Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
GEOPOLITIQUE

GEOPOLITIQUE DU PAYS

La Zambie (ancienne Rhodésie du Nord) fut colonisée bien avant d'être officiellement une colonie. Alors que la limite des zones d'influence entre d'une part la Grande-Bretagne et d'autre part l'Allemagne et le Portugal fut établie au début des années 1890, c'est en 1924 seulement que naquit, au nord du fleuve Zambèze, la colonie de Rhodésie du Nord, ainsi dénommée en l'honneur de Cecil Rhodes, le conquérant de ces contrées et le patron de la British South Africa Company. Entre-temps, cette dernière avait été reconnue comme la gérante de cet espace, et même comme la propriétaire d'une large part de celui-ci.

Il ne s'agissait pas d'une unité. Au sud-ouest, le Barotseland était un protectorat ; l'Est et le Centre furent administrés par les autorités britanniques du Nyassaland jusqu'en 1911. La capitale fut nomade : Kalomo jusqu'en 1907, puis Livingstone (Maramba), sur les chutes Victoria, à la frontière de la Rhodésie du Sud, et à partir de 1935 seulement, Lusaka.

Le cuivre du Copperbelt

Ce territoire présenta longtemps peu d'intérêt : mal peuplé, il n'était qu'un médiocre réservoir de main-d'oeuvre ; peu fertile, il n'attirait guère les colons européens. Certes, la voie ferrée, qui atteignait le Katanga, pouvait évacuer le cuivre du Congo belge, mais cet avantage devait disparaître avec l'aménagement d'un système de transports au Congo, puis, en 1928, avec l'achèvement du chemin de fer de Benguela. Il est vrai que les Britanniques avaient alors commencé d'équiper ce qui allait faire la richesse des Rhodésies puis de la Zambie avant de faire son malheur : le cuivre du Copperbelt, prolongement longtemps négligé du Katanga (· c. Zaïre).

L'exploitation du cuivre par l'Anglo-American et par le Rhodesian Selection Trust, très tardive puisque les premières exportations datent de 1931, équivaut à une sorte de début de l'histoire zambienne. Un morne territoire aux vastes étendues aplanies couvertes de forêt claire, infestées de glossines vectrices de la maladie du sommeil, vouées à une primitive agriculture de brûlis, allait devenir un pays de mines et d'usines et entamer une industrialisation, liée à la transformation du cuivre.

En moins de vingt ans, la future Zambie acquit une organisation spatiale typique d'enclave minière, organisée en fonction des gisements et du système de transports qui en permet l'exploitation. Le coeur du pays, où ne se trouve pas la capitale, est le Copperbelt, avec son annexe méridionale, le gisement de zinc et de plomb de Kabwe (ex-Broken Hill). Trois axes de circulation l'unissaient aux côtes : le système congolais, combinaison de tronçons ferroviaires et de biefs navigables, le chemin de fer de Benguela, vers l'Angola via le Congo, et la voie d'Afrique du Sud par la Rhodésie du Sud et le Bechuanaland (l'actuel Botswana). Autour de ce dernier axe majeur sur lequel se trouve Lusaka s'organisait la partie moderne du territoire, la Railway Belt ( zone du chemin de fer ) avec ses gisements, ses villes, ses exploitations agricoles européennes, destinées notamment à nourrir les centres urbains. La population européenne, venue surtout d'Afrique du Sud et de Rhodésie du Sud était passée de 4 620 personnes en 1925 à 14 000 en 1931, et atteignit 73 000 personnes en 1959.

Le reste du pays constituait une réserve de main-d'oeuvre, qu'on ne souhaitait pas voir se fixer dans les régions minières. La limitation de la taille des  réserves  devait dégager des espaces pour la colonisation européenne et contraindre les populations africaines à moderniser leur agriculture tout en évitant que la main-d'oeuvre puisse se dispenser d'aller travailler temporairement dans les mines. Cette politique spatiale se heurtait à des réalités. Tardivement mis en valeur, le Copperbelt ne pouvait compter pleinement sur certains bassins de main-d'oeuvre comme l'Ouest et le Sud, qui fournissaient déjà des travailleurs au Rand sud-africain et à la Rhodésie du Sud. Les ruraux firent défaut : dans les régions d'émigration, la moitié des hommes imposables étaient régulièrement absents. De plus, la population eut vite tendance à se fixer dans les centres miniers, constituant l'amorce d'une classe ouvrière qui s'organisa précocement en syndicats revendicatifs. La Fédération d'Afrique centrale, créée par les Britanniques en 1953, comptait sur la richesse minière de la Rhodésie du Nord, dont bénéficia le développement industriel de la Rhodésie du Sud, promue au rôle de fournisseur de produits manufacturés. Symboliquement, la centrale électrique de Kariba ¨ (· c. Afrique orientale), dont le Copperbelt dépendait pour ses usines de raffinage, fut située sur la rive sud du Zambèze.

Les difficultés consécutives à l'indépendance

La Déclaration unilatérale d'indépendance de la Rhodésie du Sud (1965) devait donc mettre la Zambie, indépendante depuis un an, dans une position très difficile. Le haut niveau du cours du cuivre dans la seconde partie des années 60 assura cependant un sursis et entretint les illusions. Les dirigeants de la Zambie et notamment le président Kenneth Kaunda crurent pouvoir fonder le développement du pays sur les devises de l'industrie minière, et entamèrent à partir de 1968 un processus de nationalisation des firmes étrangères qui, mal conduit, fut particulièrement onéreux. Or, gageant ces ressources incertaines, le pays voulut se dégager de sa dépendance à l'égard des voisins du Sud par un important programme de création d'industries et d'infrastructures : construction de barrages sur la Kafue, création d'industries de biens de consommation mais aussi d'industries lourdes en amont ou en aval de la production de cuivre. Déjà fortement urbanisée, la Zambie vit s'accroître l'exode rural : Lusaka comptait 750 000 habitants en 1980 et est aujourd'hui probablement bimillionnaire, Kitwe-Nkana, le centre du Copperbelt, aurait actuellement plus de 400 000 habitants ; le taux d'urbanisation général est de 60 %, contre 20 % en 1963. Les effets de l'endettement apparurent dans les années 70 tandis que tous les clignotants s'allumaient : baisse des cours du cuivre et aggravation de la situation géopolitique.

La Zambie appliqua les sanctions de l'Organisation des Nations unies (ONU) contre la Rhodésie du Sud (1973), perdant ainsi sa voie d'évacuation vers le sud. La guerre civile en Angola coupait la voie de Beira, et la voie zaïroise n'était plus utilisable. La seule issue devint la Tanzanie, d'abord par trafic routier sur de très mauvaises routes, puis par des équipements nouveaux, construits à la hâte : l'oléoduc de Dar es-Salaam à Lusaka, puis le chemin de fer Tazara achevé par les Chinois dès 1976, une voie incertaine en raison de sa médiocre qualité et de l'engorgement permanent du port de Dar es-Salaam. Quatre voies ferrées desservaient théoriquement la Zambie ; aucune n'était fiable.

Élément majeur du groupe de la  Ligne de front  contre l' apartheid ¨ sud-africain, la Zambie ne pouvait en être cependant qu'un maillon faible, en raison de ses contraintes géographiques particulières et de la piètre situation de son économie. Pendant toute la phase de libération des pays d' Afrique australe et de lutte contre l'apartheid, le débat fut permanent entre d'un côté les tenants d'une ligne ferme à l'égard des pouvoirs blancs et de l'autre les  réalistes , sensibles à la situation enclavée du pays : ainsi, le trafic avec la Rhodésie fut-il rétabli en 1978, alors que les guérillas nationalistes y continuaient le combat. En dépit du rôle central de la Zambie dans l'accueil des réfugiés et dans les négociations, en dépit, aussi, du prestige international de son président, Kenneth Kaunda, les fluctuations de sa ligne diplomatique ont pu rendre son rôle ambigu.

Un pays malade de sa monospécialisation

Ce sont pourtant la position et le poids de la Zambie dans la politique internationale en Afrique australe qui ont assuré le maintien au pouvoir, sur une aussi longue période, d'une équipe gouvernementale dont la politique économique et sociale conduisait le pays à la faillite. Les installations minières sont dégradées alors que le cuivre est la seule exportation officielle ; la dette correspond à 160 % du produit national brut (PNB) ; l'industrie tourne au tiers de sa capacité ; le chômage n'a cessé de croître. L'affaiblissement des contrôles étatiques a fait de la Zambie un paradis de la contrebande, par le Zaïre notamment : 95 % des émeraudes extraites sont exportées en fraude. Les campagnes, qui devraient trouver dans le monde urbain d'amples marchés, sont restées archaïques et manquent de travailleurs, si bien que seuls peuvent vendre leurs produits les exploitations européennes et un petit groupe d'entrepreneurs africains équipés en tracteurs et en véhicules.

La gravité de la situation provoqua en 1990 d'amples manifestations et des émeutes. L'opposition, organisée dans le  Mouvement pour la démocratie pluripartisane (MMD), obtint l'établissement du pluripartisme et la liberté d'expression. Puis, en 1991, malgré son programme politique vague et ses divisions, elle triompha aux élections présidentielles ( Frederick Chiluba obtint 81 % des suffrages) et aux élections législatives (plus de 80 % des sièges). Mais l' état de grâce  aura été bref : la brutalité du passage d'une économie presque totalement administrée au libéralisme le plus classique entraîne désordre et paupérisation tant dans les campagnes qu'en ville. Kaunda retrouve une audience, mais la Zambie n'est plus celle qu'il a gouvernée ; elle a perdu, avec la fin de l'apartheid, son rôle essentiel dans le jeu diplomatique et, en l'an 2000, elle ne produira plus que 200 000 tonnes de cuivre.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier