Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1997

LE PAYS DE 1982 A 1997

La Zambie (6 millions d'habitants). Cette ancienne colonie britannique (Rhodésie du Nord) est dirigée depuis son indépendance en 1964 par Kenneth Kaunda. Non marxiste, inspiré plutôt par les méthodes de Gandhi, tout en admirant celles de Mao Zedong, Kaunda a décidé la nationalisation progressive des mines (cuivre et cobalt). Cela a d'abord provoqué l'isolement du pays et donné un soutien important aux mouvements de résistance qui combattaient, de l'autre côté du Zambèze, le pouvoir des colonialistes blancs en Rhodésie du Sud, d'où de graves tensions avec ces derniers. L'achèvement de la voie ferrée construite par les Chinois jusqu'à la côte de Tanzanie (le Tanzam) a atténué en 1975 l'enclavement de la Zambie. Mais le débit de ce chemin de fer est limité. En 1980, l'indépendance du Zimbabwé voisin diminuait encore l'enclavement de la Zambie. La croissance de l'économie zambienne, relativement forte jusqu'en 1975, grâce au niveau élevé des cours de ses principales exportations, le cuivre et le cobalt, a été ces dernières années gravement ralentie à cause de l'effondrement des prix de ces métaux. La Zambie est un des États africains les plus endettés auprès des organisations financières internationales, auprès desquelles elle a fait d'importants emprunts à l'époque où cuivre et cobalt se vendaient bien. La récession a entraîné une importante augmentation du chômage parmi les mineurs et de nombreuses difficultés sociales.

La Zambie (6,2 millions d'habitants), ex-colonie britannique, est dirigée depuis 1964 par Kenneth Kaunda. Durant la première décennie de l'indépendance, le pays caracola avec un taux de croissance annuelle de 13%, grâce à son cuivre. Mais, à partir de 1975, la chute des cours de l'"or rouge" a sonné le glas d'une économie ayant sacrifié son agriculture. De 713 000 tonnes en 1976, la production de cuivre est tombée à 515 000 tonnes en 1983. Et la contribution de l'industrie minière à la richesse nationale a diminué de moitié. Le pays a dû s'endetter à l'extérieur, pour près de 4 milliards de dollars.

Si la Zambie est l'illustration parfaite de l'interdépendance Nord-Sud - son sort est étroitement lié aux choix des multinationales étrangères -, les imprévisions et les gabegies du pouvoir sont également responsables de la crise actuelle. Ayant accompli d'indéniables progrès en matière d'éducation ou de santé, tenté de diversifier ses ressources minières (ex.: le cobalt), le régime de "K.K." a dû en revanche tirer les leçons d'un fiasco agricole. Durant quinze ans, le domaine vivrier a été délaissé, ce qui eut pour conséquence d'encourager l'exode rural: avec 45% de citadins, la Zambie est le pays le plus urbanisé d'Afrique. Dans les banlieues et les bidonvilles de Lusaka, un million de jeunes ruraux sont sans emploi.

Le pouvoir a tenté depuis quelques années de jouer la carte de la renaissance agricole et de l'autosuffisance alimentaire, non sans résultats prometteurs. Cette bataille s'est heurtée aux pesanteurs d'un appareil d'État très bureaucratique et à celles d'un parti unique, l'UNIP, dont l'hégémonie est contrebalancée par de puissants syndicats ouvriers d'orientation social-démocrate - et par les Eglises chrétiennes très influentes.

Leader intègre et respecté, admirateur de Gandhi et de Mao Dze-dong, Kenneth Kaunda doit aussi compter avec le poids régional de l'Afrique du Sud, deuxième partenaire commercial du pays (le trafic zambien transite pour 60% par les ports sud-africains), dont il n'a jamais cessé, cependant, de dénoncer le système d'apartheid.

Il est loin le temps où la Zambie (6,39 millions d'habitants), enivrée par un cours du cuivre élevé, se croyait riche, faisait de grands projets et menait un bon train de vie. Depuis 1974, les prix du métal rouge se sont effondrés alors que le coût à la production n'a cessé d'augmenter. Ainsi, au début de 1985, un tiers seulement des impressionnantes machines extrayant le minerai dans la mine à ciel ouvert de Nchanga pouvaient tourner. Les autres attendaient depuis des mois des pièces détachées et des spécialistes pour les réparer. Le minerai lui-même s'extrait plus difficilement et des grèves ont éclaté régulièrement lorsque les ouvriers, fortement syndiqués, tenant à leurs privilèges et à cette importante source d'emplois, se sont heurtés à une direction fixant la courbe des profits.

Le cuivre représente 90% des recettes d'exportations de cette ancienne colonie britannique, et 30% du produit intérieur brut (PIB) ; or, en 1984, sa production était inférieure de 100 000 tonnes au niveau moyen des années soixante-dix, atteignant 570 000 tonnes. Les perspectives sont tout aussi sombres puisque les projections indiquent une diminution inévitable et progressive du cours du cuivre d'ici à la fin du siècle. Le cobalt, la seule autre ressource minière de la Zambie, connaît lui aussi des cours en chute libre.

