Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Togo de 1983 à 1997
ANALYSE GEOPOLITIQUE

État d'Afrique occidentale, le Togo pénètre comme un doigt entre le Ghana ¨ et le Bénin ¨. D'une largeur qui n'excède pas 90 km, il s'étire du nord au sud sur 700 km entre le Burkina Faso et le golfe de Guinée. Ce couloir togolais est le résidu d'un Togo allemand de 85 000 km² occupé en 1914 par un corps expéditionnaire franco-britannique, divisé entre les deux puissances victorieuses et placé au lendemain de la Première Guerre mondiale sous un double mandat de la  Société des Nations (SDN). La France administra de façon autonome la partie orientale tandis que la Grande-Bretagne fusionna l'administration de la partie occidentale avec celle de la Gold Coast (Ghana).

Le Togo s'érigea en République avant d'accéder à l'indépendance en 1960. L'ancien Togo britannique a été intégré quant à lui au Ghana après un référendum organisé en 1956. Le groupe de populations méridionales des Éwé, qui souhaitait la création d'un Éwéland unifié, s'était prononcé contre un choix qui entérinait l'éclatement de leur territoire. Depuis lors, la question éwé est toujours latente et nourrit périodiquement des tensions entre Togo et Ghana.

Le sud du pays a un climat tropical humide et une végétation forestière tandis que les savanes couvrent le nord. Au sud-ouest du pays, les monts du Togo offrent de bonnes conditions pour la culture du cacao, laquelle a permis à une paysannerie dynamique d'atteindre un niveau de prospérité enviable avant la crise qui frappe la cacaoculture. Une contrebande plus ou moins active anime les régions frontalières du Ghana. Le centre et le sud du Togo assurent l'essentiel de la production agricole d'un pays qui est parvenu à une relative autosuffisance alimentaire. Les populations du Nord émigrent vers le Sud et vers la capitale Lomé, aujourd'hui demi-millionnaire.

La population se compose d'une mosaïque de groupes ethniques (les ethnologues en recensent plus de quarante). Les plus nombreux sont les Éwé au sud et les Kabré (ou Kabyé) au nord. Parmi les groupes sudistes, les femmes jouent un rôle économique important : elles contrôlent une partie du commerce, notamment celui des textiles. Le pouvoir politique doit tenir compte de celles qu'on a surnommées les  mama benz , les grossistes du marché de Lomé roulant en Mercedes.

Le principal clivage géopolitique oppose le Nord et le Sud. Les régions méridionales proches de la côte sont en effet favorisées par les conditions climatiques, l'ouverture économique et l'ancienneté du contact avec les Européens. Les Allemands avaient entrepris de faire du Togo une colonie modèle. La France fit à son tour des efforts particuliers pour le développement économique et social et la formation des élites. Mais ce sont surtout les populations sudistes qui en bénéficièrent, le Nord demeurant un réservoir de main-d'oeuvre et de militaires. Cette opposition ¾ souvent représentée de façon simplifiée par une rivalité Éwé/Kabré ¾ est un des éléments récurrents des tensions politiques du Togo depuis l'indépendance.

Les débuts de la République ont été marqués par l'instabilité d'un pouvoir civil sudiste, par l'assassinat du premier président Sylvanus Olympio, avant que les militaires, pour la plupart originaires du Nord, ne s'emparent du pouvoir en 1967. Depuis lors, le général Étienne Gnassingbé Eyadéma , s'appuyant sur l'armée et ses fidèles Kabré et le  Rassemblement du peuple togolais (RPT), parti unique jusqu'au 1991, a exercé un pouvoir sans partage dont les débordements ont toutefois été limités par la volonté de donner du Togo une bonne image extérieure, d'en faire une sorte de Suisse africaine accueillante pour les institutions internationales. C'est précisément à Lomé qu'ont été signés les accords entre la Communauté européenne et les États ACP (Afrique-Caraïbe-Pacifique).

Les aspirations démocratiques, appuyées par des manifestations populaires à Lomé, s'expriment au grand jour depuis 1990. Elles ont contraint Eyadéma à accepter la tenue d'une conférence nationale en 1991 et à abandonner une partie de ses prérogatives à un Haut Conseil de la République et à un Premier ministre, Joseph Kokou Koffigoh. Cependant, l'armée, composée à 80 % de Kabré, a tenté dès l'automne 1991 d'empêcher le processus de démocratisation. La France a alors dépêché des soldats au Bénin, près de la frontière togolaise, mais s'est abstenue d'intervenir militairement : il lui a été reproché de ne pas soutenir une démocratie menacée et de continuer à faire le jeu de la dictature d'Eyadéma.

Depuis lors, le bras de fer entre un président qui s'accroche au pouvoir et l'opposition démocratique s'est durci. Des massacres de civils par les forces armées ont porté la tension à un point extrême au début de l'année 1993 ; l'armée elle-même n'est plus épargnée, des dissensions réveillant les antagonismes ethniques. Des dizaines de milliers de personnes ont fui Lomé pour se réfugier au Ghana ou au Bénin. Le climat de peur et de haines tribales peut faire craindre une évolution à la libérienne. La pression internationale devrait toutefois pouvoir empêcher le déroulement d'un tel scénario de guerre civile. En mars 1993, le président Eyadéma a réchappé d'une tentative de coup d'État appuyée par des militaires démocrates. Des dizaines de militaires furent exécutés dans les jours qui ont suivi, une étape supplémentaire de l'escalade a été franchie. Eyadéma a été réélu à la présidence en août 1993, lors d'élections boycottées par une partie de l'opposition. Cette dernière a remporté les élections législatives de février 1994.

L'année suivante, Eyadéma a nommé Premier ministre (à la satisfaction du gouvernement français) Edem Kodjo, personnalité africaine bien connue et leader d'un des partis d'opposition, l'Union togolaise pour la démocratie.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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