Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Articles sur le Togo
SYNTHESE DE DIVERS ARTICLES PARUS SUR LE TOGO

L'AUTOSUFFISANCE ALIMENTAIRE :

Le Togo est un pays rural où l'agriculture fait vivre 80 % de la population. Près des deux tiers des togolais travailent dans la production agricole, qu'il s'agisse de cultures commerciales,  vivrières  ou  bien  d'élevage. L'agriculture représente 36 % du Produit national brut. Concentré d'Afrique, le Togo connait un climat tropical au sud, propice à la culture du café et du cacao, tandis que le climat moins chaud et sec du nord favorise l'élevage et la culture du coton.

L'autosuffisance alimentaire a longtemps été un objectif des autorités. Ainsi, le budget consacré à l'agriculture s'est-il accru en moyenne de 11l % par an depuis 1962, pour atteindre près de 2,7 milliards de F CFA dans les années 1990. Déjà en 1977, le chef de l'État lançait l'idée d'une révolution verte, destinée à inciter les Togolais à produire davantage pour la consommation nationale, afin de moins dépendre de l'extérieur. Des mesures concrètes furent prises: réforme foncière pour une meilleure utilisation des sols, subvention par l'État à hauteur de 50 % des engrais chimiques et pesticides, création d'une caisse internationales, le gouvernement s'est vu contraint d'augmenter les prix des produits agricoles. La crise des années 1991 - 1993 a déstabilisé le marché agricole mais a eu paradoxalement un effet bénéfique : de nombreux citadins sont retournés à la campagne En revanche, les caprices climatiques sont incontrôlables, eux. En ce mois de mars 1996, la saison pluvieuse est en retard sur son rendez-vous annuel. Quand tombera donc la pluie ?.

Les trois cultures de rente

Les cultures de rente destinées à l'exportation (occupant 25 % de la population active) et les cultures vivrières (70 % des ruraux) se partagent l'agriculture togolaise.

Trois cultures de rente dominent : coton, café et cacao. Plus modestes, l'arachide et le palmier à huile satisfont la consommation locale. Culture traditionnelle du Togo, le coton a vu sa production s'accélérer depuis 1974 sous l'impulsion de la Société togolaise de coton (Sotoco) La production de coton graine a atteint 146000 tonnes en 1996-1997, contre 131000 en 1993-1994 envisage de produire quelque 200000 tonnes de coton-graine en l'an 2000. La Socoto détient le monopole de l'achat du coton aux producteurs et de sa commercialisation. Mais le coton est sur la liste des secteurs à privatiser, ce qui suscite maintes interrogations. Alors que la Banque mondiale appelle à une libéralisation complète de cette filière, le gouvernement togolais (a l'instar de ses homologues africains), la Coopération française et la Compagnie française pour le développement des fibres textiles (CFDT) souhaitent préserver le caractère intégré de la filière. Le processus de privatisation est en cours, l'État se désengagera de l'égrenage et de la commercialisation de la fibre.
Dans une première phase, il continuera d'acheter le coton-graine  aux  paysans pour leur garantir un prix minimum. En attendant, le gouvernement a fait une fleur aux    producteurs en novembre dernier. Il a décidé que la moitié des bénéfices nets  de  la  Sotoco leur seraient distribués. Ainsi, les producteurs recevront 1,1 milliard de F CFA versés par l'intermédiaire des associations qui surveillent la commercialisation du coton.

La France est le principal importateur de tourteaux de coton qu'elle utilise dans La fabrication  d'aliments  de bétail. (6050 tonnes sur un total de 6180 en  1997). L'huilerie de coton Niotor détenue à 51 % par la CFDT, négocie  la  reconduction d'une convention d'approvisionnement en gr de coton par la Sotoco. Nioto produit- et exporte également du tourteau de palmistes, de l'huile brute de palmiste et du beurre de karité.
Le café et le cacao garantissent de bonnes recettes d'exportation. Pour la campagne 1996-1997, les exportations de café se sont élevées à 17537 tonnes, contre 5043 pour la période 1995-1996. Le cacao fait mieux encore: les exportations sont passées d'une année sur l'autre de 5132 à 14497 tonnes, soit une augmentation de 340%! Cette hausse spectaculaire découle la libéralisation de l'achat du cacao en 1996-1997, avec la fermeture de l'OPAT, organisme chargé des achats au Togo.

A ces bons résultats des cultures de rente s'ajoute une tendance encourageante s'agissant des cultures vivrières. Pour la campagne 1996-1997, les surfaces de cultures vivrières occupaient 1,35 million d'hectares contre 1,1 million trois ans plus tôt. Les céréales prédominent largement et le maïs, cultivé en association avec presque toutes les autres cultures vient en tête dans la politique d'assolement. Au cours de la campagne 1996-1997, la production de maïs a atteint 3900tonnes. Le sorgho est cultivé essentiellement dans le nord et dans la zone maritime mais gagne la région des plateaux. En 1996-1997, la production de solgho s'est élevée à 156000 tonnes. Le bilan est globalement satisfaisant selon la Direction des enquêtes et des statistiques agricoles car la production céréalière togolaise a affiché hausse de 15 % pendant la campagne 1996-1997 par rapport à la campagne précédente De quoi alimenter le rêve toujours actuel d'autosuffisance alimentaire.
On se met à y croire à la vue de ces innombrables parcelles sur le bord de mer dans l'agglomération de Lomé. Cultures potagères y prolifèrent, arrosées méticuleusement en ces temps où la pluie ne daigne pas apparaître. Pourtant, le Togo importe encore une partie de son alimentation. Gros consommateurs de riz. les Togolais en cultivent peu. L'importation de riz reste la plus importante des produits alimentaires. Enfin le manioc l'igname, le mil et le haricot représentent des cultures traditionnelles dans le pays. L'igname est notamment produite dans la région des Plateaux et celle de Kara.

Le Togo, pays d'élevage

Le Togo est aussi un pays d'élevage que pratiquent les deux tiers des paysans. Surtout présent dans le nord du pays et dans la région de l'Ogou, l'élevage bovin d'environ 270 000 têtes est pratiqué sur des pâturages naturels et des jachères. Le cheptel d'ovins caprins et porcins est disséminé à travers l'ensemble du territoire. L'offre demeure cependant insuffisante et le pays doit importer de la viande et des produits laitiers.

Si la production agricole a été soumise à de nombreux aléas depuis le début de la décennie tant à cause de la politique des problèmes et des troubles, elle poursuit son redressement. L'année 1998 a été déclarée année de la relance de la production agricole. Les autorités entendent mener une intense action de sensibilisation poulaire afin de redynamiser la production de l'agriculture vivrière.

DIVERS ARTICLES TIRES DE LA PRESSE INTERNATIONALE :

Entre intégration économique régionale et rattachement au marché mondial, l'Afrique de l'Ouest cherche les voies d'un développement qui ne soit pas entièrement subordonné aux stratégies des grandes puissances et des sociétés multinationales. Mais les tentatives d'organisation d'un marché commun ont jusqu'à ce jour échoué faute de projet et de volonté politiques, et l'établissement de zones franches tournées vers le large donne l'illusion d'une participation active à la globalisation. Illusion trompeuse, car, en fait, les investissements étrangers se font de plus en plus rares dans cette partie du monde et, quoi qu'en pensent les doctrinaires du Fonds monétaire international, il est vain d'espérer qu'un tel système contribuera à assainir une situation à bien des égards catastrophique.

EN 1989, lorsque les bonnes fées du capitalisme international se penchèrent sur le berceau de l'économie du Togo, tous les espoirs semblaient permis à ce petit pays de 3,5 millions d'habitants, ruraux à 80 %. Sur la suggestion d'un organisme américain d'aide aux investissements privés à l'étranger, l'Overseas Private Investment Corporation (OPIC), avec l'assistance financière et technique de l'Agence américaine pour le développement international (Usaid), de l'Agence des Nations unies pour le développement industriel (Onudi) et de la coopération française, les conseils de la Banque mondiale et les bons voeux du président George Bush, le Togo avait été choisi pour y implanter une zone franche modèle en Afrique de l'Ouest.

Vitrine du capitalisme libéral sous la houlette du général-président Gnassingbe Eyadema, en place depuis janvier 1967, le pays est l'enfant chéri du Fonds monétaire international, dont il devance les programmes d'ajustement structurel en privatisant entreprises et services publics, libérant des cohortes de chômeurs. Il méritait bien quelque sollicitude de la part de ses amis pour récupérer une main-d'oeuvre bon marché, offerte aux délocaliseurs du monde entier, prêts à investir des capitaux dans des zones protégées, exonérées de toute imposition.

Fort de ses avantage, stabilité politique, tradition commerciale, infrastructures satisfaisantes et bon réseau de communications, le Togo mit rapidement au point statut légal et critères d'éligibilité. En échange de l'obligation de réexporter la quasi-totalité des produits fabriqués ou transformés (1) et de réserver 80 % des emplois à des Togolais, le gouvernement offrait des avantages substantiels: exonération de tous droits de douane à l'importation et à l'exportation et d'impôt sur les bénéfices pendant dix ans (ils sont ensuite taxés à 15 %), tarifs préférentiels en particulier sur l'énergie et les télécommunications, zone industrielle aménagée et... code du travail adapté (2).