L'agriculture se trouve dans un état encore plus catastrophique. Après l'indépendance (1964), pendant l'euphorie due aux cours élevés du cuivre, le pays s'est lancé dans la création de coopératives ouvrières hautement mécanisées. Toutes ont fait faillite et le président Kenneth Kaunda (à la tête de la Zambie depuis l'indépendance) a cherché à restructurer ce secteur désorganisé. Les pays donateurs, réunis en mai 1984, ont décidé d'accorder 400 millions de dollars en 1984 et 1986 pour l'aider dans ses efforts.

Faisant partie des pays les plus endettés du monde (sa dette extérieure s'élevait à 4,5 milliards de dollars en 1984), la Zambie a fait plusieurs fois appel au Fonds monétaire international (FMI): en 1981, en 1982 et en juillet 1984. En 1984, le FMI a consenti un prêt de 230 millions de dollars sous forme de soutien à la balance des paiements. En contrepartie, le gouvernement a augmenté de 21% le prix de la farine de maïs - nourriture de base - et de 90% le prix du pain ; il a aussi entrepris une "croisade économique", avec l'arrêt des importations de voitures, la diminution de 20% des achats de carburant et l'interdiction des importations de riz.

Si une bonne partie des maux de la Zambie peut être attribuée aux choix et aux humeurs des multinationales, maîtres du jeu sur le marché mondial, d'autres sont dues aux erreurs de gestion des dirigeants du pays. Homme chaleureux, courtois, Kenneth Kaunda, habile politicien, n'hésite pas à charmer son peuple en versant des larmes subrepticement essuyées avec un mouchoir blanc qu'il tient toujours à la main, ou en menaçant de démissionner. Plutôt à l'aise en politique extérieure où il se montre un farouche adversaire de la politique d'apartheid du régime sud-africain, il hésite et louvoie en politique intérieure: tantôt humaniste, paternaliste, tantôt cherchant sa voie dans le "socialisme scientifique", il tranche difficilement entre les valeurs chrétiennes et un vague idéal révolutionnaire. Il sait cependant se montrer très ferme à l'égard de ses opposants que sa police secrète pourchasse. Mais il n'est pas parvenu, malgré des campagnes régulières, à faire cesser le laxisme, la corruption qui règnent dans son pays, passé maître dans les trafics et carambouilles de toutes sortes.

En Zambie, le cuivre représente toujours 90% des recettes d'exportations, mais les bénéfices, coincés entre la chute des cours mondiaux et un coût d'exploitation élevé, se sont rétrécis comme une peau de chagrin. Le cobalt lui non plus ne répond pas aux espoirs mis en lui. Quant au secteur agricole, délaissé lors de la flambée du prix du métal rouge, il s'est retrouvé désorganisé et usé par des années de sécheresse. Il ne couvre guère que 10% des besoins en blé et ne peut procurer qu'à peine le maïs nécessaire à la population.

La Zambie, qui fait déjà partie des pays les plus endettés (4,5 millions de dollars), s'est vu imposer des mesures draconiennes pour obtenir du FMI des nouveaux prêts. Ainsi, en septembre 1985, le prix de la farine de maïs (base de l'alimentation) a été augmenté de 30% ; celui de l'essence a été doublé en octobre. La monnaie, le kwacha, a subi une dévaluation de plus de 50%, et le président Kenneth Kaunda a promis une série d'autres mesures dont une réorganisation du secteur public, avec une diminution des effectifs, et une politique d'incitation "au retour des chômeurs dans leur région natale". Il a par ailleurs demandé à tous ceux qui possèdent des fonds à l'étranger de les rapatrier. En échange de ces efforts, le FMI a décidé, en février 1986, d'ouvrir un crédit de 345 millions de dollars pour le programme de redressement économique et, en mars 1986, les pays débiteurs réunis à Paris ont accepté de rééchelonner la dette zambienne.

1985 a aussi été une période socialement tendue: grève des mineurs en juin, grève des lycéens dans le Nord au cours de laquelle deux manifestants ont été tués, grève des chauffeurs de taxis et des bus en octobre. Kenneth Kaunda, s'il sait se montrer ferme à l'égard de ses opposants politiques, n'est pas parvenu à mettre fin au banditisme et à la corruption qui sévissent sur une grande échelle.

Depuis septembre 1985, Kenneth Kaunda assure la présidence des pays de la ligne de front, farouche adversaire de la politique d'apartheid en Afrique du Sud. Il a déployé d'intenses efforts diplomatiques pour faire reconnaître le droit des Noirs sud-africains à une citoyenneté à part entière. Son pays a accueilli des militants nationalistes de l'African national congress (ANC) sud-africain. Il est également devenu une terre d'asile pour tous ceux qui fuient la guerre civile en Angola, au Mozambique et en Ouganda...

Après bien d'autres pays, la Zambie a connu à son tour les "émeutes du FMI". Le doublement du prix du maïs à la consommation a provoqué, du 8 au 14 décembre 1986, un soulèvement populaire en chaîne, partant de la zone minière du Copperbelt (Kitwe, Ndola) et s'étendant rapidement tout au long de la colonne vertébrale zambienne (la "ligne du rail") pour atteindre la capitale Lusaka. Scènes désormais classiques de violence spontanée, déchaînée contre tous les signes extérieurs de la société de consommation... Le pouvoir de Kenneth Kaunda a eu au moins un mérite: celui de réagir assez vite en décidant l'annulation de la mesure contestée.

Pour gouverner, il faut prévoir et contrôler. Il y a longtemps que l'on s'interroge sur les capacités mobilisatrices du Parti unifié de l'indépendance nationale (UNIP, parti unique), et que l'on sait que les syndicats ne sont suivis que lorsqu'ils sont contestataires. La dépendance à l'égard du cuivre n'en finit pas de développer ses méfaits, l'effondrement durable des cours étant intervenu avant qu'une véritable politique de développement équilibré ait été envisagée. Le cuivre avait fait oublier la nécessité d'une politique agricole. Il est bien tard pour pleurer, ce que fait pourtant avec beaucoup de spontanéité le chef de l'État.

L'environnement reste hostile: le coin zaïrois enfoncé au coeur de la Zambie minière induit toutes sortes de trafics incontrôlés créant le profit chez les uns, la pénurie (y compris de produits alimentaires) chez les autres. L'Afrique du Sud, plus lointaine, a rappelé une nouvelle fois qu'elle pouvait répliquer à la vigueur verbale de Kaunda en frappant à la périphérie même de la capitale. La fidélité aux principes (refus de l'apartheid) satisfait la morale de l'homme politique, mais n'impressionne plus le simple citoyen d'un pays en rupture de paiement, sinon de gouvernement.

En octobre 1985, il fallait 2,43 kwachas pour 1 dollar. Un an après, il en fallait 11,5. Le remboursement de la dette piétine, et ni l'accord passé en mars 1986 avec le Club de Paris ni l'adoption d'un code d'investissement ouvert ne suffisent à résoudre le problème. L'augmentation des prix à la production agricole (de 22 à 63% selon les produits) a vu ses effets relativisés par une hausse de 77% du coût des engrais. Dans ces conditions, que penser de l'optimisme sage du rapport publié par la Banque mondiale qui, en juillet 1986, espérait encore une mise en ordre de l'économie répondant aux critères du monde des affaires? On pouvait le croire, dans la mesure où, malgré des mouvements d'humeur désordonnés, l'équipe au pouvoir semblait politiquement attentive aux directives du nouveau Big Brother, le FMI. Mais, en début mai 1987, Kenneth Kounda rompait spectaculairement avec celui-ci.

La Zambie a continué à se débattre dans de multiples contradictions économiques, avec une instabilité sociale croissante. Sa gestion économique est apparue très erratique, avec de fréquents changements des responsables économiques au gouvernement et à la Banque nationale. Bien qu'ayant décidé d'interrompre ses relations avec le FMI le 1er mai 1987, le gouvernement a élaboré un plan de redressement économique très proche de celui proposé par le Fonds (15 août 1987), et a mis au point un autre plan d'austérité avec la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement). Depuis décembre 1987, le pays bénéficie à nouveau d'un prêt de 5,1 millions de droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI pour soutenir son deuxième programme annuel d'ajustement structurel. La valeur de la monnaie (le kwacha) était jusqu'alors définie par le marché. Le gouvernement a décidé de la fixer selon la parité 1 dollar pour 8 kwachas (contre 18,75 en mars 1987). De même, Kenneth David Kaunda a annoncé le 1er mai que désormais le pays ne consacrerait que 10% de ses recettes en devises au paiement du service de sa dette (5,2 milliards de dollars), afin de réserver des moyens en faveur des secteurs prioritaires (cuivre, agriculture). Le FMI et la BIRD - auxquels la Zambie doit respectivement 150 millions et 50 millions de dollars -, de même que les autres prêteurs étrangers, ont réagi en suspendant temporairement leurs prêts. On estime à 2,7 milliards de dollars les besoins de financement du pays pour la période 1986 à 1990. Le non-renouvellement du contrat de vente d'électricité au Zimbabwé coûte à lui seul onze millions de livres sterling. La Zambie a pourtant tenté de trouver des solutions alternatives à sa dépendance économique à l'égard de l'Afrique du Sud. Mais le transit du cuivre zambien par les ports de Dar-es-Salam (Tanzanie) et de Beira (Mozambique) depuis novembre 1986, a entraîné des pertes importantes de revenus. Après cet échec, une déclaration d'intention a été signée avec l'Angola et le Zaïre, portant sur la réouverture du chemin de fer de Benguela (qui traverse l'Angola et n'est plus en service depuis 1975, à cause de la guerre civile). Le pays a par ailleurs obtenu un prêt américain de 45,9 millions de dollars pour la réhabilitation du Tazara (chemin de fer Tanzanie/Zambie).

La politique d'austérité du FMI ainsi que l'effondrement des cours du cuivre ont largement contribué à l'agitation sociale. Outre des grèves dans le secteur public, des émeutes dirigées contre les commerçants de Kitwe, et des actions de sabotage menées par l'Afrique du Sud, le pouvoir est confronté au développement d'une opposition politique et économique. C'est ainsi que plus de cent hommes d'affaires se sont vus retirer leur passeport et que A. Musenda Chambeshi a été arrêté pour tentative de reconstitution du Parti unifié progressiste. Faute de trouver des solutions aux conflits sociaux et à ses incohérences économiques, le pouvoir continue d'accuser tous les mécontents de sympathie pro-sud-africaine et de complot contre l'État.

La Zambie respecte toujours les formes constitutionnelles. Tous les cinq ans ont lieu simultanément élections présidentielles et législatives. Pour l'une, le Parti uni pour l'indépendance nationale (UNIP, parti unique) désigne toujours Kenneth Kaunda ("KK") comme candidat unique. Le 26 octobre 1988, il a été une fois encore réélu, mais l'abstention a atteint le taux record de 45%. Pour les autres élections, l'UNIP pratique toujours la pluralité des candidatures (600 environ pour 125 sièges), ce qui vaut des déboires à quelques ministres et députés sortant. Le Parlement avait fini par révéler un tempérament frondeur, s'opposant, sous le regard de son speaker attentif aux prérogatives parlementaires, à divers projets autoritaires de "KK", dont la transformation du mandat législatif en mandat à temps partiel. De fait, tandis que "KK" renforce son emprise sur l'UNIP, les rumeurs d'ambitions personnelles d'anciens dignitaires politiques (comme V. Mwaanga) circulent ; le factionnalisme se porte bien et donne à l'UNIP prétexte à des épurations en douceur. Malgré les tentatives de récupération, le mouvement syndical (ZCTU) reste l'épicentre d'un pouvoir parallèle fort dérangeant, mais inexpugnable. A moins que la nomination du général M. Masheke, ex-ministre de l'Intérieur, comme Premier ministre (15 mars 1989) n'ait signifié une tentative de reprise en main.

C'est pourtant avant tout l'évolution économico-sociale qu'il faudrait contrôler. La Zambie ne parvient même pas à profiter de conjonctures favorables: le tiers de la récolte-record de maïs a été perdu, faute de hangars et de camions ; ayant surestimé les capacités productives, d'une industrie dégradée, la Zambie n'a pu profiter de l'envolée des cours du cuivre ; par toutes les frontières, le commerce clandestin prospère, créant la pénurie et un manque à gagner considérable pour l'État (trafic des pierres précieuses), alors que la classe politique n'y paraît pas étrangère. L'instauration de tickets de rationnement dans la ville (fin 1988), une dévaluation du kwacha de 25% ne pouvaient suffire à rétablir la confiance, tant du FMI que des Zambiens.

En février 1990, la Zambie a de nouveau repris ses relations officielles avec le FMI, puis avec le Club de Paris en avril 1990. Le gouvernement de Kenneth Kaunda est resté dans l'incapacité de contrôler tant la production que le marché des principaux produits de base. En effet, la perméabilité des frontières et les différences de prix du sac de maïs entre la Zambie et le Zaïre (de 1 à 10) ont entretenu la contrebande, tandis que le cuivre a été détourné par wagons entiers. Le choix en faveur de l'exportation du coton a privé de matière première les usines textiles nationales. En mai 1989, le ministre du Commerce s'était opposé à ces ventes, autorisées par K. Kaunda. Six mois plus tard, il était révoqué. L'épuisement des mines de cuivre a commencé à susciter des inquiétudes: la production a chuté de 10% en 1988-1989, mais la société nationale ZCCM (Zambia Consolidated Copper Mines) a réalisé des profits importants. Les pluies trop abondantes ont affecté la récolte de maïs, qui est cependant restée excédentaire, mais le manque de camions et l'insuffisance des capacités de stockage ont limité les recettes espérées.

Mi-1989, la dette extérieure était estimée à 7 milliards de dollars, dont 40% envers des États étrangers et 35% envers des organisations financières internationales. Incapable de rembourser, le gouvernement a fait preuve de bonne volonté: le 30 juin 1989, le kwacha a été dévalué de 48% et le contrôle des prix supprimé, sauf sur le mealie-meal, denrée de base. Il a cependant été affecté par la hausse générale des prix qui, mal accompagnée d'une hausse des salaires annoncée dans la confusion, a amené les paysans à jeter leurs produits invendus, faute d'acquéreurs. Le 27 juillet 1989, les frontières ont été fermées pour procéder à un changement des billets de banque destiné à réduire les liquidités en circulation, à sanctionner l a fraude fiscale et à éliminer la fausse monnaie. Le déclin économique du pays n'a pas empêché les affaires privées de bien se porter. Le gouverneur de la Banque de Zambie a été révoqué et remplacé, en décembre 1989, par un expert canadien.

Sur le plan politique, le général Malimba Masheke est resté Premier ministre, mais c'est le président Kaunda qui a publiquement tancé ses ministres. L'emprise de la famille du président s'est accentuée. Un de ses fils était déjà député et secrétaire d'État à l'Intérieur ; un second a été élu député lors d'une élection partielle en 1989, et un troisième dirige une société de transport aérien qui concurrence la compagnie nationale. Le procès des auteurs de la tentative présumée de coup d'État d'octobre 1988 a tourné court et l'université a été périodiquement fermée. Mais en juin 1990, les revendications étudiantes ont été alimentées par les controverses sur le multipartisme et la suppression du mealie-meal. L'agitation s'est transformée en émeutes populaires dans la capitale (qui n'a guère été suivie par la région minière). Une tentative de coup d'État a été maîtrisée et la fidélité des forces de l'ordre à K. Kaunda a facilité le rétablissement de la situation.

Après les émeutes de juin 1990, les manoeuvres dilatoires du président Kenneth Kaunda n'ont plus été suffisantes pour étouffer la dynamique lancée par divers opposants célèbres regroupés dans le Mouvement pour la démocratie pluripartisane (MMD) qui a finalement obtenu, en novembre 1990, la légalisation du pluripartisme. S'appuyant sur la notoriété de ses dirigeants (hommes d'affaires, anciens ministres, officiers, syndicalistes) et sur la légitimité internationale de leurs revendications (libertés publiques, remise en ordre économique, libéralisme...), le MMD a drainé les foules dans ses meetings à travers le pays. Même les juges de la Haute Cour lui ont donné raison; ils ont condamné le gouvernement, en février 1991, pour entrave à la liberté constitutionnelle d'expression. Le débat a donc bien été public.

Il est vrai que le MMD est animé par de fortes personnalités dont la diversité a donné au mouvement une dimension réellement nationale. Mais elle est aussi porteuse de rivalités personnelles, rivalités qui ont émergé lors de la convention de mars 1991 qui a élu le leader syndical Frederick Chiluba comme candidat aux élections présidentielles prévues pour octobre 1991. Certains déçus ont alors créé le Parti national pour la démocratie, qui est venu s'ajouter à l'Alliance démocratique, au Mouvement pour la démocratisation, etc., d'autres se ralliant au parti de K. Kaunda, le Parti unifié de l'indépendance nationale (UNIP). Ce dernier n'a pas été inactif; l'amélioration de la démocratie interne y a été à l'ordre du jour, ainsi que les agressions, tant physiques que verbales contre les contestataires. Il a ainsi brandi le spectre du régionalisme et du tribalisme, sans preuve manifeste. La définition d'un véritable programme politique d'opposition est restée un vrai problème, au-delà des grands thèmes (contre la corruption, le népotisme, l'incompétence, pour le libéralisme, l'efficacité, la justice sociale...).

Au plan économique, tous les indicateurs (croissance, production agricole et industrielle...) sont restés médiocres. Seule l'inflation a connu une amélioration, passant de 154% à 80% en 1990, mais remontant au début 1991. Acceptant une politique d'ajustement structurel, le gouvernement a notamment obtenu un soutien de la Banque mondiale en juillet 1990. La privatisation du secteur public, annoncée en mai 1990, attendait toujours, à la mi-1991, son code des investissements; il est vrai que certains holdings publics (INDECO - industries de transformation et d'agro-alimentaire) ont dégagé des bénéfices. Mais l'on a constaté une inquiétude devant l'exode croissant des cadres du secteur tertiaire (banques notamment) vers un nouvel eldorado voisin: la Namibie.

Les électeurs zambiens ont voté, le 31 octobre 1991, à 81% pour l'ancien syndicaliste Frederick Chiluba, dont le Mouvement pour une démocratie multipartisane (MMD) a remporté 125 des 150 sièges du Parlement. Le "père de l'indépendance", Kenneth Kaunda, a été largement battu au terme d'un scrutin qui est apparu honnête à l'ensemble des observateurs étrangers et locaux. Malgré les pressions exercées par l'opposition, il n'est pas parvenu à sortir le pays de la stagnation économique (notamment dans le secteur des mines et de l'agriculture). Il n'a pas non plus réduit l'endettement extérieur (près de 7 milliards de dollars en 1989), ni surmonté l'inefficacité de l'appareil politique.

Les manoeuvres d'intimidation politique contre les opposants (sanctionnées par la justice), les tensions avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (nouvelle rupture des négociations en septembre 1991, toujours au sujet du subventionnement du prix du maïs, denrée de base), les mesures démagogiques (doublement des salaires des fonctionnaires un mois avant les élections) n'ont permis ni de retrouver un soutien dans l'opinion, ni d'obtenir de la communauté internationale les nouveaux crédits nécessaires à la remise en état des infrastructures. Cependant, K. Kaunda a fini par prendre ses responsabilités en avançant de deux ans les échéances électorales sans recourir à la violence et à la fraude électorale.

La victoire a laissé F. Chiluba et le MMD face aux contraintes de la gestion des affaires. Évitant le combat des chefs, le gouvernement a associé des hommes dont le passé combinait expérience politique (anciens ministres de K. Kaunda) et connaissance des affaires privées pour mettre en oeuvre une politique empruntant directement à l'ajustement structurel. La restructuration et la privatisation des entreprises publiques, notamment la Zambia Consolidated Copper Mines (ZCCM), ont conduit à des négociations avec des partenaires étrangers (y compris sud-africains) car les capitaux locaux manquent. Plus délicate, la politique de vérité des prix s'est traduite pour le consommateur par le doublement du prix du maïs (janvier 1992) et d'autres produits alimentaires.

La reprise, même prudente, de l'aide internationale pourrait aider le gouvernement dans sa politique de réhabilitation des infrastructures, de relance de l'agriculture et des petites et moyennes entreprises privées, d'investissement dans les domaines de l'éducation et de la santé. Les conséquences sociales de l'ajustement ont commencé, au début 1992, à alourdir un climat politique demeuré pacifique, l'alternance n'ayant pas débouché sur une "chasse aux sorcières", mais plutôt sur une chasse salutaire aux prébendes. La réussite de la transition démocratique a laissé entier le problème du redémarrage du développement économique et social.

En Zambie, plus que dans d'autres pays africains, le changement de régime politique s'est trouvé gravement affecté par une situation économique désastreuse. En 1992, pour la troisième année consécutive, l'inflation a largement dépassé les 100%. L'industrie minière ne s'est guère montrée compétitive. La production agricole a encore baissé, du fait d'une sécheresse importante, et a provoqué des pénuries de denrées alimentaires. De ce fait, le pouvoir élu à la fin de 1991, n'a pas connu d'état de grâce. Ainsi, la réforme de la fonction publique s'est-elle heurtée à de nombreuses grèves, organisées par des syndicats profitant d'une indépendance nouvellement acquise. L'ambitieux programme de privatisations a permis d'obtenir un soutien important des bailleurs de fonds internationaux mais s'est révélé particulièrement impopulaire. Outre les nombreuses pertes d'emplois qu'il a suscitées, l'élite du nouveau parti majoritaire, le Mouvement pour une démocratie multipartite (MMD) s'est vue accusée de profiter de la situation pour s'enrichir. Une plaisanterie très en vogue à Lusaka a résumé l'état d'esprit de la population: "Ne vous plaignez pas, mangez la démocratie". Le gouvernement a tenté de redorer son blason en lançant une campagne de dénonciation de la corruption, mais celle-ci a surtout mis en évidence les nombreuses divisions et les conflits d'intérêts régnant au sein de l'État.

Si l'austérité de la politique économique a fait de nombreux déçus, la suprématie politique du MMD est restée incontestée. Ce parti a remporté les trois quarts des sièges aux élections locales du 30 novembre 1992. Le Parti unifié de l'indépendance nationale (UNIP), ancien parti unique, a rencontré des difficultés à se transformer en une force d'opposition crédible, même s'il a réussi à conserver le contrôle de son fief à l'est du pays d'autant que son nouveau président, Kebby Musokotwane (qui a remplacé Kenneth Kaunda), a semblé peiner à s'imposer. Certaines factions du parti en auraient profité pour fomenter une tentative de complot, ce qui a conduit le gouvernement à proclamer l'état d'urgence le 4 mars 1993 et à mettre en détention plusieurs personnalités de l'opposition, parmi lesquelles l'un des fils de l'ancien président, Wesi Kaunda.

Ainsi a-t-on pu craindre que le président Frédérick Chiluba ne mette progressivement en place un régime politique à parti unique. Après avoir verrouillé l'État, il a semblé limiter de plus en plus nettement les capacités d'expression d'une opposition déjà très affaiblie.

Deux années passées à la tête de l'État zambien n'ont pas suffi au président Frederick Titus Chiluba pour affirmer son autorité et imposer une certaine "morale politique" à son équipe gouvernementale. Ainsi, plusieurs membres de l'élite au pouvoir ont-ils été accusés de corruption et de trafic de drogue. Le renvoi d'un certain nombre d'entre eux n'a guère convaincu l'opinion publique de la volonté du gouvernement de s'attaquer à ces fléaux. De ce fait, l'exécutif s'est trouvé confronté à une crise de confiance gênant considérablement son action politique et lui faisant perdre progressivement ses principaux soutiens. Les syndicats ont fait montre d'un esprit particulièrement critique alors même que le président Chiluba avait été à leur tête près de dix-sept ans. Les notables de la province du Nord qui ont joué un rôle décisif dans le développement du MMD (Mouvement pour une démocratie multipartiste, au pouvoir) ont eux-mêmes semblé de plus en plus déçus par les résultats du gouvernement.

Pour autant, l'opposition est restée faible, même dans les régions de la périphérie comme les provinces de l'Ouest et du Nord-Ouest connaissant quelques tensions mal contrôlées par le "Centre". En effet, au début de l'année 1993, plusieurs dirigeants de l'UNIP (Parti unifié de l'indépendance nationale) ont été arrêtés après avoir été accusés de tentative de coup d'État, ce qui a affecté la crédibilité et l'unité de ce parti. Le Parti national, fondé en août 1993, est en revanche apparu comme un rival plus sérieux pour l'équipe au pouvoir. Cette formation réunissant des transfuges du MMD, notamment plusieurs anciens ministres, a gagné cinq sièges parlementaires lors des élections partielles d'octobre 1993.

Sur le plan économique, la Zambie est demeurée un "bon élève" du FMI. L'État a su limiter le déficit de son budget et la gestion des entreprises publiques a été jugée satisfaisante. L'inflation a fortement baissé: de 160% en 1992, elle est passée à près de 116% en 1993. De plus, l'agriculture s'est remise des sécheresses des années précédentes, ce qui a permis d'enregistrer une croissance économique de plus de 4% en 1993. Cette légère embellie de l'économie n'a cependant guère transformé les conditions d'existence des Zambiens. Pour nombre d'entre eux, l'événement majeur de l'année a été le décès des dix-huit membres de l'équipe nationale de football lors d'un accident d'avion sur les côtes du Gabon..., à l'origine d'une grande émotion dans l'ensemble du pays.

Le gouvernement de Frederick Chiluba a connu un grand nombre de difficultés pour résoudre les problèmes socio-économiques qui bloquent l'application de la politique démocratique annoncée, et son parti, le MMD (Mouvement pour la démocratie multipartiste), s'est trouvé devoir faire face à une opposition restructurée.

Malgré de multiples remaniements ministériels et en dépit des menaces des donateurs internationaux de suspendre leur aide, le président s'est montré incapable de mettre fin au problème de la corruption, particulièrement développée au sein du gouvernement où des personnalités influentes sont apparues mêlées à des trafics de drogue. Son impopularité a augmenté: certaines de ses apparitions publiques, notamment dans la Province de l'Ouest, restée hostile au pouvoir, ont été marquées par de violentes manifestations de mécontentement; ses rapports avec le ZCTU (Congrès des syndicats zambiens), dont il assura la présidence pendant plusieurs années et qui lui servit de plate-forme politique pour accéder au pouvoir, se sont encore distendus.

Le MMD a pourtant remporté, en avril 1994, six des neufs élections partielles devant un parti jusqu'alors en constante progression, le NP (Parti national). Celui-ci a connu des dissensions internes, son nouveau président, Baldwin Nkumbula, ne parvenant pas à faire l'unanimité en raison d'un discours peu original. Accusé d'être un "sous-marin" du MMD, il a subi un vote de défiance en janvier 1995 et Humphrey Mulemba, ancien candidat malheureux à la présidence du MMD, a été choisi à sa place pour représenter le NP aux prochaines présidentielles prévues pour octobre 1996.

Les projets économiques n'ont pas rencontré le soutien escompté. Le plan de réforme foncière a été unanimement rejeté. Les queues imposantes pour l'attribution de la farine de maïs, disparues depuis l'avènement de F. Chiluba en 1991, sont réapparues dans les zones urbaines, traduisant l'échec de la politique agricole. 22 000 emplois ont été perdus au cours de la seule année 1994 et, après la faillite de la Zambia Airways, la compagnie publique d'autobus a fermé en janvier 1995 pour cause d'endettement excessif.

Dans ce contexte, le retour en politique, en juillet 1994, de Kenneth Kaunda au sein de son parti de toujours, l'UNIP (Parti unifié pour l'indépendance nationale), dont il a fini par reconquérir la présidence fin juin 1995, a pris une importance considérable. L'ancien président (1964-1991) semblait, en effet, disposer d'une base politique plus solide que celle de son grand rival, qui a perdu la confiance de la plupart des membres du ZCTU. Déjà, le combat pour l'élection présidentielle de 1996 paraissait lancé.

Le retour en juin 1995 de l'ancien président Kenneth Kaunda à la tête de l'UNIP (Parti unifié pour l'indépendance nationale, parti unique jusqu'en 1990) a relancé le jeu politique zambien. Frederick Chiluba a trouvé avec son ancien et désormais nouveau rival le moyen de détourner l'attention des électeurs des difficultés rencontrées par son gouvernement. Dès le mois de juillet 1995, K. Kaunda, accusé d'avoir incité des étudiants à l'émeute, a été arrêté par la police et relâché. Puis, des doutes ont été à nouveau émis sur sa vraie nationalité (malawite ou zambienne?) dans un but de déstabilisation, alors que le nouveau projet de Constitution prévoit une clause l'empêchant de se présenter. Les partis d'opposition ont engagé de ce fait une campagne antigouvernementale, d'autant que F. Chiluba a refusé le principe d'une Assemblée constituante pour examiner le projet, privilégiant le vote par le Parlement, où son parti, le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD), dispose d'une forte majorité.

La légère réévaluation du kwacha, la forte baisse de l'inflation ou encore les diverses promesses du gouvernement (installer l'électricité dans les millions de foyers bordant les centres urbains) n'ont pas masqué le marasme économique. Le cumul de la dette des agriculteurs a dépassé les 50 millions de dollars, et les fonds nécessaires au programme de revitalisation du secteur agricole sont apparus loin d'être réunis. Cinq des neuf provinces ont été déclarées zones sinistrées après la sécheresse, et le gouvernement a lancé un appel urgent en direction des donateurs pour lutter contre la famine. Le remboursement partiel de la dette auprès du Fonds monétaire international (FMI) a néanmoins permis à F. Chiluba de regagner la confiance de cette institution, et un plan triennal d'ajustement structurel a été lancé en décembre 1995.

De nombreuses défections ont cependant altéré l'image du MMD, et le remaniement ministériel de juillet 1995 n'a pas enrayé le processus de défiance à son encontre. Le parti présidentiel n'a d'ailleurs remporté que sept des quatorze élections législatives partielles organisées entre août et octobre, marquées par une très faible participation. A la demande des partis d'opposition, ces élections locales fixées à novembre 1995 ont été repoussées sine die pour permettre à un maximum d'électeurs de s'inscrire. La campagne d'enregistrement pour les élections générales d'octobre 1996 a, elle, été lancée dès décembre 1995, laissant craindre quelques problèmes logistiques. F. Chiluba a cependant gardé la confiance de son parti: les délégués du MMD l'ont à nouveau plebiscité comme leur leader en janvier 1996. Malgré les difficultés diverses, il apparaissait comme le favori dans la course à sa propre succession.

L'organisation des secondes élections présidentielles et législatives depuis l'instauration du multipartisme en 1990 a été l'événement majeur de l'année 1996. Le parti au pouvoir, le MMD (Mouvement pour la démocratie multipartite), a tout mis en oeuvre pour éviter que Kenneth Kaunda, l'ancien président, se représente. En effet, son retour en politique en juin 1995 avait été accompagné d'un certain mouvement de sympathie de la part d'électeurs déçus par le bilan du chef de l'État Frederik Chiluba. Le vote parlementaire d'une nouvelle Constitution fin mai 1996 a permis à ce dernier de parvenir à ses fins. Le nouveau texte autorise la candidature à la présidentielle sous trois conditions: ne pas avoir déjà été élu deux fois, avoir des parents zambiens, ne pas être un chef traditionnel. Les deux premières conditions ont exclu K. Kaunda, la troisième son second, Inyambo Yata. La majorité des partis d'opposition ont violemment contesté ces mesures. Certains donateurs, comme le Royaume-Uni, la Norvège ou les États-Unis, ont pris des sanctions en signe de protestation, réduisant leur aide et refusant d'envoyer des organismes d'encadrement du scrutin, sans pour autant provoquer le retrait du texte ou le report des élections.

Le MMD ne s'en est pas tenu là. Le parti de K. Kaunda, l'UNIP (Parti unifié pour l'indépendance nationale), a été accusé à plusieurs reprises de financer une organisation terroriste, les Black Mamba. De multiples problèmes sont intervenus dans l'inscription des électeurs, et seuls 40 % des votants potentiels ont été inscrits. Pour toutes ces raisons, l'UNIP a fini par annoncer fin octobre 1996 son boycottage des élections. Celles-ci se sont tenues le mois suivant et ont vu la victoire de F. Chiluba avec 72,5 % des voix, suivi par le chef du ZDC (Congrès démocratique zambien, opposition), Dean Mung'omba, culminant à 12,7 %. Le MMD a gagné la majorité des sièges parlementaires (131 sur 150). En réalité, F. Chiluba a été élu avec 700 000 voix sur un potentiel de plus de 4,5 millions d'électeurs.

Sur le plan économique, les débats ont principalement porté sur la privatisation du ZCCM (Consortium zambien des mines de cuivre), en raison des résultats désastreux enregistrés (déficit variant de 30 à 75 millions de dollars entre 1993 et 1996). Son éclatement en cinq entités a finalement été retenu. En outre, le terme du mouvement général de privatisation a été fixé à l'horizon 2001. Les résultats corrects de 1995 n'ont pas été confirmés: le kwacha a été soumis à de constantes dévaluations, notamment en raison d'une forte inflation (37,2 % en 1996). Les aspects des plans d'ajustement structurels de l'économie portant sur l'agriculture n'ont pu être respectés. Les sanctions internationales ont entraîné une chute de 40 % de la récolte de maïs et mis en cessation de paiement plusieurs unités de production. L'Allemagne et le Japon envisageaient, fin 1996, de réduire eux aussi considérablement leur aide. La décision du président de ne pas réintégrer les trois ministres qui ont démissionné en 1994, après des accusations de trafic de drogue, a constitué un premier pas vers la normalisation des rapports avec l'extérieur, bien qu'elle ait été aussitôt atténuée par la nomination aux Affaires étrangères d'un quasi-inconnu dans les cercles politiques, Lawrence Shimba, tenu par les opposants pour être une marionnette. Les partis d'opposition n'ont pas décoléré et cinq d'entre eux, dont l'UNIP, ont intenté un recours juridique début 1997 pour invalider l'élection de F. Chiluba, au motif que ses parents étaient zaïrois.

Source :
L'Etat du Monde 1981-1998


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