Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

1997

Le président Frederick Chiluba a proclamé l'état d'urgence en Zambie, le 29 octobre, après avoir échappé, la veille, à une tentative de coup d'Etat militaire. La mesure a été prorogée de trois mois par le Parlement, dominé par le parti de M. Chiluba, le Mouvement pour la démocratie multipartite. L'armée, restée fidèle dans sa majorité au régime en place, a pourtant rapidement arrêté les officiers putschistes qui avaient proclamé le renversement de M. Chiluba sur les ondes de la radio nationale. L'opposition et les organisations des droits de l'homme estiment que la proclamation de l'état d'urgence n'est pas justifiée et qu'elle sert de prétexte au pouvoir pour resserrer un peu plus son emprise sur le pays. Plusieurs membres de l'opposition ont d'ailleurs été arrêtés et certains torturés, selon Amnesty International.

Ces événements illustrent la fragilité et le durcissement du régime de M. Chiluba depuis le scrutin présidentiel de novembre 1996. Le chef de l'Etat a assuré sa réélection en écartant du scrutin l'ancien président Kenneth Kaunda, par le biais d'un amendement constitutionnel contesté. Mais la manoeuvre a miné la légitimité du pouvoir. Depuis, M. Kaunda, qui a nié toute participation à la tentative de putsch, mène une campagne de désobéissance civile. L'ancien dictateur ne cesse, par ailleurs, de demander aux Etats de la région et aux bailleurs de fonds internationaux de faire pression sur M. Chiluba.

Au contraire, les pays donateurs ont décidé, en 1997, de reprendre l'aide qu'ils avaient en partie suspendue l'année précédente. Soucieux d'éviter l'effondrement économique d'un pays qu'ils soutiennent à bout de bras depuis plusieurs années, ils ont amorcé en juillet le déblocage de 435 millions de dollars (2,5 milliards de francs). La Zambie cherche en même temps à se tourner vers d'autres partenaires. A l'occasion d'une visite à Lusaka, le premier ministre chinois, Li Peng, a annoncé l'octroi d'un premier prêt de 3,6 millions de dollars (près de 21 millions de francs) et une aide pour réhabiliter le chemin de fer zambien. De son côté, M. Chiluba a effectué une visite à Singapour et en Indonésie afin d'attirer les investisseurs asiatiques dans son pays.
La conjoncture économique, il est vrai, demeure particulièrement morose. Le fardeau de la dette s'élève toujours à plus de 400 millions de dollars (2,4 millions de francs) par an. La production de cuivre - principale richesse du pays -a  légèrement augmenté après la baisse record de 1996. La croissance continue néanmoins de stagner autour de 3%, et l'inflation devrait encore une fois se situer au dessus des 30%. . Pour redresser la situation, le gouvernement mise sur la privatisation de la ZCCM, la société nationale productrice de cuivre. Le processus a enfin démarré en 1997 avec l'attribution des premières  mines. Mais il s'effectue avec lenteur et difficulté, ne permettant pas au gouvernement d'espérer des rentrées  financières substantielles dans l'immédiat.

1998

La tension politique est retombée en Zambie après la libération, le 1er juin, de l'ancien président Kenneth Kaunda. Détenu plus de cinq mois sans procès, Kenneth Kaunda était accusé d'avoir participé à la tentative de coup d'Etat militaire d'octobre 1997. Son arrestation avait consacré le durcissement du régime du président Frederick Chiluba, soucieux d'écarter son prédécesseur de la scène politique et de museler le mécontentement social provoqué par les difficultés économiques. Au contraire, l'acharnement contre Kenneth Kaunda n'a fait qu'accroître l'impopularité et l'isolement du pouvoir. Il a déclenché la mobilisation de l'opposition et des organisations de défense des droits de l'homme ainsi qu'une vague de protestations des dirigeants de la région comme le président sud-africain Nelson Mandela.

Frederick Chiluba a subi également la grogne des bailleurs de fonds internationaux dont la Zambie dépend pour sa survie économique. En mai, l'octroi d'une aide de 530 millions de dollars (3 milliards de francs) avait été soumise à une amélioration de la situation dans le domaine des droits de l'homme. Face à une telle pression, le régime a fini par céder et, faute de preuves, Kenneth Kaunda a été relâché. En contrepartie, le pouvoir semble avoir obtenu son départ de la vie politique que l'ex-chef de l'Etat a lui-même annoncé, aussitôt après sa libération. Depuis, Kenneth Kaunda est sorti de sa réserve pour manifester son opposition à un éventuel troisième mandat de Frederick Chiluba à la tête du pays, sans que cela remette en cause l'apaisement du climat politique.
Dans un contexte économique difficile, les risques de dérapage social demeurent néanmoins importants. En 1998, l'inflation se situait autour de 25 % et le pays semblait devoir renouer avec la récession, marquée par une croissance négative pour la première fois depuis 1995. La bouffée d'oxygène que devait apporter la privatisation de la société nationale de cuivre -la ZCCM -se fait toujours attendre. Le processus a été revu afin d'être accéléré et rendu plus attractif. Mais il n'a guère avancé. Pendant ce temps, les conditions de vie de la population continuent à se détériorer. D'après un rapport des Nations unies, les deux tiers des Zambiens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Une enquête réalisée par une organisation non gouvernementale fait état, de son côté, d'une très forte augmentation de la mortalité infantile. D'après cette étude, elle aurait doublé entre 1980 et 1998 pour atteindre le chiffre de 197 pour mille. Pour la même période, l'espérance de vie moyenne serait passée de 54 à 45 ans.

1999

A la tête d'un pouvoir fragilisé par une économie en difficulté, le président Frederick Chiluba s'est appliqué à se tenir à l'écart des conflits régionaux dans lesquels la plupart de ses voisins sont impliqués. Ainsi la Zambie a-t-elle réussi à ne pas participer à la guerre en RDC ou à celle d'Angola. Au contraire, Frederick Chiluba s'est posé en homme de paix en parvenant à mener à bien les accords de paix de Lusaka. Cette médiation dans le conflit congolais a eu comme avantage de faire oublier l'épisode malheureux, en 1998, de l'emprisonnement sans procès de l'ancien président Kenneth Kaunda.

L'autre retombée de ce succès diplomatique aura été de mettre entre parenthèses, au moins pour un temps, la tension avec l'Angola. Les autorités de Luanda ont, en effet, régulièrement accusé la Zambie de servir de base d'exportation des diamants de la rébellion de Jonas Savimbi, l'Unita, et menacé d'y intervenir militairement. Malgré les accords de Lusaka, la guerre a eu des effets négatifs sur le commerce, puisque les quantités de sucre, maïs ou boeuf exportées vers la RDC ont été divisées par cinq.
Malgré une légère embellie économique, le pays peine toujours à se redresser. La grave récession est passée, puisque la croissance du PIB devrait se stabiliser aux environs de 1 %, contre un chiffre négatif en 1998. La production de cuivre, qui représente plus de 30 % du PIB, a continué de décroître. Déjà en dessous de la barre des 300 000 tonnes en 1998, elle devrait approcher de 250000 tonnes en 1999, dans un contexte où les cours du cuivre ont perdu 30 % de leur valeur en un an.

Les recettes d'exportations devraient chuter à 434 millions de dollars (2,6 milliards de francs), contre 623 millions (3,7 milliards) en 1997. Dépendant des bailleurs de fonds sans lesquels le pays serait en faillite, le gouvernement a été obligé de se soumettre à leurs exigences, notamment dans le cadre de la privatisation de la société nationale de cuivre, la ZCCM. En suspens depuis plusieurs années, le dossier pourrait avoir progressé fin octobre lorsque le groupe minier sud africain Anglo American a signé un accord pour prendre le contrôle des mines les plus productives. Le contrat représente une forme de revanche pour l'Anglo American, dont les mines zambiennes avaient été nationalisées par Kenneth Kaunda en 1969; il risque de créer une situation de monopole sur l'extraction du cuivre dans la région. Toutefois, cet accord, jugé défavorable pour le gouvernement, pourrait être dénoncé dans les mois à venir, même si l'exploitation à perte des mines coûte 1 million de dollars par mois à Lusaka. L'autre problème auquel le pays doit faire face est le sida. Une conférence internationale sur le sujet, organisée à Lusaka en septembre, a montré les ravages de la maladie, tout particulièrement en Afrique australe, et notamment en Zambie où, par exemple, 1 500 enseignants sont morts du sida en 1998.

2000

Dans un contexte de timide reprise économique, la croissance évaluée à 4% devant être tempérée par une inflation frôlant les 30 % annuels, l'élection présidentielle de 2001 suscite déjà des inquiétudes. En effet, les promesses du président Frederick Chiluba de « se consacrer seulement à Dieu » à la fin de son second et dernier mandat, en accord avec la Constitution, ne convainquent personne de son intention de se retirer.

Au fil des mois, « FJT » (Frederick, Jacob, Titus), comme l'appellent les Zambiens, a adopté une attitude de plus en plus ambiguë, écartant sans ménagement du pouvoir tous ceux qui, au sein de son parti, le Mouvement pour la démocratie multipartite (MDD), ont tenté de s'ériger en dauphins. Son propre parent, Ben Mwila, ministre de l'environnement, a été exclu du gouvernement et du MDD dès l'annonce de sa candidature. Il est parti fonder le Parti républicain, en passe de devenir l'un des principaux partis d'opposition avec l'UNIP, parti de l'ancien président Kenneth Kaunda. Le retour de ce dernier, véritable obsession pour le président sortant, pourrait être un facteur de troubles. Il sera difficile à Frederick Chiluba, cette année encore, de faire figure de thaumaturge économique aux yeux de ses concitoyens. La croissance, certes, a bénéficié d'une production agricole en hausse de 30 %, mais le retour timide de la prospérité doit être tempéré par l'effarant bilan social: plus de 50 % de chômeurs, une inflation soutenue et l'érosion du kwacha zambien, qui a cédé le cinquième de sa valeur face au dollar dans les six premiers mois de l'année.

Pourtant, les promesses des bailleurs de fonds à la Zambie devraient se concrétiser sous la forme d'une Facilité pour la réduction de la pauvreté et le soutien à la croissance (FRPC) d'un montant de 2,5 milliards de francs sur trois ans, et de 9,1 milliards de francs de la Banque mondiale pour plusieurs programmes. Toutefois, pour bénéficier de ces financements, la Zambie a dû céder à toutes les exigences des bailleurs de fonds. Pour les Zambiens, Chiluba restera l'homme qui a bradé les mines, notamment le grand conglomérat, la Zambia Consolidated Copper Mines (ZCCM), qui coûtait jusqu'à 150 millions de francs par mois à l'Etat.

La vente des principales mines a été finalisée en début d'année, avec la cession des sites d'extraction du cuivre de Nkana et Mufulira à un consortium canado-suisse comprenant les groupes First Quantum (Canada) et Glencore AG (Suisse). Le consortium, Mopani Copper Mines (MCM), a pris le contrôle de 90% du capital de la ZCCM. Mais la transaction a été réalisée pour un montant de 327 millions de francs, dont seulement 152 millions ont été versés au comptant et 175 millions échelonnés en cinq échéances à partir de 2003, tandis que le passif de la ZCCM, qui atteint 3 milliards de francs, reste à la charge de l'Etat zambien.

De nombreux experts s'accordent à dire que les bénéfices pour la Zambie seront négligeables, d'autant qu'un accord signé en 1999 avec un consortium contrôlé par le géant sud-africain Anglo-American, prévoyant la cession des deux principales mines de cuivre du pays, Konkola et Nchanga, a été lui aussi considéré comme léonin et que la reprise en main des mines s'accompagne de fortes réductions d'effectifs. Avec les 30000 suppressions d'emplois de fonctionnaires exigées par les bailleurs de fonds, la situation sociale du pays devrait être agitée. Il faudra plus que des cantiques à Frederick Chiluba pour rester aux affaires en 2001.

Source :
Bilan du Monde, 1998-2001


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