Six ans plus tard, le carrosse est redevenu citrouille: déstabilisé par une interminable et violente crise politique, engagé dans un mouvement de démocratisation interrompu, tandis que la population subissait brutalement les effets de la dévaluation de 50 % du franc CFA, le pays tente de refaire surface. Des 100 000 emplois rêvés, 4 000 environ ont été créés par une trentaine d'entreprises (une vingtaine d'autres sont en cours d'installation), pour un investissement global de 116 millions de francs. Les activités sont aussi diverses que la fabrication de cheveux synthétiques, colle industrielle, cosmétiques, batteries et radiocassettes, l'horticulture, la production d'huiles végétales ou de plantes aromatiques. Pas de haute technologie, la main-d'oeuvre est essentiellement féminine, les salaires au niveau du minimum local et, si l'administration exige, pour l'agrément des entreprises candidates, le dépôt d'un plan de formation, elle reconnaît que les transferts de technologie se limitent à celui d'un savoir-faire (know-how) assez élémentaire. Mais plus encore que le coût de la main-d'oeuvre, la qualité des services et des infrastructures offerts, les entreprises, en particulier asiatiques (coréennes, chinoises, indiennes), majoritaires, sont attirées par la possibilité de pénétrer les marchés européens et nord-américains en contournant les barrières commerciales. Signataire des accords de Lomé et pays membre du groupe A le Togo a un accès privilégié à l'Union européenne et bénéficie par ailleurs de quotas préférentiels aux Etats-Unis.

Car la concurrence est sévère sur le marché mondial des zones franches en pleine explosion. En Afrique, on en compte une trentaine employant environ 250 000 personnes.

L'exception de Maurice

EN tête, un modèle de réussite, l'île Maurice, investie par des capitaux asiatiques, base de pénétration du marché commun et d'accès aux pays du Proche-Orient. Créée en 1970, la zone franche couvre tout le pays, emploie 100 000 travailleurs et rapporte 1 milliard de dollars. En vingt ans, le taux de chômage est tombé de 20 % à 3 % tandis que celui de syndicalisation grimpait à 25 %. En quasi-pénurie de main-d'oeuvre, l'île privilégie désormais les investissements à forte valeur ajoutée et les emplois qualifiés, sous-traitant les autres à Madagascar et au Kenya.

Suivent la Tunisie, pratiquement au même niveau, puis loin derrière, l'Egypte, le Botswana, le Togo, le Ghana, le Kenya, Madagascar, le Zimbabwe. En queue, un modèle d'échec: Dakar, au Sénégal.

De plus en plus isolée du mouvement de mondialisation, l'Afrique attire de moins en moins d'investissements étrangers (moins de 5 % du total). Avec une double conséquence.

D'une part, les pays d'une même zone se font concurrence pour attirer les capitaux et réexporter chez les voisins une partie des biens fabriqués hors taxes. Au risque de ruiner aussi bien les productions locales que toutes les tentatives d'union économique régionale (lire ci-dessous l'article de Willy Jackson). Promouvoir un marché commun et les zones franches n'est guère compatible. Conscient du problème, le premier ministre du Togo, M. Edem Kodjo, ne l'estime pas d'actualité "compte tenu du faible poids de celles-ci dans les échanges commerciaux (3)".

D'autre part, faute de pouvoir se montrer exigeants, les pays candidats risquent d'être victimes des opérateurs les moins fréquentables. En particulier de trafiquants de déchets polluants et de produits dangereux à la recherche de pays offrant des capacités de stockage et de traitement bon marché et peu regardants en ce qui concerne le contrôle des normes de sécurité. Un risque que M. Kodjo estime limité, les Etats côtiers ne voulant pas hypothéquer leur potentiel touristique par une image négative auprès d'opinions publiques sensibilisées (4).

Ou encore d'être séduits par des promoteurs de centres financiers offshore, associés ou non à des investisseurs industriels. Tel le projet envisagé pour l'archipel de Sao-Tome-et-Principe (voir ci-contre). Négocié par le fils de M. Charles Pasqua, ancien ministre français de l'intérieur, associé à d'autres investisseurs au sein d'une société, Moncey Investments, il prévoyait l'exonération de tout droit de douane, l'exemption perpétuelle d'impôt sur les bénéfices, l'absence de contrôle des changes et le libre rapatriement des capitaux, la possibilité de faire toute opération bancaire garantie par le secret et un code du travail allégé, dans un pays où la main-d'oeuvre est déjà l'une des moins chères du monde: environ 1 franc de l'heure.

Clients pressentis: la compagnie pétrolière Elf, fortement implantée dans le golfe de Guinée, pour l'entrepôt et l'entretien de matériels d'équipement et de prospection, un grand transporteur pour le stockage et le transit de marchandises en provenance ou à destination des pays de la zone, et enfin des détenteurs de fonds privés (gabonais, zaïrois, nigérians et autres) à la recherche d'un lieu de placement sûr et proche. Si une législation a bien été votée en décembre 1995 par le Parlement saoméen, créant une zone franche confiée à une société de gestion privée, le gouvernement se montre très prudent à l'égard d'un projet qui nécessiterait plus de 100 millions de dollars d'investissements dans la construction d'une centrale électrique et l'aménagement d'un port en eaux profondes. D'autant que le risque existe de voir s'installer à l'occasion des boîtes aux lettres de la criminalité financière vouées à la gestion des commissions occultes, au recyclage des détournements de fonds et au blanchiment de l'argent de tous les trafics.

Ailleurs aussi dans le monde, les zones franches prolifèrent. Il en existe plus de 250 réparties dans 70 pays, dont 100 en Amérique latine et aux Caraïbes, 65 en Asie employant respectivement 1,2 et 3 millions de travailleurs.

Héritières des ports francs de l'Empire britannique comme Singapour ou Hongkong, les zones franches se sont étendues, au début du siècle, du commerce à la production agricole (en particulier en Amérique centrale où les enclaves de la United Fruit ont contribué à la "bananisation" de petits pays soumis à une économie de rapines), puis à l'industrie, des maquiladoras mexicaines aux "zones économiques spéciales" chinoises en passant par la zone aéroportuaire irlandaise de Shannon, première du genre en Europe, créée en 1960 (5).

Considérées comme des moyens efficaces d'intégrer les pays en développement à la mondialisation des marchés et d'accélérer la globalisation de l'économie, les zones franches bénéficient du soutien idéologique et financier des organisations internationales (FMI, Banque mondiale et système onusien). Partout les mérites de la formule sont vantés dans les mêmes termes: attirer les investissements étrangers, créer des emplois, développer l'industrie nationale et les infrastructures, favoriser les transferts de technologies et procurer des devises. Tout ce qu'il faut pour séduire les gouvernements des pays en voie de développement qui s'empressent de brader leur main-d'oeuvre, se livrent au dumping fiscal ou font assaut d'antisyndicalisme pour tenter de séduire des capitalistes partis faire leur marché autour du monde à la recherche de parkings industriels à prix cassés.

Croire que les problèmes du développement et des rapports Nord-Sud peuvent être réglés par le coup de baguette magique des zones franches en faisant l'impasse sur les transformations sociales et économiques et d'un partage moins inéquitable des richesses, c'est faire preuve d'une de ces fausses naïvetés que cultivent certains politiques mais qui n'effleurent pas les états-majors des sociétés multinationales. Car ce sont elles qui ont fait entrer les zones franches dans leurs stratégies mondiales de délocalisations industrielles et commerciales pour améliorer leur compétitivité et augmenter leurs profits, prendre des parts de marchés et pénétrer les mieux protégés.

Elles le font directement ou par l'intermédiaire de filiales et de sous-traitants, implantés le long des grandes routes du commerce international, à proximité de marchés ciblés ou des pays à fort pouvoir d'achat. Installation provisoire d'entreprises qualifiées d'"hirondelles", faisant des investissements légers et mobiles, amortis en un ou deux ans, prêts à déménager pour des avantages supérieurs accordés ailleurs ou en raison de nouvelles orientations stratégiques. Rien d'étonnant à ce que ces investissements n'aient pas d'effet durable sur les économies nationales et ne s'accompagnent d'aucun transfert de technologies.

Les études de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) comme celles de l'Organisation internationale du travail (OIT) (6) montrent que les investisseurs sont non seulement à la recherche de travailleurs sous-payés mais qu'ils les veulent nus, privés du minimum de droits sociaux et libertés syndicales reconnus. L'emploi, cadet de leurs soucis, est très médiocre; généralement de seconde zone, répétitif, sous-qualifié, précaire, souvent dangereux et polluant et toujours mal payé: 3,3 francs de l'heure au Togo, 3,8 francs à l'île Maurice, 5 francs en Malaisie, contre 16,5 francs en Corée du Sud par exemple.

Au total environ 4,5 millions d'emplois créés dans le monde en vingt-cinq ans, dont 80 % concentrés sur huit pays: Chine, 2,2 millions, Mexique, 460 000, République dominicaine, 150 000, Porto Rico, 150 000, Brésil, 140 000, Pakistan, Tunisie, île Maurice, 100 000 chacun (7). Même si la progression dépasse les 10 % par an, le chiffre reste dérisoire. Chaque année, les pays en voie de développement ont 40 millions de nouveaux demandeurs d'emploi, et ils totalisent 700 millions de chômeurs et de sous-employés. C'est surtout dans les micro-Etats (Singapour, île Maurice), où la zone franche coïncide avec l'ensemble du territoire et où la population est si réduite, que l'impact sur l'emploi est significatif.

Dans la plupart des cas, le pays d'accueil aura dû investir ses faibles ressources dans l'aménagement logistique de la zone franche, pouvant représenter l'équivalent d'une année de salaire ou plus par emploi créé. Quant aux entrées de devises, elles doivent être diminuées des sorties nécessaires pour l'importation des matières premières et produits à transformer. Aucune évaluation précise du rapport entre coûts et avantages n'étant jamais réalisée - évaluation d'autant plus délicate que les comptes des sociétés implantées sont généralement obscurcis ou inaccessibles -, il est difficile de mesurer si les risques des zones franches valent la peine d'être courus.

Sans doute pas en Afrique, en dépit de l'avis contraire des responsables. Si la main-d'oeuvre y est imposable à bon marché, il y manque souvent la logistique dont disposent nombre de concurrents: réseaux de transport et de télécommunication ultra-modernes, règles du jeu bien définies et stables, administration efficace. Aussi les pays africains risquent de n'attirer que des investisseurs intéressés par le contournement des barrières commerciales européennes ou américaines avec les mesures de rétorsion qu'il ne manquera pas un jour de provoquer. Ou encore, d'offrir une prime inutile à des entreprises qui auraient de toute façon investi pour s'implanter sur les marchés locaux, réduisant d'autant les chances d'attirer des capitaux utiles au développement à long terme, tout en entretenant une guerre larvée avec les pays concurrents de la région.

Enfin et surtout, les zones franches obéissent à une logique: celle de se constituer en entités autonomes, dotées d'un statut d'extraterritorialité. Territoire délimité et isolé de l'extérieur, accès surveillé et réservé à ceux qui bénéficient du régime dérogatoire de la zone, soumise à une gestion privée avec services autonomes de sécurité, de télécommunications, de fourniture d'énergie, etc., règlement intérieur appliqué au personnel employé. L'objectif: se voir reconnaître le droit d'être et d'agir hors la loi et hors la souveraineté de l'Etat d'accueil, qui s'en trouvera réduite d'autant. D'où l'attrait des zones franches pour tous les tenants de la globalisation, enclaves intégrées à la jungle du marché mondial dans des pays par ailleurs laissés à l'abandon.

Pour la CISL qui suit avec attention leurs activités, les zones franches sont "une vaste escroquerie économique et sociale". On peut sans doute compter sur elles pour que les pays en voie de développement "continuent à subir des stratégies imposées de l'extérieur", mais pas pour construire entre le Nord et le Sud cette "solidarité fondée sur la prise de conscience collective de l'interdépendance des uns et des autres", que le président de la petite République de Sao-Tome-et-Principe estime être la seule voie réaliste (8).

Notes:
(1) Un quota de 20 % peut être vendu sur le marché national s'il ne concurrence pas les productions locales.
(2) Loi du 18 septembre 1989.
(3) Entretien avec l'auteur.
(4) Idem.
(5) Depuis, malgré les réticences de Bruxelles, de nombreuses zones ont été créées, et la France projette d'en établir 20 à 25 dans les quartiers en difficulté. Le Monde, 1er décembre 1995 et 2 février 1996.
(6) Voir en particulier: "Zones franches d'exportation et violation des droits syndicaux", enquête de la CISL, à paraître en avril 1996, et le programme d'études du BIT sur les zones franches en Afrique et qui sera intégré au Rapport annuel 1996.
(7) Bailey, Parisotto et Renshaw, Multinationals and Employment: The Global Economy of the 1990s, OIT, Genève, 1993.
(8) Entretien avec l'auteur.

Pendant un quart de siècle, le discours officiel, relayé à l'extérieur par de puissants moyens médiatiques, a fait croire que le Togo était une "Suisse tropicale où il fait bon vivre" et "un havre de paix et de stabilité". Mais, comme Janus, le président Eyadéma - au pouvoir depuis 1967 - avait deux faces: l'une, monstrueuse et grimaçante, était tournée vers l'intérieur, astucieusement cachée à l'observateur qui ne voulait pas voir (1), et l'autre, souriante et généreuse, destinée à l'étranger. Ce régime a fonctionné avec une certaine efficacité jusqu'à l'épuisement de ses ressources de légitimation - notamment espèces sonnantes et trébuchantes et emplois clientélistes que les plans d'ajustement structurel ont asséchés - et surtout de ses grands mythes fondateurs du régime auxquels les Togolais ont fini par ne plus croire (2).

L'effondrement de la face souriante et du blindage occulte autour du pouvoir Eyadéma a mis en lumière l'autre face, plus réelle et redoutable: un pouvoir avec sa violence sauvage et sa force à l'état brut, exaspéré devant le processus démocratique, qu'il perçoit comme un coup d'Etat civil inacceptable.

Pour le général Eyadéma, la crise de la transition se conjugue d'abord en termes alimentaires (3). Aux quelque 300 officiers que comptent les Forces armées togolaises (FAT) réunis par lui, il a déclaré: "Il n'est pas question de se laisser faire, quitte à leur [les opposants] montrer que nous demeurons une armée solidaire. Nous acceptons de reprendre les commandes, mais de ne les laisser que quand nous aurons décidé pour l'honneur de notre corps, pour nos enfants, et pour éviter les souffrances à venir. (...). Pensez à votre avancement, à votre tranquillité et à votre retraite (4) ."

A la conférence nationale qui s'est tenue du 8 juillet au 28 août 1991 (lire ci-dessus l'article de Philippe Leymarie), les délégués ont insuffisamment pris en considération la spécificité de la donne militaire au Togo, alors même que, fidèles à leur patron, le chef de l'Etat, les FAT ont refusé d'y participer en tant que corps institutionnel, ne se sentant donc pas liées par ses décisions. Car, si le parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), est une coquille vide, l'armée est l'ossature et l'épine dorsale du régime. Son effondrement aurait de fâcheuses conséquences pour le président Eyadéma. Quelle est donc cette armée qui défraye tant la chronique, qui voit dans la démocratisation son élimination de l'Etat-entrepôt dans lequel elle a élu domicile depuis 1963 (assassinat du premier président Sylvanus Olympio) et, surtout, à partir de 1967 (prise du pouvoir effective par M. Eyadéma) où elle a commencé à consolider durablement sa position?

Forte de 13 000 hommes, soit un soldat pour 300 habitants contre un pour 1 300 au Zaïre, "l'armée togolaise est, selon M. Ayayi T. Apedo-Amah, délégué à la conférence nationale, un corps professionnel allogène au sein de la société, tant elle est haïe et assimilée au pouvoir dictatorial et policier d'Eyadéma. [Elle] a renoncé à ses tâches traditionnelles pour se transformer en milice tribale privée au service exclusif d'Eyadéma et d'un groupe d'officiers originaires de Pya, [ville natale du président] (5) ". Selon lui, l'origine régionale de ces hommes se répartit ainsi: 3 000 pour tout le Sud du Togo, 10 000 pour le Nord, dont 7 000 Kabyés (l'ethnie du président).

Quant aux 300 officiers, ils se divisent ainsi: 50 pour tout le Sud, 250 pour tout le Nord, dont 200 Kabyés (50 pour la seule ville de Pya).

Leur recrutement s'effectue au mois de juillet, à l'occasion des luttes rituelles des Evala, qui permettent à de jeunes Kabyés à la scolarité incertaine de s'engager massivement dans les FAT. D'où une armée essentiellement composée d'analphabètes et d'illettrés, que les Togolais appelent par dérision "l'armée des cousins". Dans une lettre ouverte adressée le 10 juillet 1991 au président Eyadéma, chef des armées, des militaires instruits s'insurgent: "Vous avez forgé une armée à votre image. Or cette image est celle d'un gros analphabète." Cette lettre aurait pu aller plus loin en relevant le recrutement qui favorise en priorité la famille d'Eyadéma, les ressortissants de Pya et les ressortissants kabyés. C'est ainsi que, sur 1 600 hommes recrutés en 1991, 900 sont kabyés et les 700 autres sont originaires du reste du pays. Cette pratique est systématique dans les douanes, la gendarmerie, les pompiers et la police où, sur 21 élèves officiers recrutés en 1990, 12 sont kabyés, 6 du Nord et 3 du Sud.

Pour M. Apedo-Amah, il existe une loi non écrite selon laquelle "les officiers du Sud n'ont pas le droit de commander les unités de combat" et certaines unités comme la garde présidentielle, le deuxième bataillon, la chasse aérienne, le régiment des paras-commandos et l'armement leur sont interdites, de même que les soldats sudistes ne peuvent servir dans l'escorte présidentielle et le magasin d'armes. Tout comme l'Ecole militaire de Tchichao est exclusivement réservée à l'ethnie du président. Les FAT sont composées de 26 unités, dont aucune n'est commandée par un Sudiste: 17 unités le sont par les Kabyés (dont 10 pour les seuls ressortissants de Pya), les 9 autres par des Nordistes.

Ces ressortissants de Pya sont souvent des membres de la famille du chef de l'Etat, qui détiennent entre 35 % et 40 % des commandements et qui sont en fait les "hommes forts" de cette armée. Ses fils Rock et Ernest dans les paras-commandos et deux autres dans l'aviation y brillent par leur présence souvent musclée et meurtrière. Emmanuel, un autre de ses fils, dirige à Lomé une milice paramilitaire qu'il a créée. Son demi-frère, le colonel Toyi Gnassingbé, qui dirige la garde présidentielle, sera tué lors de l'assaut du 3 décembre 1991 contre la Primature. Plus significatif est le cas du commandant Yoman Djoua, cousin du président, considéré comme l'un des plus redoutables et des plus puissants officiers supérieurs du pays. Responsable des escadrons de la mort, il dirige à lui seul quatre unités: l'armement, la sécurité, le troisième bataillon et la force d'intervention rapide. Lorsque le général Eyadéma nomme des non-Kabyés à des postes de responsabilité, il prend soin de les doubler par des Kabyés.

Comme toutes les dictatures militaires dans le tiers-monde, cette armée ponctionne une part importante du budget national, pratique que les plans d'ajustement structurel n'ont pas remise en cause. En 1982, ce prélèvement était d'un peu plus de 6 milliards de francs CFA, somme qui a atteint, huit ans plus tard, 13 milliards (6). Encadrée et entraînée par près de soixante-dix coopérants militaires français, dont certains commandent des unités (7), l'armée togolaise est considérée comme l'une des mieux équipées dans la région. Le Togo est lié à la France par des accords de défense signés le 10 juillet 1963 et des accords de coopération technique et militaire signés le 29 mars 1976, dont certains n'ont même pas été publiés par le Journal officiel de chacun des deux pays (8).

Majoritairement recrutée parmi les Kabyés, l'armée togolaise fait de la violence physique un mode d'expression de valeurs et de culture militaires. Se considérant peuple de "guerriers", à l'instar des Zoulous en Afrique du Sud, les Kabyés se perçoivent à travers le stéréotype du grand mâle imposant sa force physique conquérante, exaltée lors des luttes des Evala.

Par ailleurs, dans les sociétés acéphales qu'ils constituent, où n'existe pas de pouvoir politique central (chefferie par exemple), le président Eyadéma est perçu en véritable chef, comme le maillon manquant dans l'"évolutionnisme politique" kabyé, qui syncrétise en lui les représentations du chef au sens occidental et l'image de l'ancien au sens kabyé d'initié, d'âgé et de sage. A cet égard, c'est un fondateur d'une nouvelle tribu: l'armée, et un "chef de guerre", dans un pays où il n'y a pas de guerre, qui exhorte ses troupes à la bataille finale contre la démocratisation: "Le processus démocratique à l'heure actuelle a capoté (...) . L'armée a retrouvé son unité et sa force (...) . Tout est prêt pour la bataille finale (...) . En collaboration avec la police, le nettoyage a bien commencé avec certains de nos éléments (...) . Des actes d'intimidation font partie de nos plans. Mais essayez d'être le moins sanglants possible. Il peut y avoir des mises à sac, mais les mises à feu sont peu recommandables, même si utiles. Je ne voudrais pas entendre parler de viols ni d'actes perpétrés contre les enfants ou les femmes. Cela peut se retourner contre nous. Pas d'enlèvements à tort et à travers, c'est aussi un couteau à deux tranchants (9) ."

Les délégués à la conférence nationale ont sous-estimé la capacité de nuisance du président Eyadéma, qui s'est constitué un immense stock de ressources facilement mobilisables. Son armée, qui s'apparente plutôt à une milice privée, est à ranger parmi les ressources importantes dont il dispose. Son long exercice du pouvoir, que l'on confond trop souvent avec stabilité politique, lui a servi à de se constituer un capital humain et financier considérable. Capital humain, car il connaît la plupart des hommes politiques qui sont, à quelques rares exceptions, ses créatures, et qu'il sait manipuler. Capital de ses relations avec les chefs d'Etat étrangers, en Afrique notamment, avec M. Félix Houphouët-Boigny, en Côte-d'Ivoire, M. Paul Biya au Cameroun, M. Blaise Compaoré au Burkina-Faso, et surtout en France où il dispose de soutiens non négligeables: le général Lacaze, MM. Pasqua, Giscard d'Estaing, Jean-Christophe Mitterrand, etc. Ce qu'il reconnaît lui-même en disant à ses officiers: "Des amis français, surtout de la droite, sont prêts à nous aider (10) ." Capital financier enfin, dont l'importance a été révélée à la conférence nationale par les communications de M. Antoine Folly et de l'ancien ministre Kabasséma.

L'instruction scolaire rudimentaire alliée à la brutalité du président Eyadéma, synonymes pour beaucoup de rusticité, de manque d'intelligence et de ruse, ont joué plus d'un tour à ses adversaires qui l'ont bien sous-estimé, le croyant incapable d'imaginer des scénarios pour conserver son pouvoir, même si ceux-ci relèvent de la terreur et de la mort. En tout cas, il a réussi à manoeuvrer le premier ministre de la transition, M. Koffogoh, qui, aujourd'hui, est objectivement passé dans son camp. Il doit rester encore quelques résidus de mythes fondateurs du pouvoir Eyadéma dans l'imaginaire des Togolais, et la violence avec laquelle ils cherchent à s'en débarrasser prouve leur prégnance. Comment déboulonner, en effet, facilement un dieu que les Togolais se sont fabriqué, de gré ou de force, et qu'ils ont adoré des années durant, allant jusqu'à offrir au Minotaure qui leurs filles, qui leurs épouses, et à lui sacrifier des parents - par la délation - dans les camps de la torture et de la mort, contre quelques avantages matériels?

Notes:
(1) Ainsi ont tour à tour décerné un brevet et satisfecit en matière de respect des droits de l'homme au général Eyadéma la Croix-Rouge ( cf. Jeune Afrique du 8 janvier 1990), Bernard Kouchner ( cf. la Croix du 14 février 1990), Roger Leray, ancien grand maître du Grand Orient de France ( cf. la Nouvelle Marche, du 11 mai 1990), ainsi que Régis Debray, etc.
(2) Dans le Togo sous Eyadéma (Karthala, 1986, Paris), analysant ces mythes fondateurs, nous avons montré comment M. Eyadéma manipulait les cultures autochtones pour consolider son pouvoir.
(3) Sur le néopatrimonialisme, voir Jean-François Bayart, l'Etat en Afrique: la politique du ventre, Fayard, Paris, 1989.
(4) Propos tenus par le général Eyadéma devant ses officiers supérieurs, le 14 janvier 1993, à l'état-major à Adidogomé, près de Lomé, enregistrés sur Radio-Liberté, une radio pirate proche de l'opposition, et transcrits par nos soins.
(5) A.T. Apedo-Amah, "Le tribalisme dans l'armée", Lomé, CATR, août 1991, p. 3 (communication à la Conférence nationale).
(6) Cf. SIPRI, World Armaments and Disarmament 1992, Oxford University Press, 1992, p. 257.
(7) Sans compter les officiers français en "mission de formation et d'assistance" au Togo, à qui sont confiés l'air, les transmissions, la marine, la logistique, le génie, la santé, la direction des services généraux, le collège militaire, etc. Cf. Jeune Afrique, 1674, 4-10 février 1993, p. 5.
(8) Valentin Hodonou, "Ce que cachent les accords spéciaux", Africa International, 245, janvier 1992, p. 32.
(9) Propos tenus par Eyadéma, Ibidem.
(10) Ibid. Lire aussi Marc Pilon, "La transition togolaise dans l'impasse", Politique africaine, mars 1993.

Robert Cornevin, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences d'outre-mer, commence par une belle et touchante déclaration d'amour: "J'ai passé au Togo huit des plus belles années de ma vie." C'est donc en parfait connaisseur que cet africaniste de grand renom nous livre un bilan global du Togo d'hier et d'aujourd'hui. En se fondant sur une documentation qu'il a longuement dépouillée, il décrit "le temps des Allemands". Il aborde ensuite la période française jusqu'à la proclamation de l'indépendance.

Nous voici alors au Togo d'aujourd'hui. L'auteur passe en revue sa démographie, ses religions, sa politique sociale, sa vie culturelle, ses perspectives économiques, avant de retracer, dans un dernier chapitre, les années de gouvernement du général Eyadéma.

Il s'agit d'un maître livre que nous donne l'un des meilleurs connaisseurs de l'Afrique au sud du Sahara

ELECTIONS :

La campagne pour l'élection présidentielle, prévue le 6 juin prochain (1998), bat son plein dans les colonnes de la presse togolaise. Journaux favorables au régime et ceux de l'opposition ferraillent à l'approche de l'échéance, signe que la liberté d'expression existe au Togo, à défaut d'être toujours appliquée à bon escient. En effet, phrases assassines, raccourcis lapidaires, voire attaques personnelles émaillent les articles d'une presse davantage d'opinion que d'information, volontiers polémique. Mais c'est sans doute le prix à payer avant que les journalistes ne se professiomialisent et ne s'autodisciplinent. À la télévision, l'opposition a droit de cité, meme si certains de ses ténors s 'insurgent contre le peu de place qui lui est accordé selon eux. De fait, Si le journal télévisé rend compte en détail des marches de soutien  en  faveur  du  président sortant, Gnassingbé Eyadéma, il n' occulte pas pour autant les activités et réunions des partis de l'opposition.

POURTANT, il serait difficile de ressentir une fièvre électorale dans le quotidien.
Certes, à Lomé, des barrages militaires contrôlent de temps à autre les véhicules, surtout la nuit. Mais le Grand Marché de la capitale reste un temple du commerce et le quartier regorge de produits.

Et, dans le port, les cargos déchargent leurs containers et déversent camions et voitures d'occasion, promis à un marché en pleine expansion... Les responsables gouvernementaux rencontrés affichent leur satisfaction devant les bons résultats d'une économie qui recouvre sa santé, après les années sombres 1991 - 1993, après cette grève de neuf mois, vécue comme un traumatisme. Les indicateurs économiques virent au vert, déjà tout un programme... Prématuré encore de se répandre sur le prochain scrutin.

En fin politique, l'homme fort du pays dont il préside les destinées depuis une trentaine d'années, a attendu que ses adversaires sortent du bois pour se déclarer. jadis, le général De Gaulle, pour lequel le président togolais voue une admiration sans bornes, ne maniait-il pas le suspense jusqu'au bout? Alors, comme de coutume dans ce genre de situation, c'est bien sûr de l'opposition que le premier coup est parti.
Les seuls candidats en lisse sont le président Gnassingbé Éyadéma, le professeur Léopold Gnininvi pour la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), Gilchrist Olympio, fils du premier président du Togo pour l'Union des forces du changement (UFC) et Maître Yaovi Agboyîbo pour le Comité d'action pour le renouveau (CAR).

Deux camps en présence. Une majorité présidentielle, soudée autour de son chef - désormais le premier chef d'État africain en longévité de pouvoir - structurée par un parti, longtemps le seul. Un parti qui se confond avec l'histoire du Togo indépendant, qui se prévaut ainsi d'une légitimité historique et qui se veut rassembleur autour d'un « sage » du continent, adoubé par Mandela, contre des leaders de partis en mal de responsabilités nationales. Une opposition « plurielle », au pire hétéroclite, qui voudrait accéder aux affaires et milite pour l'alternance. Une de ses figures de proue, Édem Kodjo, chef d'un parti d'opposition minoritaire, l'Union togolaise pour la démocratie (UTD) et, surtout, ancien secrétaire général de l'OUA ne s'est pas encore déclaré Il fut aussi premier ministre en avril 1994 damant le pion à maître Yaovi Agboyibo président du Comité d'action pour le renouveau (CAR), le plus important parti de l'opposition. L'animosité entre les deux hommes reste encore vivace. Le contentieux entre ces deux dirigeants risque fort d'atteindre son paroxisme à l'occasion de la prochaine consultation.

Deux camps, deux programmes ? Coté majorité présidentielle, l'argumentaire réside dans la préservation de l'unité de la Nation et le redressement de l'économie togolaise. Celle-ci a redémarré, tous secteurs confondus, excepté le tourisme encore en léthargie. Les autorités qui versent régulièrement les salaires à leurs fonctionnaires, invoquent une politique de libéralisation génératrice de rentabilité. Le port autonome de Lomé a dépassé son trafic des années fastes. Les bailleurs de fonds, Banque mondiale en tête, coopèrent à nouveau avec le Togo, après une mise en quarantaine due à la crise du début des années quatre-vingt-dix. La crise, les troubles, mais surtout la grève de neuf mois qui mit KO la « Suisse africaine », voila bien la pierre d'achoppement avec l'opposition. C'est elle, clame la presse proche du pouvoir, qui fut à l'origine du chaos, de l'insécurité, et elle prétendrait prendre en mains le pays. L'opposition traîne avec elle ce passif. Elle souffre, comme on dit, d'un déficit d'image.

Outre l'alternance réclamée à cor et à cri, le programme de l'opposition, des oppositions plutôt, reste à finaliser. M. Gnininvi, au nom de la CDPA, entend ne pas ménager ses efforts pour « travailler main dans la main avec toutes les composantes de l'opposition en vue de l'avènement d'une société nouvelle au Togo». Et de lancer un appel pour que l'ensemble de l'opposition «mette
l'intérêt supérieur de la nation au-dessus de toute autre considération ». Un discours qui semble vouloir faire écho au pardon, à l'union et à la réconciliation invoquée par le chef de l'État. Mais l'opposition n'a pas manqué de croiser le fer avec le gouvernement. Elle a contesté le nouveau code électoral adopté par l'Assemblée nationale le 9 septembre 1997. Les députés du Comité d'action pour le renouveau (CAR) de Me Yaovi Agboyibo reprochaient au Parlement de n'avoir pas tenu compte de leurs requêtes. Pourtant, ce nouveau code reprend pour l'essentiel les propositions de l'opposition. Le nouveau gouvernement, constitué le 18, février dernier, est qualifié de « réaménagement tactique électoral » par l'opposition.

De manière récurrente, celle-ci accuse les autorités de lui mettre les bàtons dans les roues. Le CAR dénonce ce qu'il appelle des entraves au processus électoral et réclame des observateurs étrangers, comme ce fut le cas pour l'élection de 1994. Il se plaint de tracasseries qui toucheraient ses militants et sympathisants. Bref, affirme l'opposition, la période du « parti État» a laissé des traces. Le RPT et les pouvoirs publics s'en défendent, rejettent ces accusations d'opposants jugées dépourvues de propositions et crient à la manipulation.

Gilchrist Olympio, quant à lui, entend se placer, lui, sur un terrain plus économique. Mais pourra-t-il convaincre, alors que le pays précisément renoue avec les succès et retrouve son attrait pour les hommes d'affaires étrangers ?

Des tentatives ont bien eu lieu pour tenter de mettre fin à ce dialogue de sourds. À l'initiative du gouvernement, le 17 février dernier, le premier ministre, M. Kwassi Klutsé, invitait toutes les formations politiques à l'Hôtel du 2 février, un palace loméen. Cette rencontre avait pour objet de permettre au gouvernement et aux leaders de l'opposition d'échanger leurs points de vue sur les préparatifs de la consultation et dissiper le climat de méfiance. Une réunion importante, car l'ordre du jour comportait des sujets sources de désaccords entre les protagonistes : conduite des forces de sécurité et manifestations publiques, accès aux médias d'État, campagne électorale, organisation du scrutin, les formes qui doivent accompagner le discours politique à tenir. Cette rencontre devait servir de cadre de discussions pour résoudre une panoplie de points litigieux qui empoisonnent la vie politique nationale. Après avoir réclamé cette réunion, l'opposition a boycotté ses travaux en dénonçant son caractère irrégulier. Elle s'est rabattue sur des communiqués à la presse. Cette politique de la chaise vide est vertement critiquée par le pouvoir. D'autant que la dite opposition se retrouvait au grand complet à la résidence de France, lors de la réception organisée à l'occasion de la visite dans le pays du groupe parlementaire « Amitié France Togo»
Face à une mouvance présidentielle cimentée autour du RPT et du président Éyadéma, forte de son expérience du pouvoir, stimulée par l'embellie économique, l'opposition se présente en ordre dispersé et éprouve de grosses difficultés à présenter une réelle alternative. La presse favorable au gouvernement a dénoncé l'amateurisme, l'improvisation et le manque de stratégie de ses leaders. Elle y voit une alliance de circonstances, met en évidence des querelles de personnes, moque des ambitions personnelles démesurées. Elle se félicite que certains membres de l'opposition déçus rallient la majorité. L'opposition, de son côté, invoque son statut de quasi clandestinité qui fut le sien pendant longtemps, pour expliquer ses difficultés à mener des actions concrètes sur le terrain.

Sur le terrain, justement, ça bouge. De nombreuses marches de soutien se rendent dans les jardins de Lomé Il, la résidence privée du chef de l'État. Personnels de santé de la commune de Lomé, chefs traditionnels, représentants de l'enseignement confessionnel, pancartes à l'appui, manifestent bruyamment et dans l'allégresse leur allégeance au président Éyadéma. Debout, immobile sur une terrasse aménagée à cet effet, le chef de l'État écoute, sous une chaleur accablante, la clameur de la foule.

« Éyadéma, toujours au pouvoir! » Et le président, candidat, s'adresse ensuite à elle dans un long discours. L'opposition, quant à elle, mène une campagne de proximité qu'elle espère efficace, faute de gros moyens. Et aussi une campagne plus lointaine... dans des villes allemandes. Ce qui, au passage, a créé un léger froid entre Lomé et Bonn. La visite officielle de Koffi Panou, ministre togolais des Affaires étrangères, en Allemagne, pays considéré depuis plusieurs années comme le parrain de l'opposition togolaise, a dissipé les derniers nuages.

Nul doute qu'au fur et à mesure que va s'approcher l'échéance électorale, la campagne se fera plus vive. Les organes de presse donnent déjà le tempo, que les hommes politiques feraient bien, quant à eux, de modérer. Toute la classe politique garde en mémoire les années de crise qui firent régresser le pays. L'opposition prendrait-elle le risque de déclencher un processus d'instabilité qui compromettrait la reprise de l'économie et la bonne marche des élections? De son côté, les autorités ont la charge de créer les conditions d'un scrutin libre et équitable.

La mise à jour des listes électorales s'est effectuée sous le contrôle de la CEN; venant de Paris, un avion a atterri à l'aéroport de Lomé-Tokoin, chargé d'une précieuse cargaison   des caisses remplies de cartes d'électeurs confectionnées àl'imprimerie nationale dans la capitale française. L'appareil et son chargement furent accueillis avec tous les honneurs... La suite est attendue pour le début du mois de juin.

MEDIATION :

L'hommage est veun de Nelson Mandela. En visite à Pya, le village natal de Gnassingbé Eyadéma, en mars 1996, le président sud-africain louait le premier togolais pour « son inlassable activité pour la persévérance de la paix en Afrique ». Venant de celui qui fut et reste la conscience des peuples africains, ce brevet vaut caution. Depuis les indépendances dans les années soixante, conflits armés et guerres civiles ont en effet marqué la jeune bistoire du continent décolonisé. Une bistoire que couvre en grande partie le général Etienne puis Gnassingbé Eyadéma, à la tête de son pays  depuis  une  trentaine  d'années. Médiateur, sage - un titre que d'aucuns lui reconnaissent   depuis   la   disparition d'Houphouèt-Boigny, le «Vieux » - Eyadéma a pris plus d'une fois son bâton de pèlerin pour éteindre des incendies et réconcilier des chefs ennemis, ses pairs.

PARMI les nombreuses médiations entreprises par le président togolais, parfois d'ailleurs avec le concours d'autres chefs d'État africains, nous n'en retiendrons que certaines, révélatrices d'une diplomatie de terrain qui se veut pragmatique. En avril 1972, il contribue à la réconciliation entre le Nigéria, la Côte d'ivoire et le Gabon, en faisant se rencontrer le général Gowon, alors président nigérian, Félîx Houphouèt-Boigny et Omar Bongo. La guerre du Biafra, riche région pétrolifère, fut un des premiers conflits sanglants à grande échelle, de la mi-1967 à janvier 1970. La reconnaissance de l'État séparatiste par plusieurs leaders africains dont Houphouèt-Boigny et Bongo braqua naturellement contre eux le général Gowon, d'autant que l'intangibilité des frontières tracées par la colonisation fut très tôt érigée en dogme. En l'occurrence, il s'agissait aussi - surtout - d'une bataille pour l'or noir... Ainsi, lors du sommet de l'Organisation de la Communauté africaine et malgache (OCAM) le 26 avril à Lomé, Éyadéma initia une rencontre entre le premier nigérian et ses homologues ivoiriens et gabonais. Il profita de l'occasion pour bàtir les fondations de la future CEDEAO, appelée à regrouper économiquement quatorze pays de l'Afrique de l'Ouest.
En décembre 1974, la guerre éclate entre le Mali et la HauteVolta qui ne s'appelait pas encore Burkina Faso. Une querelle de frontière met le feu aux poudres. Au terme de nombreuses médiations auprès de Moussa Traoré à Bamako et de Lamizana à Ouagadougou, le président du Togo parviendra d'abord à un cessez-le-feu, puis à une paix signée en décembre 1975. Une paix fragile, puisque dix ans après exactement les combats reprenaient entre le Mali et le Burkina. Une nouvelle intercession d'Éyadéma incita Moussa Traoré à signer la paix le 17 janvier 1986, en territoire ivoirien, à Yamoussoukro, avec un nouveau venu sur la scène africaine, Thomas Sankara. Le courant ne passait pas vraiment entre le «trublion » burkinabé et l'homme fort de Lomé, mais ce dernier sauva probablement son jeune et impétueux collègue d'une sévère défaite militaire...
Le continent ne se limite pas à l'Afrique Noire. Dans le nord, au cours de la décennie soixante-dix, un certain Khadafi galvanise les jeunesses arabes, exaspère les chancelleries occidentales et encombre ses voisins. L'union qu'il propose - veut imposer - à l'Égypte finira par dresser contre le colonel libyen l'égyptien Anouar el-Sadate. Une rencontre à Lomé, en juillet 1977, entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays n'aboutissant à aucun résultat tangible, le président Éyadéma s'envole vers Alexandrie pour parler avec Sadate avant de rejoindre ensuite Khadafi.

Retour en Afrique de l'Ouest où la triple médiation Gnassingbé Éyadéma - William Tolbert (Liberia)- Daouda jawara (Gambie), àMonrovia en mars 1978, va contribuer à réconcilier l'ivoirien Houphouèt Boigny, le sénégalais Léopold Sédar Senghor avec le dictateur guinéen Sékou Touré. Ce dernier ne pouvait pardonner à ses deux adversaires d'héberger les centaines de milliers d'opposants fuyant le régime de Conakry. Après une longue période de vive tension entre les trois pays, la raison finira par l'emporter, sans que pour autant les méthodes de pouvoir de Sékou Touré ne s'adoucissent en Guinée.

Si la crise du Sahara occidental domina les travaux du sommet de l'OUA à Monrovia en juillet 1979, il fournit de nouveau l'occasion au chef d'État togolais de jouer les bons offices entre le président gabonais Bongo et son homologue béninois Mathieu Kérékou. A l'origine de cette brouille, qui se solda quand même par l'expulsion massive de béninois du Gabon, un mercenaire habitué des gros « coups » en Afrique, le fameux Bob Denard. Le débarquement de son commando de tètes brûlées à Cotonou provoqua l'ire de Kérékou contre le Maroc et le Gabon qu'il accusait d'avoir échafaudé l'opération. La rencontre du I 8 juillet 1979 permit de ramener le calme et de nombreux béninois chassés du territoire gabonais reprirent le chemin de Libreville.

C'est au printemps 1980 que se situe sans doute la mission la plus périlleuse en même temps que spectaculaire du président Eyadéma. A la demande de l'OUA, il est chargé de renouer le dialogue au Tchad entre deux anciens alliés, Goukouni Weddeye et Hissène Habré. L'organisation africaine sollicite alors le militaire, l'ancien combattant sous l'uniforme français. Le général Eyadéma s'embarque sur une simple pirogue pour traverser le fleuve Chari sous la mitraille. Il lui faudra un premier cessez-le-feu vite violé et deux conférences, en novembre 1980 et janvier 1981 pour faire baisser la tension entre les factions rivales tchadiennes.
Plus récemment, le président du Togo joua les médiateurs entre le Nigéria et le Cameroun pour un différend territorial. En juillet 1996, il rencontre successivement le président nigérian Sani Abbacha et celui du Cameroun, Paul Biya. En pleine guerre civile au Liberia, Eyadéma réconciliera un temps le président Amos Sa"vyer avec le chef des rebelles Charles Taylor, maintenant chef de l'État libérien. Mais la dernière médiation en date, il l'a consacrée à la crise congolaise. Il est caduc de se demander s'il a réussi ou échoué puisque une victoire militaire a intallé un nouveau pouvoir à Brazzaville, mais le premier togolais n'a pas ménagé ses efforts pour faire taire les armes. Un sommet de huit chefs d'État réuni à Libreville en septembre 1997 désigna Eyadéma et le président sénégalais A. Diouf pour apporter leur soutien à O. Bongo, afin de mettre fin aux combats meurtriers qui ravageaient la capitale congolaise. Fyadéma reçut Lissouba à Lomé, se rendit chez Mandela. L'occupation de l'ensemble du pays et la prise de Brazzaville et de Pointe Noire par les forces de D. Sassou Nguesso prirent le pas sur la diplomatie. Aux problèmes africains, des solutions africaines. Cette profession de foi, le président Eyadéma en a fait un support de son action et de la politique étrangère du Togo. Une manière pour ce petit pays de s'affirmer dans le concert des nations du continent africain.

LES PRIVATISATIONS :

Le Togo vient de franchir une étape importante dans le domaine de sa politique de privatisations en signant, le 6 mars dernier, un accord de prêt de 30 inlllions de dollars (18 milliards de Francs CFA) avec la Banque mondiale pour un programine de privatisation et de réformes - « le Progranune d'appui aux restructurations et à la privatisation des entreprises publiques » - destiné, selon un communiqué  de  la  Banque, a appuyer un développement largement basé sur le secteur privé de l'économie togolaise ». Le prêt est principalement destiné à financer des dépenses d'étude et de restructuration impliquées par ce programme.

La signature de ce programme, en discussion depuis plusieurs mois, signifie en effet que  les dernières hésitations des autorités de Lomé sur certaines des privatisations recommandées par la BM sont tombées. Elle confirme en outre des orientations déjà affirmées par le gouvernement depuis 1996 et laisse présager que nombre de dossiers de privatisation sont arrivés à maturité, au plan politique comme au plan technique. En réalité, ce programme est une conditionna lité forte des accords récemment conclus entre le gouvernement et les institutions de Bretton Woods pour le soutien financier à sa politique d'ajustement structurel, accords qui marque la reprise de l'aide financière de la communauté financière internationale après deux ans de suspension des décaissements du FMI.

Il porte particulièrement sur une liste de 15 entreprises , incluant les télécommunications, secteur dont la privatisation semble particulièrement tenir à coeur à la Banque, mais aussi le secteur financier. Un autre volet important prévoit la restructuration des établissements devant rester dans le portefeuille de l'État, soit le Port autonome de Lomé  et la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). A noter qu'il est prévu de favoriser la participation du public togolais aux privatisations via la bourse régionale d'Abidjan.

Les autres privatisations en cours ou achevées

La conclusion de cet accord ne marque pas, toutefois, le démarrage des privatisations et, plus largement, des restructurations du secteur public au Togo, ces dernières ayant commencé au début des années 1980, alors que l'État comptait dans son portefeuille quelque 74 entreprises et établissements publics. Il commença àprocéder, dés cette époque, à des restructurations passant par des liquidations. L'option des privatisations commença à être envisagée à la fin des années 1980, sous la pression des bailleurs de fonds, alors que les programmes d'ajustement structurel du FMI et de la BM commençaient à s'étendre un peu partout en Afrique, continent frappé à l'époque par une terrible crise des matières premières et de la dette.
Au Togo, toutefois, les privatisations ont peu avancé au début des années 1990, en raison d'une transition politique plutôt mouvementée. La relance des privatisations date véritablement de 1996, lorsque la stabilisation des institutions permit à nouveau à un gouvernement de travailler et de s'attaquer au redressement d'une économie en plein marasme. Un premier programme de restructuration et de privatisation a été négocié avec les bailleurs de fonds, concernant vingtcinq entreprises. Une liste de 15 entreprises supplémentaires vient donc d'être officiellement ajoutée.

En deux ans, certaines avancées ont été effectuées puisque sur une quarantaine de sociétés et établissements inclus dans le portefeuille de l'État, sept ont été liquidés et cinq privatisés. Pour mémoire, les liquidations de ces deux dernières années ont notamment concerné : l'OPAT (Office des produits agricoles togolais), la SONAPH (Société de palmeraies et d'huile), la SOTONAM (Société togolaise de navigation maritime), la SITO (Société immobilière du Togo), Togograin, l'Uproma (matériel agricole).
Concernant les privatisations, dans les Brasseries du Bénin (BB), les 40 % détenus par l'État ont été cédés au groupe Castel-BGI, qui contrôlait déjà la société. L'État a également vendu les 25 % qu'il détenait dans la CIMTOGO au partenaire norvégien de l'entreprise. Il a également cédé les 45 % qu'il détenait dans la Société générale des Grands Moulins du Togo (SGTM) à l'actionnaire privé - M. Bakalian - déjà présent au capital. L'État a également mis en vente les 40 % qu'il détenait dans TOGOGAZ, l'ONAF (Office national des abattoirs, 100 %) et la SATAL (complexe avicole). Mais la décision la plus importante a été, pour sa portée politique tout autant qu'économique dans le contexte togolais, la décision de privatiser le très stratégique Office togolais des phosphates (OTP), poumon de l'économie nationale, dont la privatisation est, à l'heure où nous écrivons ces lignes (Mai 1998), imminentes.
Ce n'est qu'après de longues négociations avec les institutions de Bretton Woods, dans le cadre d'un premier programme-FASR signé en 1995, que les autorités togolaises se sont résolues à privatiser l'OPT. Conseillé par Paribas sur ce dossier, le gouvernement a décidé de céder 40 % du capital de l'Office (dont 2 à 3 % pour les salariés et 10 % au public), ainsi que le contrôle de sa gestion au secteur privé. L'objectif de cette privatisation : améliorer la gestion et les performances de l'OPT, et porter sa production d'environ 2 millions de tonnes actuellement à 3,3 millions de tonnes à terme.
Le processus fut lancé en juin 1996 avec la publication d'un premier appel d'offres de présélection pour sonder le marche qui a attiré pas moins près de 16 candidats de
diverses parties du monde. En 1997, le gouvernement régla en préalable la vente des 50 % des parts que l'OPT détenait dans une joint-venture sud-africaine, IF (Indican Océan Fertiliser), chargée de décatméniser une partie du phosphate togolais. C'est le partenaire sud-africain d'IOF, Phoscor, qui a racheté les parts togolaises, pour un montant de 30 milliards de F CFA, et s'est ensuite porté candidat pour la privatisation de l'Office. Le produit de cette vente devait en partie être utilisée pour réduire la dette de l'OPT.
Un second appel d'offres du même type, cette fois-ci pour la privatisation finale, a été lancé début septembre 1997. Cette fois-ci, quelque six candidats ont été retenus par les autorités, dont : Phoscor, Agriphos (USA), Agriem (Canada), DTI (Inde), NorskHydro (Norvège). À la mi-mars, deux candidats restaient en lice DTI et le groupement Phoscor-Agriphos, pour les toutes dernières négociations.
Outre l'OPT, le gouvernement a engagé, mais avec beaucoup moins de bonheur dans les résultats, la privatisation de son important parc hôtelier, avec comme principal objectif de réhabiliter les installations et de relancer le tourisme, florissant à l'époque où le Togo était considéré comme la « Suisse » de l'Afrique de l'Ouest et où ses banques attiraient les capitaux de toute la région. Une liste de quelque 10 hôtels a été élaborée, dont trois situés dans la capitale et sept à l'intérieur du pays.
Dans un premier temps, le gouvernement a opté pour une vente pure et simple des établissements concernés. Mais un premier appel d'offres lancé début 1997 pour la vente des trois hôtels de Lomé - le Sarakawa, l'hôtel de la Paix et le Tropicana - s'est avéré totalement infructueux. Les autorités avaient sans doute surestimé l'attractivité du marché togolais (le taux d'occupation des grands hôtels de la capitale est tombé de 80 % il y a dix ans à 30-40 % aujourd'hui...), alors que les établissements concernés ont besoin d'importants travaux de rénovation et affichent une dette importante (dont en arriérés de salaires).
La déception fut grande, et le gouvernement s'est résolu à opter pour une formule de délégation de gestion, assortie d'engagement en matière d'investissement. Cette option s'est avérée plus porteuse: le groupe français Accor, qui avait eu un contrat de gestion sur 4 hôtels (suspendu en 1996) vient ainsi de conclure un accord pour la reprise de la gestion du Sarakawa, avec, à la clé, un programme d'investissement de près de 3,5 milliards de FCFA et des projets de relance du tourisme à partir d'un circuit régional (Niger-Togo-Côte d'lvoire-Burkina Faso).
Le nouveau programme qui s'ouvre et qui devrait s'échelonner sur 1998 et 1999, est toutefois - mis à part l'OPT - d'une importance supérieure en incluant des secteurs sur lesquels les autorités togolaises étaient jusqu'à présent plutôt hésitantes, et en tout cas peu empressées.

Des jalons ont toutefois été posés pour les services publics. Dans le cadre de la restructuration de l'Office des postes et télécommunications (OPTT), la scission entre, d'une part la Poste et, d'autre part les télécommunications, a été lancée par un décret de février 1996. En 1997, il a ouvert à la concurrence le secteur de la téléphonie cellulaire. La première licence a toutefois été accordée à Togo Telecom. Le programme conclu avec la BM début mars prévoit la mise au point d'un nouveau cadre réglementaire, couvrant à la fois les télécommunications et le secteur postal, et destiné à libéraliser ces deux secteurs et à favoriser le développement du secteur privé. L'objectif, à terme, est notamment d'améliorer la qualité et la couverture de ces services. Dans ce cadre, Togo Telecom sera privatisé tandis que le service des postes sera géré dans le cadre d'un contrat de performance passé entre l'État et l'encadrement. Pour les télécommunications, l'objectif est, en cinq ans, d'accroître de façon substantielle le nombre de lignes téléphonique disponible et de diversifier l'offre de services. Pour la poste, un système de franchise sera développé dans le but de tripler le nombre de bureaux de poste dans le pays.
En ce qui concerne la CEET (Compagnie d'énergie électrique du Togo), un premier jalon a été posé avec la signature, en mars 1997, d'un contrat de gestion intérimaire de neuf mois avec le cabinet d'étude-conseil français Mazard et Guérard. Parallèlement, les études sur la stratégie de privatisation ont été lancées. Une formule de délégation de gestion a été retenue. Le contrat de Mazard et Guerard a été reconduit pour six mois (janvier décembre 1998) mais un appel d'offre de pré-qualification a été lancé. Parmi les groupes intéressés, figurent notamment la Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE, groupe Bouygues), la Générale des eaux et un groupement Lyonnaise des eaux-Hydro-Québec.
Pour la RNET (Régie nationale des eaux), les études de stratégie ont été menées et l'on s'oriente également vers une formule de délégation de gestion et l'appel d'offres est attendu pour le courant de cette année. Quant à la SALT (Société aéroportuaire de LoméTokoin), c'est une nouvelle venue dans le programme de privatisation.
Dans le secteur agricole, la privatisation de la Socoto (Société togolaise de coton) s'avère délicate. Détenant le monopole de l'achat du coton-graine aux planteurs
avec un système de prix garantis, la Socoto est en effet la structure pivot d'une filière intégrée : elle fournit des intrants aux planteurs, collecte leur coton, l'égrène et gère sa commercialisation; elle assure en outre l'approvisionnement régulier en graines de l'huilerie de coton Nioto, contrôlée par la CFDT (Compagnie française des fibres textiles), dans le cadre d'un accord d'exclusivité. Et l'on sait que sur le dossier de la privatisation des filières coton d'Afrique francophone en général, la BM s'oppose à la France, la première étant favorable à une privatisation, la seconde, qui a largement été à l'origine du développement remarquable de la culture du coton dans cette zone par le soutien financier et l'assistance technique qu'elle y a investie, s'y opposant Seule concession faite à ce jour : la libéralisation partielle des exportations de fibre.
Les études de stratégie de privatisation ont traîné, et le gouvernement togolais était encore hésitant fin 1997 sur ce dossier, bien qu'il ait partiellement ouvert le secteur en 1996 (il a autorisé une société de droit privé, la SICOT, dans laquelle la Sotoco détient toutefois 25 %, à lever et exporter du coton pour son propre compte). Comme ailleurs en Afrique francophone, ce dossier ne devrait pas déboucher sans qu'un accord préalable entre le gouvernement, la BM et la France n'ait été trouvé. On peut toutefois en rappeler les grands enjeux : la privatisation de la collecte, de l'égrenage et de la commercialisation, avec la disparition du système des prix garantis. Il est probable qu'on s'oriente vers une formule de privatisation progressive, avec une première phase consacrée à la libéralisation de l'égrenage et de la commercialisation.
La privatisation du secteur financier est un autre dossier délicat et stratégique. En effet, beaucoup d'observateurs estiment qu'ayant perdu sa position de place financière privilégiée, le Togo est aujourd'hui « surbancarisé » et que dans le cadre de la réforme de ce secteur, des établissements devront disparaître. En outre, pour la plupart des banques, et en particulier l'UTB, la plus importante d'entre elles, une restructuration financière préalable sera nécessaire, passant par un assainissement du portefeuille de prêts compromis et une recapitalisation pour les mettre aux normes prudentielles régionales (et en particulier un ratio de solvabilité fixé à 4 % dans le cadre de la zone Franc). Rappelons que l'UTB, que l'État a dû reprendre entièrement, a été longtemps gérée, jusqu'en 1993, par des banques étrangères, qui ont détenu jusqu'à 65 % du capital (le Crédit Lyonnais, la Deutsch Bank et la Banca Commercial Italiana).
Le programme que vient de signer le gouvernement avec la BM inclut le secteur financier. Dans ce cadre, le gouvernement s'est engagé à privatiser ou restructurer des « institutions financières sélectionnées », à renforcer le cadre légal et judiciaire dans ce domaine, et à promouvoir des institutions de micro-financement.
Les deux années à venir risquent donc d'offrir de nombreuses opportunités d'investissement dans un pays qui n'a pas abandonné son rêve de redevenir la « Suisse »de l'Afrique de l'Ouest.

TRANSITION DEMOCRATIQUE :

La démocratisation et le passage au multipartisme ne se sont pas effectués sans heurt au Togo. La stabilité politique qui prévaut actuellement dans le pays n'en rend que plus aigu le souvenir des années difficiles. Tout commence en mai 1990. A l'occasion de son 7e Conseil national ordinaire, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) proclame la fin du parti-ÉTat mais relette le multipartisme. En septembre de la même année, a lieu le sommet France-Afrique de La Baule qui va causer un certain séisme - et beaucoup d'incompréhension - entre Paris et les capitales africaines.
En avril 1991, le climat social se détériore, manifestations, grèves se multiplient, tandis qu'on décide la fermeture des établissements scolaires. Le 10 avril, le président Eyadéma préside une réunion rassemblant le gouvernement et le comité central du RPT. Celui-ci approuve une nouvelle charte des partis qui reconnaît d'emblée le multipartisme. La situation ne se calme pas pour autant, la violence gagne la rue, obligeant les autorités à instaurer le couvre-feu à Lomé. En juillet-août 1991 se tient une Conférence nationale qui va accélérer le changement. À son ouverture, le chef de l'État manifeste sa « ferme volonté d'ouvrir ensemble une nouvelle page de l'histoire de notre nation, afin de préparer aux générations présentes et futures la société plus libre, plus démocratique et plus prospère à laquelle aspirent si ardemment nos populations ».
Joseph Kokou Koffigoh, à l'origine de la création de la Ligue des droits de l'Homme dans le pays, est élu Premier ministre par la Conférence nationale, le 28 août jusqu'à la fin 1991, la tension redoublera : tentative de coup d'État, rébellion de certains militaires, attaque de la primature par les chars. C'est une transition chaotique qui s'opère. Le 28 juillet 1992, le président Éyadéma rencontre les représentants des partis politiques de l'opposition en vue d'une concertation. Le 28 août, alors que finit la période de transition fixée par la Conférence nationale, elle se voit prolongée de quatre mois. Le 27 septembre, le référendum constitutionnel recueille 90 % de oui avec un taux de participation de 75 %.
En réalité, les pouvoirs publics sont débordés. La violence gagne la rue. C'est alors qu'intervient l'événement le plus lourd de conséquences pour le pays, emblématique de cette période troublée. Le 16 novembre, l'opposition et les syndicats déclenchent une grève générale illimitée. Elle durera jusqu'en août 1993, mettant fin à toute activité économique. Dans ce climat de paralysie complète, la fin de la seconde période de transition, le 31 décembre 1992, passe inaperçue. L'aide bilatérale est interrompue. Les organisations internationales déplorent le retard pris dans le processus électoral. En effet, les élections législatives et présidentielles avaient été prévues à l'origine en juillet 1992..
L'année 1993 sera celle de l'apaisement. En février, représentants du gouvernement et de l'opposition se retrouvent dans l'Est de la France, à Colmar, pour engager des pourparlers. Le 25 mars, un commando commet un attentat contre le chef de l'État au camp du RIT à Lomé. Au cours de l'été 1993, la situation va enfin se débloquer. Le 2 juillet est signé l'« Accord Ouagadougou III » : dès lors le dialogue est repris entre présidence. gouvernement et opposition. Et en août, la longue grève se termine. Le champ est libre pour la voie électorale. Lors de l'élection présidentielle du 25 août - boycottée par l'opposition - le président Éyadéma est réélu pour cinq ans.

Les élections législatives des 6 et 20 février 1994 voient la victoire de l'opposition. Le RPT obtient 37 sièges contre 36 pour le Comité d'action pour le renouveau (CAR) de Yao Agboyibo et 7 pour l'Union togolaise pour la démocratie (UTD) d'Édem Kodjo. Ce dernier est nommé Premier ministre le 24 avril puis forme un gouvernement de coalition entre le RPT et l'UTD. La normalisation politique entraînera la reprise de la coopération entre la France et le Togo en septembre. Il faudra attendre août 1996 pour voir un changement de gouvernement. En effet, des élections législatives partielles donnent la majorité au RPT. Désormais minoritaire au parlement, l'opposition est contrainte d'abandonner l'exécutif. Kwassi Klutsé devient Premier ministre le 20 août
Au cours de l'année 1997, de nouvelles institutions voient le jour. En février la Cour constitutionnelle du Togo est mise en place et en septembre l'Assemblée nationale approuve un nouveau code électoral prévoyant la création d'une Commission électorale nationale (CEN). Et pour 1998, le grand rendez-vous politique est l'élection présidentielle de juin prochain.

Apprentissage de civisme pour la population togolaise : le renforcement de la démocratie exige de combattre radicalement le favoritisme, le tribalisme, le régionalisme et l'ethnisme primaire. Ce thème était au coeur des débats de la Concertation nationale sur la formation civique, tenue à Lomé en février 1997.
L'enseignement de l'éducation civique sera renforcé par le gouvernement dans les établissements scolaires.
La formation civique est multiforme, quivise à la fois à apprendre aux citoyens leurs responsabilités civiques, et les principales libertés démoratiques : libertés politiques, d'expression, de presse, d'association, et de religion.

Sources :
Le Monde Diplomatique 1987-1997
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier