et en utilisant les divisions de l'opposition démocratique, dont la première force, le Comité d'action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo, a disposé à l'Assemblée de 33 des 81 sièges. Depuis les élections partielles d'août 1996, boycottées par le CAR qui doutait de leur équité, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), ancien parti unique, et ses épigones ont acquis la majorité absolue avec 43 sièges. En nommant Premier ministre l'un de ses fidèles, Klutsé Kwassi, au lendemain de ces scrutins, le chef de l'État a mis fin à une pseudo-cohabitation, initiée en février 1994, pendant laquelle Edem Kodjo, issu d'un parti minoritaire de l'opposition - l'Union togolaire pour la démocratie, UTD -, a été le plus souvent le jouet du dictateur. Ce dernier, contrôlant la Cour constitutionnelle mise en place en février 1997, avait désormais les mains libres pour tailler une Constitution sur mesure et préparer l'élection présidentielle de 1998.

Dans ce contexte, le Togo, où les investissements publics ont été inexistants depuis 1991, n'est pas parvenu à séduire les partenaires économiques étrangers, même français. Les bailleurs de fonds traditionnels sont restés sur la réserve, d'autant que le FMI, qui a gelé ses engagements en 1996, s'est montré exigeant, notamment sur le calendrier des privatisations concernant la filière coton et les phosphates, principales sources de devises du pays. Le PIB, en 1996, a égalé son montant de la fin des années quatre-vingt. Le Togo a élargi sa coopération vers l'Asie, où il a pu compter sur l'appui financier du Japon, vers le monde arabe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Koweït) et vers l'Iran, se prévalant de son nouveau statut d'observateur auprès de l'Organisation de la conférence islamique (20 % des Togolais sont musulmans).

Pour faire oublier l'impasse politique dans laquelle il a conduit son pays, le général Éyadéma a multiplié les missions de bons offices pour régler le différend frontalier entre le Cameroun et le Nigéria. Il a accueilli, en mars, un sommet de l'OUA (Organisation de l'unité africaine) sur l'ex-Zaïre, qui n'a pas abouti.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier