
BILAN ECONOMIQUE ET SOCIALE
Un peu d'oxygène : 1996
Peu à peu, le Togo sort de l'engourdissement économique où
l'avait plongé la longue crise politique qui l'a secoué de 1990 à 1993. Au pouvoir depuis 1967, le général
Gnassingbé Eyadéma a réussi, par des moyens moins violents que par le passé, à retrouver une majorité
parlementaire, débauchant quelques députés et faisant donner les grands moyens lors d'élections partielles. Le
président a pu ainsi se débarrasser de son premier ministre Edem Kodjo pour le remplacer par un technocrate,
Kwassi Klutse, bien vu des institutions financières internationales.
Les bons résultats de la récole de coton et la reprise de l'exploitation des gisements de phosphate ont donné un
peu d'oxygène à une économie dont les résultats, depuis l'interminable grève générale de 1992-1993, ne
permettait plus de qualifier le pays de «Suisse de l'Afrique occidentale». C'est ainsi que le port de Lomé a perdu
une bonne part du trafic à destination du Sahel au profit d'Abidjan et de Cotonou. La création d'une zone
franche n'a pas attiré autant d'investisseurs que ses promoteurs l'espéraient. D'autre part, les infrastructures du
pays se dégradent peu à peu particulièrement l'axe routier nord-sud - conséquence de la réticence des
Européens à reprendre leur aide, même si la France coopère à nouveau normalement avec Lomé.
L'année 1998 devrait être celle de la clarification. Le général Eyadéma souhaite en effet amender la Constitution
adoptée à l'issue de la Conférence nationale, qui lui interdit de se présenter à l'élection présidentielle En cas de
succès, on voit mal - étant donné les profondes divisions de l'opposition - ce qui pourralt empêcher la réélection
d'un homme qui échangerait volontiers sa réputation de dictateur contre le statut de doyen des chefs d'Etat de
la région.
Bonne voie : 1997
Fin 1996, le PIB du Togo était revenuau niveau de 1990, au bout de trois ans de croissance soutenue. C'est dire
que les conséquences de la crise politique du début des années 90 ont été douloureuses et difficiles à effacer.
Aujourd'hui encore, le Togo peine à retrouver une place régionale que son voisin béninois lui a ravie, par exemple
en matière portuaire.
Si la situation politique ne s'est pas véritablement détendue, elle s'est en tout cas calmée en attendant
l'élection présidentielle, prévue en aout 1998. Découragée, divisée, l'opposition n'est pour l'instant plus en
mesure d'influer sur le cours de la vie économique. Les bailleurs de fonds ont pris acte de cette nouvelle
jeunesse du président Eyadéma. Depuis la chute de Mobutu, celui-ci est devenu le doyen des chefs d'Etat
africain, puisqu'il a fèté, début 1997, ses trente ans de pouvoir.
Ce retour en grâce a été consacré par la visite du vice-président de la Banque mondiale, entre autres, qui a
estimé, en juin1997, que le Togo était « sur la bonne voie ». Il est vrai que le premier ministre, Kwassi Klutsé,
est un bon élève selon les critères de Bretton Woods. La flilière du coton a été ouverte à la concurrence, et
l'Office national des phosphates devrait s'ouvrir aux capitaux privés.
Naguère porte d'entrée privilégiée pour le marché ouest-africain, le Togo s'efforce de jouer à nouveau un rôle
prépondérant dans le commerce régional. La zone franche du port de Lomé connait un certain succès, tout en
restant en deçà des espérances de ses promoteurs. Le trafic de voitures d'occasion en provenance d'Europe
reste également une activité importante.
Brouille : 1998
La nette reprise observée ces dernières années au Togo,
après la terrible crise politico-économique du début des armées 90, est aujourd'hui menacée par la dégradation
de la situation politique. En juin 1998, l'Union européenne a financé l'organisation de l'élection présidentielle,
faisant du bon déroulement du scrutin le préalable à la reprise de son aide. Malgré les moyens déployés lors de
la campagne, le général Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis trente et un ans, s'est vu sérieusement
menacé par Gilchrist Olympio, fils du premier président du Togo indépendant, qui fut assassiné lors d'un coup
d'Etat mené par l'actuel président. Plutôt que d'afftonter un deuxième tour, le pouvoir a provoqué la dissolution
de la commission électorale chargée de superviser le scrutin et a confié les opérations de dépouillement au
ministère de l'intérieur, qui s'est empressé de proclamer l'élection du général Eyadéma au premier tour.
Depuis, les relations du Togo avec les bailleurs de fonds sont exécrables et, à la veille du sommet
France-Afrique, l'Union européenne a décidé de ne pas reprendre son aide, suivie en cela par les deux principaux
bailleurs de fonds bilatéraux du Togo, la France et l'Allemagne. Toutefois, quelques projets dans des secteurs
bénéficiant directement aux populations, comme la santé ou la réfection de routes, se poursuivront. Le général
Eyadéma a tenté de contrebalancer sa brouille avec l'Europe en se faisant élire pour un an à la tète de la
Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest mais ce regain de prestige reste insuffisant.
Ces péripéties affectent un pays qui venait à peine de retrouver le niveau de revenus qu'il connaissait à la fin
des années 80. Affecté, comme le Bénin, par la crise énergétique et la sécheresse du premier semestre, le Togo
a besoin de l'aide internationale pour réhabiliter un réseau d'infrastructures qui s'était considérablement
dégradéau cours de la décennie écoulée.
1999
Jamais le Togo ne s'était retrouvé dans une situation économique aussi grave. Depuis un an ce pays, qualifié jusqu'à la fin des années 80 de « petite Suisse de l'Afrique », ne boucle plus ses fins de mois. En 1998, la paie des fonctionnaires accusait entre deux et quatre mois de retard. Fin 1999, le gouvernement n'avait même plus de quoi assurer la solde des militaires et avait cessé de payer ses dettes intérieures.
Le Togo ne s'est jamais vraiment remis de la crise sociopolitique du début des années 90. Il a raté l'occasion en
juin 1998, lors de l'élection présidentielle, de se réconcilier avec ses principaux bailleurs de fonds, au premier
rang duquel l'Union européenne. L'UE qui a suspendu sa coopération avec le Togo depuis 1992, a refusé
d'avaliser la réélection du général Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis 1967, lors d'un scrutin contesté par
l'opposition.
Le FMI a interrompu une nouvelle fois son soutien au Togo, en juin 1998, et ne semble pas prêt à renouer avec
Lomé. Les privatisations, dont celles de l'Office togolais des phosphates (OTP) ou de la Compagnie l'électricité
togolaise (CET), piétinent et le système bancaire national, dont la plupart des partenaires français se sont
retirés, est en totale déliquescence. Outre ce contexte défavorable, le Togo, qui a souffert d'une grave crise
énergétique en 1998, a connu en 1999 une campagne agricole médiocre, notamment pour le coton, dont les cours mondiaux se sont effondrés.
Pour 1999, le Togo devrait être un des rares pays de la zone à enregistrer une croissance négative (-1,3 %).
L'annonce par le président Eyadéma qu'il ne briguerait pas un autre mandat a contribué à détendre
l'atmosphère. L'intervention récente de médiateurs européens et l'acceptation par une grande partie de
l'opposition de rouvrir le dialogue avec le pouvoir constituent un premier signe positif. Mais rien ne se décidera
vraisemblablement avant les élections législatives anticipées prévues au printemps 2000.
2000
La présidence en exercice de l'Organisation de l'unité africaine (QUA), depuis son sommet de juillet 2000, représente une véritable aubaine pour le chef de l'Etat togolais. Le général Gnassingbé Eyadéma ne rate aucune occasion de se poser en sage réconciliateur. Son rôle de « modérateur » dans ]a crise ivoirienne ne paraît, en tout état de cause, aucunement usurpé. Après une année d'initiatives diplomatiques, les pesantes accusations de violations des droits de l'homme dont fait l'objet son propre régime passent, peu ou prou, au second plan.
Il est plus difficile d'occulter la faillite rampante du pays. Le gouvernement d'Eugène Koffi Adoboli est tombé en août, l'Assemblée nationale -contrôlée par le Rassemblement du peuple togolais (RPT) du général Eyadéma -lui imputant pêle-mêle les arriérés de salaires du secteur public, l'effondrement du système éducatif ou la déliquescence des infrastructures hospitalières. Sans compter le retard de plusieurs mois dans le règlement des émoluments... des élus eux-mêmes.
De guerre lasse, le premier ministre a préféré mettre en cause les institutions de Bretton Woods en guise de justification de l'échec d'une énième équipe gouvernementale. Il est vrai que l'absence prolongée de programme avec le FMI entrave toute relance substantielle des appuis extérieurs, notamment ceux de l'Union européenne. Les efforts de discipline budgétaire affichés par l'Etat en 2000 (fonction publique: -16% et défense: -50 %) tournent en conséquence à vide. L'ancienne « petite Suisse » régionale ne parvient même plus à parer au plus pressé.
Source :
Bilan du Monde 96-2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier